Le Vieux Stock Archives - Le Canal Auditif

Foo Fighters – The Colour and the Shape

On revient toujours aux Foo Fighters. On retourne aux vieux albums et pour chaque nouvelle proposition lancée par « el’ banne à Dave Grohl » on y retrouve avec bonheur le sens du hook et du rock du groupe. C’est fédérateur, c’est fiable et c’est bien fait du Foo Fighters. Pis ça nous rappelle que dans les 90’s, la musique c’était quelque chose!

Bref, The Colour and the Shape a vingt ans et on n’a jamais vraiment arrêté de l’écouter alors, pourquoi le dépoussiérer? Parce que cet album est géant dans l’histoire du rock made in USA.

Même si ça fait quand même drôle d’écrire sur The Colour and the Shape à un mois du vingtième d’Ok Computer, l’album qui a non seulement transformé la musique rock à travers le globe, mais qui a surtout façonné la manière dont une génération, la mienne, a géré son rapport à ses émotions avec la musique.


 

Pas que la musique des Foo Fighters soit dépourvue d’émotivité, bien au contraire, surtout à cette époque. The Colour and the Shape en témoigne puisqu’il est le premier album de compositions de Grohl qui ont été écrites après la mort de Kurt Cobain. Mais voilà plutôt un album qu’on vit le poing et le pichet levé plutôt que sous la couette les lumières fermées. Alors, évitons le jeu des comparaisons.

Donc, un peu d’histoires avant de poursuivre : le premier album des Foo Fighters, c’est un album solo de Grohl, enregistré en cinq jours dans l’anonymat alors que le bon Dave est en train de se demander s’il deviendra batteur de Pearl Jam (!) ou de Tom Petty (!!). C’est un solide record, mais qui demeure modeste et somme toute DIY malgré les moyens du bonhomme, déjà à l’époque (pagin’ Nevermind).


 

Alors quand The Colour and the Shape arrive dans les bacs, c’est comme une tonne de brique : gros son, gros band, grosse production de Gil Norton, gros succès et gros hooks. Et quand je parle de succès, je veux dire que sur cet album, il n’y a que ça, des succès. Pis oui y’a Everlong, My Hero (dont l’intro pastiche les Pixies) et Monkey Wrench, qui deviendra d’ailleurs la copie-carbone de tous les succès du groupe, mais il y a surtout les rageuses My Poor Brain et Wind Up et les inoubliables balades, Waiting After You et Febuary Stars.

Ce n’est pas pour rien que le deuxième disque des Foo Fighters a coulé le solage de l’empire alt-rock qu’est devenu le groupe. Merci aussi aux vidéoclips irrésistibles qui ont assuré aux simples de l’album une rotation forte à MTV, à l’âge d’or de ce médium.


 

Mais il ne faut pas passer sous silence le travail de maestro de Grohl ici. En plus de s’assumer en tant que compositeur et frontman, il a dirigé son groupe avec la vision de celui qui porte les trois plus importants chapeaux de l’orchestre : chanteur, guitariste et batteur. La rigueur de Grohl en ce qui concerne les tambours a d’ailleurs causé le départ de William Goldsmith, batteur qui avait tourné avec les Foos pour le premier album.

Bref, dans The Colour and the Shape, Dave rugit sa soif de liberté et d’émancipation, berce sa peine et ses souvenirs et défonce globalement, sans complexes, la porte ouverte du premier jour du reste de sa vie.

Foo Fighters
The Colour and the Shape
Capitol
46:47
20 mai 1997

https://www.foofighters.com/

Oasis – Be Here Now

Noel Gallagher a beau s’exercer avec ses High Flying Birds et son frangin Liam peut tant qu’il veut faire la tournée des festivals avec son nouveau matériel, les frères rivaux ont beau ne plus se parler, mais ils savent toujours flairer la bonne affaire. La dernière en lice : faire paraître une édition collectionneur de Be Here Now l’interminable et décousu effort d’Oasis paru en 1997. Et à l’instar dudit disque, la nouvelle édition est toute aussi — scoop — interminable (sur trois disques) et décousue. Mathieu April et Jean-Simon Fabien en ont discuté en partageant des boissons houblonnées un samedi soir d’hiver à Québec.

