Critiques

P'tit Belliveau

P’tit Belliveau

  • Indépendant
  • 2024
  • 39 minutes
8
Le meilleur de lca

P’tit Belliveau présente son troisième album, sobrement intitulé P’tit Belliveau, marquant ainsi sa première sortie de disque en tant qu’artiste indépendant après avoir été diffusé sous l’étiquette Bonsound.

Jonah Guimond, de son vrai nom, n’a jamais été du genre à se mettre des barrières dans ses projets musicaux. Il a toujours su métisser la musique traditionnelle acadienne avec des touches modernes surprenantes. Sur ce nouvel album, l’artiste semble plus libre que jamais, explorant des territoires musicaux toujours plus inusités et enchaînant les styles d’une chanson à l’autre, parfois même au sein d’un même morceau.

L’album homonyme s’ouvre avec Ej m’en fus, un single sorti il y a un moment déjà. Cette ode à l’exode, à cette idée de s’éloigner pour trouver un nouvel équilibre, ne déstabilisera pas trop les fans de l’artiste, car on se retrouve en territoire connu, autant dans les mélodies que dans les textes et les idées prônées. C’est du P’tit Belliveau classique, comme on l’aime.

Vient ensuite Comfy, un morceau pop fort sympathique, accrocheur et rigolo, éloge du confort et du repos, dans la lignée des grands succès populaires du chanteur, comme l’iconique Income Tax, tirée de son premier album. Soulignons l’apport de FouKi, qui se révèle surprenant sur ce morceau et qui réussit à s’intégrer harmonieusement dans l’univers musical distinctif de P’tit Belliveau.

Les vraies surprises commencent à partir de la troisième pièce de l’album, Ring Ring, une chanson pop-punk dans la pure tradition de ce que faisaient Simple Plan, Good Charlotte et compagnie au début des années 2000. Empreintes d’humour, les paroles abordent les défis quotidiens de la vie moderne pendant que les riffs de guitares nous invitent à sauter partout, surtout vingt ans en arrière.

Changement de registre total sur la suivante, P’t’être qu’il a du tequila dans la brain, une chanson country narrative racontée à la troisième personne sur la détresse masculine noyée dans l’alcool à travers le récit d’un homme brisé en voyage au Mexique. P’tit Belliveau maîtrise ce style à merveille.

Encore une fois, virage à 180 sur la prochaine. Feel bonne est une chanson rock-rap explosive, une des plus dansantes du lot, dans laquelle P’tit Belliveau se met dans la peau d’un imbécile heureux. Un morceau qui donne le goût de bouger et de se sentir bien sans se casser la tête.

La prochaine chanson, Gros Truck, est l’une des plus surprenantes de l’album, un hommage à son « Gros truck, jacké comme le fuck ». P’tit Belliveau entame le morceau dans un style country pour finalement le métamorphoser en une pièce de nü-métal à la Limp Bizkit, jouissive à souhait.

S’ensuivent trois pièces entièrement dédiées à l’univers des grenouilles. On en aperçoit d’ailleurs une sur la pochette du disque. The frog swamp est une mystérieuse pièce instrumentale pour nous mettre dans l’ambiance. The secret life of frogs est un morceau électro-pop bien excentrique dans lequel P’tit Belliveau nous embarque dans son délire autour d’une société secrète de grenouilles. Enfin, pour pousser la fantaisie encore plus loin, The frog war est un morceau métal chanté en langage de grenouilles. Rien de moins. Ces trois pièces consécutives ne sont pas celles dans lesquelles on voudra se replonger régulièrement, mais on apprécie l’audace.

Le délire des grenouilles cesse à la pièce suivante, alors que P’tit Belliveau propose avec L’église de St. Bernard l’une des plus belles et émouvantes chansons de tout son répertoire. Quand le clown devient momentanément sérieux, on obtient souvent des résultats particulièrement touchants. C’est le cas ici. Sur un petit riff de guitare tout simple, à travers une chanson nostalgique axée principalement sur le texte, l’artiste livre un poignant hommage à sa famille. Au sein d’un album extravagant, l’authenticité et la simplicité de ce morceau en font l’une des meilleures chansons du projet.

Ensuite, P’tit Belliveau rend hommage à une grande dame de la chanson acadienne en reprenant La 20, morceau iconique de la Néo-Brunswickoise Édith Butler, paru originalement en 1995. En ajoutant des sonorités électros propres à son univers, l’artiste se l’approprie très justement avec une dose calibrée d’originalité et de respect des sources.

En guise de clôture d’album, P’tit Belliveau propose un autre morceau aux forts relents de nostalgie, Sur l’TV. Une jolie et, encore une fois, touchante chanson qui résume le parcours de l’artiste évoquant des rêves qu’il ne croyait même pas possibles pour un garçon comme lui, jusqu’à des réalisations qui le rendent aujourd’hui bien fier. Le morceau, et l’album du même coup, se termine sur un puissant et nostalgique riff de guitare électrique par-dessus lequel on détecte des petits accords de banjo rappelant ce mix de modernité et de tradition qui a fait sa marque depuis maintenant quelques années. Une façon épique et émouvante de célébrer le parcours accompli d’un p’tit gars de Baie-Sainte-Marie qui passe aujourd’hui à la télévision.

En résumé, P’tit Belliveau de P’tit Belliveau est un album qui allie habilement nostalgie, diversité musicale et maîtrise artistique. Les gros bangers qui donnent envie de se lancer dans un mosh pit se mêlent de manière à la fois éclatée et cohésive aux délires expérimentaux complètement sautés et aux balades introspectives. C’est un réel plaisir de replonger dans l’univers distinctif de cet auteur si attachant tout en découvrant de nouvelles facettes de son œuvre et de sa personne.

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