Critiques Archives - Le Canal Auditif

Les artistes de la deuxième soirée des Francouvertes 2017

Cette année, Le Canal Auditif s’allie à Sors-tu.ca et Bible Urbaine pour vous présenter les artistes de la 21e cuvée des Francouvertes. Après une première semaine mettant en vedette Mélanie Venditti, Shawn Jobin et Antoine Lachance, c’est au tour de Maxime Auguste, Projet Coyote et Juste Robert de prendre la scène du Lion d’Or. Pour l’occasion, ils seront aussi accompagnés d’un ex des Francouvertes (parce que leurs ex, sont pas mal sexy) : Tire le Coyote.
 
 

Maxime Auguste

Il possède une barbe aussi généreuse que bien taillée et fait de la chanson folk qui oscille entre la mélancolie et le comique. Sa chanson Cinéma l’Amour raconte la tristesse qui accompagne une énième fréquentation qui se termine en queue de poisson. Ce descendant de Madelinots attaque la chanson sans faire de l’humour à se taper les cuisses, mais toujours avec une certaine ingéniosité. Mon équipe est une chanson d’un garçon qui a un kick pour une fille qui aime les filles. Il évite les vulgarités et ce qui en ressort est une morosité des petites déceptions quotidiennes. On écoute ses chansons tristes avec un sourire en coin.


 

Projet Coyote

David Fortin et François Potvin ont quitté les terres du Lac St-Jean pour venir poser leurs pénates à Montréal. Le duo est débarqué armé de quelques chansons, d’un folk rock rythmé et d’une envie de conquérir la scène de la métropole. À date, on peut dire que Projet Coyote s’est forgé une réputation enviable à coups de spectacles donnés sur le circuit des bars. Il faut dire aussi que les deux joyeux lurons ont déjà plusieurs compositions à leur actif : un album intitulé Sitting in the Dirt ainsi qu’un EP par saison. Avec cinq sorties en deux ans, on peut dire que ça ne chôme pas du côté de Projet Coyote. Leurs chansons sont tissées sur mesure pour mettre le party et gageons qu’ils donneront envie à la foule de se trémousser lundi prochain.

Juste Robert

Juste Robert est le pseudonyme rock du sculpteur Jean-Robert Drouillard, originaire de la Gaspésie. Peut-être est-ce cela qui lui confère cet accent à la fois étrange et charmant. On a l’impression d’exotisme et de la chaleur du terrain connu tout à la fois en écoutant l’homme. Dans son périple musical, Juste Robert s’est allié Hugo Lebel (Lesbo Vrouven et Les Goules) qui l’a aidé à faire sortir les chansons des quatre murs de sa cuisine. On y trouve de la guitare électrique comme acoustique, de l’accordéon et des textes intéressants. Juste Robert n’a pas la langue dans sa poche. Sur Golden Storm, il demande sans détour : « Est-ce que tu voudrais faire l’amour avec moi? » Lundi prochain, vous aurez le loisir de lui donner votre réponse.

On se voit donc lundi prochain à 20 h pour cette deuxième soirée des Francouvertes 2017.

http://francouvertes.com/

Critique : Peter Peter – Noir Éden

Rares sont les artistes québécois ayant réussi à créer une attente aussi grande pour un nouvel album. À la force des trois extraits sortis avant sa parution, le mélomane averti avait tout pour espérer une petite bombe indie pop. L’œuvre serait peut-être aussi bonne que son précédent et… peut-être même mieux. Rétablissons les faits.