Avertissement : Ceci est probablement la critique de disque la plus lourde à être publiée cette année : un commentaire en plus de 1250 mots sur le moins bon album d’Oasis. Comme dirait Pierre-Yves McSween, en as-tu vraiment besoin?

Ouvrez-vous une IPA et ça va être correct.

1-D’You Know What I Mean

Mathieu : Moi ce que j’aime, c’est que Noel a son capo à la deuxième frette sur sa grosse Flyin » V dans le vidéoclip. C’est encore plus impressionnant que les hélicoptères pis toute.
Jean-Simon : Encore une toune d’Oasis avec du name drop de tounes des Beatles : Fool on the Hill et I Feel Fine cette fois-ci.

Point(s) fort(s) : La mélodie du pont, le capo à la deuxième frette, le texte intime
Point(s) faible(s) : Trop longue d’une minute, le refrain est trop simple et trop souvent répété, trop de couches de sons.

Verdict : C’est un hit!

2— My Big Mouth

Mathieu : Du Oasis lourd, du gros son, comme sur (What’s the Story) Morning Glory. L’idée de base est bonne.
Jean-Simon : C’est la Some Might Say de Be Here Now.

Point(s) fort(s) : Un excellent pont, une attitude rock assumée, une chanson somme toute « ramassée », compacte.
Point(s) faible(s) : Refrain moyen et un clin d’œil limite légale aux Smiths.
Verdict : C’est un hit.

3 — Magic Pie

Mathieu : Une autre chanson lourde, l’album commence fort, mais pas une chanson mémorable. Rien là-dedans ne justifie de dépasser la barre des 7 minutes.
Jean-Simon : Excellent début beatlesque, texte poignant, narration à la 3e personne, c’est une relative nouveauté pour Noel.

Point(s) fort(s) : Les paroles, la voix de Noel et les harmonies vocales qui évoquent celles de Cast No Shadows.
Point(s) faible(s) : Trop longue, refrain ordinaire, superposition de couches sons et d’effets qui rendent presque impossible l’écoute du morceau en entier.
Verdict : Du gros potentiel de hit gaspillé.

4— Stand By Me

Mathieu : Dès que Liam ne chante pas, Noel fait une passe à la guitare, il n’y a aucune pause de mélodie dans cette chanson. Un grand ménage du printemps aurait grandement amélioré cette pièce.
Jean-Simon : Insipide tentative de faire une deuxième Don’t Look Back In Anger. De bonnes idées mélodiques cela dit, comme la sortie du dernier refrain en accords mineurs.

Point(s) fort(s) : L’orchestration, la guitare soliste.
Point(s) faible(s) : Texte médiocre, les idées de grandeurs et l’opulence générale.
Verdict : Un plaisir coupable sucré.

5-I Hope I Think I Know

Mathieu : Il me semble que la balance de son est bizarre… Encore une autre chanson au pont accrocheur et au refrain oubliable.
Jean-Simon : Quand Liam chante «you’ll never forget my name», c’est sur le même ton que «you know what some might say».

Point(s) fort(s) : Liam assure au chant.
Point(s) faible(s) : Faible effort de composition.
Verdict : On skip.

6-The Girl With The Dirty Shirt

Mathieu : Ça sonne comme une mauvaise reprise d’un b-side des Beatles. De plus, la chanson commence avec les deux mêmes accords que Wonderwall. Sacré Noel!
Jean-Simon : Sûrement qu’il devait avoir un capo à la deuxième frette.

Point(s) fort(s) : La conclusion aux claviers, quoique longue, est assez intéressante. Un pont très fort mélodiquement. Les harmonies de Noel sont impeccables.
Point(s) faible(s) : Refrain quétaine, texte sexiste et une des plus oubliables chansons du groupe. Dire qu’ils ont composé Supersonic le temps de se faire livrer du chinois…
Verdict : On endure

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Les Cowboys Fringants – Break Syndical

Été 2003, je termine mon secondaire. Mes occupations à ce moment-là sont plutôt simples : je travaille comme commis dans l’épicerie du coin, je rêve de devenir comédien, je ne me peux plus d’attendre l’automne qui veut dire début du Cégep St-Laurent et les soirées, je les passe avec ma gang d’amis dans le sous-sol de Simon. On fait nos expériences d’ados, les premiers pétards, on se trouve cool parce qu’on boit de la téquila (ouache) et on finit par passer la majorité de notre temps à écouter de la musique et des films. Bref, mes parents auraient trouvé que je ne faisais pas grand-chose de ma carcasse et pourtant… ces moments-là m’ont ouvert l’esprit et m’ont profondément marqué.

