Critiques Archives - Le Canal Auditif

Écoute exclusive : Stevenson – Letters

Stevenson s’apprête à lancer son premier album, Sadboyz, le 7 avril prochain. Le trio est composé de Vincent Ford à la guitare et la voix, de Francis Oligny ainsi que de Fred Le Tourneux-Gagnon à la batterie. La bande décrit sa musique comme de la downer pop, on pourrait aussi dire de l’indie rock avec une bonne dose de mélancolie dans les mélodies. Letters est une chanson qui rentre au poste avec aplomb sans jamais nous faire violence. Ça donne envie de se dandiner le popotin et de danser de la poitrine comme dans les années 80. Ça donne aussi envie d’entendre le reste de l’album. En attendant, on peut se faire plaisir avec ce premier simple.

Le spectacle de lancement de Sadboyz aura lieu le 13 avril à l’Esco (momentanément déménagé au Cactus). Tous les renseignements par ici.

Les 3 étoiles du 24 mars 2017

Gorillaz – Saturnz Barz (Spirit House)

4 de nos personnages animés préférés reviennent en ville. Les rumeurs se faisaient de plus en plus nombreuses dans les derniers jours et voici qu’ils nous parachutent Saturnz Barz, un premier extrait de Humanz à paraître le 28 juillet prochain. Ce premier extrait nous livre une pièce qui mélange reggae et dancehall dans la voix à un rock groovy à souhait. Fidèle à son habitude, la formation nous offre une pièce archimélodieuse.


 

Canailles – Rendez-vous galant

Canailles vient de nous lâcher ce petit bijou, deuxième extrait issu de Backflips qui paraîtra le 28 avril prochain. La toune est bonne et le vidéoclip… juste… wow. Daphné Brissette nous chante déjà l’amour en nous parlant de fin du monde, ça donne le ton. On suit pendant le clip un couple dans la quarantaine qui fait tout péter. Littéralement. Comme des Bonnie & Clyde plus violents, la paire tire sur des animaux-humains qui pissent le sang coloré. On dirait que du sang bleu, ça rend la mort festive.


 

Feist – Pleasure

Leslie Feist nous a fait patienter un bon bout de temps entre la sortie de Metals et ce nouvel album intitulé Pleasure. Déjà dans Metals, la jeune ontarienne faisait un virage marginal, délaissant la pop qui a fait son succès. Voici que sur la chanson-titre, on est dans le grunge lo-fi mélodieux et bruyant. Une raison de plus de tomber en amour avec elle si ce n’est déjà fait. On a très hâte qu’arrive son cinquième album en carrière.

Entrevue avec The Zombies

C’est rare qu’on ait le privilège de s’entretenir avec une légende toujours vivante. Rod Argent et son groupe The Zombies ont atteint ce statut. Nous avons eu la chance de nous entretenir au téléphone avec ce dernier pendant que le groupe mettait la touche finale à son spectacle au New Jersey.

Le groupe qui a révolutionné le rock psychédélique dans les années 60 n’a pas eu une carrière typique. Après de nombreux essais à percer, la formation enregistre un ultime album : Odessey and Oracle. À sa sortie, le succès n’est toujours pas au rendez-vous et la bande décide qu’il est temps de passer à autre chose. « À mon souvenir, ça fait quand même quelques années, je pense que Chris (White, bassiste et autre compositeur du groupe avec Argent) se sentait comme moi. Nous sentions que la séparation s’en venait et nous étions désespérés d’enregistrer un album de la manière que nous pensions que les chansons devaient s’écouter. Nous étions frustrés par la production des simples que nous avions fait paraître auparavant. Ce n’était pas comme ça que nous voulions sonner. Après l’enregistrement, nous étions très satisfaits du résultat, mais les simples n’ont pas marché et nous nous sommes séparés. C’était une décision financière, parce que les autres dans le groupe qui n’avait pas écrit de chansons ne recevaient aucune rémunération, c’était intenable. » Il n’y a pas de grogne dans le groupe simplement de la déception. Ce n’est que quelques mois plus tard que Time of the Season fera un tabac aux États-Unis.

