Chroniques Archives - Le Canal Auditif

Les EP à LP d’avril 2017

Animal Collective – Meeting of the Waters

Animal Collective est archi-productif depuis un an et demi. La formation est particulièrement éveillée en ce début d’année 2017 puisqu’elle a fait paraître The Painters, un peu plus tôt. Meeting of the Waters est un projet légèrement différent. Tout d’abord, il ne fait appel qu’à Avey Tare et Geologist. Ensuite, il a été enregistré au cœur de la forêt amazonienne en plus d’être documenté par la série Earth Works de Viceland. La présence de seulement deux membres joue beaucoup sur le son qui est plus minimaliste. On entend même des bruits d’animaux dans Amazonawana /Anaconda Opportunity. C’est « wild »… t’as pognes -tu?

 

Zouz – EP1

« Un zouz est une cigarette roulée composée de tabac classique à laquelle est rajoutée une substance illicite, telle que le cannabis sous forme de résine. » Le zouz se consomme en se fumant, seul ou à plusieurs. » Zouz est aussi un nouveau projet noise et assez délicieux mené par David Marchand (Eliza, Mon Doux Saigneur, Laurenc-Anne). Il est accompagné dans son aventure par Étienne Dupré (Caltâr-Bateau, Mon Doux Saigneur) et Francis Ledoux (Mon Doux Saigneur, Jesse Mac Cormack). C’est distorsionné, c’est mélodieux, c’est crasse, bref, Zouz possède tous les attributs pour qu’on tombe en amour avec. Comme on tombe en amour avec un mauvais garçon/fille. On est Lola et Zouz, c’est Pete.

Of Course – Naufrage un jeudredi

Le groupe Of Course est débarqué sur la scène montréalaise en 2015. Depuis, la formation s’est fait des amis, dont l’Amalgame avec lesquels ils ont collaboré pour la sortie de l’EP Le Prix du funk en septembre passé. Voilà que le trio d’exilés français nous présente leur plus récente création qui est encore une fois bien réussie. Of Course nous envoie de l’électro-funk qu’on peut comparer vaguement à Valaire. Par contre, le groupe base beaucoup plus ses compositions sur le chant et des constructions standard.

Black Sails for Red Seas : Wave II

On vous avait parlé de Black Sails for Red Seas lorsque la formation de métal avait fait paraître son premier EP en juin 2015. Un EP que j’avais beaucoup aimé. Voici qu’ils reviennent avec un deuxième tome! Cette fois-ci, ils ont signé chez Deathbound Records, une excellente boîte de musique lourde montréalaise. Dès Palisades, on comprend que le groupe a fait un pas en avant. C’est chargé de distorsion et très bien construit avec de beaux moments de cassure. On surprend le groupe à s’aventurer un peu du côté de groupes tels que Deafheaven sur la chanson To The Lions. Un groupe à écouter.


 

Almeeva – Unset

Gregory Hoepffner est de retour avec un nouvel EP. Le compositeur de musique électronique n’a pas l’habitude de nous décevoir et Unset poursuit dans la même lignée. On y trouve des pièces rythmées et intoxicantes, peut-être les plus dansantes qu’il ait faites à date. Some Revelation offre des moments luxuriants alternant entre une mélodie efficace et des moments de suspension nuancés. Arches plonge dans un univers sonore plus sombre avant de catapulter dans une reprise assez dopante de What Is Love.

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Les 3 étoiles du 28 avril 2017

Lisa Leblanc – I Love You, I Don’t Love You, I Don’t Know

C’est quand même pratique quand t’es capable de faire « fitter » ton refrain de chanson dans ton titre de chanson. Lisa Leblanc nous présente un vidéoclip assez funky pour la chanson tirée de son album paru en 2016 : Why You Wanna Leave, Runaway Queen? On y voit quatre juges évaluer les performances de danseurs de tous les styles comme dans de nombreuses émissions américaines. Il y a même une belle passe de danse hip-hop en groupe sur le pont.