Il faut dire que pendant la fin de mon secondaire j’étais un métalleux, j’écoutais du Iron Maiden, je portais un coat de cuir (que je porte toujours d’ailleurs) et je ne voulais rien savoir de la guitare acoustique. Ça, c’est jusqu’à ce que je tombe sur En Berne. Il faut se replacer en contexte, j’ai 17 ans, je découvre le nationalisme et le contexte politique, mon identité d’adulte et je commence à me fâcher contre la société : trop de grandes entreprises qui se foutent de leurs employés, trop de pollution, trop de laxisme de la classe politique… vous me direz que ça n’a pas changé. Vous avez malheureusement trop raison. Mais, à ce moment-là, quand je tombe sur En Berne, j’ai l’impression que Jean-François Pauzé a écrit ça pour moi :

«C’est ça l’problème de ma patrie
Y’a pas personne pour s’indigner
Contre la fausse démocratie
Qui sert les riches et les banquiers
Dans cette contrée peuplée d’ignares
‘Faut pas trop s’rappeler d’son histoire
Ici y’a juste les plaques de char
Qu’y ont encore un ti-peu d’mémoire…»
– En Berne

Et c’est aussi comme ça que toute ma gang a découvert Les Cowboys Fringants. On est tombé dans la marmite tous en même temps, et Break Syndical a été notre porte d’entrée dans le monde à la fois engagé, ironique et mélodieux des Cowboys… pis tous les gars avaient un petit kick sur Marie-Annick, mais ça c’est un autre affaire et c’est pas mal moins important. Encore aujourd’hui, quand La Manifestation part, je me rappelle des moments passés dans la rue devant le cégep St-Laurent à dénoncer les compressions des prêts et bourses du gouvernement Charest. C’était l’époque juste avant Libérez-nous des Libéraux de Loco Locass. Nous étions jeunes, dynamiques, rebelles et on voyait bien que le gouvernement en place était en train de dilapider nos biens à la manière d’un syndic de faillite.

Pendant que j’écris ces lignes, Toune d’automne se met à jouer avec son air réconfortant. Il va sans dire que je connais encore les paroles par cœur. En tant que fan aillant beaucoup traîné dans les concerts du groupe je substitue : « Jure-moi donc que c’fois là tu restes à maison pour de bon » pour « Jure-moi donc qu’t’es pas devenue fédéraliste ma petite crisse ». Ça parle aussi de Simon, parallèle si facile à faire avec mon Simon chez qui on végétait le soir en se posant pas mal de questions sur la vie. J’ai toujours beaucoup aimé les chansons mélancoliques des Cowboys. L’Hiver Approche récit d’une personne cassée, m’a souvent résonné dans la tête pendant l’université quand j’avais de la misère à arriver et que le Kraft Dinner était la seule chose que je pouvais me payer pour souper. C’est aussi sur Break Syndical qu’on trouve la poignante Ruelle Laurier avec ses paroles crues qui expose un univers familial dysfonctionnel et violent. Une des rares chansons écrites par Karl Tremblay plutôt que Jean-François Pauzé. Encore aujourd’hui, ça me donne des petits frissons quand le violon de Lépine embarque et que le texte se fait particulièrement dur :

« Ma mère vivait ça tranquillement
En faisant semblant d’l’aimer
Angoisée tout en sachant
Qu’y allait r’venir pour son péché

Elle fermait les yeux doucement
Pendant qu’y a prenait par les cheveux
L’a faisait mettre à genoux devant l’divan
Assouvir ses instincts vicieux

Mercredi soir après le hockey
J’vas attendre mon père chez l’vieux Dugas
Quand y va prendre la ruelle Laurier
J’vas m’arranger pour qu’y en sorte pas…»
-Ruelle Laurier

