Évènements spéciaux Archives - Page 3 sur 75 - Le Canal Auditif

POP Montréal 2017 : Soirée du 16 septembre

Je continuais mon périple à POP à l’église St. John. Quelle soirée!

Michele Nox

Michele Nox a inauguré la soirée d’hier de façon grandiose dans toute la splendeur de l’église St. John. Elle nous a interprété quelques pièces assez hétéroclites, passant de l’électronique glitché et texturé à la chanson en quelques secondes, avec une aisance impressionnante. Probablement l’élément le plus marquant est-il sa voix. Les envolées lyriques se succèdent sans gants blancs en se prononçant et s’intensifiant jusqu’à frôler sporadiquement le scream. Les mélodies et les modes qu’elle emploie se rapprochent souvent des mélismes de la musique arabe, procurant une très belle couleur à ses compositions déjà regorgeantes d’influences diverses. La plasticité des œuvres plus électroniques était bien travaillée, les chansons étaient assez originales, surtout au niveau des progressions et des mélodies, mais aussi dans le rythme général, dans l’agogique des passages plus rubato. C’était vraiment une belle performance, assez unique en son genre et presque amplifiée par le magnifique endroit qui la contenait.

Serpentwithfeet

Comment bien décrire la performance ou le style de serpentwithfeet… Un mélange de gospel, de R&B, d’improvisation vocale, de proximité chaleureuse et de textes mégadépressifs? Je ne saurais dire. Ce qui est facile à voir cependant, c’est sa virtuosité vocale presque surhumaine et son aisance scénique. On se sentait dans la chapelle comme dans son salon, engageant une conversation musicale qui n’a même pas été proche de durer assez longtemps pour ce qu’il y avait à partager. J’ai souvent de la misère avec les trames sonores en direct; la chose est souvent utilisée par paresse artistique plus que par besoin. Dans son cas, c’est autre chose : de n’avoir que sa personne sur la scène, sans autres objets que deux micros et un clavier, est essentiel à ce sentiment de proximité que l’on ressentait en sa présence. La musique n’est pas pour autant négligée, elle sort seulement de notre esprit, qui ne veut que se concentrer sur sa magnifique voix et sur ses paroles. Sa performance émotionnelle est une des meilleures dont j’ai eu connaissance; le contrepoint entre l’improvisation et le déterminé lui inspirait une courbe émotionnelle très intéressante qui donnait une méchante couche d’humanisme à l’expérience. Vraiment, les deux seules petites lacunes de cette dernière étaient le son de piano synthétique qui sonnait affreusement mal et la brièveté de l’acte; tout le monde en aurait pris deux fois plus.

Yves Tumor

Si les mots me manquaient pour parler de serpentwithfeet, je suis un analphabète quant à la « performance » de Yves Tumor. Les techniciens enlèvent tout sur la scène excepté deux moniteurs, tournés vers le public, et deux très hautes chandelles. Elles deviennent d’ailleurs nos seuls phares quand toutes les lumières se ferment, et on apporte un homme noir en fauteuil roulant, vêtu uniquement d’un masque et de longues bottes, le tout en cuir. On le place entre les deux moniteurs, et il reste immobile pour quelques instants. Puis, tout d’un coup, les haut-parleurs se mettent à cracher du bruit blanc distortionné à fond… et ce pendant exactement trente minutes. L’homme ne bouge pas du spectacle. Pas de filtres, pas d’effets, juste le bruit blanc à en faire saigner les oreilles. On ne s’entendrait pas crier.

La salle comble passe par toutes les émotions. La lumière de la porte de sortie, seule autre source lumineuse, en fait saliver plus d’un. La foule est d’abord stupéfaite, puis incrédule, puis amusée, puis désemparée, puis résignée. Des gens partent, d’autres parlent, certains tentent d’achever Tumor avec des applaudissements, ceux en avant prennent des photos avec flash. La majorité se bouche les oreilles, acceptant leur sort, espérant la fin de l’œuvre.