The War On Drugs – Thinking Of A Place

Le groupe d’Adam Granduciel est de retour avec une nouvelle chanson lancée la semaine passée pour le Record Store Day. 11 minutes de musique satisfaisante comme sait le faire The War On Drugs. On attend d’ailleurs toujours le successeur de l’excellent Lost in the Dream. La chanson, bien que très répétitive, est tout de même délicieuse pour les tympans.

The War On Drugs – Thinking Of A Place from Record Store Day on Vimeo.

Couleur Dessin- Find Me Easily

Couleur Dessin est un nouveau venu sur la scène montréalaise. Le duo est formé de Christian Simmons (Sheer Agony) et Anne-Lise Griffon. Find Me Easily est une chanson à laquelle il est facile d’accrocher. La chanson possède un bon tempo, une mélodie qui reste prise dans les neurones et des petits changements de direction bien intéressants. Le duo lancera son premier album, homonyme, le 2 juin prochain. C’est st un autre beau bijou de la maison de disque Fixture Records.

Les spectacles en salle du Festival International de Jazz de Montréal

L’édition 2017 du FIJM offrira de nombreux spectacles en salle. Parmi ceux-ci, on compte de nombreux concepts intéressants et quelques artistes surprenants. Faisons un survol salle par salle de ce qui nous attend cet été.

Salle Wilfrid-Pelletier

L’orchestre métropolitain qui accompagne une projection du film La La Land est déjà un événement qui risque d’être grandiose. Mais la grande salle de la Place-des-Arts a plus à nous offrir. Parmi les événements à retenir, Feist, qui s’apprête à lancer Pleasure, sera en concert en compagnie de Charlotte Day Wilson le 4 juillet. Puis, le 8, c’est Pink Martini qui sera d’office.

À la maison symphonique

On retrouvera dans cette salle récemment construite un plateau double de Tigran Hamasyan qui vient tout juste de faire paraître l’excellent An Ancient Observer. Celui-ci est jumelé à un autre musicien d’exception : Colin Stetson. Celui-ci s’apprête à lancer un nouvel album vendredi prochain. On pourra aussi y voir le virtuose de l’orgue Jean-Willy Kunz le 5 juillet.

Centre Bell

BOB DYLAN. C’est un prix Nobel. Je crois que tout est dit.

Métropolis

Le Métropolis est la salle qui propose la meilleure programmation dans son ensemble. Ça commence avec Caravan Palace le 29 juin, avant que Charlotte Cardin prenne le contrôle pour trois soirs. Oui, trois soirs! Puis c’est le DJ français Wax Tailor qui viendra faire son tour. Charles Bradley avec The Brooks en première partie, sera d’office le 4 juillet. Une soirée à ne pas manquer. Joey Bada$$ prendra la relève le 5 pour présenter les pièces de son plus récent opus. Puis The Strumbellas et Whitehorse se partageront la scène en plateau double le 6 juillet. Finalement, Groenland et San Fermin sont à ne pas manquer le 7. Deux groupes de qualités réunis dans une soirée qui sera assurément plaisante pour les oreilles. Au Savoy du Métropolis, la relève sera à l’honneur avec Aliocha, Puma Blue, Harfang et Gabrielle Shonk qui se succéderont à coups de deux soirs chaque.

Club Soda

La salle de la « main » aura deux rondes de spectacles tous les soirs. La première sera à 18 h, qui nous propose des artistes qui viennent d’un peu partout à travers le monde. Puis, à 22 h, ce sont des artistes qui sortent des cercles restreints du jazz. Comme Men Without Hats qui vous feront danser en toute sécurité. Le 6 juillet, Kroy et Geoffroy se partageront la scène et feront aller leurs synthétiseurs. Le lendemain, Tanya Tagaq présentera les pièces de ses deux excellents derniers albums alors que BROS fermera la série de concerts le 8 juillet.

5e salle de la Place-des-arts

Le Festival nous propose une série de spectacles d’hommage, de réinterprétations et de répertoires croisés. Des concerts de grande qualité avec des concepts ultra-intéressants. Comme Jean-Michel Blais entouré de CFCF, Foxtrott et Bufflo pour s’amuser dans le répertoire de Philip Glass, Steve Reich et John Cage. Maxence Cyrin rendra pour sa part hommage à Aphex Twin, Misc revisitera James Blake et Jessy Mac Cormack sera Muddy Waters le temps d’une soirée.

