Critique Archives - Page 3 sur 22 - Le Canal Auditif

Critique : Mount Kimbie – Love What Survives

Le diable est dans les détails dits l’adage. On peut très bien l’appliquer à la musique de Mount Kimbie qui lance Love What Survives. Le groupe revient quatre ans après la sortie du réussi Cold Spring Fault Less Youth. Kai Campos et Dom Maker se sont donné le temps d’accoucher d’un album qui est travaillé, poli et recouvert d’un petit verni juste assez lustré.

Cold Spring Fault Less Youth démontrait déjà les qualités de compositeurs et d’arrangeurs du duo. Voici qu’avec Love What Survives, ils prouvent qu’ils sont en plein contrôle de leur démarche. Love What Survives est rempli de petits détails de composition qui font plaisir à entendre. C’est lorsqu’ils font appel à des collaborateurs que le plaisir devient encore plus évident.

On ne peut passer à côté de la trépidante Blue Train Lines sur laquelle chante King Krule. La batterie nous garde en haleine tout au long alors qu’elle se décide à embrayer pour vrai au deuxième refrain accompagné d’une basse simple et mélodieuse. Avec la voix de King Krule qui semble sur point de casser de désespoir, le résultat est réussi et poignant. Ce n’est pas la seule collaboration qui sourit à Mount Kimbie. James Blake les accompagne sur l’émotive We Go Home Together. Ses échantillons vocaux atypiques nourrissent la chanson et l’orgue de Blake nous fait entendre ses souffles qui deviennent une partie intégrale de la rythmique. Ce dernier signe une deuxième collaboration, la mélancolique How We Got By qui est typiquement Blake, mais avec un ajout non négligeable de jazz. Andrea Balency signe pour sa part les voix sur la plutôt rock You Look Certain (I’m Not So Sure) et Micachu la plus excentrique et groovy Marilyn.

Malgré le brio de ces collaborations, Mount Kimbie est aussi capable de se débrouiller par eux-mêmes, Four Years and One Day qui ouvre Love What Survives, nous attire progressivement dans la musique. Un peu à la manière d’Orion de Metallica et son fade in entouré de sons synthétiques. Balency revient sur T.A.M.E.D. où cette fois, ce sont les deux garçons de Mount Kimbie qui se mouillent. Avec une mélodie qui évoque sans détour Damon Albarn, ils nous chantent la mélancolie d’un amour à distance à coup de répétitions de paroles incessantes.

Dark cloud, that came as some surprise
Here now, so take your own advice
Eat alone and care about, we really should
But my, my, my, you made me so unkind

Think about me every day
I’m alone forever
Think about me every day
I’m alone forever
T.A.M.E.D.

Mount Kimbie faisait déjà bien les choses sur Cold Spring Fault Less Youth, mais ils se surpassent sur Love What Survives. On y retrouve de savantes compositions qui sont remplies de petits détails qui charment les oreilles. Ces compositions sont riches et après plusieurs écoutes, on se surprend à découvrir de nouveaux sons ou une nouvelle tournure.

Ma note: 8/10

Mount Kimbie
Love What Survives
Warp Records
40 minutes

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Critique : Dany Placard – Full Face

Dany Placard lançait tout récemment son dixième album en carrière. Le temps a passé rapidement pour le musicien devenu réalisateur très convoité. Depuis, Santa Maria paru en 2014, Placard a réalisé des albums de Laura Sauvage, Louis-Philippe Gingras et Francis Faubert. Bref, il ne s’est pas non plus pogné le beigne. On dirait que Santa Maria et Démon Vert étaient les deux dernières escales americana dans la discographie de Placard, du moins pour l’instant. Il arrive avec un Full Face au rock bien pansu et à la plume toujours aussi authentique et adroite.

Placard aurait « jeté aux poubelles » un album complet avant de sortir les guitares électriques, ploguer les amplis pis se laisser aller dans un trip réussi. Si une chose n’a pas changé sur ce nouvel album de Placard, c’est sa plume franchement authentique, au point où ça fait mal par moment.

