Critiques Archives - Page 3 sur 498 - Le Canal Auditif

La playlist à Boubi de décembre 2017


2017.

Déjà presque finie.

C’est l’heure des bilans, des tops et des flops.

Comme à chaque année, 2017 nous aura apportée son lot d’excellentes musiques. Pour ma dernière playlist de 2017, j’ai réunis les chansons les plus marquantes des parutions les plus aimées de l’année. De Vince Staples à Loud, en passant par The National, Peter Peter, Paupière et Philippe Brach. Tout de 2017 n’y est pas, mais je pense que ça fait pas mal la job.

Je vous souhaite un super beau temps des fêtes, de l’amour en masse, et une année 2018 du tonnerre.

Critique : Thor & Friends – The Subversive Nature of Kindness

Si vous connaissez déjà Thor Harris, c’est probablement pour l’une de deux raisons : soit vous l’avez vu torse nu, crinière au vent, frappant vibraphones, timbales et cloches au sein du groupe Swans, soit vous l’avez vu expliquer comment bien frapper un nazi dans une courte et instructive vidéo sur Twitter. (Bon, peut-être l’avez-vous découvert au sein de Shearwater ou de Hospital Ships, mais c’est moins probable, avouez-le.)

Sous ses airs de guerrier se cache en fait un type sensible qui a profité de l’attention qu’il a reçue pour sensibiliser les gens à la dépression, qui l’afflige comme elle afflige des millions d’autres personnes, et pour promouvoir la cause gauchiste au Texas, son État de résidence. C’est ce côté sensible de sa personnalité, plus que son image de tapocheur de percussions et d’antiracistes, qui éclaire le mieux son projet musical Thor & Friends.

Le groupe est à la base un trio de percussionnistes formé de Harris et des xylophonistes Peggy Ghorbani et Sarah Gautier, accompagnés de nombreux invités à court terme qui ajoutent violon, batterie, égoïne et autres didgeridoos. Il ne faut pas s’attendre à une fidèle déclinaison de Swans et de Shearwater, mais il y a tout de même des ressemblances dans l’esprit : un désir de transcendance, un appétit pour le moment musical qui place les musiciens en transe et modifie momentanément la sensation du temps qui passe.

La plupart des pièces de cet album sont basées sur des motifs percussifs et mélodiques somme toute assez simples, mais agrémentées d’harmonies inattendues et dans des textures recherchées. Il y a des bruits de synthés ici et là, quelques bruits de bouche et de gorge, et des bruits plus difficiles à cerner semblant provenir d’instruments à vent dont l’anche est fendillée ou ayant passé par des tubes de PVC. Bref, le résultat obtenu a l’air de résulter d’une ambiance où aucun son n’est rejeté d’emblée.

Le revers de cette approche décontractée et ouverte, c’est que certaines pièces sont un peu brouillonnes, et que la réalisation à la va-comme-je-te-pousse ne rend pas justice à l’ensemble. C’est en général charmant, enjoué et original, mais ça reste trop léger ou plat pour obtenir l’effet de transcendance escompté. Les sons du projet sont tout de même recommandés pour quiconque se sent fatigué par le conformisme ambiant.

Ma note: 7/10

Thor & Friends
The Subversive Nature of Kindness
Living Music Duplication
38 minutes

Site Web

Critique : Tulipes – Jeune travailleur

Tulipes est le projet solo, et c’est le cas de le dire, d’Alexis Duval. Pourquoi est-ce que j’entame ça comme ça? Parce qu’il fait tout! De la batterie, au chant, à la guitare, à la pochette! Disons que c’est difficile d’être plus artisanal que ça. À part Ryan Morey qui a donné un coup de main pour le matriçage. Bref, tout ça pour dire que c’est tel un seul homme qu’il se présente avec son Jeune travailleur.

