Critiques

Les Cowboys Fringants

Pub Royal

  • La Tribu
  • 2024
  • 43 minutes
8
Le meilleur de lca

Comment accepter et vivre sa propre mortalité? La question anime des créations depuis la nuit des temps. Peu d’artistes ont enregistré des albums en sachant que la mort approchait. C’est le cas pour Johnny Cash lorsqu’il a mis les voix sur American V et VI. Blackstar de David Bowie est un cas un peu plus gris, mais il était déjà atteint du cancer du foie lors de l’enregistrement. Karl Tremblay, lorsqu’il a enregistré Pub Royal savait que la fin était inévitable. La question était simplement : combien de temps? Après avoir offert quelques derniers concerts, dont celui sur les plaines d’Abraham à l’été 2023, il savait que la fin était plus proche qu’avant.

Le courage que Karl Tremblay a montré devant la mort l’an dernier, il l’aura fait jusqu’ à la dernière minute en enregistrant les voix pour ce douzième album des Cowboys Fringants en carrière. On va sortir tout de suite l’éléphant qui prend toute la pièce et qui risque d’écraser la table en s’assoyant dessus : oui, La Fin du show c’est quelque chose. Même si la pièce fait partie de la comédie musicale qui porte le même nom que l’album, on est ailleurs ici. Entre abandon, nostalgie, implorations crève-cœur et fatalisme, la pièce est aussi une chanson qui détonne du répertoire des Cowboys Fringants avec son côté progressif qu’on pourrait découper en mouvement. Il y a ce cœur de Jean-François Pauzé et Marie-Annick Lépine qui demande à Karl Tremblay : « Karl, c’est-tu la fin du show? » puis qui en remet plus tard avec « Qu’est-ce qui a à la fin du show? ». La réponse de Tremblay est loin du prêchi-prêcha des religions. Refusant de se plonger la tête dans le sable comme plusieurs milliards d’humains, il se tient droit :

Adieu, frères de larmes et de sang
Ou devrais-je vous dire à néant?
Parce qu’au moment d’la fin du show
Y a rien d’l’autre côté du rideau
Pas de voyage organisé dans un tunnel illuminé
Pas d’enfer ni de paradis, tout ça, c’est des osti d’conneries
C’est c’qui arrive à la fin du show

La fin du show

On prend la pleine mesure avec l’album du message d’au revoir de Karl Tremblay qui était bien présent dans la comédie musicale. Mais ici, ça fesse pas mal plus. Cependant, le ton n’est pas dans l’ensemble à la morosité des funérailles. Tremblay a organisé avec ses trois complices comme on voudrait organiser ses propres obsèques. Les Cowboys Fringants en profitent pour revisiter les différentes époques de la formation. Bienvenue chez nous fait appel aux chansons plus dynamiques de l’époque de La grand-messe. Vie et mort de Gina Pinard offre un dernier sursaut à un personnage alors que Loulou vs Loulou, un duo avec Marie-Annick Lépine, rappelle les balades des Cowboys avant de se lancer dans une passe de cuivre qui nous ramène encore une fois à l’époque de l’Expédition. Questions sans réponses offre de la légèreté un peu facile et mélodieuse. Les meilleures pièces de la formation? Bien sûr que non, mais on y revisite avec plaisir le passé. Comme on ferait dans des funérailles. On y revient toujours, hein?

Merci ben! est carrément un au revoir direct qui revisite les années des débuts des Cowboys Fringants qui fera soupirer les plus anciens fans qui se rappellent de cette époque où on faisait des kilomètres pour aller voir le groupe en concert. Il pousse même : « Pour les tannants qui gueulaient / Des titres de tounes qu’on jouait jamais ». À cela, je peux même me permettre une anecdote alors qu’à la fin des années 2000, on était quelques-uns à avoir eu la brillante idée de descendre à Sherbrooke pour voir le groupe en concert au Vieux-Clocher et qu’après un concert d’un bon deux heures, le groupe a fait un rappel. Plusieurs d’entre nous réclament Léopold. Le groupe a quitté la scène sans la jouer. Nous avons donc chanté en cercle dans la salle avant de quitter à notre tour. Notre surprise fût grande lorsque la formation s’est installée à nouveau sur scène avec des bières, sur des chaises et ont commencé à prendre des demandes spéciales de plus. C’était ça Les Cowboys Fringants. Un groupe qui en donnait pas mal. En fait, 3h45 pour être précis.

Revenons à Merci ben! et Loulou vs Loulou, où Marie-Annick Lépine démontre qu’elle est capable de chanter dans un autre registre que le doux de son répertoire solo. Elle montre étonnamment beaucoup de coffre et c’est bien réussi. Les cheveux blancs pour sa part revient à son ton normal, mais bon, on peut difficilement gueuler une chanson adressée à ses enfants dont le père vient de mourir. Ça se tient.

Avec le côté ironique qu’on leur connaissait à une autre époque, Les Cowboys Fringants ont tout simplement intitulé la dernière chanson : Les bonnes continuations. On leur en souhaite d’ailleurs. Parce que si le groupe n’a jamais remplacé Dom Lebo lorsqu’il a décidé de quitter après La grand-messe, on peut se dire que Karl Tremblay serait encore plus difficile à remplacer. À la fin de tout ça, tout ce qu’on peut réellement dire aux trois membres c’est :

Merci ben!

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