Critiques Archives - Page 3 sur 457 - Le Canal Auditif

Critique : Holy Data – Holy Data

La formation Holy Data lançait en mai son premier album. Le groupe est formé de membres ayant appartenu à Parlovr, Sunset Rubdown et Leafer. Alex Cooper, Jordan Robson-Cramer, Alexis Dionne et Reg Kachanoski se sont ligués lors du printemps érable. Cinq ans plus tard, leur premier album arrive après des sessions d’enregistrement à divers endroit, dont La Plante et Le Pantoum.

Holy Data fait dans l’indie-rock avec un ascendant pop assez présent et une touche de psychédélisme. Le mélange se tient bien et le groupe propose sur son album homonyme assez mélodieux et plaisant pour les oreilles. Parfois, ce sont les mélodies qui sont efficaces et par moment ils nous donnent envie de nous énerver un peu avec des rythmes qui s’emballent.

Bad Future qui ouvre l’album démarre en lion avec des synthétiseurs lancinants, une basse rythmée et une guitare un peu distorsionnée. La mélodie est relativement aérienne pour la trame rock qu’on nous propose et amène un côté aérien qui fonctionne. Hello Loneliness est à ranger dans la même catégorie avec un peu plus de pop et cadencée à souhait. L’air est assez efficace une fois de plus et l’on a droit à un solo de guitare. Cremator fait penser à certaines chansons d’Arcade Fire à leur début avec son refrain fédérateur et ses harmonies vocales homme/femme réussies.

Par contre, si le groupe nous offre des chansons souvent efficaces, l’enregistrement fait en plusieurs lieux paraît. D’une chanson à l’autre, la qualité de son n’est pas du tout la même. Il semble aussi que les compositions aient été faites dans les cinq dernières années et les différences entre une chanson comme Vacation et Orphan Maker sont assez grandes. C’est un peu difficile de cerner exactement l’identité musicale d’Holy Data.

C’est loin d’être un désastre, mais il nous reste quelques questions à l’écoute de ce premier album d’Holy Data. Certaines chansons valent le détour et proposent un indie-rock légèrement psychédélique efficace et sympathique.

Ma note: 6,5/10

Holy Data
Holy Data
Indépendant
41 minutes

https://holydata.bandcamp.com/

Critique : Can – The Singles

Pionnière de la scène krautrock allemande, la formation Can fait partie des grands monuments de la musique d’avant-garde, et son influence se compare presque à celle qu’a pu avoir le Velvet Underground. Mais alors que le groupe est avant tout connu pour ses improvisations qui pouvaient s’étirer sur une face entière d’un vinyle, la compilation The Singles permet d’en découvrir un autre versant…

Le culte de Can a commencé à se construire en 1971 avec la sortie du génial Tago Mago, suivis des classiques Ege Bamyasi et Future Days, qui ont contribué à établir le groupe comme une référence en matière de musique expérimentale, tirant à la fois sur le psych-rock, le jazz et le funk. Mais alors que ses contemporains comme Pink Floyd poussaient leur démarche vers un rock plus cérébral, Can a toujours priorisé un certain minimalisme au lieu des constructions complexes du prog.

Avec ses 23 titres répartis sur deux CD ou trois vinyles, The Singles constitue une belle porte d’entrée pour découvrir l’univers du groupe formé en 1968 par le bassiste Holger Czukay, le claviériste Irmin Schmidt, le guitariste Michael Karoli et le batteur Jaki Liebezeit, et qui a connu essentiellement deux chanteurs : Malcolm Mooney et Damo Suzuki. Agencés ainsi, en ordre chronologique, ces morceaux montrent que les gars de Can n’ont jamais craint d’explorer des contrées nouvelles.

Ça semble incroyable aujourd’hui, mais le groupe a atteint le top 10 en Allemagne en 1972 avec la déroutante Spoon, un genre de transe que l’on croirait sortie d’un autre monde. Seul autre véritable succès commercial de Can, la chaotique I Want More est ici incluse avec sa face B de l’époque,… And More, qui sonne encore aussi avant-gardiste même 40 ans plus tard, avec son glam-funk indescriptible.

Une pièce comme Vitamin C (avec sa fameuse ligne « Hey you, you’re losing you’re losing you’re losing you’re losing your Vitamin C! ») semblera aussi familière aux oreilles des néophytes, qui l’auront entendue dans les films Inherent Vice (de Paul Thomas Anderson), Broken Embraces (de Pedro Almodovar) ou encore dans la télésérie The Get Down de Netflix. Des raretés satisferont également l’appétit des fans inconditionnels de la formation, dont l’entraînante Turtles Have Short Legs, avec ses paroles un peu débiles qui montrent le côté bouffon de Can

Mais d’autres titres apparaîtront comme une hérésie aux yeux des puristes. Ainsi, l’épique Halleluwah (du classique Tago Mago) passe de 18 minutes à trois minutes trente. Mais même réduite à sa plus simple expression, la pièce reste un vibrant témoignage de l’inventivité de Can au chapitre de la polyrythmie.

