Critiques Archives - Page 2 sur 456 - Le Canal Auditif

Critique : K. Flay – Every Where Is Some Where

La rappeuse états-unienne Kristine Meredith Flaherty, alias K.Flay, compose du hip-hop depuis bientôt quinze ans en proposant des textes plus près du féminisme que de la chosification. Elle possède une voix assez chaude pour faire du jazz et des intonations raps qui met en évidence le défilement des syllabes. K.Flay a sorti plusieurs rubans mixés (mixtapes), EPs et simples depuis 2003 ainsi qu’un premier album intitulé Life as a Dog (2014). On y retrouvait évidemment du hip-hop, mais également une palette d’éléments électros et pop rock inspirés de la scène indépendante. Every Where is Some Where (2017), publié en avril dernier, fait suite à tout ça avec un savoir-faire évident et une expérience de composition qui rend celui-ci solide et équilibré.

Dreamers prend la forme d’une balade hip-hop, suspendue au duo kick/snare et à la voix particulièrement douce de Flaherty, qualité qui contraste avec le texte et certains passages denses mettant en valeur sa performance vocale. Giver augmente à peine le tempo et l’alourdit avec les clappements de mains et le kick; la voix toujours aussi délicate nous amène naturellement vers le refrain rock alternatif 90 s, en avant de tous les instruments bien saturés. Blood In The Cut accélère encore une fois le tempo avec la basse jouée à l’octave, Flaherty complète la rythmique superbement bien et le riff du refrain vient ensuite mettre le feu à la pièce, tout en faisant étonnement penser à My Sharona (The Knack, 1979), mais avec un groove plus sexy. Champagne revient au hip-hop et à un domino de syllabes enchaînées, ponctuée par des contretemps de clappements de mains et des échantillons de cuivres.

High Enough retourne au rock alternatif, voix angélique au-dessus d’une ligne de basse saturée, avec un refrain de chanson d’amour pour cœurs cicatrisés. La basse synthétique de Black Wave fait vibrer la pièce comme du techno, mais la forme reste autour du hip-hop 90 s, salie par les effets et la distorsion. Mean It marque une pause; chanson à texte, histoire de famille, avec une basse et une guitare post-rock qui rappelle The Cure. Hollywood Forever continue de façon acoustique jusqu’à ce que la batterie et les claviers élèvent l’intensité à un niveau d’hymne rock.

La basse en glissando ouvre The President Has A Sex Tape avec un rythme terriblement efficace sur lequel Flaherty chant/chuchote un texte bien écrit; dont l’excellente « Look at who’s having the fun, easy to smile when you’re pointing the gun » offerte sur un ton condescendant. It’s Just A Lot prend la forme post-rock et l’enveloppe dans une atmosphère nostalgique tout à fait 80s, la batterie fixe le rythme au plancher de danse pendant que la machine à fumée ennuage tout le monde. You Felt Right revient à la poésie hip-hop, bien plus lente et intime, avec un refrain monté un peu comme la première piste. Slow March conclut sur une basse synthétique et une structure pop rock très radiophonique, que l’on imagine réverbérée dans un stade.

L’histoire continue avec Every Where is Some Where, faisant suite à Life as a Dog avec le même niveau de qualité dans les textes et la mise en rythme des syllabes. La composition élargit quelque peu l’éventail d’inspirations musicales, mais c’est surtout la production qui se démarque du premier opus. Il y a une clarté dans le mixage qui accentue les changements entre les couplets, refrains et ponts; un souci du détail à la hauteur de l’univers créatif de K.Flay.

MA NOTE: 7,5/10

K.Flay
Every Where is Some Where
Interscope
40 minutes

http://www.kflay.com

10 bijoux cachés de la programmation du Festival d’été de Québec

Le FEQ approche à grands pas. Bien sûr, nous connaissons bien les têtes d’affiche. Parmi les gros noms, nous retrouvons notamment : Kendrick Lamar, Metallica, Wolf Parade, Flume, Les Cowboys Fringants, Gorillaz, The Who, Muse, Bernard Adamus et bien plus encore. Par contre, au Canal Auditif, nous aimons bien vous faire découvrir de nouveaux artistes. Nous vous proposons 10 petites perles avec lesquelles vous risquez de tomber en amour, si ce n’est déjà fait. Parce qu’avec ses 11 jours et 250 spectacles, c’est une mer de possibilités qui s’offrent à vous.

