Critiques Archives - Page 2 sur 468 - Le Canal Auditif

Drame à Petite-Vallée : Le Théâtre de la Vieille Forge terrassé par les flammes

Crédit: André Bujold / Facebook

C’est une mauvaise nouvelle qui attendait tout le monde au réveil ce matin. Le point central du Festival en chanson de Petite-Vallée que j’ai visité en juin dernier est en proie aux flammes. Et si l’on se fie à l’image qu’ils ont publiée sur les réseaux sociaux, les dommages seront importants… et c’est s’il reste quelque chose après l’incendie.

Grande désolation ce matin, un trésor national est la proie des flammes. Heureusement, il n'y avait personne sur place….

Posted by Village en chanson de Petite-Vallée on Tuesday, August 15, 2017

 
 

Nos pensées vont à Alan Côté, Marc-Antoine Dufresne et toute l’équipe qui travaille autour du camp en chanson de Petite-Vallée et du Festival. Ces gens-là se démènent et travaillent avec acharnement à faire découvrir leur petit coin de paradis. Connaissant leur résilience, ce n’est pas un feu qui les mettra KO pour autant.

Critique : SZA – Ctrl

L’histoire de SZA en est très intéressante. Élevée en tant que musulmane assez orthodoxe, elle a fini par abandonner le voile après les attaques du 11 septembre 2001. Suite aux malheureux événements, elle a été ridiculisée par ses collègues de classe et ne supportant plus la moquerie, elle a préféré révéler sa chevelure. Elle a enregistré une première chanson un peu par accident avec son voisin et un ami. Cette chanson a fini dans les mains du président de Top Dawg Entertainment, la maison de disque de Kendrick Lamar. Puis, elle a lancée deux mixtapes et un EP. Voici qu’elle lançait récemment son premier album en bonne et due forme : Ctrl.

SZA nous présente un R&B alternatif qui se rapproche beaucoup de la néo-soul sur ce premier album. On pense parfois un peu à Frank Ocean, mais aussi à Jamiroquai et Erykah Badu. Elle mélange habilement des éléments hip-hop, soul et d’indie rock. C’est tout à fait réussi et l’on y découvre une jeune femme avec une voix magnifique et un don pour les mélodies efficaces qui évitent le cliché. C’est aussi très rafraîchissant d’avoir une voix féminine qui nous chante des problèmes avec un angle frais et moins exploité.

« I get so lonely, I forget what I’m worth
We get so lonely, we pretend that this works
I’m so ashamed of myself think I need therapy-y-y-y
I’m sorry I’m not more attractive
I’m sorry I’m not more ladylike
I’m sorry I don’t shave my legs at night
I’m sorry I’m not your baby mama
I’m sorry you got karma comin’ to you
Collect your soul, get it right »
Drew Barrymore

SZA nous ouvre la porte à sa vulnérabilité à plusieurs occasions sur Ctrl. Drew Barrymore est un bon exemple. Tout comme la Frank Ocean-esque Supermodel qui ouvre l’album. Avec une guitare légèrement bruyante, elle fait aller sa voix qui est parfois rejointe par des chœurs. Avant que doucement une basse rejoigne l’ensemble. Puis la batterie lance la chanson dans une nouvelle direction plus dynamique. C’est tout à fait réussi.

Elle se frotte aussi à des sujets plus délicats qu’elle aborde avec une approche de prise de pouvoir. Elle reprend le terme « pussy » et en fait une chanson, Doves In the Wind, qui met en garde les hommes frivoles qui parlent du sexe féminin sans respect. Elle compte sur Kendrick Lamar qui vient faire un tour sur l’excellente chanson avec une trame plus cool que cool. Go Gina tire plus vers le hip-hop avec une verve assez dégourdie de la part de la jeune femme. Anything fait aussi belle figure et SZA en profite pour nous envoyer des rimes bien tournées avec un débit non anodin.

C’est vraiment un premier album totalement réussi pour la jeune femme. SZA prouve qu’elle a une voix unique et différente du reste du monde R&B. C’est doux, bien écrit, bien composé et juste assez émotif sans tomber dans un pathos à n’en plus finir.

Ma note: 8,5/10

SZA
Ctrl
RCA Records
50 minutes

https://szactrl.com/

Mutek 2017 : un programmation riche et des artistes à découvrir.

Mutek atteint la majorité cette année avec cette 18e édition. Une édition qui se déroulera toujours à la SAT et au Metropolis, mais qui comptera aussi sur une scène extérieure gratuite sur la Place des Festivals.

De la visite internationale

L’anglais David Gardener, signé chez Ninja Tunes sera là, dès la première soirée du festival, en direct de la SAT. Dans le côté plus expérimental, Deathprod se spécialise dans le noise. Un autre anglais sera présent, Sensate Focus qui en sera à sa première visite au Canada avec son spectacle. Robert Henke est un autre qui en sera à sa première visite en Amérique du Nord avec son nouveau spectacle. Murcof, le mexicain installé à Barcelone, viendra aussi présenter ses créations à Montréal dans le cadre de Nocturne 6, un événement impressionnant au Metropolis en clôture du festival. Et ce n’est pas tout, Helm, Driftmachine et Detroit Swindle seront aussi présents pendant le festival.