Peter Peter, prometteur auteur-compositeur-interprète, fait paraître, à l’hiver 2011, un premier album folk rock. L’album homonyme paraît pour le compte d’Audiogram et est un peu brouillon. Puis, il tourne le Québec ainsi que la France avec ses chansons. Paraît ensuite un deuxième disque en août 2012. C’est un pas de géant intitulé Une version améliorée de la tristesse. Celui-ci est au diapason de ce qui se faisait en frais d’indie pop électronique à ce moment-là dans le monde. Ça illustrait l’amour pour que l’artiste porte aux claviers, entre sonorités des années 80, new wave et indie pop sophistiquée. Personne au Québec ne faisait de la pop aux sonorités électroniques comme Peter. À ce moment-là, il était dans une classe quasi à part. L’album fut révélé : album franco de l’année sur l’iTunes Store Canada, et paru dans plusieurs listes des meilleurs disques cette année-là. En plus, il fut sélectionné dans la longue liste du prix Polaris. L’album est lancé en France un an plus tard chez Arista France, qui craque pour la plume de Peter et voit en lui un bel avenir pour la chanson française. Le beau brun s’installe alors en France, dans le sud de la banlieue parisienne pour changer de cap, vivre autre chose, connaître l’amour et surtout, écrire un nouvel album.

Alors, il est comment ce nouvel opus? Très bien foutu, je vous dirai. Ce qui frappe le plus, c’est la confiance que Peter a gagnée de l’album numéro un à ce troisième opus. C’est évident, dès les premières notes chantées de Bien réel, qui ouvre merveilleusement bien l’album, une des meilleures chansons du répertoire de l’artiste. Avec son entrée ambiante et pulsative jusqu’à son envolée aux limites de la techno, on entre dans de nouveaux territoires, entre deux états, le réel et l’irréel. Peter s’amuse à brouiller les cartes, avec un texte imagé presque automatique, contemplatif, romantique et intimiste à souhait.

Sur les onze pièces de ce nouvel album (12 si l’on y inclut la pièce Fantôme de la nuit, un interlude de 32 secondes), l’artiste joue avec le format pop (couplet-refrain-couplet-bridge-refrain) en superposant les textures, en diversifiant le tempo. Il opte pour une prose imagée qui laisse l’auditeur contemplatif. Ça sonne new wave, avec des effluves de musique électronique ici et là. Tantôt, ça pourrait vous évoquer Indochine, d’autres fois Depeche Mode ou Étienne Daho. D’autres moments sont sortis tout droit du meilleur du catalogue pop des années 80 (Vénus, Nosferatu).

Ça paraît audacieux et gros comme ça, mais prenez par exemple Loving Game. La pièce, une commande que l’éditeur de Peter avait demandé pour lancer à l’équipe de Céline Dion (qui a été refusée, évidemment), est l’une des belles surprises de l’album. Avec son refrain en anglais et son chœur gospel, c’est un gros cliché américain qui prend des airs de clin d’œil plutôt que de pastiche. C’est fait avec intelligence et subtilité et juste assez d’ironie pour que ça fonctionne. La pièce titre, une ode à la solitude insomniaque, possède un chœur féminin chanté par la jeune Française Alice Vanor et est absolument divine. No Man’s Land, avec ses claviers dissonants, est très efficace, tandis que Pâle cristal bleu, qui clos l’album, est acoustique et douce. Elle pourrait être la sœur de la maintenant célèbre Tergiverse, parue sur son premier album.

Réalisé par Peter lui-même entre Montréal et Paris avec l’aide de Pierrick Devin, Pascal Shefteshy et Emmanuel Ethier (ces derniers avaient travaillé sur son précédent effort), Noir Éden est la suite logique et accomplie d’Une Version Améliorée de la Tristesse. Sans se dénaturer, Peter emmène son public ailleurs, entre variété française, électronica et indie pop-rock. Il se place, avec la parution de cet album, parmi les meilleurs artistes de sa génération, qu’ils s’appellent Feu! Chatterton, La Femme ou Jimmy Hunt.

Ma note: 8,5/10

Peter Peter
Noir Éden
Audiogram
46 minutes

Critique : Leif Vollebekk – Twin Solitude

Je ne sais pas si le nom du nouvel album de Vollebekk vient de son observation de la faune montréalaise séparée par la Main. Je ne sais pas non plus (même si je m’en doute) qu’il a adopté le titre pour parler du précipice qui se creuse entre deux cœurs quand la lune ne brille plus et quand la noirceur a pris la place de la lumière dans une chaumière. Une chose est sure avec Vollebekk, ce gars peut te rendre jaloux. Celui que ta blonde (ou ton chum, ne sait-on jamais…) rencontre et que tu te dis : il est beau, il chante bien pis en plus, je suis sûr qu’il sent bon. C’est le type parfait avec de l’âme, qui ne fait même pas semblant d’être un autre.