Quoi en penser? Sûrement l’artiste, originaire d’Italie, n’est qu’un dégénéré. C’est du moins ce qui semble être l’opinion générale. Mais pour moi, cette œuvre semble être toute autre. Tumor n’est pas venu de si loin pour nous présenter une pièce, mais une piste de réflexion. Sur notre écoute, sur l’art, sur la musique, sur tout ce qu’on veut : c’est le point même de la chose, nous laisser à nous même. L’artiste s’est muselé et retourné vers nous, comme pour que la pièce émerge de nous. Et aussi sauté que ça puisse paraître, ce n’est pas chose nouvelle. John Cage l’a fait il y a longtemps avec 4’33. Est-ce de l’art? Certainement. Quiconque soutenant la thèse contraire devrait selon moi reconsidérer sa définition d’art. Est-ce une bonne œuvre musicale? Pas du tout. C’est une œuvre philosophique en parallèle avec une catharsis, et tout le monde devrait tenter une telle expérience, ne serait-ce qu’une fois.

Moor Mother

La soirée s’est terminée en compagnie de Moor Mother, qui nous a offert une performance qui paraissait presque conventionnelle, lorsque mise en relation avec les deux dernières. Elle était à l’arrière de son ordi, munie de quelques pédales (dont les plus utilisées étaient le délai et le bitcrusher) pour altérer sa voix et les échantillons qu’elle utilisait. La performance scénique est à l’image de ses albums, mais l’aspect improvisé de la chose la rendait beaucoup plus poignante. Après une quinzaine de minutes d’intro plus atmosphérique, elle a presque obligé la foule à se lever et à venir se coller contre son bureau, incitant même un auditeur à jouer avec ses pédales d’effets. Son style de rap faisait penser par moment à du Rage Against the Machine; c’est un assez bon gage de la puissance que dégageaient la DJ et sa musique. Son set consistant en une évolution contrapuntique constante entre les gros rythmes sales et les masses sonores plus ambiantes, et la ligne directrice qui les reliait était composé à merveille. Sous ses airs de révolutionnaire pompée se cache manifestement une compositrice habile. On le voit en studio, mais le live le confirme. Il est très dur de faire cohabiter avec tant de cohérence rythme et arythmie sans que l’un ait l’air d’introduire l’autre. Un autre concert magnifiquement réussi.

Ce fut somme toute une soirée éprouvante pour l’oreille, non seulement au niveau du son, mais aussi quant aux styles qui n’était pas toujours très accessibles… et ça paraissait dans la salle. Pour moi du moins, cette soirée a été la plus révélatrice du festival à date. De loin. Encore une fois, la programmation de Pop me flabbergaste de par sa diversité et sa vision de la musique actuelle.

POP Montréal 2017 : Soirée du 15 septembre #2

Pour cette troisième soirée de POP, j’avais décidé de la passer en compagnie de Joni Void et William Basinsky!

Joni Void

Joni Void faisait entendre hier soir de beaux montages sonores évolutifs à la Fédération Ukrainienne. Lors de la première moitié du concert, la musique et les vidéos se complétaient dans un contrepoint intéressant et bien balancé. Le projecteur était surmonté d’un verre amovible qui diffusait l’image quand il était mis devant l’objectif, donnant une dimension explicite audit contrepoint. Au début, la musique suivait la vidéo, auquel cas les deux arts fonctionnaient en parallèle, et plus tard nous était montrée l’arrestation d’un homme noir par deux policiers – pendant quoi la musique était beaucoup moins présente. Entre-temps et par la suite, Void utilisait le verre pour mettre un accent évident sur la musique.

Il y avait une belle synchronicité — parfois manuelle, parfois préprogrammée — entre la musique et la vidéo quand c’était de mise, et une belle recherche plastique et compositionnelle. Une des parties de la première moitié du concert était composée avec une sirène d’ambulance en quarte qui baissait d’une tierce à cause de l’effet Doppler, et il utilisait la chose de façon très intéressante. La section musicale qui suivait le vidéo de l’arrestation mentionnée plus haut comprenait une longue citation directe de bout.that de Clipping., choix éclairé par le sens des paroles citées…

La deuxième partie du spectacle qui était tirée de son dernier album, était assez différente, laissant la musique prendre toute la place avec une pièce très lente avec comme seuls matériaux deux boucles – une de piano et l’autre de voix. La pièce a eu un peu de mal à partir pour moi. Je la trouvais un peu stagnante au départ, mais son évolution et surtout la transition graduelle d’un son à l’autre lui a redonné de la pertinence jusqu’à la fin.