Je mets mon full face buddé
Pis enfin je serai seul
Je fais du vacarme pour te faire peur
Même si le calme pis la noirceur
Veulent se coller sur moi comme un plaster
Full Face

Une des thématiques qui revient à plusieurs occasions sur Full Face, c’est l’idée de solitude. Est-ce que Placard se sentait pris avec le monde? Comme dans Sleeping Bag? En tout cas, il nous revient pour nous exprimer son voyage intérieur qui lui a permis de revirer de bord sa démarche. Parce qu’une chose est sûre, ce n’est pas facile de passer d’un folk à l’américaine bien développé pis livrer un rock avec des touches de psychédélisme comme sur La Confesse. Est-ce que ce serait l’aventure Laura Sauvage qui lui a donné envie d’essayer de nouvelles affaires? Le temps qui fait son œuvre?

C’est un tournant qu’on pouvait voir venir déjà sur Santa Maria, où certaines pièces sortaient un peu du cadre folk. Ce renouveau lui sourit. Placard a l’air d’avoir l’inspiration dans le tapis. Mon amour était plus fort que ce qu’on voit dans les vues est une magnifique chanson mélancolique aux cordes magnifiquement arrangées par Gabriel Desjardins. La force du barde aura toujours été son interprétation incarnée dans laquelle on ressent la douleur sans tomber dans le larmoiement. Placard est un gars sensible et ça paraît dans sa voix quand il nous chante ses vers.

Pour toi
J’aurais marché
Pour toi
Je me serais perdu

Manon t’auras jamais su
Que mon amour était plus fort
Que ce qu’on voit d’in vues
Mon amour était plus fort que ce qu’on voit dans les vues

Ça ne s’arrête pas là. Vince et sa guitare acoustique mélodieuse et son rythme lent et appuyé sent la compassion pour un ami qui a mal viré. Cette fois, c’est Louis-Philippe Gringras qui s’occupe des sombptueux arrangements. Payer tes bills arrive plutôt avec un rythme entraînant qui fait taper du pied. Une pièce qui parlera au travailleur culturel (ou pas mal n’importe qui, qui s’acharne pour peu de ressources pécuniaires) qui pourra se retrouver dans les paroles de Placard qui te conseille de « finir la job demain ». C’est simple, mais ô combien efficace comme tournure! En prime, Placard nous envoie quelques moments des suspensions magnifiques avant de replonger dans un rock qui déménage à souhait. Il finit sur une note intime et mélancolique avec Virer d’bord. Une très belle façon de terminer un record réussi.

Mission plus qu’accomplie pour Dany Placard avec Full Face. Ce n’est pas facile de s’aventurer dans de nouvelles avenues musicales, surtout quand ton avenue musicale précédente fonctionne bien. Dany Placard démontre son intelligence musicale, sa créativité et son audace avec Full Face. Du très beau travail!

Ma note: 8/10

Dany Placard
Full Face
Simone Records
41 minutes

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Critique : Alvvays – Antisocialites

Alvvays revient avec Antisocialites, trois ans après le succès inattendu de son premier album. Malheureusement sur ce nouvel effort on assiste à une séance de brainstorm de 33 minutes durant laquelle les membres du groupe se demandent s’ils veulent être Slowdive, eux-mêmes ou un groupe générique d’indie-rock.

Sur la première moitié d’Antisocialites, on comprend certes que la bande de la jolie Molly Rankin a choisi son camp. En s’éloignant de son pop rock ensoleillé des débuts au profit d’un son plus vaporeux laissant davantage de place aux atmosphères synthétiques et aux strates de guitares, l’intention dream-pop est claire.

Mais ce virage ne se fait pas sans heurts. La candeur d’Alvvays ne colle pas à 100 % à une facture sonore ombragée comme celle qui fait la marque de Slowdive notamment. Ça fonctionne certainement sur In Undertow, pièce d’ouverture de l’album et probablement la meilleure chanson du groupe. Mais on s’ennuie beaucoup par la suite sur Dreams Tonite, Not My Baby et Your Type, pièces sur lesquelles on sent Alvvays essayer d’essayer des affaires. Le tout est livré par une Molly ennuyée, amorphe.