Twin Solitude est le troisième record de cet expatrié d’Ottawa venu s’installer dans la scène musicale foisonnante de Montréal. North Americana, son précédent, était efficace, bien composé, mais donnait un peu trop l’impression de vouloir ressembler à Ryan Adams. Aujourd’hui, avec Twin Solitude, Vollebekk ne ressemble à personne. Il s’élève de la mêlée et se classe parmi l’élite du folk contemporain de ce monde.

On y retrouve encore les influences de Bob Dylan et Neil Young, mais elles s’incorporent dans un nouveau mélange coloré d’une soul poignante. Penchons-nous d’abord sur le sublime simple Elegy paru dans les dernières semaines. Vollebekk y va d’une voix aussi dynamique que mélodieuse sur une base de piano, basse et batterie simple. L’air est efficace et intoxicant. Une chanson qui traite d’un ancien amour décédé avec toute la fougue et la joie de la jeunesse autant que la maturité de l’homme qui en a vu d’autres.

Heart’s on fire ‘n’ so is the page
Everybody round here’s telling me to act my age – I’m trying .
Things are only revealed in the life that is given oh
To be free from the body when all else is forgiven.
Rain outside’s blowing in the curtains nothing is revealed but nothing is for certain.
As I recall you was drinking from the sanctuary wine.
Well don’t worry baby, we’ll find all of our lost time.
— Elegy

Les chansons poignantes sont reines sur Twin Solitude. Vancouver Time qui ouvre l’album est empreint d’une certaine nostalgie. All Night Sedans est douce sans bon sens. Michigan prend une approche à la guitare alors qu’East of Eden ressort la guitare électrique. Cette dernière est particulièrement belle et évoque les routes trop longues et trop plates. L’album se termine sur la magnifique Rest, où Vollebekk couche sa voix sur une trame construite avec une harpe et ce que je suspecte être un mélange de haut bois et de saxophone, mais c’est vraiment incertain. Une chose est sure, c’est très beau.

En conclusion, c’est un excellent album. Le genre de record qui te redonne foi en l’humanité. Une galette qui te fait vivre des émotions. Leif Vollebekk ne se trompe pas sur Twin Solitude et te donne envie de réparer des pots cassés, de te coller doucement à un autre être humain dans le froid de février pour te rappeler qu’on a tous un petit cœur qui bat. C’est à ton tour de te faire plaisir. Écoute Leif te chanter de belles ritournelles et profite de ces moments de douceur.

Ma note: 8/10

Leif Vollebekk
Twin Solitude
Secret City Records
51 minutes

http://www.leifvollebekk.com/

Critique : Surfer Blood – Snowdonia

Quelques temps après 1000 Palms, paru en 2015, les surfeurs de la Floride prennent la vague (petit jeu de mots ici) pour venir nous proposer un quatrième opus titré Snowdonia, sous Joyful Noise Recordings. Les voici avec un album rock bien exécuté, qui ne réinventera peut-être pas la roue… mais qui reste en soi, un projet efficace et mature. Explications.

Snowdonia débute avec Matter Of Time. Cette chanson lève avec des motifs de guitares plutôt dynamiques et colorés. Déjà en partant, on est en terrain connu. On reconnaît ces envolées lyriques mélodiques de la formation et ces répétitions du refrain qui laissent croire qu’on veut amplifier les paroles de la pièce. Le tout mené par la voix de John Paul Pitts (et qui est aussi le meneur de jeu). On poursuit avec Frozen. Tout au long de ses quatre minutes, le titre nous transporte sous le soleil de la Floride avec des montées musicales plutôt bien rodées et des batteries qui dictent le rythme avec brio. Honnêtement, ça reste du très bon Surfer Blood. La lancée se continue sur Dino Jay. L’auditeur entend un côté légèrement plus pop que les titres précédents où s’accumulent les solos de guitare bien intéressants qui sortent des sentiers battus.

