Critiques Archives - Page 3 sur 451 - Le Canal Auditif

Écoute : FELP – James

FELP est le projet de Félix Petit (Bellflower, Van Carton, ex-les Guerres d’l’Amour). Il lance aujourd’hui une première chanson de l’EP CHOCOLOP qui paraîtra le 26 mai prochain. En attendant, on peut découvrir FELP et son électro qui flirte maintenant avec le soul depuis que Petit s’est mis à chanter. Et on doit le dire, il le fait très bien. Il est toujours entouré de vaillants musiciens : Jérémi Roy (Chienvoler), Gabriel Godbout-Castonguay (Yann Perreau, Yokofeu et Chienvoler), William Côté (Bellflower, Misc, Chienvoler) et Martin Rodriguez (Cabezòn).

Ce n’est pas tout, si tu veux te frotter pour la première fois au nouvel EP de FELP, il y aura une pré-écoute ce soir à l’Isle de Garde pendant laquelle tu pourras aussi écouter le nouvel album de Chienvoler. Les détails sont par ici.

Sinon, vous pouvez toujours vous rattraper au lancement le 26 mai prochain au Eastern Bloc. Tous les détails sont par ici.

Critique : Black Lips – Satan’s Graffiti or God’s Art?

Les Black Lips étaient dus. Le groupe américain a une tendance à la régularité lorsqu’il s’agit de sortir des albums. Voilà bien trois ans qu’est paru l’appréciable Underneath the Rainbow. Le groupe qui s’était fait connaître pour ses frasques scéniques a beaucoup changé avec les années. De meilleurs musiciens, ils ne restent pas dans leur zone de confort très longtemps. Et ça continue avec Satan’s Graffiti or God’s Art?

Le titre de l’album qui nous vient sous forme de question est déjà en lui-même une déclaration. À la manière de « le génie est proche de la folie », la formation d’Atlanta nous pose un peu en défi son nouveau titre. Est-ce qu’ils sont des méchants garçons ou des apôtres qui font avancer l’humanité? Rien n’est moins clair. Tout comme la réussite de ce nouvel album. On a l’impression d’être spectateur de deux Black Lips. La première est une formation qui tente de nouvelles approches à leur musique avec des instrumentations intéressantes, l’ajout d’une saxophoniste (Zumi Rosow) et des influences diversifiées. La deuxième formation nous propose des pièces qui sonnent le réchauffé et le déjà vu.

Évidemment, on préfère le groupe lorsqu’il met de l’avant un son plus audacieux. Avec une mélodie fédératrice, Occidental Front est sans doute la pièce qui représente le meilleur des deux mondes. Son air est accrocheur, son saxophone est grinçant, ses guitares bruyantes et l’ensemble fort séduisant. Can’t Hold On poursuit sur la même lancée avec une autre mélodie convaincante. Ce n’est pas inusité, mais ça marche à merveille. Interlude : Got Me All Alone, une sorte de blues franchement crasseux est assez délicieux.

Mais pour toutes ces pièces qui séduisent l’oreille, il y a plusieurs moments ordinaires sur Satan’s Graffiti or God’s Art? En tête de file, The Last Cul de Sac est une pièce à la tiédeur proéminente. Oubliez les sonorités punk, on nous propose plutôt un bon vieux morceau de pop-rock assez pépère. On peut en dire autant de la pop-rock Crystal Night qui aurait pu être réussie avec un peu plus de piquant. Outre les voix qui sont un peu décalées, la pièce est une balade rock assez standard, entendue des milliers de fois auparavant et honnêtement, mieux exécutée par des groupes comme les Beach Boys. On peut en dire tout autant de la langoureuse Wayne qui ne convainc pas plus l’oreille malgré son utilisation abusive de la pédale de wah-wah.

Les Black Lips font quand même quelques bons coups sur ce nouvel album. Surtout avec l’ajout de la saxophoniste Rosow qui amène de nouvelles possibilités sonores. Ça fonctionne très bien. Les Américains sont aussi très convaincants lorsqu’ils osent aller hors des sentiers battus. C’est du punk mélodieux et grinçant à souhait. Le problème, c’est lorsqu’ils se mettent à faire de la pop-rock que le résultat est la plupart du temps décevant.