Atsuko Chiba

Atsuko Chiba est un groupe de rock progressif expérimental qui n’a pas peur de la distorsion et des effets de réverbération. C’est un peu comme un mélange de Rage Against The Machine avec Shellac et un peu plus de bruit dans les guitares.

Atsuko Chiba sera en spectacle le 16 juillet à 17h à l’Anti Bar & Spectacles


 

CO/NTRY

CO/NTRY fait dans le wave. Que ce soit du new wave, du cold wave ou encore du goth wave. Le mélange qu’il en fait donne une musique rythmée, mais saupoudrée d’étrangeté. Le duo crée des environnements sonores particuliers et uniques. Il a fait paraître Cell Phone 1, leur nouvel album, cet hiver.

CO/NTRY sera en spectacle le 12 juillet à 19h45 à l’Impérial Bell

De La Reine

Ce groupe fait partie de l’un des nombreux projets intéressants à naître au sein du Pantoum. Le trio rallié derrière la voix chaude et ronde d’Odile Marmet-Rochefort explore les univers sonores du post-rock et du trip-hop. Cet amalgame surprenant fonctionne à merveille et le résultat est à la fois mélodieux et original.

De La Reine sera en spectacle le 8 juillet à 22h à l’Anti Bar & Spectacles

Harfang

Harfang est une autre formation à émerger des entrailles du Pantoum et de sa communauté de musiciens talentueux. Le groupe mélange les sonorités électroniques à un folk mélodieux un peu à la manière d’Half Moon Run et Foals. C’est généralement planant et parfait pour se laisser aller et visiter les confins de l’espace avec son esprit.

Harfang sera en spectacle le 14 juillet à 19h sur la scène Loto-Québec

Jazz Cartier

Jazz Cartier fait du hip-hop mélodieux qui mérite votre attention. Son album Hotel Paranoia paru en 2016 s’est même retrouvé sur la longue liste du dernier prix Polaris. Si vous ne connaissez pas le Torontois qui fait un mélange de Future et Joey Bada$$, ce sera une excellente occasion de plonger dans son univers aux rythmes intoxicants.

Jazz Cartier sera en spectacle le 11 juillet à 20h sur la scène Loto-Québec

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Critique : Jason Loewenstein – Spooky Action

Quand on fait référence au rock indépendant états-unien des années 90, la formation Sebadoh est assurément une importante pointure issue de ce genre musical. Le trio, mobilisé autour de Lou Barlow (Dinosaur Jr, Folk Implosion, etc.), a fait paraître une poignée de très bons disques au cours de cette décennie résolument rock. Pour ma part, je vous conseille l’excellent Bakesale (1994); une parfaite entrée en matière pour celui ou celle qui veut approfondir le catalogue du groupe. Cela dit, même si le talent de compositeur et de mélodiste de Barlow n’a jamais fait de doute, celui-ci était particulièrement bien appuyé par son acolyte Jason Loewenstein qui composait, avec lui, la moitié des titres.

Et quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre que Loewenstein proposait vendredi dernier son 2e album en mode solo ? En effet, 15 ans après le confidentiel And Sixes And Sevens, le vétéran rockeur était de retour avec Spooky Action. Chez Sebadoh, Loewenstein était clairement le plus hargneux des deux songwriters et mélodiquement parlant, sans atteindre les hauts standards de Barlow, le multi-instrumentiste a toujours su se démarquer grâce à un son explosif, y allant parfois de hurlements typiquement punks qui ont toujours fait la joie de votre humble scribe.

C’est avec une saine et objective curiosité que j’ai prêté l’oreille à ce Spooky Action… qui ne m’a absolument pas déçu. Même si de prime abord, vous serez replongé dans le bon vieux son rock des années 90, Loewenstein se démarque par son apport mélodique bonifié et cette capacité à écrire de foutues bonnes chansons. Et ce disque en regorge à satiété.

De plus, Loewenstein joue de tous les instruments sans exception et offre une performance musicale d’une qualité exceptionnelle. Le bonhomme s’est également occupé de la réalisation. Évidemment, on est ici, comme d’habitude, dans un univers lo-fi, ce qui vient donner du tonus aux efficaces déflagrations abrasives qui captent l’attention tout au long de ce disque.