William Basinski

La barre était donc assez haute pour le très ambiant et pourtant étincelant William Basinski, qui a donné un concert à la hauteur de son ambiance — dont une pièce « funérailles » dédiée à David Bowie. Sur ce point on le croit sur parole, on se doutait que les échantillons utilisés étaient tirés de l’œuvre du défunt, mais on était loin de les reconnaître. Seul un fin connaisseur de son travail aurait pu discerner la provenance des quelques citations utilisées tellement elles étaient dénaturalisées par le compositeur. Indépendamment de tout cela, la pièce était bien exécutée, très peu et très lentement développée au fil d’une grosse demi-heure. Il manquait peut-être un peu de métamorphose au niveau du spectre harmonique ou du volume, mais dans un tel style il est assez délicat de traiter de ce genre de détails.

Basinski était épaulé par ses deux reel-to-reel, ajoutant à son esthétique rétro (veston à paillettes, lunettes de soleil, souliers gloss et longue queue de cheval). Son veston reflétait un éclairage intéressant, mais d’une nécessité discutable, considérant que la majorité de la salle n’ouvrait ses yeux que quand il y avait du rythme dans la musique – jamais. Un des points forts du spectacle — et c’est caractéristique du style — est la fin des pièces. Le silence qui suit une telle densité sonore est souvent aussi cathartique que la pièce elle-même. Somme toute, c’était un assez bon concert, mais le clou de ma soirée reste l’acte précédent.

Je tiens à prendre ces quelques lignes pour féliciter l’impeccable travail de sonorisation de la soirée. Il est tristement important de reconnaître le savoir-faire d’un technicien qui sait trouver une aussi bonne balance spectrale (qui est, évidemment, due aux artistes également) et qui ne ressent pas le besoin de systématiquement pousser le volume au seuil de la douleur. Ces savants Hommes sont déplorablement en voie de disparition.

POP Montréal 2017 : Soirée du 15 septembre

C’était un vendredi soir de POP et il y avait quelques spectacles aguichants à l’affiche. Pendant que plusieurs se dirigeaient vers The Dears qui jouait l’intégralité de No Cities Left, j’optais plutôt pour le groupe LAPS à la Sala Rossa.

LAPS

LAPS est un groupe installé à Montréal, dont certains membres sont originaires de Frédéricton. Mené par la charismatique Heather, la formation fait dans le rock dissonant et l’art rock qui vire parfois même math rock. C’est terriblement plaisant pour les oreilles. Le guitariste est particulièrement intéressant à aller voir aller. Il ne sent pas le besoin de toujours jouer, au contraire, il ponctue avec nuance, intelligence et inventivité. Le groupe vient tout juste de faire paraître un split avec La Fête et nous ont balancés les deux chansons l’une après l’autre. Malgré le peu de spectateurs, la formation ne s’est pas formalisée de tout ça. Ils ont été généreux sans bon sens pour ceux qui s’étaient déplacés. C’est l’un des bons spectacles que j’ai vus à date à POP.

Crabe

C’est d’abord Crabe qui m’avait attiré à la Sala Rossa. Après avoir écouté Ensemble de Barrdo pendant l’entracte (pour vrai, cette chanson ne se termine jamais), le groupe de Mertin Hoëk et Gabriel Lapierre ont pris la scène. Ils sont toujours un phénomène à entendre ou voir. Le duo n’a pas lésiné en lançant les hostilités avec Encourir mes passions tirées du Temps F33l paru l’an dernier. C’était brutal, chirurgical et impressionnant. Hoëk joue avec une rapidité et une précision d’exécution sans pareil. Parce qu’une chose est sûre, si tu peux jouer du Crabe les yeux fermés… t’es un demi-dieu de la guitare. Je suis parti à regret avant la fin de la performance pour me diriger au Rialto.

Little Scream

Lorsque je suis arrivé au Rialto Hall, Laurel Sprengelmeyer était déjà en train de jouer Wreckage devant une salle à demi remplie. L’Américaine installée à Montréal depuis plusieurs années, était en grande forme. Elle a livré plusieurs chansons de Cult Following paru en mai 2016 avant d’achever de conquérir la foule avec l’intoxicante Love as a Weapon et la non moins plaisante Dark Dance. Little Scream a même joué une nouvelle chanson fort réussie. Elle était notamment accompagnée de la très capable Lisa Moore (Blood & Glass, Creature). Le seul petit hic est qu’elle a décidé de terminer sur un blues dont le nom m’échappe, mais qui n’était pas tellement hop la vie. Après nous avoir crinqués avec ces chansons plus dansantes, c’était un drôle de choix.