L’Astral

Du côté de L’Astral, maison officielle du festival, c’est Hichem Khalfa Quartet qui retient l’attention le 3 juillet. On pourra aussi y voir les swingeux de chez Misses Satchmo!

http://www.montrealjazzfest.com/

Entrevue avec Natalie Murray Beale, directrice musicale d’Il Ritorno

Du 25 au 29 avril prochain, la TOHU présente le spectacle Il Ritorno de la compagnie australienne Circa. L’approche est particulièrement intéressante, c’est une adaptation de l’opéra Il Ritorno de Monteverdi. Celui-ci raconte le déchirement entre Pénélope et Ulysse qui sont toujours séparés après la guerre de Troie. Mais est-ce que l’opéra et le cirque font bon ménage? Nous nous sommes entretenus avec Natalie Murray Beale, directrice musicale de la création.

Sur scène, 3 musiciens : Pal Branda (violoncelle), Cecilia Sultana de Maria (harpe) et Joe Bronstein (alto et violon) accompagnent deux chanteurs : Kate Howden (mezzo-soprano) et Benedict Nelson (baryton). Dès les débuts, la démarche de la compagnie Circa se différenciait d’une démarche opératique. Les opéras sont des organismes assez conservateurs qui défendent la sacro-sainteté des pièces alors qu’ici on a gardé un peu de matériel originel, mais on a aussi commissionné trois compositeurs pour écrire des pièces inspirées des originales. « Nous avons cherché l’essence de la pièce et ce que nous voulions travailler est ce sentiment d’être séparé de sa terre, séparé de l’être aimé, séparé de sa famille. Un peu comme si on se réveillait sur une plage sans savoir où nous étions. De regarder le temps qui passe et se demander si un jour nous allons pouvoir de nouveau interagir avec l’être cher. Nous avons donc pris cette musique de Monteverdi et nous avons mis de côté les pièces orchestrales qui font des commentaires sur l’action, mais qui n’expriment pas l’expérience des personnages. Puis, nous avons donné ces moments à trois compositeurs pour qu’ils écrivent une version contemporaine de cette musique plus centrée sur l’expérience des personnages. Ça donne une vingtaine de minutes de musique entièrement de Monteverdi alors que l’heure qui reste est de la musique inspirée par son opéra. »

Malgré les années qui séparent les différentes compositions, les pièces sont parfois simplement marquées par des instruments plus récents comme l’alto. « Certaines pièces s’éloignent radicalement de l’original. Je pense à une pièce où le son devient chaotique. Mais c’est inspiré par un chaos de tempête présent chez Monteverdi. Mais voilà, notre chaos sonore est plus intense. Par contre, le langage profond de la pièce est le même. » La partie musicale du spectacle doit rejoindre la partie physique. Murray Beale explique bien les similitudes entre le cirque et l’opéra. L’un et l’autre sont des arts extrêmes physiquement. Les chanteurs d’opéra doivent atteindre des notes difficiles alors que les artistes de cirques font des acrobaties qui commandent tout autant de respect. « Ma perspective de la musique est que c’est un acte physique. C’est magnifique quand nous lançons la musique dans une direction qui trouve une résonance chez les artistes de cirque. Et vice versa. »

Murray Beale nous a même confié leur rituel d’avant-spectacle. « Nous faisons une improvisation tous ensemble avant le spectacle. Pour des musiciens classiques, c’est un peu… effrayant, mais c’est devenu, avec le temps, un moment vraiment très beau. Tout d’abord parce que nous avons beaucoup de plaisir avant la performance puis parce que c’est cathartique. Comme ce que nous jouons est intense, ça fait du bien. C’est inhabituel et je n’avais jamais expérimenté quelque chose de la sorte avant. Ça nous permet de nous regrouper avant le spectacle. »

Natalie Murray Beale aborde l’opéra avec une grande ouverture d’esprit sur Il Ritorno et sa démarche est riche et intéressante. L’approche de Circa qui vise la symbiose semble aussi amener une fraîcheur autant pour l’opéra que pour le cirque.

http://tohu.ca/fr/programmation/spectacle/2016-2017/il-ritorno/

Power Trip – Nightmare Logic

Avertissement : Si vous lisez ce texte afin d’y faire une découverte musicale qui sonne comme les cinquante dernières saveurs du mois qui vont sombrer dans l’oubli général d’ici trois semaines, alors vous serez fortement déçu.