Oui, The Singles inclut des morceaux que même les membres du groupe voudraient oublier. On grince un peu des dents durant la version électro-bizarroïde du classique de Noël Silent Night. Et que dire du célèbre Can Can de Jacques Offenbach, apprêté ici à la sauce space-disco! On peut certes voir dans ces accidents de parcours le signe de musiciens en manque d’inspiration vers la fin des années 70, mais ils illustrent aussi à quel point leur terrain de jeu ne connaissait aucune limite.

Sans doute les albums originaux permettent-ils de mieux cerner le phénomène Can, mais The Singles reste un joli rappel de l’influence immense que la formation a exercée, d’abord sur les groupes post-punk comme Public Image Ltd ou The Fall, puis sur la génération post-rock des années 90, Tortoise en tête…

MA NOTE: 7/10

Can
The Singles
Mute/Spoon
79 minutes

http://www.spoonrecords.com/

Critique : Ex Eye – Ex Eye

T’es tu déjà dit: « Hey, il me semble que Colin Stetson est, de par son style, presque prédestiné à shreadder dans un band de métal!» ? Ben moi non plus! Pourtant, nous y voici. Ex Eye est le nouveau groupe du saxophoniste manifestement débordé, qui nous a offert plus tôt cette année un autre album solo. Virtuose de la musique répétitive et minimaliste ainsi que des modes de jeux les plus poussés de son instrument, Stetson est acclamé dans toutes les sphères de la musique, de l’électronique au jazz… en passant maintenant par le métal.

On reconnait dès les premières minutes le style de Stetson, avec son sax volatile et virtuose, et il réussit à l’appliquer avec une étonnante aisance au métal shoegazé qui en ressort. Par moments d’ailleurs, ça peut faire penser à du Ghost Bath ou à du Deafheaven, comme avec l’entrée des blast beats délavés d’une mer de réverbération dans Anaitis Hymnal; The Arkose Disc. La sonorité de son sax se marie bien avec le reste des instruments, particulièrement dans les registres extrêmes. Les aigus rappellent parfois un certain scream, et les graves se rapprochent de sons de synthèse, procurant beaucoup de profondeur au mix. Mais malgré tout ça, il manque un peu de puissance et de plénitude à l’album. Ça ne rend pas la chose complètement monotone, l’œuvre contient quand même de belles nuances, elle exploite souvent bien le contraste entre le style épuré des envolées de Stetson, mais la partie métal de la chose manque parfois de dynamisme. Peut-être est-ce tout simplement un problème de production.

Le bagage jazz de Stetson et de ses musiciens (qui y sont tous reliés de près ou de loin) se fait bien sentir par moment. L’intégration subtile de métriques irrégulières et de progressions d’accord poussées et complexes (sans pour autant obstruer la musique de masturbation mentale) est bien réussie. Le travail mélodique est assez simple, mais très beau en général, ça donne une touche pop un peu moins ésotérique à leur musique. Ex eye garde notre attention tout au long de l’album par divers moyens, tous assez fonctionnels, mais sans devenir pour autant un album captivant. C’est immersif, cathartique par bout, mais ça reste de nature plutôt atmosphérique. Il n’y a pas de moments où l’album provoque de gros wow. Toute la recherche sonore est bien exécutée, mais on ne sent pas l’extrême perfectionnisme qu’on connaît à Stetson se refléter sur ce projet là. Certains passages semblent même avoir manqué d’attention, comme la fin de Form Constant; The Grid, qui est un peu redondante. Il est certainement facile de camoufler ces passages derrière l’aspect lent, évolutif et introspectif de leur musique, mais les passages n’en demeurent pas moins lassants à la longue.

Le style de la formation est somme toute assez intéressant et résolument original, mais quelque peu décevant. Ça donne le goût de le réécouter une couple de fois, mais sans plus. La formation a fait du bon travail, surtout pour un premier album. Avec un peu plus de temps passé à faire murir leur style, je ne serais pas surpris de les voir sortir un prochain album beaucoup plus affirmé et intéressant.

Ma note: 7/10

Ex Eye
Ex Eye
Relapse Records
37 minutes

http://relapse.com/ex-eye/

5 bonnes raisons d’aller voir Odesza à Montréal

Est-ce que vous connaissez Odesza? Si oui, bravo, vous êtes curieux et avez fait vos devoirs. Ou vous êtes peut-être tombés sous le charme à la sortie de Summer’s Gone en 2012. Si vous ne savez qui est Odesza, alors cet article est spécialement pour vous. Voici 5 bonnes raisons de vous prendre vos billets pour le 17 euh… nous voulons dire le 18 novembre.

1 – Ça te prend combien de temps, remplir un Metropolis, toi?

5 jours… après l’annonce de la venue du groupe américain dans le cadre de M pour Montréal. Odesza s’est transformé en véritables PJ Harvey et a rempli le Metropolis. Si vous croyez que c’est dû à la chance, détrompez-vous. Harrison Mills et Clayton Knight ont travaillé le terrain graduellement pour en arriver là. Evenko n’a pas eu le choix, on remet ça le 18! De quoi se réchauffer dans la grisaille du mois de novembre.