Le groupe n’était pas au courant à ce moment que leurs simples fonctionnaient partout à travers la planète. « Dans ce temps-là, vous ne l’appreniez tout simplement pas. Nous n’avons donc pas capitalisé sur ça. » L’internet a tout changé pour les groupes qui maintenant peuvent savoir où leur musique fonctionne. « Tu peux avoir un succès au Pôle Nord et le savoir dans l’heure. » S’ils avaient su que les choses allaient si bien pour eux, ils ne se seraient pas séparés. « Il n’y avait pas de tension entre les membres du groupe. C’est pourquoi aujourd’hui nous jouons toujours ensemble et nous avons du plaisir. Nous nous entendions bien dans le temps et nous nous entendons toujours bien aujourd’hui. Voilà pourquoi nous tournons toujours ensemble. »

Depuis 2004, le groupe est de retour en bonne due forme et tourne un peu partout à travers la planète. Bien sûr, il joue les pièces de leur album mythique paru il y a 49 ans, mais aussi des chansons des quatre albums parus depuis le début des années 90. Cette tournée sera la dernière chance d’écouter l’album en version live. « Nous sommes au Canada et aux États-Unis pour deux mois et nous tournons avec tous les membres vivants du groupe, en incluant ceux qui en font maintenant partie. Cela nous permet de jouer chacune des notes de l’album de a à z. Ça fait 50 ans que nous avons enregistré l’album à Abbey Road. Nous nous sommes dit, on est très fier de l’album et on pense toujours qu’il s’écoute bien, mais nous ne voulons pas passer le reste de nos vies à le jouer et à regarder en arrière. Nous nous sommes dit que nous ferions un blitz à travers le Canada, les États-Unis, l’Angleterre, les festivals européens puis nous allions tracer une ligne. »

Rares sont les albums qui réussissent à traverser le temps et toujours être écoutés 50 ans après leur création. Odessey and Oracle fait partie d’une classe sélecte d’albums en compagnie de Pipers at the Gates of Dawn de Pink Floyd qui traverse le temps et continue d’attirer l’attention de nouvelles générations de mélomanes. « Deux ou trois des dernières entrevues que nous avons faites sont avec des journalistes qui sont au début de la vingtaine. C’est surprenant de voir que ça peut encore résonner chez les générations présentes. On a dû faire quelque chose de la bonne façon. »

Plus récemment, Argent s’est trouvé à discuter avec Graham Nash (Crosby, Stills & Nash) et les deux hommes n’en reviennent pas que 50 ans plus tard, ils ont toujours envie de composer des chansons et qu’ils ont encore du plaisir à jouer celles qu’ils ont écrites il y a près d’un demi-siècle. Il faut dire que The Zombies ont fait leurs premiers pas dans une période faste pour la musique anglaise. Ce sont les années 60 des Beatles et The Kinks. « C’était un temps très excitant pour un musicien puisque les frontières de la pop étaient abattues et nous étions très libres de composer comme nous l’entendions. Le public était beaucoup plus réceptif aussi à l’époque. Aujourd’hui tout est compartimenté et marginalisé lorsqu’on fait des expériences sonores. »

Le succès s’est peut-être fait attendre pour le groupe, mais ils reçoivent enfin la reconnaissance qui leur revient : « Still Got The Hunger s’est classé parmi le Billboard 100, ce qui est incroyable! » Le groupe joue maintenant devant des foules impressionnantes et continue de composer de la musique et d’enregistrer comme à l’époque. Le tout en ayant les moyens nécessaires pour faire de la musique comme ils le veulent. Ils seront de passage à l’Impérial le 1er avril et croyez-nous, ce n’est pas un poisson d’avril.

http://www.evenko.ca/fr/evenements/11779/the-zombies/l-imperial/04-01-2017

Les Cowboys Fringants – Break Syndical

Été 2003, je termine mon secondaire. Mes occupations à ce moment-là sont plutôt simples : je travaille comme commis dans l’épicerie du coin, je rêve de devenir comédien, je ne me peux plus d’attendre l’automne qui veut dire début du Cégep St-Laurent et les soirées, je les passe avec ma gang d’amis dans le sous-sol de Simon. On fait nos expériences d’ados, les premiers pétards, on se trouve cool parce qu’on boit de la téquila (ouache) et on finit par passer la majorité de notre temps à écouter de la musique et des films. Bref, mes parents auraient trouvé que je ne faisais pas grand-chose de ma carcasse et pourtant… ces moments-là m’ont ouvert l’esprit et m’ont profondément marqué.