Et c’est à croire que les membres du groupe se sont rendu compte qu’ils piétinaient, car à la mi-parcours ils nous balancent Hey et Lolipop, deux chansons up tempo qui auraient pu se retrouver sur le premier album. Mais c’est de courte durée. Sur Already Gone qui suit, Molly gratouille paresseusement sa guitare en chantant sans conviction par dessus des strates d’instruments dissonants. A contrario sur Slomo, pièce qui ouvre le dernier Slowdive, il n’y a pas plus d’instruments, mais ceux-ci ont davantage d’amplitude ce qui crée un effet hypnotique de mélancolie. Bref, on comprend ce que veut faire Alvvays avec ses pièces dépouillées, mais il manque d’outils dans le coffre du groupe.

Parlant de limitation… la voix de Molly affiche de sérieuses lacunes sur Antisocialites. On ne peut pas dire que la chanteuse a le registre le plus vaste, mais on est tombé amoureux de sa voix grave et chaude qu’elle a utilisée jusqu’ici à l’intérieur de ses limites. Sur ce nouvel effort, elle tente la voix de tête à plusieurs reprises sans grand succès. En plus, le procédé n’amène rien d’intéressant à la mélodie. Pourquoi ne pas avoir gardé ça simple? La deuxième moitié d’Antisocialites se clôt sans qu’on en ait vraiment retenu quoi que ce soit avec Forget About Life, une décevante pièce morne qui ne pourrait même pas être un intermède sur un album récent de Metric.

À trop vouloir chercher la nouveauté, on s’égare. Et c’est bien dommage pour Alvvays parce que les critiques contenues dans ce texte sont majoritairement d’ordre cosmétique. Avec une direction artistique plus cohérente et un habillage sonore moins ambitieux, peut-être que ces compositions auraient fait mouche. Mais là c’est rigoureusement plate.

MA NOTE: 5/10

Alvvays
Antisocialites
Polyvinyle Record Co.
33 minutes

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Critique : Sunfields – Mono Mono

Même si l’été semble nous avoir désertés, il reste encore de belles balades à faire pour admirer les couleurs de l’automne ou faire la tournée des vignobles. Ça tombe bien, puisque Sunfields vient de nous offrir l’album idéal pour accompagner nos virées en char. Avec Mono Mono, le groupe montréalais signe un disque riche et honnête, aux couleurs americana, malgré la référence un peu trop appuyée à Wilco.

Il s’agit d’un troisième album depuis 2010 pour la bande menée par le chanteur et guitariste Jason Kent (The Dears, Kandle & The Krooks). Le premier, Palace in the Sun, était marqué par des couleurs psychédéliques, alors que le second, Habitat, lancé en 2014, assumait davantage son versant folk-rock. En entrevue avec le journal The Gazette à l’époque, Kent avait comparé ce virage à une sorte de retour en arrière, un peu comme si les Beatles passaient de « Sgt. Pepper à Rubber Soul ».

Cette fois, Sunfields assume entièrement son côté rétro-folk-country-rock et ne se gêne pas pour clamer haut et fort ses influences : Wilco, Tom Petty, Neil Young et The Byrds. Des noms auxquels on pourrait en ajouter bien d’autres, comme les Beatles ou The Eagles… Ça pourrait agacer et donner l’impression d’un simple pot-pourri du grand catalogue de la chanson anglo-américaine, mais les pièces de Mono Mono sont bien construites et l’album témoigne d’une belle cohérence qui lui confère une personnalité propre qui va au-delà de ses sources d’inspiration…

Ça commence très fort avec Wheel In You, qui rappelle le Wilco de l’époque Being There avec un riff solide et un refrain diablement efficace qui reste dans la tête longtemps. C’est sans doute la plus rock de l’ensemble, suivie de près par Dead End Woman, une autre pièce costaude à laquelle Brad Barr prête sa voix.

L’influence de Wilco se fait également sentir dans les ballades, dont la très jolie Half Words, qui évoque même la poésie de Jeff Tweedy et sa capacité de dépeindre la solitude de manière à la fois ironique et touchante : « I’ve been thinking about you/I’ve been drinking without you/’Cause I miss you ». D’autres titres abordent les thèmes des racines familiales ou la quête de l’amour, en général de façon assez simple, mais avec une petite touche sombre qui leur évite de tomber dans la facilité. Mais Sunfields abuse clairement des allusions au soleil (dans au moins quatre chansons sur onze). On comprend le concept, mais quand même!