Ma note: 6,5/10

Black Lips
Satan’s Graffiti or God’s Art?
Vice Records
56 minutes

http://black-lips.com/

Critique : Blanck Mass – World Eater

Blanck Mass est le projet solo du compositeur britannique Benjamin John Power, connu également comme étant membre, avec Andrew Hung, de l’excellent projet Fuck Buttons. Son album homonyme, sorti en 2011, conservait une part de développement lent, typique de la musique drone et du post-rock, mais cette fois-ci, avec de longs accords de claviers réverbérés. C’est à partir de Dumb Flesh (2015) qu’il se passe quelque chose d’ésotérique, comme une entité qui vient hanter les oreilles et les charmer pendant toute la durée de l’album. Difficile à ne pas écouter au complet, l’album proposait une sorte de techno industriel maximaliste dont les rythmes se développaient à travers une palette de contretemps, ponctuant merveilleusement bien les lignes mélodiques. Power nous est revenu en mars dernier avec World Eater, un troisième album mixé pour les amplificateurs qui se rendent jusqu’à 11, et les clubs marginaux qui auront survécu à l’effondrement de la société occidentale.

John Doe’s Carnival of Error ouvre sur un échantillon joué en boucle, comme un début de pièce hip-hop, mais ce sont plutôt les sonorités électroniques qui se développent jusqu’à l’arrivée du rythme; l’anticipation monte d’un cran et la main droite, hypnotisée, monte le volume de l’ampli. La base techno industrielle de Rhesus Negative donne suite violemment, la guitare distorsionnée transperce la masse très dense le temps d’une longue réverbération et laisse la place à un passage rythmique percussif. Le carillon vient ajouter une touche de cauchemar éveillé, et la voix trafiquée criant « wake up! » complète l’intention de façon colérique. Please marque une pause, aux sonorités synth-wave et aux séquences manipulées en boucle. La progression nous mène à une atmosphère lounge durant laquelle le montage des échantillons de voix forme une jolie ligne mélodique aux intonations orientales.

The Rat repart sur une rythmique percussive, façon rock de stade. Elle fait étrangement penser à du futurepop fin 90s, comme une pièce instrumentale de VNV Nation qui plafonne. On passe. Silent Treatment commence et j’ai justement Joy qui me passe par la tête. Power se démarque par la suite de ma référence douteuse avec une masse sonore dense, qui donne rapidement la place à une combinaison de house et de IDM. Minnesota/ Eas Fors / Naked se développe lentement comme une longue trame noise aux variations subtiles, sans surprises, jusqu’à la finale qui propose un extrait de balade hard rock des années 80; étrange. Hive Mind conclut sur une rythmique hip-hop, en support aux échantillons de voix manipulés mélodiquement par la suite.

Le début de World Eater saute comme une bombe et donne des frissons tellement la densité et l’intensité sont bien ajustées. Par contre, ça se dégonfle un peu à mi-chemin, on perd de vue ce qui était parti pour être la ligne directrice de l’album; une espèce de dans-ta-face sonore. Heureusement, l’album gagne en contrastes stylistiques, passant du techno industriel agressif au synth-wave délicat, et cette qualité mérite certainement plusieurs écoutes.

Ma note: 7,5/10

Blanck Mass
World Eater
Sacred Bones
49 minutes

http://blanckmass.co.uk

Les finalistes du concours l’Étoile montante Ford 2017.

Chaque année, le concours l’Étoile montante Ford donne l’occasion à trois jeunes auteurs-compositeurs-interprètes de se distinguer pendant les FrancoFolies. Le lauréat aura aussi droit à une scène tout à lui lors des Francos de 2018. Bref, c’est une excellente vitrine pour se faire connaître. Cette année, sur les trente participants, c’est Raphael Delahaye (Monsieur Raph), Maxime Auguste et Jean-Michel Fontaine qui ont été retenus pour la finale. Nous nous sommes entretenus avec les trois pour vous faire découvrir ces trois créateurs et leur musique.