Il faut dire que pendant la fin de mon secondaire j’étais un métalleux, j’écoutais du Iron Maiden, je portais un coat de cuir (que je porte toujours d’ailleurs) et je ne voulais rien savoir de la guitare acoustique. Ça, c’est jusqu’à ce que je tombe sur En Berne. Il faut se replacer en contexte, j’ai 17 ans, je découvre le nationalisme et le contexte politique, mon identité d’adulte et je commence à me fâcher contre la société : trop de grandes entreprises qui se foutent de leurs employés, trop de pollution, trop de laxisme de la classe politique… vous me direz que ça n’a pas changé. Vous avez malheureusement trop raison. Mais, à ce moment-là, quand je tombe sur En Berne, j’ai l’impression que Jean-François Pauzé a écrit ça pour moi :

«C’est ça l’problème de ma patrie
Y’a pas personne pour s’indigner
Contre la fausse démocratie
Qui sert les riches et les banquiers
Dans cette contrée peuplée d’ignares
‘Faut pas trop s’rappeler d’son histoire
Ici y’a juste les plaques de char
Qu’y ont encore un ti-peu d’mémoire…»
– En Berne

Et c’est aussi comme ça que toute ma gang a découvert Les Cowboys Fringants. On est tombé dans la marmite tous en même temps, et Break Syndical a été notre porte d’entrée dans le monde à la fois engagé, ironique et mélodieux des Cowboys… pis tous les gars avaient un petit kick sur Marie-Annick, mais ça c’est un autre affaire et c’est pas mal moins important. Encore aujourd’hui, quand La Manifestation part, je me rappelle des moments passés dans la rue devant le cégep St-Laurent à dénoncer les compressions des prêts et bourses du gouvernement Charest. C’était l’époque juste avant Libérez-nous des Libéraux de Loco Locass. Nous étions jeunes, dynamiques, rebelles et on voyait bien que le gouvernement en place était en train de dilapider nos biens à la manière d’un syndic de faillite.

Pendant que j’écris ces lignes, Toune d’automne se met à jouer avec son air réconfortant. Il va sans dire que je connais encore les paroles par cœur. En tant que fan aillant beaucoup traîné dans les concerts du groupe je substitue : « Jure-moi donc que c’fois là tu restes à maison pour de bon » pour « Jure-moi donc qu’t’es pas devenue fédéraliste ma petite crisse ». Ça parle aussi de Simon, parallèle si facile à faire avec mon Simon chez qui on végétait le soir en se posant pas mal de questions sur la vie. J’ai toujours beaucoup aimé les chansons mélancoliques des Cowboys. L’Hiver Approche récit d’une personne cassée, m’a souvent résonné dans la tête pendant l’université quand j’avais de la misère à arriver et que le Kraft Dinner était la seule chose que je pouvais me payer pour souper. C’est aussi sur Break Syndical qu’on trouve la poignante Ruelle Laurier avec ses paroles crues qui expose un univers familial dysfonctionnel et violent. Une des rares chansons écrites par Karl Tremblay plutôt que Jean-François Pauzé. Encore aujourd’hui, ça me donne des petits frissons quand le violon de Lépine embarque et que le texte se fait particulièrement dur :

« Ma mère vivait ça tranquillement
En faisant semblant d’l’aimer
Angoisée tout en sachant
Qu’y allait r’venir pour son péché

Elle fermait les yeux doucement
Pendant qu’y a prenait par les cheveux
L’a faisait mettre à genoux devant l’divan
Assouvir ses instincts vicieux

Mercredi soir après le hockey
J’vas attendre mon père chez l’vieux Dugas
Quand y va prendre la ruelle Laurier
J’vas m’arranger pour qu’y en sorte pas…»
-Ruelle Laurier