John Maus

John Maus est à la fois un chanteur qui déglingue la pop et un philosophe qui fait aller ses cordes vocales. Il était de passage au Rialto dans le cadre de POP Montréal et c’est surprenant de voir à quel point l’Américain est populaire dans la métropole. La salle était remplie au maximum de sa capacité pour la performance d’une quarantaine de minutes où John Maus a dû suer deux litres d’eau. Sa présence scénique très punk, dynamique et parfois même violente jure avec son électro-pop qui incorpore des éléments de new wave. Sur scène un dirait un mélange d’Andrew W.K., Mac DeMarco et Greg Saulnier de Deerhoof. Parfois, on se demande s’il chante vraiment en direct, puisqu’il crie tellement en dehors de ses moments chantés et hors du micro qu’il faut qu’il possède des poumons de fer. Non seulement ça, mais parfois certaines voix semblaient entrer avant qu’il ne soit sur le micro. Enfin, ce n’est pas essentiel, sa performance restait impressionnante en soi.

On se revoit demain!

POP Montréal 2017 : Soirée du 14 septembre #3

Ambiance de marché aux puces pour le lancement de Nicolet

C’est dans un White Wall Studio assez rempli et humide (de chaleur!) que la formation montréalaise Nicolet lançait le très bon Hochelaga. Devant un public assez attentif, le groupe, mené par Étienne Hamel, a fait défiler les chansons de sa plus récente galette de manière efficace, malgré une durée de performance assez limitée. Selon une ambiance de marché aux puces, le ton de l’évènement était plutôt bien donné. Les garçons ont joué devant un grillage en bois type « clôture de jardin », accompagné de petites guirlandes de lumières. Assez créatif comme décor. Accompagné de ses fidèles acolytes, Hamel a livré une performance éclatée en lançant quelques blagues spontanées par-ci, par-là. Le tout a su faire tenir l’auditoire en haleine. À vrai dire, on sentait beaucoup de fébrilité en l’air pour ces jeunes gens. L’opus Hochelaga s’est mérité plusieurs mentions favorables de la part des critiques, et avec raison. Sur scène, les chansons sont pertinentes, plutôt bien exécutées et rafraichissantes. Les élans instrumentaux sont poignants et passionnés. Pas des farces, ça donnait le goût de se vêtir de chemises fleuries et de se balancer de tout bord, tout côté. Honnêtement, le talent est bien là. On leur souhaite que du bon pour la suite.

Se confesser avec Vagabon

Direction vers l’Église St.John The Evangelist pour y croiser l’Américaine Vagabon (de son vrai nom Laetitia Tamko) et ses deux musiciens. Quelque temps après la parution de son album Infinite Worlds, la chanteuse revient en sol montréalais pour présenter ses plus belles chansons rock dans un décor… qui, ma foi, était bien catholique pour l’occasion. Même si, à quelques reprises, Tamko s’est montrée un peu timide, elle a tout de même bien livré la marchandise. Pendant le titre Cold Apartment, les murs vibrent fort. Le plancher craque. La caisse claire donne le tempo. Les éclairages changent d’intensité au fur et à mesure. Le rythme est là. Quant à Alive and A Well, la sensibilité de l’Américaine atteint son apogée. Seul derrière sa guitare, Tamko chante cette magnifique ballade avec un timbre touchant. Difficile de ne pas verser quelques larmes au fil des paroles. Plus tard, le groupe joue sur différentes émotions, différentes tonalités : la joie/la colère, le fort/doux. Minneapolis dégage une énorme intensité derrière ses motifs de guitare rugueux et parfois distordus. The Embers reste pleine de douceur et monte tout en intensité par la suite. Le tout pour capter l’attention de l’auditoire. Ça a très bien fonctionné. Aucun parasite sonore ne s’est fait entendre. Le silence se faisait des plus complets. Pas de discussion de chasse et pêche… ou de série télévisée… ou de journée de travail. Eu-re-ka. Tamko a compris comment gagner son public. En étant extrêmement naturelle et sympathique. Confesser avec Vagabon? Plutôt se confier. Elle était là pour panser tous les tracas de chacun d’entre nous. Il fallait tout simplement se concentrer sur sa musique. Du début, jusqu’à la fin.