En termes clairs, c’est lourd, à certains moments rageur, souvent accrocheur, et les guitares décapent, comme il se doit. C’est donc du Loewenstein pur jus que vous aurez dans les oreilles et si vous l’aimiez dans Sebadoh, vous retrouverez intact tout le talent du vétéran.

Parmi mes préférés de cette création « drette dans ta face », j’ai apprécié le riff matraque qui domine Navigate, l’extrait Machinery, le petit côté country rock évoqué dans The Fuck Out, la mélodiquement sublime Fall In Line et la locomotive rock titrée Dead. Loewenstein a eu l’intelligence de garder les choses simples en proposant un disque juste assez bruyant sans occulter sa grande force mélodique.

Que vous soyez un fan fini de Sebadoh ou pas, si vous aimez votre rock sans fioriture et interprété sans fla-fla, ce Spooky Action pourrait bien être la trame sonore de votre été. Sans aucun compromis, Loewenstein fait la preuve une nouvelle fois qu’il est un musicien rock plus que respectable. Bon petit disque.

Ma note: 7,5/10

Jason Loewenstein
Spooky Action
Joyful Noise
39 minutes

http://www.jakerock.com/

Critique : Omar Souleyman – To Syria, With Love

Omar Souleyman est le héros d’une histoire improbable qui a fait découvrir sa dabka (une musique traditionnelle syrienne) à l’Occident. En 2007, lors d’un voyage en Syrie, Mark Gergis le découvre, revient aux États-Unis et fait paraître une compilation nommée Highway to Hassake. L’engouement s’est fait sentir tout de suite si bien que par la suite, Souleyman a travaillé avec Four Tet et Modeselektor. Pour ce nouvel album, le syrien a signé chez Mad Decent, maison de disque de Major Lazer et fondée par Diplo.

To Syria, With Love est un tantinet plus pop que Bahdeni Nami paru en 2015 ou encore Wenu Wenu de 2013. C’est essentiellement un album composé pour la fête et on se rend compte qu’Omar Souleyman est un peu l’équivalent de Gilles Vigneault pour la Syrie. Ses chansons sont répétitives, hypnotiques et faites sur mesure pour un bon rigodon moyen-oriental. Ça donne envie de faire une noce juste pour danser sur ses rythmes contagieux.

Ya Bnayya, un des simples parus en prévision de l’album, est une valeur sure, dansante et intoxicante. Ce genre de chanson à répondre qui compte sur des salves de percussions aussi diverses qu’efficaces frappe dans le mile. Tout comme la mélodieuse Ya Boul Habari ou encore la rapide Khayen. Fidèle à son habitude, Souleyman nous offre des chansons qui dépassent souvent le cap des 6 minutes.

Certaines pièces sont aussi un peu plus déposées comme Es Samra ou encore la mélancolique Mawal qui, on le devine, est une sorte de cri du coeur. Mais bon, comme mon arabe se résume grosso modo à dire « shoucran » pour remercier, je ne comprends pas toutes les subtilités du langage qu’Omar Souleyman met possiblement de l’avant. Une chose est sûre par contre, il chante bien et son interprétation nous transmet ce qui nous échappe dans les mots.

Est-ce que To Syria, With Love est parfait? Non. Les chansons fortes sont porteurs, mais on s’ennuie un peu des explorations faites dans le passé par les producteurs avec qui il a travaillé. Musicalement, même si c’est bien enregistré et qu’à quelques moments des effets viennent bonifier l’écoute, ça manque un peu de variété.

Omar Souleyman nous livre un autre album bien intéressant qui donne envie d’aller se dandiner les hanches sur un plancher de danse. To Syria, With Love (et les syriens en ont besoin plus que jamais) est une bande musicale qui accompagne à merveille les soirées chaudes qui sont arrivées.

Ma note: 7/10

Omar Souleyman
To Syria, With Love
Mad Decent
45 minutes

http://maddecent.com/artist/omar-souleyman/

Critique : Steve Earle & the Dukes – So You Wanna Be An Outlaw

Dans le merveilleux monde de la musique marketisée, certains intervenants branchés issus du « milieu » ont tendance à cataloguer rapidement les nouveaux artistes dits « champ gauche » de rebelle. On ne se racontera pas d’histoire. Aujourd’hui, le révolutionnaire et le manifestant n’ont plus la cote et le jour n’est pas très loin où prendre position, s’insurger ou exprimer vivement son désaccord seront perçus comme une tare ou encore une maladie mentale. Une chose est sûre : la révolte n’est plus sociale, elle est devenue totalement individualisée et domestiquée.