Pratiquement toutes les chansons de Break Syndical sont devenues des classiques pour quiconque suit le groupe. De Joyeux Calvaire à l’humoristique Heavy Métal en passant par le premier chapitre de l’histoire de Jay-Pee Labrosse intitulé La noce. C’est l’album qui a permis au groupe de devenir un phénomène de société qui les a menés en France et qui a culminé le 30 décembre 2003 au Centre Bell. Un phénomène qui s’est construit par le bouche-à-oreille et par la ferveur de ses fans. Ce soir-là, on était là, toute la gang à danser dans les rouges avec des milliers d’autres jeunes adultes qui avaient envie que les choses changent. On était content d’entendre Dom Lebo nous conter des blagues entre, et souvent pendant, les chansons et voir Jérôme Dupras groover comme jamais à la basse. Dupras, c’est un maudit bon bassiste, on l’oublie souvent.

Aujourd’hui, on a la trentaine. J’espère qu’une partie de cette utopie-là vit toujours en nous; celle de vouloir faire de notre société un monde plus juste et équitable, plus vert et plus respectueux. Je dois aux Cowboys Fringants de m’avoir accompagné à travers la myriade de questions qu’on se pose au début de l’âge adulte. Quand on essaie de comprendre qui on est et comment on a l’intention d’aborder la société et le monde. Aujourd’hui, certaines chansons viennent encore me chercher, me mettre à fleur de peau, me chambouler et je connais encore chacune des paroles de chacune des chansons de Break Syndical. Merci gang. C’était un pas pire record que j’aime encore beaucoup.

Les Cowboys Fringants
Break Syndical
La Tribu
2002

http://www.cowboysfringants.com/

Arcade Fire – Neon Bible

Ce lundi 6 mars 2017, les mélomanes célébraient le 10e anniversaire de Neon Bible d’Arcade Fire. Oui, déjà dix ans. J’ai été étonné autant que vous en réalisant que ce disque remarquable m’accompagnait depuis tout ce temps. En m’y replongeant il y a trois semaines, j’en suis venu à la conclusion que le deuxième album d’Arcade Fire n’a pas pris une seule ride.

Me replonger dans l’univers de Neon Bible fut un réel plaisir, car, pour moi, comme pour certains d’entre vous, il s’agit d’un album marquant. Cette offrande d’Arcade Fire, possiblement le groupe québécois le plus populaire à l’époque, a évoqué de beaux souvenirs. Je me rappelle encore clairement avoir découvert Arcade Fire par l’entremise d’un de mes enseignants au cégep. C’était en 2004. Il m’avait prêté son CD de Funeral. J’ai capoté. J’ai écouté le disque sur « repeat » pendant un mois. Après un premier microsillon aussi époustouflant que Funeral, les mélomanes étaient en droit d’avoir de grandes attentes en vue de la sortie de Neon Bible. Verdict : mes attentes ont été satisfaites. Il y a dix ans, Arcade Fire nous livrait un deuxième sans-faute.

Tout comme sur Funeral, Arcade Fire propose sur Neon Bible un savant mélange de moments frénétiques et de moments posés. C’est d’ailleurs l’une des qualités d’Arcade Fire. Ils déterminent l’ordre des chansons de la même manière qu’un scénariste doué met bout à bout les scènes d’un film. Une scène paisible dans laquelle l’harmonie règne laisse place à un moment fort, une crise, un pivot. Nous n’avons qu’à penser à Neon Bible qui laisse place à Intervention et No Cars Go qui succède à Windowsill. Sans transparaitre dans chacune des chansons, cette frénésie traverse le disque. Et c’est en partie cette énergie qui me séduit.

J’avoue même que pendant quelques années, lorsque quelqu’un me demandait quel est mon album d’Arcade Fire préféré, je répondais « Neon Bible ». Oui, je sais. Je me suis ravisé il y a quelques années. Cela dit, encore à ce jour, le deuxième microsillon du groupe occupe une place spéciale dans mon cœur.