Le jeu des références se poursuit sur Everyone You Know, dont les harmonies vocales (une des forces de l’album) rappellent celles des Eagles de la belle époque, tandis que Kid In Me emprunte presque littéralement la ligne de piano électrique de Don’t Let Me Down des Beatles, en lui donnant une tournure plus dramatique. Les amateurs de six-cordes seront aussi bien servis par les textures de guitares, qui se démarquent par leur richesse et leur savant dosage entre sonorités acoustiques et électriques. C’est ce qui fait d’une pièce comme Little Love une des meilleures du lot.

On pourra certes reprocher à Sunfields son côté un peu trop référentiel, mais il est difficile de faire un album simple et honnête, mais pas simpliste ou racoleur. Or, le groupe montréalais y arrive avec brio, sans non plus qu’il soit justifié de crier au chef-d’œuvre. Dommage, quand même, que Mono Mono ne soit pas sorti plus tôt cet été, car j’ai l’impression qu’il aurait accumulé bien du kilométrage…

MA NOTE: 7,5/10

Sunfields
Mono Mono
Exit Sign Music
41 minutes

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Critique : Maude Audet – Comme une odeur de déclin

Maude Audet avait été une belle découverte en 2015 lorsqu’elle avait fait paraître le bien appréciable Nous sommes le feu. Elle a commencé à tourner et petit à petit, son nom a fait jaser dans le milieu. Son folk mélancolique et généralement assez sombre est un genre de mélange de Cat Power, Blonde Redhead et Feist. Et ça fonctionne bien.

Comme une odeur de déclin est un digne successeur à Nous sommes le feu. Maude Audet rapplique avec des textes de qualité. Il faut dire qu’elle a été épaulée par la talentueuse Erika Soucy pendant la création. Les mots qui en découlent sont magnifiquement poétiques, mais dans la simplicité. Audet évite de se perdre dans les dédales des images qui à s’empiler deviennent floues. Elle nous présente une proposition claire, achevée qui ne lésine pas sur la beauté.

C’est si dur de te voir sombrer
Te voir couler
Dans les bas-fonds
De ta tête
La montagne s’est couchée sur toi
De tout son poids
J’ai beau creuser
Je t’y perds
La montagne

Gallaway Road, le premier simple paru de l’album nous annonçait que Maude Audet était de retour avec sensiblement la même proposition artistique. C’est encore une fois plutôt mélodieux, plutôt mélancolique et toujours un peu sombre. Par contre, on remarquait rapidement les moyens d’enregistrements qui n’étaient pas les mêmes. Certains titres de Comme une odeur de déclin en profite, notamment la magnifique Dans le ruisseau sur laquelle Antoine Corriveau vient subtilement appuyer Audet de sa voix caverneuse. Corriveau n’est pas le seul musicien talentueux à mettre la main à la pâte : Marie-Pierre Arthur officie à la basse, Robbie Kuster (Patrick Watson) à la batterie, Joe Grass (Patrick Watson, The Barr Brothers) à la guitare, Marianne Houle (Antoine Corriveau) aux cordes toujours aussi spectaculaires et Ariane Moffatt derrière le piano en plus d’occuper la fonction de réalisatrice.

Si cette équipe du tonnerre fait une excellente job de livraison musicale, la réalisation est un peu trop lisse. En fait, c’est là qu’on en perd un peu par rapport à Nous sommes le feu. Comme Maude Audet possède une voix douce, que ses mots sont aussi coulants et doux, le côté lisse de la musique devient de trop. On s’ennuie des surprises du record précédent. Ce n’est pas assez pour dire que l’ensemble est raté, mais résolument, ça fonctionnait mieux quand c’était un peu plus éclaté au niveau des arrangements.

Ça ne rend pas la chanson Leo (Ferré?) moins belle pour autant! Nos lèvres retournées avec ses chœurs fantomatiques est une autre belle composition qui fait de la place à une guitare électrique dégourdie lors du refrain.

C’est un deuxième album réussi pour Maude Audet qui offre un folk à saveur rock peuplé de mots habiles et poétique à souhait. Un album qui arrive à point avec l’automne et ses couleurs orangées qui ne tarderont pas d’emplir les arbres.

Ma note: 7/10

Maude Audet
Comme une odeur de déclin
Grosse Boîte
33 minutes

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