De la musique française au goût du jour

Raphaël Delahaye emploie le nom de scène, Monsieur Raph. Le jeune homme commence à faire parler de lui sur la scène locale. Il était d’ailleurs de la mouture de Vue sur la relève cette année. Il mélange les influences de la chanson française avec le blues et de la musique du monde : « J’aime bien appeler ça de la musique Atlantique. C’est le croisement entre plusieurs types de musique. J’emprunte à plusieurs styles. Quand ça me touche, quand ça me correspond, je l’intègre à ma musique. Les gens peuvent s’attendre à la finale à quelque chose d’assez varié. Autant du blues, le gospel américain, que la chanson française et le soul. Dans mes spectacles je joue aussi beaucoup de didgeridoo qui fait plus musique du monde. Dans mes spectacles, j’essaie de créer un moment, des sonorités intéressantes, le tout sans me censurer. »

Delahaye est aussi passé par différents concours avant d’atterrir sur la scène des FrancoFolies. Il est conscient de l’importance pour faire des concours pour se faire connaître et le voit comme un passage obligé et formateur. « Ce n’est pas le contexte le plus facile quand tu es appelé le dimanche matin à 8 h 30 pour les auditions. (rires) Mais je considère chanceux d’avoir été choisi et j’essaie de prendre ça avec beaucoup de recul et d’être relax. C’est une expérience et puis après, ça passe, ça passe pas, c’est une expérience de vie. » Le jeune homme a grandi en France, mais a vécu à Montréal pendant une dizaine d’années. Puis, c’est en revenant pour ses études qu’il a eu la piqûre et qu’il a décidé de s’installer pour de bon ici.

Du country humoristique assez attachant.

Maxime Auguste était de la dernière mouture des Francouvertes et n’a malheureusement pas passé l’étape des préliminaires. Qu’à cela ne tienne, il a trouvé sa niche à l’Étoile montante Ford même si de son propre aveu, il en était un peu surpris : « Oui. J’ai fait mon audition et je n’étais pas méga confiant après. Mais j’ai eu le courriel et j’étais agréablement surpris. C’est Mathieu Bérubé qui m’a convaincu en m’expliquant que ça ne coûtait rien et que les auditions étaient payées. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre. » Auguste possède aussi un parcours intéressant. Il a d’abord terminé une BAC en enseignement et c’est après celui-ci, à l’âge de 25 ans, qu’il a décidé de mettre de l’accent sur sa carrière musicale. « Ça m’a permis d’avoir une bonne job, de survivre confortablement. À partir de là, ça m’a permis de mettre plus de temps sur ma musique. J’ai pris beaucoup de temps pour me concentrer sur les textes, sur la musique de façon personnelle ou en faisant des formations à gauche à droite. »

Maxime Auguste mélange les genres, friand autant de Brassens que de Kataklysm. « Mon cerveau est peut-être un peu mélangé. Mais je te dirais que l’important a été de prendre une direction musicale. C’est arrivé, il y a trois ans, quand j’ai commencé à travailler sur une mouture country-folk-urbaine. Il y a tout le temps de l’humour dans mes textes. Ça vient de mon père qui écoutait de la musique yé-yé. Il y a toujours une dimension spectacle quand je pense à Dalida ou Sacha Distel, des affaires qui jouaient chez moi quand j’étais jeune. Puis, à l’adolescence, quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique, j’ai accroché à Mononc’ Serge. Sans aller jusque là, mes textes ont toujours une dimension humoristique. »

De la verve pour brasser des idées

Jean-Michel Fontaine vient d’une famille de musicien et donc il baigne dans ça depuis des années. Puis, l’attrait des mots et du hip-hop lui sont venus avec son travail d’enseignant. Ayant embrassé le slam auparavant, il a ensuite commencé à travailler avec des compositeurs expérimentés. « Je travaille en ce moment avec Chafiik (Loco Locass) et DJ Horg (Samian). « Présentement c’est les deux personnes avec lesquelles je collabore. Ils font un travail extraordinaire au niveau musical, je suis très très choyé.» Fontaine ne veut pas non plus rester emprisonner dans l’étiquette «hip-hop». « Au sens large, on peut dire hip-hop, on peut dire rap. Mais c’est un peu générique et ce que ça veut dire est pas très clair. J’aime dire que je fais de la musique. Je joue de la batterie depuis 15 ans. Je m’identifie au mouvement rap du côté de prendre parole pour des causes qui nous tiennent à cœur.»