Bien que toutes les chansons composant ce disque soient de qualité et perdurent après 10 années passées dans nos tympans, certaines se démarquent du lot. Je pense ici aux incontournables Black Wave/Bad Vibrations, No Cars Go et le chef-d’œuvre intitulé My Body Is a Cage.

À réécouter, pour le pur plaisir que procurent les grandes œuvres.

Arcade Fire
Neon Bible
Merge Records
2007

Aphex Twin – Selected Ambient Works 85-92

Richard D. James, alias Aphex Twin, a laissé sa marque dans l’histoire de la musique électronique en démontant de l’ambient, du house et du techno pour tout remonter différemment, comme des blocs LEGO. Ça prenait la spontanéité d’un enfant et la précision d’un chirurgien pour faire bifurquer ces courants, et James l’a fait avec un grand sourire. Dans le cadre de la chronique Le Vieux Stock, j’ai le plaisir de fêter le vingt-cinquième anniversaire de Selected Ambient Works 85-92 (1992), le premier album studio d’Aphex Twin, publié sur R&S Records.

En 92, je ne connaissais pas du tout Aphex Twin, en fait le grunge avait pris tellement de place que la musique électronique avait un peu pris le bord. Je me rappelle de la bande sonore de Cool World (1992) et de deux pièces extraites du premier album de Moby, Ah-Ah et Next is the E, de l’acid techno fait sur mesure pour les raves. Il y avait aussi The KLF et The Orb qui ne se tenaient pas loin de l’acid avec leurs couleurs house et ambient respectivement. Ce n’est que deux ans plus tard qu’un ami m’a fait écouter quelques pièces de Selected Ambient Works Volume II (1994), et bien que je trouvais les textures sonores captivantes, je venais de tomber dans The Downward Spiral (1994), et Aphex Twin était trop abstrait à mon goût à ce moment-là.

Ce n’est que trois ans plus tard que le nom d’Aphex Twin allait se graver dans ma mémoire. Trent Reznor venait de sortir The Perfect Drug (1997), et sur le coup je n’étais pas tout à fait certain de la mode des breakbeats et des contretemps; j’étais brainwashé par le « four to the floor » des soirées gothiques industrielles. N’empêche, c’est ce qui m’a permis d’apprécier un truc un peu plus rough qui m’a beaucoup impressionné cette année-là : Come to Daddy (1997). Je tiens à remercier le réalisateur Chris Cunningham d’avoir produit un vidéoclip qui me hante encore aujourd’hui.

Aphex Twin devenait ainsi un nom familier, aux côtés d’artistes tels que Autechre, publiés sur l’étiquette Warp. L’intelligent dance music était en train de faire sa place sur la scène underground pendant que le big beat vivait son heure de gloire sur les ondes de masse. La première réaction à ce « nouveau » genre était de se demander à quoi pouvait bien correspondre du stupid dance music; et ça devenait clair juste en le disant. Le IDM délaissait le formatage rigide de la pop, les couplets et les refrains, l’anticipation qui les accompagne; pour une approche plus abstraite, inspirée des microvariations de l’ambient, de la répétitivité de la polyrythmie et de l’exploration sonore. C’était une proposition qui ouvrait les frontières de la musique électronique pour laisser entrer une part d’électroacoustique.

C’est dans cet ordre d’idée que j’ai découvert le reste de la discographie d’Aphex Twin, pour finalement aboutir (en dernier) sur Selected Ambient Works 85-92. Je dois avouer qu’à la première écoute, je n’ai pas trop compris l’enthousiasme qui avait eu lieu à sa sortie. Ça m’avait fait penser à l’album Phaze Two (1992) d’Intermix, un deuxième projet de Front Line Assembly, dont le thème esthétique faisait également une grimace au format dance pop de l’époque.

SAW 85-92 a tout de même très bien vieilli, l’abstraction des structures des pièces et le travail sur les sonorités y sont pour beaucoup. Il n’y a pas de simples ou de succès taillés sur mesure pour les discothèques, et c’est ça le but en fait; de décrocher de l’époque one-hit-wonder du dance pop pour l’amener tranquillement dans une direction plus près de la créativité des compositeurs. À (ré)écouter si vous souhaitez avoir une idée de comment ça sonnait avant que tout change pour de bon.

https://warp.net/artists/aphex-twin/