 
 

Des talents canadiens et locaux qui valent le détour

Commençons avec le plat de résistance du spectacle Nocturne 6. Daphni, l’alter ego de Daniel Snaith mieux connu sous le nom de Caribou, qui offrira un DJ set de 6 heures! Oui, oui, 6 heures! C’est le temps de faire le plein d’eau et d’hydratation, parce qu’il va faire chaud dans le Metropolis. Plusieurs autres artistes d’importances seront présents dont Marie Davidson et Sarah Davachi, deux des artistes les plus intéressantes sur la scène montréalaise et canadienne. Ouri qui vient de lancer son album Superficial au printemps. Il y a aussi Buffalo MRI qui joue avec les cassettes pour travailler les liens entre les sons et la mémoire. Elle sera en spectacle le 26 août à l’édifice Wilder. Ben Shemie sera aussi en ville pour présenter ses explorations sonores et le musicien Automatisme, signé chez Constellation Records.

Bref, ce sera une édition intéressante pour Mutek. Restez à l’affût pour notre couverture de l’événement.

Pour plus d’informations: http://www.mutek.org/

Critique : Alpha Toshineza – Jazz Inuit

Alpha Toshineza est un rappeur francophone qui habite Winnipeg au Manitoba. Comme beaucoup de gens d’origine congolaise, Toshineza s’est retrouvé en Europe. Il a grandi au Luxembourg et rappe depuis les années 90. Installé au Canada depuis 2014, il a créé sa propre maison de disque, Jazz Inuit qui est aussi le nom de cet album paru à la toute fin de 2016.

Que dire de ce Jazz Inuit? Il a surtout d’Inuit le nom, on n’y retrouve pas de liens avec les communautés du Nord Canadien. Mais entre peuples opprimés, les liens sont faciles à tirer. Alpha Toshineza laisse tomber un album qui oscille entre rap « old school » et des productions plus modernes. Sa verve est organique et ses constructions d’images sont généralement bien tissées.

Yakuza est un exemple de ces trames qui nous rappelle les années 90. C’est un smooth jazz sur lequel Alpha Toshineza vogue avec une rapidité qui coule naturellement dans l’oreille. Ne laisse pas tomber ce rêve rappelle plutôt des productions à la Kanye West qui échantillonne de vieux tubes. En l’occurrence, c’est We’re Almost There de Michael Jackson. I Don’t Know fait de la place à Selci qui chante sur le refrain alors que Toshineza nous envoie des mots avec une bonne cadence.

Jazz Inuit n’est pas parfait par contre. Parfois, les images ou les propos manquent de nuances. Visionnaire, par exemple, se retrouve dans une situation paradoxale parce qu’il appelle les visionnaires de partout, se plaçant au-devant de tout ça. Pourtant, tout ça est couché sur, et de loin, la production la moins intéressante de l’album. C’est une trame simple qui peine à se distancier des trames entendues cent fois pendant les années 90. De plus, il y a un certain côté adorateur du Christ qui tombe à plat. À se retourner toujours vers la figure christique, il fait tourner en rond son propos. Alpha Toshineza esquisse parfois des images qui se font court-circuiter par un dévoilement trop direct de son propos.

Malgré ces quelques écueils, Alpha Toshineza offre un Jazz Inuit qui tient la route et qui nous fait découvrir un talent francophone du Manitoba. Il faut les célébrer, ils ne sont pas nombreux. Est-ce que Toshineza collaborera avec Shawn Jobin? Ce serait bien que les rappeurs de l’Ouest canadien se serrent les coudes. On est content aussi de voir qu’il semble y avoir une faune active et en plein essor.

Ma note: 6,5/10

Alpha Toshineza
Jazz Inuit
Jazz Inuit
39 minutes

https://alphatoshineza.bandcamp.com/album/jazz-inuit-lp

Spectacle : KJT, La Carabine et Rednext Level

Jeudi soir dernier, Les productions de la Source de la Martinière n’ont sûrement pas eu besoin d’allonger quarante milles sur la table pour faire venir Rednext Level dans son bar sportif/salle de spectacle du quartier Limoilou, mais ça ne veut pas dire que les gars n’étaient pas prêts à nous faire faire de la vitesse pour autant.

Robert Nelson, Maybe Watson et DJ Tiestostérone (lol), en kits de course, ont fait danser une foule compacte et énergique en guise de cerise sur le sundae d’un pas pire mini-showcase rap qui mettait également en vedette KJT et La Carabine.

Retour sur une soirée pas comme les autres au Bas-Canada.