Et c’est comment Jeune travailleur? Tout d’abord, c’est limpide dans le son qu’il s’agit d’un produit artisanal. L’avantage, c’est qu’on évite le fla-fla. Le défaut, c’est que ça manque un peu de rondeur et de puissance dans le son. Mais bon, quand ton studio d’enregistrement, c’est ton salon de Villeray et le sous-sol de tes parents à NDG, tu te dis que le gars a fait avec les moyens du bord. Pour une œuvre tissée d’un bout à l’autre par une seule personne, on est devant un morceau assez impressionnant.

Jeune travailleur est souvent décalé par rapport à la réalité. Notamment lorsqu’il nous chante Sirops qui nous rappelle la distinction entre du sirop d’érable et le sirop de poteau. Ça semble un peu absurde, mais dans le fond, ça questionne la notion de vrai et faux. Le tout sur une pièce bien réussie qui montre esquisse de bons coups. Il faut dire que c’est un sentiment récurrent à travers l’album. On a souvent l’impression que Duval esquisse quelque chose qui aurait pu être grandiose, mais que ça reste un petit peu trop sur le plancher des vaches. Sans doute que l’apport d’un réalisateur aurait aidé. On ne dira pas qu’on recommande Navet Confit, mais le style des deux artistes pourrait facilement se marier… en tout cas.

Duval se débrouille bien aussi lorsqu’il est question de créer des mélodies efficaces. On pourrait à ce chapitre noter l’appréciable Mur infini. Tendu amène une bonne dose d’atmosphère légère alors que le propos lui, est tout sauf léger. Gazon est aussi dotée d’une mélodie efficace, mais aurait franchement bénéficié d’un peu plus de puissance dans le son. On y perd la basse à travers le mix.

Bref, Tulipes nous montre qu’il possède des beaux atours. Maintenant, il reste à les mettre en valeur comme il faut. Vivement un réalisateur et peut-être quelques bons musiciens pour l’entourer et lui permettre de briller tout feu tout flamme.

Ma note: 6,5/10

Tulipes
Jeunes Travailleurs
Indépendant
48 minutes

Site Web

Critique : Anti-Flag – American Fall

Le 3 novembre dernier, le groupe de punk Anti-Flag revenait plus énervé que jamais avec un nouvel album intitulé American Fall.

Depuis sa création en 1988, Anti-Flag a toujours été politisé, mais souffrait souvent (du moins à ses débuts) d’une image d’ados rebelles au discours assez manichéen du genre que la guerre c’est mal et F*** le méchant gouvernement des USA. Pourtant lorsqu’on s’intéresse d’un peu plus près aux diverses revendications du combo de Pittsburgh, voilà maintenant plusieurs dizaines d’années que ceux-ci abordent des problèmes de société plus intimes, mais tout aussi importants tels que l’égalité des sexes, le harcèlement sous toutes ses formes, la cause animale, l’anorexie ou la neutralité des médias. Autant de sujets qui aujourd’hui, et même s’ils sont loin d’être résolus, prennent une place conséquente dans le débat public, mais qui à l’époque étaient plutôt confidentiels et réservés aux activistes
de tous bords.

Et l’album dans tout ça?

American Fall est donc la suite logique du précédent opus American Spring sorti en 2015. Ici, rien que le titre du disque annonce la couleur, car dans cette série, le groupe joue résolument avec la dualité des saisons (Spring/Fall) et le printemps qui se voulait symbole de renouveau fait place ici à un automne crépusculaire et l’image d’une nation sur le déclin.

C’est une véritable réussite tout simplement.

On retrouve avec plaisir les éléments qui font le succès de ce groupe : les riffs de guitare assassins, le son rond de la basse de Chris#2, la voix mélodieuse de Justin Sane, une rythmique puissante et bien sûr des refrains qui vous restent dans la tête pendant plusieurs jours. Évidemment, le groupe reste toujours aussi engagé dans ses textes et c’est sans surprise qu’il fait la part belle à l’administration Trump et l’Alt-Right qui se sent pousser des ailes depuis l’élection de ce dernier avec des titres comme The Criminals ou Racists.

