Critiques Archives - Le Canal Auditif

Concours : Glass Animals au MTelus le 3 octobre 2017

Le groupe d’indie pop psychédélique Glass Animals sera de passage à Montréal au MTelus le 3 octobre prochain. Evenko et Le Canal Auditif sont bien heureux de t’offrir la chance de gagner une paire de billets pour leur concert. Pour participer, vous n’avez qu’à répondre à la question suivante dans les commentaires :

Quel est le nom du dernier album du groupe, paru à l’été 2016?

Le concours est vigueur du 22 au 29 septembre 2017 à midi. Le gagnant sera tiré et avisé dans l’après-midi du 29 septembre.

Pour plus d’informations sur le concert, c’est par ici.

Bonne chance à tous!

Ásgeir : Un autre Islandais digne d’attention

Ásgeir sera en concert au Théâtre Corona le 26 septembre prochain. Mais qui est cet Islandais au juste? Nous vous le présentons en cinq chansons qui ont marqué sa jeune carrière.

Leyndarmál

Ásgeir Trausti est né sur une toute petite île de l’archipel islandais où vivait seulement une dizaine de personnes. Il a grandi dans le silence et la solitude tout en tombant en amour avec la musique à travers Nirvana, Bob Dylan et Johnny Cash. Après une avoir été le meilleur lanceur de javelot pour les moins de 15 ans d’Islande (oui, oui, vous avez bien lu), il revient à la musique suite a une blessure. Cela le mène tranquillement vers la création de son premier album : Dýrð í dauðaþögn. Celui-ci sera acheté par un islandais sur 10 à sa sortie. C’est énorme! Malgré son jeune âge, il a à peine 21 ans, ses chansons de folk mélodieux trouvent rapidement une place dans le cœur des mélomanes.


 
 

Hvítir Skór

En décembre 2012, il participe à un projet avec Blaz Roca, un rappeur islandais. Cela donne une chanson de Noël un peu étrange qui incorpore un peu trop les Télétubbies. Mais voilà, la trame est tout à fait réussie et accrocheuse. La chanson a passé neuf semaines au numéro 1 des palmarès islandais. On va se le dire, c’est hyper contagieux comme mélodie.


 
 

King and Cross

Vous risquez d’avoir un sentiment de déjà entendu en pesant sur « jouer » sur King and Cross. En effet, c’est la version en anglais de Leyndarmál. En 2013, Ásgeir s’est allié au musicien John Grant pour retravailler ses chansons en anglais. Cela a donné l’album In the Silence qui a connu un succès en Islande et à travers l’Europe. On remarque que la production devient de plus en plus léchée et travaillée.


 
 

Unbound

Ásgeir a lancé en février dernier un premier simple de son album Afterglow paru en mai. Non seulement Unbound est accompagné d’un clip magnifique qui joue sur la limite de la réalité et du fantasme, mais il propose une nouvelle esthétique sonore. Ce premier simple a permis de se rendre compte que l’Islandais avait pris de nouvelles avenues de création. Les pièces sont produites de manière beaucoup plus contemporaine et empruntent à l’électro-pop et à la soul. On y entend des similarités avec SOHN, Bon Iver et Ben Howard.


 
 

I Know You Know

Ásgeir continue son parcours impressionnant qui l’a porté à l’avant-plan de la scène européenne en seulement 5 ans. Plus mature, l’auteur-compositeur-interprète a lancé plusieurs chansons qui mélangent soul et rythmes dansants avec Afterglow. I Know You Know vous donnera certainement envie de vous déhancher grâce à son rythme contagieux et entraînant.


 
 

Ásgeir sera en concert au Théâtre Corona le 26 septembre 2017.
Pour vous procurer des billets, c’est par ici :

Billetterie

Les 3 étoiles du 22 septembre 2017

Björk – The Gate

Björk lancera en novembre son nouvel album, Utopia, qu’elle qualifie de « Tinder record ». Il faut dire que Vulcanira était un album qui traitait de séparation et qui reflétait les événements qui se passaient dans sa vie privée avec peu de pudeur. Utopia semble plutôt se tourner vers des solutions pour les situations actuelles. Que ce soit la présidence de Trump, le Brexit ou encore les problématiques environnementales qui se font de plus en plus menaçantes. En tout cas, on a bien hâte de voir ce que Björk va nous offrir. En attendant, The Gate, une coproduction d’Arca, est très convaincante.