Avec sa chemise à manches longues, boutonnée jusqu’en haut, sa casquette vissée creuse sur sa tête et ses lunettes à la monture fine, on n’était pas sûr lorsque KJT a surgi sur la terrasse de la Source de la Martinière pour nous inviter à nous regrouper à l’intérieur pour le début du spectacle. Pour le dire franchement, il avait davantage l’air de l’organisateur de la soirée qu’artiste.

Après une brève présentation a capella dans laquelle il explique pourquoi il se nomme KJT en utilisant que des acronymes ou des mots dont les syllabes sonnent comme des lettres, le MC a invité ses musiciens à le rejoindre sur scène.

Un batteur, un guitariste et un bassiste, pieds nus, se sont affairés pour la demi-heure suivante à rythmer la trame que met en mots KJT. Je n’ai jamais été tant fan de ces mash-ups funk/rap à la Boni Suba ou New Apple Taste, deux formations talentueuses techniquement, mais qui n’ont jamais pu s’affranchir d’un son cégépien.

KJT ne m’a pas convaincu du contraire, mais il a livré une prestation honnête et authentique. En prime, il a entonné avec la foule le refrain de Saint-Roch d’Alaclair Ensemble avant que’out of the blue, son bassiste n’empoigne le micro pour rapper les couplets. Un moment inattendu et assez efficace.

Au moment de quitter la scène, KJT a remercié la foule avant de l’inviter à accueillir « La Caravane ». Oups.

La Carabine a repris la balle au bond à son arrivée sur scène remerciant KCLMNOP pour sa première partie! C’était de bonne guerre!

Dom Polski et Fillion, tous deux debout devant leur pied de micro, ont livré de manière plus que convaincante les pièces de Chasser ses démons, solide premier LP du duo. Accompagné d’un DJ et d’un batteur les gars ont interprété Billy The Kid, Cadenas en U et autres Love Hate avec une énergie punk témoignant à la fois une colère intérieure et une grande sincérité.

Sur le plan du son et de la livraison, c’était tout à fait au-delà des attentes et c’est vraiment en concert que la musique de La Carabine prend tout son sens.

Si vous ne connaissez pas, essayez d’écouter Cadenas en U sans l’avoir dans la tête pendant une semaine. Prometteur, il est ce duo de MC.


 
 

Déjà vers la fin du set de La Carabine, on a pu apercevoir à l’entrée du bar Ogden et Maybe, le premier serrant des mains, le second se déhanchant tout bonnement, avec son sac en bandoulière.

La rumeur de leur arrivée s’est rapidement répandue et dès la fin du set de La Carabine, la pièce a commencé à se remplir sérieusement, annonçant le début imminent du spectacle de la bande de minces.

Et ça s’est fait vite, laissant à peine à quelques comparses le temps d’une proverbiale tournée de shooters, Robert, Wats et Tiestostérone étant en position pour brizâsser.

Après les présentations d’usage, le discours d’ouverture de Bobby Nel, président d’la République libre du Bas-Canada et une entrée en matière avec Argent Légal, le trio a fait sauter le toit une première fois avec Sri Lanka.

Y’a pas à dire, on était relax tantôt, mais Bobby a cassé l’ambiance et ce n’était pas parce qu’il était tanné de pas manger d’viande. Je dis ça de même!

J’ai vu plusieurs fois Alaclair Ensemble en concert et j’ai toujours été fasciné par leur présence scénique à six. Mais à six personnalités, six personnages sur le stage ça fait des grosses soirées si on veut tout assimiler ce qui s’y passe.

Avec Rednext, c’est du gros condensé avec Robert et Wats, les deux plus survoltés MC du sextuor. Leur présence et leur complicité ne fait aucun doute et entraînent dans leur sillage les spectateurs, même les plus frileux. Tsé ceux du type « pieds dans l’béton ». Même eux se trémoussaient sous les rythmes de Tiestostérone et se rapportaient aux enseignements de Robert et Wats.

Il faut dire que le trio a tout un arsenal de hits pour que ça vire su’l top. 40K, Danse avec Ogden, Baby Body, Passerelle, Clip Avec Baz : l’intention dance, le clin d’œil street et le gangsta’ d’la classe moyenne, tout y est pour qu’on laisse nos soucis au vestiaire et qu’on Get Lit.

Les gars ont même interprété Menaces de mâle, entendu sur leur récent album de remixes. Un incontournable jam. Bref, personne n’a été déçu de ne pas avoir vu d’panda.

« Rednext Level va vous faire faire d’la vitesse, on va privilégier une formation en V pour en prendre un maximum » annonçait Robert Nelson. Vu la proximité de la Source de la Martinière avec le Centre Vidéotron, je nous aurais bien vu faire de la drag dans l’parking du mausolée à PKP avec Wats, Tiestostérone et el’ Président Bobby célébrant la vitesse et l’Bas-Canada pour finir la soirée.

Dommage, ça aurait fait un bon clip avec Baz! Mais sinon, meilleure soirée.