2-Et c’est une habitude…

Dans leur tournée pour la sortie d’In Return le groupe a affiché complet à 28 reprises! Leur succès en est un qui se passe de la bouche d’un mélomane à l’oreille d’un autre. À travers ce téléphone arabe d’initiés, le groupe a réussi à se faire connaître sans jamais attirer l’attention des médias traditionnels. Et c’est régulièrement un gage de longévité. Vous voulez certains exemples québécois? Les Cowboys Fringants, Les 3 accords et Loco Locass, sont trois formations qui se sont fait connaître par des moyens alternatifs comme les radios étudiantes et les médias nichés. Leurs carrières respectives s’en portent très bien.

Posted by ODESZA on Tuesday, December 9, 2014

 

3 – Summer’s Gone & How Did I Get Here

Déjà en 2012, Summer’s Gone avait fait des vagues. Bien des mélomanes s’étaient fait happer les oreilles par les chansons chillwave mélodieuses de la formation. Et How Did I Get Here représente merveilleusement les sentiments d’étés éternels que peut susciter la musique d’Odesza. Pèse sur « play », enfile tes lunettes soleil pis coule-toi une petite consommation rafraîchissant… c’est l’été!


 

4- In Return

Si le premier album d’Odesza avait visé juste, In Return a confirmé l’intérêt que nous avions pour Odesza. Plutôt que de se réconforter dans les trames vaporeuses de Summer’s Gone, le duo a démontré qu’il pouvait aussi faire danser les foules. C’est aussi ce qui attend les gens au Metropolis en novembre. Oui, ça va te coûter un petit deux de vestiaire, mais la récompense sera une soirée complète à te déhancher sur le parterre. C’est aussi dans ces années qu’Odesza a créé le collectif Foreign Family. Conscient que leur succès n’était pas une fin en soi, le duo a conçu cette plateforme pour permettre à des compositeurs émergents de publier une chanson ou pour les artistes visuels qui cherchent à faire connaître leurs œuvres. C’est une très belle initiative!

http://foreignfamilycollective.com/


 

5 – Les nouveaux tubes

La dernière, mais non la moindre! A Moment Apart, leur nouvel album, paraîtra le 8 septembre prochain et les simples parus à date sont très prometteurs. Peut-être est-ce le moment où Odesza sortira de l’ombre dans l’œil du grand public. Dans tous les cas, le duo possède le nécessaire pour conquérir les mélomanes avec de nouvelles trames léchées et mélodieuses sans tomber dans le convenu ou l’anodin. Que ce soit Line Of Sight avec WYNNE et Mansionair, la quasi-mystique Corners of the Earth avec Ry X ou encore la groovy Meridian, ça regarde bien!

Critique : Com Truise – Iteration

Seth Haley nous propose son deuxième long jeu toujours sous le pseudonyme succulent de Com Truise. Complètement instrumental, l’album se veut en quelque sort une trame sonore de la vie de Truise. Entre réalité et fabulations, Haley/Truise peaufine un space opera dont le héros est le synthétiseur. On suit le musicien alors qu’il passe avec finesse d’une autoroute futuriste à une plage des années 80, probablement dans son New Jersey natal.

Préparez-vous à une orgie de synthétiseurs. Ils jouent tous les rôles, que ce soit pour les séquences rythmiques ou mélodiques, Truise superpose les couches des claviers pour arriver à des pièces texturées. Rien de nouveau pour l’Américain qui donne l’impression de parler en ondes de synthétiseurs tellement l’instrument est présent dans sa discographie.

Com Truise a toujours joué finement sur la limite de la nostalgie, mais est-ce qu’on a l’impression d’entendre quelque chose de nouveau? Oui. L’esthétique « vintage » est évitée avec succès. La production n’est pas une édition « VHS » vieillie artificiellement. La production est léchée. Les sons sont clairs. Il n’y a pas de poussière passéiste qui vient voiler ou cacher la personnalité des pièces.

Les percussions aident particulièrement cette galette à en être une de 2017 et non de 1985. Contrastant avec cet océan de notes ondulées, les percussions viennent résolument sans vestons à épaulettes. Dans Vacuum, les cymbales et la basse font penser au dubstep tandis que Syrthio se rapproche du trap. Les différentes vitesses des morceaux enrichissent l’album. Au lieu de nous plonger dans un nuage de fumé inerte et infini, il dynamise à des moments précis.

Grâce au titre de l’album, j’ai appris qu’une itération signifie, en mathématique, la répétition d’une fonction à plusieurs reprises. Après cet opus de Truise, l’itération sera également synonyme d’une trame sonore parfaite pour accompagner le quotidien. Une musique d’ambiance qui s’améliore au fur et à mesure des écoutes successives. Comme quoi la répétition ne mène pas à l’ennui.

Ma note: 8/10

Com Truise
Iteration
Ghostly International
50 minutes

http://comtruise.com/