On note que sur Six Flags in F or G, on prend nettement une plus grosse prise de risque. Pendant près de cinq minutes, les Surfer Blood se lancent dans un côté rock un peu plus expérimental (et psychotique)… avec un côté lancinant plus sexy. C’est à ce moment qu’on constate l’innovation et le côté mature de Snowdonia. On est moins dans la « pièce à gogo ». On tente de se reformuler, de se structurer et de mettre des balises et des limites à la chanson. C’est donc tellement plus précis! La bande de Floridiens continue de sortir de leur zone de confort avec Taking Care Of Eddy. Un titre complètement disjoncté avec des guitares psychédéliques et des tambours déchaînés. Un peu plus courte, la chanson nous étonne beaucoup et renvoie directement à une nouvelle démarche artistique du groupe. Cela résulte par des chansons plus pétillantes et inspirantes.

Avec Snowdonia, Surfer Blood nous invite à prendre part à une toute nouvelle aventure qui ne déplaît pas du tout aux oreilles. On aime ce changement de cap. Et on leur souhaite d’aller encore plus loin dans les prochains disques. Chaud devant.

Ma note: 7/10

Surfer Blood
Snowdonia
Joyful Noise
38 minutes

https://www.surferblood.com/

Critique : Automat – Ost West

Jochen Arbeit, Achim Färber et Georg Zeitblom ont fondé le projet électro allemand Automat en 2011, en offrant un mélange de dub et d’électro atmosphérique comme trame sonore au thème des migrations humaines. Ils ont publié leur premier album éponyme en 2014, avec Lydia Lunch, Genesis Breyer P-Orridge et Blixa Bargeld comme invités. Ils ont continué avec Plusminus, l’accent étant mis sur l’esthétique rétro analogique nous rapproche de Kraftwerk, mais mélangé avec du dub; un pur délice. Le trio est revenu en novembre dernier avec le dernier chapitre de leur trilogie sur les migrations, Ost West, et un sens du mouvement irrésistible.

Ost s’ouvre sur une arpège de basse analogue; le rythme acoustique trip-hop donne le tempo pendant que la masse synthétique se développe comme un solo jazz. Fabrik der Welt commence par avoir un effet sur la main et fait monter le volume après seulement quelques secondes d’écoute. La base techno de la signature rythmique est incroyablement groovy, et n’a même pas besoin de changer tellement les variations sont efficaces. On tape du pied jusqu’à la fin, guidé par les échantillons trafiqués, comme des réverbérations d’annonces de station de métro.

Pour sa part, Tränenpalast ralentit la cadence sous une forme trip-hop/post-rock, et épaissit la sauce avec une couche d’effets sonores rétro colorée; ça se conclut de façon expérimentale. Yuko calme davantage les oreilles, collées dans le fond d’un sofa dans une soirée lounge; la boucle se déploie lentement, accompagnée par la guitare et les échantillons de voix. Puis, West propose une fabuleuse structure électro funk et donne envie de sortir un « yeah! » en faisant une steppette de pieds à la James Brown.

Europa donne suite à Fabrik der Welt en terme de cadence irrésistible, de contretemps funk qui font se déhancher, et de répétition techno pop; n’oubliez jamais les clappements de main, c’est rassembleur et d’une étonnante efficacité. Tempelhof revient à une base dub, lente et réverbérée à volonté; la mélodie se manifeste par fragments, relégués en écho derrière la batterie. Transit conserve une part de dub et y ajoute des percussions tribales; plus lourde, la pièce sert de trame à une danse autour d’un feu.

Bien qu’il y ait une certaine abstraction dans la musique d’Automat, on y trouve un thème qui va au-delà du dub et du techno, relatif au côté nomade des humains, de leur mobilité, des migrations et des transports qui se sont développés en conséquence. Ça donne un tout homogène qui groove bien plus que les deux précédents albums, et qui accompagne à merveille un trajet en métro. À écouter quotidiennement pour donner du rythme à votre routine.

MA NOTE: 8,5/10

Automat
Ost West
Bureau B
43 minutes

http://www.automatmusik.de