 
 

Totem Tabou – Poiesis

Christian Saint-Pierre d’Odd Limbs et La Fôret Rouge est aussi impliqué dans le projet Totem Tabou qui avait fait paraître Hublot en octobre 2013. Le groupe est de retour pour nous envoyer un EP intitulé Poiesis le 27 octobre prochain. On peut déjà plonger dans la pièce-titre qui est réussie avec son rythme hachuré, sa mélodie vocale à la Queens of the Stone Age et son art rock intéressant.


 
 

Labelle – Benoîte (feat. Nathalie Natiembé)

Labelle est une musicienne de l’île de la Réunion qui vient tout juste de faire paraître un album titré Univers-île. La jeune femme sera aussi des festivités des 10 ans d’Infiné dans le cadre du MAMA qui se déroule du 18 au 20 octobre prochain. En attendant de la voir sur scène, on peut tomber en amour avec cette chanson qui mélange des rythmes autochtones à l’île africaine avec de l’électro-pop et une mélodie vocale réussie. Le tout accompagné de Nathalie Natiembé, une chanteuse de maloya, un style de musique unique à l’île de la Réunion.

Idles – Brutalism

La philosophie punk, qui se caractérise principalement par l’anticapitalisme, le non-conformisme, la singularité, la liberté totale des individus, et le concept d’égalité, peu importe le sexe ou la couleur de la peau, m’a rarement paru aussi pertinente et essentielle qu’en 2017.

On va se le dire, avec ce qui semble être une compétition de celui « qui pisse le plus loin » entre l’imbécile de Donald Trump et l’idiot de Kim Jong-un, les banques qui font des profits démesurés, les riches qui sont trop riches, les pauvres qui sont trop pauvres, le racisme qui ne cesse de perdurer, l’incompréhensible homophobie encore présente, les inquiétants changements climatiques, les nombreux gouvernements corrompus, les attentats terroristes qui se répètent à un rythme affolant, les inégalités hommes femmes, ainsi qu’un paquet d’autres affaires crissement plates qui font ni queue ni tête, et bien je le dis haut et fort : la musique punk, avec ses textes qui sont souvent revendicateurs, son humour corrosif, ainsi que sa musique qui nous botte le cul, doit être plus que jamais diffusé et écouté.

Puis, lorsque l’on parle de ce genre musical, c’est actuellement en Grande-Bretagne que l’on retrouve la meilleure scène punk. Du moins, à mon humble avis. Avec des groupes tels que USA Nails, Future Of The Left, Blacklisters, The St Pierre Snake Invasion, Sleaford Mods, et les nouveaux venus Idles, disons qu’on peut qualifier ces artistes de très solides. Difficile de trouver mieux pour l’instant.

Idles, c’est une formation de Bristol qui est composée de cinq jeunes hommes qui ne passent pas par quatre chemins pour se faire entendre. Avec une batterie souvent hyperactive, une basse explosive, et bien présente, des guitares électriques qui grincent en masse, ainsi qu’un chanteur à la voix hargneuse et aux paroles acerbes, l’ensemble teinté d’humour noir et d’une bonne dose de sarcasme, il n’y a aucun doute à y avoir, le quintette prend un malin plaisir à nous dégraisser les conduits auditifs en cette ère javellisante où tout doit être blanc, propre, lisse, et où l’image prend presque toujours le dessus sur le contenu.

Bien que la formation ait vu le jour en 2010, ce n’est qu’en mars 2017 qu’elle a fait paraître son premier disque judicieusement intitulé Brutalism. À noter que deux maxis autoproduits avaient vu le jour auparavant. Il s’agit de Welcome, qui est paru en 2012 et qui contient quatre chansons, ainsi que Meat, qui est composé lui aussi de quatre pièces, et qui est apparu sur les tablettes en 2015.

Brutalism est une galette d’une durée de quarante-deux minutes qui contient son lot de chansons qui frappent en pleine gueule. Je pense ici à Heel qui ouvre le bal avec une batterie nerveuse et des guitares qui se lamentent du début à la fin. Il y a aussi Well Done qui est un brin plus accessible et qui rappelle quelque peu la défunte formation Mclusky. Date Night possède un refrain qui donne envie de gueuler avec le chanteur et de finir ça avec une extinction de voix. La très puissante Divide & Conquer vaut à elle seule l’achat du disque et me rappelle qu’il est grand temps que je me reparte un band au plus vite. Idéalement le genre de band qui joue trop fort pis qui boit beaucoup de bière. Avec son texte irrévérencieux et sa musique aussi douce qu’un coup de barre à clous dans le dos, Stendhal Syndrome me fait un effet monstre et devrait plaire à bien des brutes. Et pour conclure la galette, il y a la modérée Slow Savage dans laquelle le chanteur y va de ces paroles qui semblent confirmer que ses relations amoureuses sont loin d’être parfaites :