C’est que la formation baptisée Power Trip, qui a vu le jour à Dallas, dans l’état du Texas, aux États-Unis, sonne déjà comme un artéfact et n’a pas grand-chose pour plaire à la masse. Il est plus qu’évident que la bande constituée de cinq crottés, qui n’ont absolument rien d’une carte de mode, n’aura jamais le moindre succès auprès des hipsters qui changent de groupe préféré tous les trois jours, soit aussi souvent qu’ils changent de tenue vestimentaire quotidiennement.

Paru le 27 février dernier, Nightmare Logic est le deuxième album en carrière du quintette. Bien que la sortie du disque soit récente, la production de celui-ci nous ramène directement en 1989. C’est que la réalisation sonne un peu, voire beaucoup, comme les albums thrash métal de l’époque. Je pense ici, entre autres, à l’excellent Beneath The Remains de Sepultura, ou bien Master of Puppets de Metallica.

Et vous savez quoi? Sans tomber dans la nostalgie inutile qui envahit beaucoup trop souvent notre société, et par le fait même le monde de la musique, ça donne une authenticité sans égal au disque et ça peut faire sourire à pleines dents. Ça me rappelle aussi qu’à cette époque je portais des souliers Stan Smith et que j’étais résolument un visionnaire de la mode. Un genre de Jean Airoldi, mais en moins insignifiant et superficiel.

La plus grande force de Power Trip, et ce qui se démarque plus particulièrement sur ce Nightmare Logic, c’est la puissance des riffs qui sont tous plus lourds ou rapides les uns que les autres et que l’on retrouve d’un bord à l’autre des 33 minutes bien compactes de la galette. Des riffs aussi massifs et solides que pouvait le faire Sepultura dans leurs meilleures années. Je pense même qu’il ne serait pas surprenant de croiser le Dalaï-lama en train de faire du headbanging lors d’un concert du groupe. Quoique c’est peut-être juste un problème d’imagination un peu trop fertile dans mon cas. Ça reste à voir.

Des 8 pièces qui constituent Nightmare Logic, quelques-unes sont particulièrement réussies. Je pense ici à Ruination qui pourrait décaper votre patio en quatre minutes. Il s’agit tout simplement de placer vos haut-parleurs sur le patio et de faire jouer la chanson, puis le tour est joué. Il y a aussi If Not Us Then Who, avec son riff final de plus de deux minutes, qui est d’une puissance inouïe avec un niveau d’exécution sans reproche. Parmi les autres très bons coups des pouilleux, il y a la chanson-titre qui donne envie de se laisser pousser les cheveux jusque dans le milieu du dos, puis de porter un t-shirt noir avec le dessin d’une tête de mort. Quant à elle, Crucifixation, qui clôture l’album, donne carrément envie de refaire jouer l’album immédiatement.

Pas de doute possible, Power Trip nous livre un Nightmare Logic qui ne fait pas dans la dentelle ni dans la broderie, et qui est dans la plus pure tradition des albums thrash métal. Un excellent disque à écouter le volume au fond, qui saura plaire à toutes les brutes de ce monde.

Power Trip
Nightmare Logic
Southern Lord Records
Paru en février 2017
33 minutes

Liste des chansons :
1. Soul Sacrifice
2. Executioner’s Tax (Swing Of The Axe)
3. Firing Squad
4. Nightmare Logic
5. Waiting Around To Die
6. Ruination
7. If Not Us Then Who
8. Crucifixation

https://powertripsl.bandcamp.com/