Et si les fans de la première heure grinceront quelque peu des dents devant une production beaucoup plus pop qu’à l’accoutumée, il faut y voir une volonté de conquérir un plus large public et par la même occasion, participer à un éveil des consciences plus considérable. Si les mots du quatuor de Pennsylvanie sonnent déjà très juste aujourd’hui, nul doute qu’ils résonneront d’autant plus fort dans les années à venir, et confirmeront qu’anti-Flag demeure un groupe d’avant-garde dans ses combats et ses engagements.

Go boys go!

MA NOTE: 7/10

Anti-Flag
American Fall
Spineform Records
28 minutes

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Critique: Sam Smith- The Thrill of it All

Sam Smith a la réputation de chanter pour les cœurs brisés avec beaucoup de justesse. Les ballades de In the Lonely Hour, paru en 2014, en avaient fait frémir plus d’un. Je pense à Stay With me ou I’m not the Only One. Pour Smith, chanter l’amour écorché, c’est sa marque de commerce. Son dada. Le bagage émotionnel y est pour beaucoup, je vous dirais. Ça s’entend derrière le timbre vocal en falsetto de l’anglais. Trois années ont passé, depuis. Qu’en est-il du nouvel opus The Thrill of it All?

L’album s’ouvre sur le simple très populaire à ce jour Too Good at Goodbyes. Les notes au piano donnent de sacrés frissons. Smith se confie à propos d’une rupture récente. Sous des claquements de doigts, le refrain se lève:

But every time you hurt me, the less that I cry
And every time you leave me, the quicker these tears dry
And every time you walk out, the less I love you
Baby, we don’t stand a chance, it’s sad but it’s true
I’m way too good at goodbyes (I’m way too good at goodbyes)
I’m way too good at goodbyes (I’m way too good at goodbyes)
Too Good at Goodbyes

Paroles percutantes, il ne va sans dire. Les chœurs derrière donnent une belle valeur à la voix pure de l’Anglais. L’émotion y est. Too Good at Goodbyes est une pièce déchirante. Say it First suit sous des arrangements house minimalistes. La voix de Smith épouse l’instrumentation. Le tout est bien accordé et finement produit. Élégant. Tandis que sur HIM, on délaisse les textes saupoudrés à l’eau de rose. Le Londonien démontre une belle profondeur et maturité en évoquant son homosexualité : « It is him I love/don’t you try and tell me that God doesn’t care for us ». Un peu de renouveau dans la démarche artistique de l’Anglais qui, ma foi, ne fait pas de tort.

Cependant, dans l’ensemble, le nouveau disque de Smith manque d’homogénéité. La piste Pray est bancale quant à l’ambiance générale des chansons. La voix de l’Anglais s’acharne un peu trop sur des arrangements musicaux pas très impressionnants. On parle ici d’un piano mêlé à des bidouillages électroniques boiteux. Rappelons que Pray a été produite par Timbaland (Pharell Williams, Beyoncé). Quant à Scars, la pièce tombe rapidement dans le cliché sous des grattements de guitare pas très convaincants. Un changement, oui, mais on s’éloigne beaucoup trop des terrains bien balisés en début de disque. Ce qui est bien dommage.

Tout compte fait, il est clair d’affirmer que The Thrill of it All est un véritable travail de redéfinition pour Sam Smith. On essaie des nouvelles choses, on rapièce des éléments ensemble, on expérimente. Par contre, musicalement, ça manque de cohésion. Les sonorités n’ont rien de révolutionnaires…s’en est agaçant et redondant. Dans tous les cas, la nouvelle galette de Smith n’est pas un échec total…Elle est juste facilement oubliable.

Ma note : 5.5/10

Sam Smith
The Thrill of it All
Capitol Records
35 minutes

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