For two years in a row I forgot your birthday
For two years in a row I thought it was Thursday
Maybe it was God
Maybe it was coke
Maybe I’m a drunk
I don’t know
But at least now I remember your birthday
Cause I’m the worst lover you’ll ever have
Hands down, goddamn worst lover you’ll ever have
Slow Savage

Nul besoin d’être particulièrement perspicace pour avancer que la musique d’Idles ne touchera aucunement le grand public. Je n’ai pas plus besoin d’être un prophète pour avancer que Brutalism restera plutôt marginal et qu’il aura un rayonnement plutôt limité. Mais une chose est sûre, c’est que ce disque laissera fort probablement une trace indélébile dans l’ère moderne du punk.

Idles
Brutalism
Balley Records
42 minutes
Paru en 2017

Liste des chansons :

01 – Heel / Heal
02 – Well Done
03 – Mother
04 – Date Night
05 – Faith In The City
06 – 1049 Gotho
07 – Divide And Conquer
08 – Rachel Khoo
09 – Stendhal Syndrome
10 – Exeter
11 – Benzocaine
12 – White Privilege
13 – Slow Savage

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Critique : Tire le coyote – Désherbage

J’ai connu tous les débordements
Ceux qui vous arrachent les nerfs
Si on les compte en évitements
J’ai contourné cent fois la Terre
Pouvoirs de glace

C’est ainsi que s’entame Désherbage, le quatrième album de Tire le coyote, alias Benoit Pinette. Le Sherbrookois devenu résident de la ville de Québec avait très bien fait avec ses deux derniers albums qui avaient été unanimement célébrés par la critique : Mitan et Panorama. Pour Désherbage, Pinette s’est entourée de ses complices habituels, Shampoing (Benoit Villeneuve) à la guitare, Cédric Martel (Mauves) à la basse et Jean-Philippe Simard aux tambours. On y retrouve aussi Vincent Gagnon aux claviers et Simon Pedneault à la guitare.

Désherbage est un autre album réussi pour Tire le coyote qui continue à creuser le sillon entamé par ses deux albums précédents. Il poursuit certes dans la même veine, mais évite de se répéter. Il faut dire que la force principale de l’album réside dans ses textes poétiques, imagés et d’une beauté assez exceptionnelle. Pinette est un auteur doué, un forgeron des mots qui sait bien taper au bon endroit au bon moment.

On peut à ce sujet parler de sa sublime traduction/reprise de la chanson Video Games de Lana Del Rey qui soudainement incorpore Camus dans le mix. Son interprétation est parfaite, son texte délicieux à tous les égards et le résultat franchement convaincant.

Les chemins sont à faire jusqu’à ton cœur
Je viendrai sous les traits du défricheur
L’amour ne veut plus de tricheur
Chérie, as-tu vu
Le monde est absurde selon Camus
Mais tes pouvoirs me prouvent qu’il ne l’est plus
Le meilleur a devancé sa venue
La méfiance est portée disparue
Jeu vidéo

Benoit Pinette n’a pas peur de mettre à vif des blessures sans non plus tomber dans un pathos surfait. Comment te dire est un bel exemple du mélange de fragilité et de retenue dont il est capable. Ce sont les relations amoureuses qui tiennent le thème central des textes de Tire le coyote, mais toujours traité de façon alternative. Il réussit à contourner les pièges et proposer des approches originales comme sur Toit cathédrale qui grosso modo est un manifeste pour un peu plus de place pour respirer. Elle suit Tes bras comme des murailles qui est exactement le contraire. Celle-ci parle plutôt de réconfort et de compréhension.

On trouve quelques accents plus rock dans la musique de Tire Le Coyote sur Désherbage. À ce titre, la chanson-titre et Fifille sont deux très bons exemples qui font belle figure. Ou encore l’entraînante Les couleurs de notre équipe.

Encore une fois, Tire le coyote nous offre un album de qualité qui regorge de textes plus réussis les uns que les autres. Benoit Pinette possède une plume délicate, poétique et intéressante qui ne se cantonne pas dans les lieux communs. Il sort de l’ordinaire pour créer des images aussi limpides que touchantes. Désherbage est l’un des incontournables de la rentrée.

Ma note: 8/10

Tire le coyote
Désherbage
La Tribu
43 minutes

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