Pratiquement toutes les chansons de Break Syndical sont devenues des classiques pour quiconque suit le groupe. De Joyeux Calvaire à l’humoristique Heavy Métal en passant par le premier chapitre de l’histoire de Jay-Pee Labrosse intitulé La noce. C’est l’album qui a permis au groupe de devenir un phénomène de société qui les a menés en France et qui a culminé le 30 décembre 2003 au Centre Bell. Un phénomène qui s’est construit par le bouche-à-oreille et par la ferveur de ses fans. Ce soir-là, on était là, toute la gang à danser dans les rouges avec des milliers d’autres jeunes adultes qui avaient envie que les choses changent. On était content d’entendre Dom Lebo nous conter des blagues entre, et souvent pendant, les chansons et voir Jérôme Dupras groover comme jamais à la basse. Dupras, c’est un maudit bon bassiste, on l’oublie souvent.

Aujourd’hui, on a la trentaine. J’espère qu’une partie de cette utopie-là vit toujours en nous; celle de vouloir faire de notre société un monde plus juste et équitable, plus vert et plus respectueux. Je dois aux Cowboys Fringants de m’avoir accompagné à travers la myriade de questions qu’on se pose au début de l’âge adulte. Quand on essaie de comprendre qui on est et comment on a l’intention d’aborder la société et le monde. Aujourd’hui, certaines chansons viennent encore me chercher, me mettre à fleur de peau, me chambouler et je connais encore chacune des paroles de chacune des chansons de Break Syndical. Merci gang. C’était un pas pire record que j’aime encore beaucoup.

Les Cowboys Fringants
Break Syndical
La Tribu
2002

http://www.cowboysfringants.com/

Critique : Blood and Glass – Punk Shadows

La formation Blood and Glass lance le 24 mars son deuxième album intitulé Punk Shadows. La formation construite autour de la proposition de la chanteuse et musicienne Lisa Moore (ex-Creature) offre toujours un son aussi marginal et bizarroïde sur son nouvel opus. Comme pour Museum With No Walls, elle est entourée de son mari Morgan Moore (Thus:Owls, Forêt), Robbie Kuster (Patrick Watson, Black Le Gary) et Mélanie Belair.

Pour aborder Punk Shadows, Lisa Moore s’est inspirée d’un conseil de Jean Leloup : « Quand c’est le fun, c’est le fun… et quand c’est pas le fun, c’est pas bon. » Ce Punk Shadows garde une approche alternative comme Museum With No Walls. Par contre, on y trouve un peu plus de chanson qui glisse dans l’électro-pop avec des mélodies plus conventionnelles. On s’entend, ce n’est jamais vraiment totalement radiophonique, mais la chanson-titre à elle seule incorpore de beaux éléments orchestraux, des cordes efficaces et une Moore qui chante une mélodie rassembleuse.

Blood and Glass nous propose une proposition artistique en marge de ce qu’on retrouve dans la scène musicale montréalaise. Le simple Whiskey avec son chant « Bowiesque » qui verse dans un refrain dansant est très convaincant. Encore une fois, on y retrouve des sonorités qui rappellent les instruments orchestraux notamment le clavecin. La chanson représente bien Blood and Glass qui nous transporte dans une rêverie étrange où nous sommes incertains d’être à l’asile, à la fête foraine ou dans un cauchemar.

On a quelques surprises sur Punk Shadows dont la déroutante Nowheresville et ses percussions tribales et industrielles. Moore nous pousse plusieurs mélodies qui sont plus faciles à absorber sur ce deuxième album. Illusions est fédératrice. Peu importe l’habillage sonore excentrique qui l’entoure, l’air central est pop. On peut en dire autant de la sympathique Hop the Fence est ses cuivres mordants.

C’est un deuxième album tout à fait réussi pour Lisa Moore et son projet Blood and Glass. Elle nous gâte d’une proposition artistique aussi efficace qu’excentrique. C’est un univers bien construit qui lui permet d’emprunter des influences dans plusieurs genres musicaux. Le mesclun sonore est habilement balancé et le résultat très convaincant.

Ma note: 7,5/10

Blood and Glass
Punk Shadows
Simone Records
43 minutes

http://www.bloodandglass.com/