Chroniques

The Flaming Lips

The Soft Bulletin

  • Warner Bros. Records
  • 1999

En 1997, les Flaming Lips avaient lancé un ovni musical intitulé Zaireeka. Wayne Coyne, Michael Ivins et Steven Drozd avaient alors enregistré une oeuvre répartie sur 4 disques compacts qui devaient être joués simultanément pour écouter l’œuvre dans son intégralité.

Même si l’immense majorité des mélomanes de l’époque devait se contenter d’un seul lecteur CD pour écouter leurs disques favoris, il y a quelqu’un chez Warner qui a donné le feu vert à cette folie. En fait, rien ne laissait présager le virage pop orchestral que la formation allait concrétiser avec la parution de ce que je considère comme étant le chef-d’œuvre des Lips : The Soft Bulletin… qui fête ce mois-ci son 20e anniversaire !

Au moment de sa sortie, la formation était déjà bien établie dans l’univers du rock indépendant états-unien. Malgré un succès relatif – She Don’t Use Jelly (1993) – les Lips étaient à l’époque reconnus comme l’un des groupes parmi les plus excentriques et imprévisibles qui soient.

Faisant appel aux services de Dave Fridmann qui, un an auparavant, avait réalisé avec Jonathan Donahue le sublime Deserter’s Songs de Mercury Rev, les Flaming Lips changent de cap et nous proposent un disque magistral de pop planante, détenant quelques ascendants prog; une création qui combine admirablement bien le psychédélisme éthéré de Pink Floyd aux harmonies vocales célestes des Beach Boys.

The Soft Bulletin est un album lumineux qui aborde des thématiques universelles (joie, mort, vieillissement, amour, etc.) avec une franchise désarmante. Avec un Wayne Coyne qui, à l’aube de la quarantaine, s’interrogeait sérieusement sur le véritable sens de la vie et un multi-instrumentiste héroïnomane, Steven Drozd, qui venait de se remettre sur pied à la suite d’une cure de désintoxication, tous les ingrédients pour une quête existentialiste sentie étaient présents.

Waiting for a Superman et Feeling Yourself Desintegrate sont deux joyaux mélancoliques et désespérés qui représentent bien cette sincérité émotionnelle exprimée sans fard tout au long de l’album.

« Tell everybody waiting for Superman

That they should try to hold on the best they can

He hasn’t dropped them, forgot them, or anything

It’s just too heavy for Superman to lift »

Waiting for a Superman

« Love
In our life
Is just too valuable
Oh, to feel
For even a second
Without it

But life
Without death
Is just impossible
Oh, to realize
Something is ending
Within us »

Feeling Yourself Desintegrate

Les cordes, les claviers aériens, la puissante batterie « à la John Bonham » (enregistré avec l’aide d’un seul microphone, semble-t-il) ainsi que les mélodies nasillardes, hautes perchées et chambranlantes de Coyne amplifient au centuple la charge émotionnelle qui habite The Soft Bulletin. Encore aujourd’hui, il est impossible de demeurer parfaitement impassible à l’écoute de ce disque tant le message véhiculé est d’une authenticité bouleversante.

Ce fut également le début de tous ces concerts fusionnant psychédélisme et atmosphère de fêtes foraines qui ont fait la renommée du groupe. Même si la recette est aujourd’hui quelque peu éculée (on a fait le tour de la « balloune » et des confettis), les spectacles offerts par les Lips font partie de mes meilleurs moments musicaux à vie, particulièrement celui donné en 2006, dans le cadre d’Osheaga, sous une pluie diluvienne.

Lors de mon arrivée à Montréal, voilà un disque que j’ai écouté à n’en plus finir, particulièrement dans ce lugubre demi-sous-sol où une nouvelle vie débutait. D’entendre la courte attaque de batterie en introduction de Race For The Prize et le « I accidentally touched my head and noticed that I had been bleeding » dans The Spark me font encore aujourd’hui un effet bœuf.

The Soft Bulletin est un album qui se tient debout tout seul, sans justification et sans intellectualisation superflues. Un disque qui conclut de belle manière les douloureuses années 90 et qui donne toutes ses lettres de noblesse à la musique pop.

1 commentaire

  1. Krap, le 2019-05-16 à 03:26

    Musique intemporelle qui aurait pu être écrite dans les années 70 mais pourrait encore sortir aujourd’hui avec la même émotion, folie et naïveté. Il est des albums comme ça que je continuerai de réécouter avec le même plaisir en chantant (faux!) des paroles que je ne comprends pas toutes mais qui, par la force émotionnelle de l’orchestration, la puissance de la rythmique et la fragilité à la limite de la cassure du chant, continuent de me hérisser les poils des bras.
    Grand album!

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