Réchauffer la salle avec Nnamdi Ogbonnaya

Originaire de Chicago, c’est Nnamidi Ogbonnaya qui a ouvert pour Vagabon avec son jazz/hip hop instrumental très particulier retrouvé sur sa plus récente offrande DROOL, paru en mars dernier. Quel était le mot d’ordre? Festif. L’Américain s’est montré bien dynamique dans l’église en interprétant plusieurs titres qui donnaient la bougeotte. Pas question d’être assis sur son banc d’église du début jusqu’à la fin de la prestation. Véritable bête de scène, le meneur de jeu incitait le public à participer au concert en bougeant sur des rythmes dansants. Seul petit point, le jeu des lumières était peut-être un peu abusif… Les yeux pouvaient se retrouver rapidement agressés. Simple petit bémol parce que sinon, côté musique, tous les éléments étaient là pour assurer une bonne première partie. Pétillant, vous dites? Oui. Une autre belle découverte du label Father/Daughter Records.

POP Montréal 2017 : Soirée du 14 septembre #2

Pour cette deuxième soirée, j’allais au Rialto pour Doldrums et le groupe torontois Austra.

Doldrums

Doldrums était de passage au magnifique théâtre Rialto hier. De leur concert on retenait principalement deux choses : premièrement, le groupe sur scène ne fait pas de faveurs au groupe studio, et l’acoustique du Rialto est tout sauf prête à accueillir une aussi mauvaise sonorisation de musique électronique. Le concert peut être résumé sans trop d’exagération par une overdose de fréquences basses et une carence fatale en clarté. On aurait dit que le
concert se déroulait sous l’eau.

Le groupe est formé d’un guitariste qu’on n’a pas entendu du spectacle, d’une percussionniste et d’un chanteur – DJ. On entendait quand même la voix du chanteur (et dans ce sens, tout allait bien), et quand on se rapprochait de la scène on décelait les coups de cymbales et de floor tom de la percussionniste, qui pourtant ne ménageait pas son énergie. Tristement, une fois rapprochés, on voyait bien que, à l’image du guitariste, cette dernière ne servait guère plus qu’à être sur la scène. Non seulement son jeu ne complémentait en rien la musique, mais ses quelques coups discernables étaient plus fréquemment qu’autrement loin d’être synchronisé avec le drum machine. Une chance, à bien y repenser, qu’il prenait toute la place. Je ne serais pas prêt à dire que le spectacle était mauvais, parce que le chanteur avait une énergie symbiotique avec la musique, mais surtout parce que pour émettre une telle opinion je dois d’abord comprendre ce que j’entends, et je n’ai rien capté de clair.

Austra

Austra les suivait de près avec leur esthétique rétrofuturiste assez intéressante à intégrer dans la grandiose salle. Leur performance est terriblement solide; leur gros 4/4 disco-ish sonnait la tonne (malgré que le son soit encore assez médiocre, quoique beaucoup mieux que pendant Doldrums), mais c’est vraiment la chanteuse qui met les points sur les « i ». Sa voix perçante était juste jusque dans ses plus vertigineux falsettos et percutante à souhait. Tout comme en studio, elle procurait aux gros synthés et aux encore plus gros rythmes une dimension presque opératique poussée parfois jusqu’au scream. C’est par moments aussi impressionnant que musicalement jouissif.

Le groupe nous a joué en majorité des pièces tirées de leur dernier album. La musique certes nous marque d’un considérable manque de diversité compositionnelle avant longtemps, mais pour une raison obscure, le tout ne paraît pas si redondant – du moins pas aussi rapidement qu’en studio. La section rythmique est assez solide, mais sans plus. Je pense surtout à la batteuse quand je dis qu’il y avait par-ci par-là quelques instabilités rythmiques, et ce malgré le click track qui réunissait les quatre musiciens. Oui, la performance en tant qu’entité est solide, mais c’est beaucoup une question d’addition de bons coups chorégraphiques – enchaînement des pièces, cohérence de l’énergie des musiciens, éclairage, présence scénique de la chanteuse, etc. On voit qu’ils ont du plaisir ensemble, et ce autant dans leur figure que dans leur musique. Pour quelqu’un qui aime leur œuvre studio, c’est une solide performance.