Il y a bien sûr quelques exceptions, particulièrement en ce qui concerne certains rappeurs afro-américains qui brassent la baraque afin de braquer le projecteur sur les conditions minables dans lequel leurs compatriotes vivent. Pour ce qui est de « la blancheur de la dissidence », si on veut incarner cette révolte dans la durée, on doit se tourner inévitablement vers de vieux routiers… et il y en a un, un vrai, qui faisait paraître la semaine dernière son 17e album en carrière.

Steve Earle, âgé de 62 ans, toujours accompagné par les Dukes, nous proposait vendredi dernier So You Wanna Be An Outlaw; un titre qui exprime le sarcasme du musicien, face à tous ces artistes contestataires qui, lorsque le succès de masse survient, modifient leurs positions politiques ou se terrent tout simplement dans un mutisme navrant. Pas de ça chez le bon vieux Steve.

Ex-héroïnomane, pourfendeur du conservatisme puritain, Earle a dû s’expatrier en Angleterre il y a quelques années. La chanson John Walker’s Blues, parue sur l’album Jerusalem (2002) et qui raconte l’histoire d’un jeune Américain qui a quitté le pays pour s’enrôler à l’époque avec les fous furieux d’Al-Quaïda, est la cause de cet exil forcé. Tout ça se passait bien sûr dans la foulée du 11 septembre 2001. Dans cette pièce, Earle évoque, de manière subjective bien sûr, ce qui a poussé le jeune homme à péter sa coche. Ça n’a clairement pas plus à certains rednecks de la région de Houston qui ont criblé de balles le pick-up du musicien. Comme vous pouvez le constater, même si le bonhomme a connu le succès de masse avec Copperhead Road (1988), ça ne l’a jamais empêché de s’exprimer haut et fort.

En 2015, Earle nous gratifiait d’une autre bonne galette : Terraplane. Même si cet album était moins hargneux qu’à l’habituel, le meneur avait eu la bonne idée de nous amener sur un sentier « bluesy »; un mélange des Stones, des Yardbirds et de feu Chuck Berry.

Cette fois-ci, Earle et ses Dukes nous offrent une création située à mi-chemin entre un country rock très proche des Stones et un folk prolétaire, un brin confidentiel à la Springsteen. Comme le bon vétéran qu’il est, il demeure dans sa zone de confort, ne joue pas au protestataire botoxé et fait ce qu’il sait faire de mieux : du maudit bon country rock qui s’écoute parfaitement avec une petite frette estivale entre les mains.

Les adeptes de l’homme, en mode sans compromis, retrouveront la sincérité si caractéristique de Earle. Je pense ici à l’excellente Fixin’ To Die dans laquelle l’auteur replonge dans son passé de junkie et nous fait vivre de façon crue l’overdose d’un toxicomane : « I’m fixin’ to die. Think I’m going to hell ». Rien pour approcher la véridicité de Waves Of Fear de Lou Reed, mais puisque Earle en sait un bon bout sur la dépendance aux drogues, cette chanson est plus que pertinente.

Parmi les autres brûlots de ce très bon disque, je note le duo Earle/Miranda Lambert dans This Is How It Ends, la très Flying Burrito Brothers intitulée You Broke My Heart, le country rock routier Walkin’ In LA et la conclusive Are You Sure Hank Done It This Way. Et les quelques pièces folk « springsteeniennes » sont particulièrement émouvantes.

Dans cette vie hyperactive où l’on voit poindre à l’horizon un âgisme gênant (à partir de 50 ans, point de salut, vous êtes bons pour la ferraille!), je me réjouis énormément d’entendre un doyen comme Earle qui écrit et compose, et ce disque après disque, des chansons pas mal plus rebelles que la vaste majorité de ses semblables, souvent plus jeunes que lui. Un vrai « country man ». Un tenace comme je les aime.

Ma note: 7,5/10

Steve Earle & The Dukes
So You Wanna Be An Outlaw
Warner Brothers
49 minutes

http://outlaw.steveearle.com/?ref=https://www.google.ca/