« C’était mon premier concours d’auteurs-compositeurs-interprètes. J’avais fait des concours de slam auparavant, mais c’était la première fois que je devais montrer mon intensité, partager la passion que j’ai sur scène devant trois juges qui sont là, ils ne bougent pas beaucoup. Ça s’est bien super bien passé. Je ne m’en allais pas faire une compétition contre les autres. Je m’en allais partager.» Jean-Michel Fontaine aura la chance d’avoir une foule devant lui la prochaine fois qu’il sera sur scène à tout de moins!

C’est donc un rendez-vous le 16 juin prochain à 20 h dans le cadre des FrancoFolies pour la finale de L’Étoile montante Ford.

http://etoilemontante.francofolies.com/2017/

Critique : Evan Caminiti – Toxic City Music

Evan Caminiti est un compositeur new-yorkais actif depuis une dizaine d’années sur la scène drone noise internationale. Ses quatre premiers albums étaient constitués principalement de performances à la guitare, trafiquées par une série d’effets et de traitements. C’est à partir de Meridian (2015) que la matière synthétique allait prendre le dessus et proposer une palette sonore plus claire, nettoyée d’une partie du bruit blanc qui venait naturellement avec le genre. Caminiti est revenu en mars dernier pour présenter son sixième album, Toxic City Music, et a ramené la guitare dans le procédé compositionnel en la mélangeant avec des échantillons d’enregistrements de rue captés dans les entrailles de New York. Ça donne un mélange de noise atmosphérique et d’électro concret qui grésille et gronde. Selon la profondeur où vous en êtes rendu dans votre exploration urbaine.

Acid Shadow I est la première de trois parties dans laquelle les échantillons réverbèrent lourdement, comme emprisonnés dans un conduit d’aération. Irradiation Halo développe subtilement une mélodie à travers des strates de sons saturés, orchestrés par un panneau électrique rouillé. Joaquin nous fait ramper comme un reptile au sol, les griffes réverbérées sur les poutres en béton.

Possession commence abruptement pour revenir à une atmosphère plus calme d’exploration de tunnel souterrain, effritée parfois par des interférences radiophoniques. NYC Ego conserve une part de bruit et nous fait « chiller » dans son lounge souterrain, verre de martini à la main. Toxic Tape (Love Canal) nous amène plutôt sous l’eau, avec ses mouvements ondulés plus près des harmoniques étouffées que de la distorsion. Acid Shadow II semble s’être enfoncée davantage dans le système de ventilation et s’évanouit parmi les bruits de pattes d’insectes.

La pulsation légèrement rythmique de Toxicity rappelle le train qui passe sur une jonction de rail, répétée en écho dans le réseau de tunnels. On retrouve la sonorité pré-Meridian sur French Cocoon (Mutagen), dont l’accord de guitare électrique sert de noyau à la forme drone post-toute. Acid Shadow III ouvre sur un très long glissando qui fait place à plusieurs échantillons modulés selon la présence et la densité de chacun, et conclue dans le ventre de la fournaise.

Caminiti combine merveilleusement bien les deux genres rassemblés sur Toxic City Music; du noise drone qui oscille comme une composante saturée et de l’électro concret tout près de la matière et de ses bruits parfois aléatoires. C’est un album qui est résolument plus sale que Meridian, et bien qu’il soit aussi précis dans son montage, les différentes formes de bruit blanc laissent moins d’espace aux silences; la respiration est plus lourde, comme asphyxiée par un centre-ville pollué.

Ma note: 7/10

Evan Caminiti
Toxic City Music
Dust Editions
36 minutes

https://dust-editions.bandcamp.com/album/toxic-city-music