Critiques

Charlotte Day Wilson

Cyan Blue

  • Stone Woman / XL Recordings
  • 2024
  • 40 minutes
8
Le meilleur de lca

Avec ce second long jeu, l’autrice-compositrice-interprète torontoise Charlotte Day Wilson en profite pour raffermir ses recettes gagnantes, lesquelles se teintent de R&B, de jazz, de soul, de pop, voire même de hip-hop. Après Alpha, voici Cyan Blue, un portrait à 13 visages qui se veut à la fois intimiste et décontracté, complexe tout en demeurant accessible, fragile et solide.

Depuis ses premiers EP, Charlotte Day Wilson attire l’attention, dont la mienne. Plusieurs éléments poussent à dire que Cyan Blue est complet, diversifié et qu’il mérite une attention particulière. D’emblée et d’ailleurs de bout en bout, il présente une grande vague de douceur et de subtilités, des couleurs nuancées et texturées telles qu’on les connaît chez la musicienne. Le projet s’inscrit dans une suite logique pour Day Wilson, laquelle perfectionne son ensemble à chaque sortie.

Si vous avez écouté Alpha, vous aurez parfois tendance à vous dire que les deux palettes se ressemblent. Ce le fut pour moi. Mais on ne parle pas de réinvention ni de changement de cap pour Charlotte Day Wilson, on évoque plutôt une continuité dans son exploration, alliage de plus en plus naturel, épuré, quoique finement léché. De près comme de loin, ce n’est pas sans rappeler des projets de Solange, Beyoncé, Frank Ocean, Tyler the Creator, Cleo Sol et Daniel Caesar, pour ne nommer qu’eux.

C’est bien beau tout ça, mais concrètement, ça ressemble à quoi?

Le point de départ, c’est sa voix. On peut difficilement ne pas être envouté par son côté velouté, clair, vibrant et malléable. Car, même si on reconnait en sa musique les tendances de certains artistes, Charlotte Day Wilson a, depuis 8 ans déjà, prouvé qu’elle fait bien plus que s’approprier ce qui fait danser ses tympans. De son côté quasi parlé à son chanté étoffé et feutré, on y trouve une multitude de couches qu’on a envie de capter avec plusieurs écoutes. Ce qu’elle a déjà appelé ses alter ego, soit toutes ces tonalités qui se répondent, est un élément qui nous fait dire « Ahh oui, ça, c’est Charlotte Day Wilson ». Cette signature, c’est ce penchant atmosphérique, spirituel et réflexif qui s’aborde avec légèreté et sérieux. Sur Cyan Blue, c’est de nouveau la guide ; tout prend sens dans la composition selon ce que les cordes vocales ont évoqué.

Par la suite, au niveau de la structure de l’album, il s’avère que, tout comme sa voix, il y a une ligne directrice qui n’est ni une ligne droite ni un zigzag, mais plutôt un entre-deux où l’on trouve un réconfort entre des chansons jazz pianotées, d’autres plus groovy ou gospel, des R&B dansantes et ballades, puis des plus pop même parfois trap. Sans se perdre dans une émotion plus qu’une autre, la nostalgie, l’amour et l’espoir sont très présents et se fondent autant dans le choix de la musique que des paroles. J’évoquais plutôt la ressemblance avec Alpha, mais la redondance n’est présente nulle part, puisque tant de ses variantes et de ses explorations viennent ouvrir de nouvelles manières d’approcher sa musique. Ce qu’on retient, c’est l’esquisse d’une longue caresse, un univers chaleureux et invitant.

En ce qui concerne les paroles, divers sujets intimistes et intemporels s’imbriquent. L’amour sous plusieurs formes se veut au centre de plusieurs pistes. Il y a un bon ballant entre le clair et l’abstrait dans ses textes. Ils sont délicats, personnels, mais abordés loin du frêle. Une belle énergie persiste dans la manière dont CDW a choisi de les délivrer; on y sent tantôt un débordement ou une douce rage, tantôt un simple désir de les communiquer sans flafla et droit à l’essence des propos.

En se penchant du côté des textures, on se doit de dire que son travail avec Leon Thomas (Tony Braxton, Drake, SZA, Ariana Grande) et Jack Rochon (H.E.R, 6lack, Khalid) se fait gracieusement ressentir sur leurs collaborations. Le second, un réalisateur et compositeur canadien, avait d’ailleurs grandement collaboré sur Alpha. La mixité de ces cerveaux créateurs aura donné un ensemble néo-soul où la lenteur et la détente sont inspirées, et ce, même dans les moments plus sensuels et rythmés.

Ce qui devient un jeu, c’est de voir où se cachent certains éléments qui font penser à d’autres. Sur Cyan Blue, vous retrouverez notamment dans My Way une ressemblance à la composition Super Rich Kids de Frank Ocean. Ici et là, des éléments disparates à la Tyler The Creator comme dans Do U Still se font ressentir, tout en se mélangeant au côté tendre de Daniel Caesar dans des chansons comme Dovetail. On reconnaît même un petit côté Justin Timberlake sur Canopy.

Somme toute, c’est un album qui flatte dans le bon sens du poil. On y ressent les vibrations même après plusieurs écoutes. Ça donne envie de s’arrêter ou bien de grandement ralentir.

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