Chroniques

Red Hot Chili Peppers

Californication

  • Warner Bros. Records
  • 1999

Right on.

Californication c’est la réinvention des Red Hot Chili Peppers. Il y a 20 ans, la légende se consolidait. L’album de 1999, qui marque le retour momentané de John Frusciante avec le quatuor, a consacré l’indéniable apport des Chili Peppers à la musique populaire.

Sur Californication, on sent qu’Anthony Kiedis, Chad Smith, Flea et Frusciante ont su faire renaître la magie des beaux jours pour créer ce que plusieurs considèrent comme leur véritable chef d’oeuvre.

Pour moi, Californication est un album spécial parce qu’il célèbre l’amitié et qu’il est sorti à une époque durant laquelle je solidifiais mes amitiés de demain. Il a été mon premier album de road trip, mon album de motivation avant de faire du sport et il a certainement été une source de concentration à l’époque où on avait des dev’ à faire tous les soirs.

Même si le concept de Californication est un brin alambiqué, l’idée générale d’une Californie dystopique, droguée par sa propre auto-représentation n’est pas si étrangère à la réalité américaine 20 ans plus tard. Anthony Kiedis a peut-être vu juste.

Mais je ne pense pas que c’est rendre justice à Californication que de s’attarder uniquement à son propos lyrique. Kiedis ne se fera jamais comparer à un Neil Young, vous l’aurez compris.

Toujours trempées dans le funk, le rap et l’alternatif, les chansons de Californication sont à mon avis supérieures à celles de Blood Sugar Sex Magik, car là où elles perdent en spontanéité juvénilo-punk, elles gagnent en profondeur, en maturité et disons-le… ciboulette que cette galette sonne comme une tonne de brique. L’album de 1991 ne peut pas rivaliser avec ce niveau de production.

À une époque où l’alternatif est sur le point d’être supplanté par le nü-métal, Californication est le dernier vestige d’une décennie musicale qui était un peu condamnée à mourir avec le décès de Kurt Cobain. À l’époque, Deftones sauvait déjà les meubles – ils le feront de manière encore plus convaincante en 2001 avec White Pony – mais Californication est quelque chose comme le dernier album des 90’s.  

Oui, je considère Californication non pas juste comme LE classique des Red Hot, mais bien comme un album classique tout court. Il renferme des perles de compositions qui ont donné aux Red Hot une profondeur et une maturité qu’on ne leur connaissait pas. Scar Tissue et Otherside sont des grandes chansons, mais Savior, Emit Remmus, Easily et This Velvet Glove sont des chefs-d’oeuvre sous-estimés.

Gros statement vous trouvez? C’est vrai que ça peut paraître gros à un moment où le groupe ne semble même plus convaincu de sa propre pertinence et que sa réputation d’être les pires showmen de l’industrie a été confirmée par une performance préenregistrée au Super Bowl.

Mais même si c’est dorénavant la triste réalité (Kiedis n’a plus de voix et Josh Klinghoffer est si coincé dans son imitation de John Frusciante qu’il en oublie comment jouer convenablement), le vingtième de Californication est une bonne raison de se replonger dans cet opus.

Mais je viens de finir l’écoute de l’album pour une troisième fois d’affilé. Ça faisait quoi, 9 ans que ce disque n’avait pas tourné dans mes écouteurs ? Mon constat : sur plus de 55 minutes de musique, les seuls temps morts sont Porcelain et peut-être la pièce titre qu’on a trop entendu.

Je ne charrie pas : on assiste sur Californication aux meilleures performances vocales d’Anthony Kiedis tout en retrouvant un Flea inspiré et un Chad Smith grandi par l’exercice qu’a été One Hot Minute, l’album précédent des Peppers sur lequel officiait Dave Navarro en remplacement de Frusciante à la guitare. Le guitariste de Jane’s Addiction a laissé des traces tribales sur la section rythmique des Peppers tellement son jeu de guitare imposait des changements au songwriting du groupe.

Oui, sur Californication, la recette qui a fait la marque des Red Hot, même avant l’arrivée de Frusciante, est présente. Mais la lucidité des paroles, la production crue et béton de Rick Rubin, la qualité des compositions et la globale maturité de l’oeuvre la détachent de tout le catalogue des Red Hot.

Avec le recul on est en droit de se demander si cet exercice de composition n’a pas tout sucé le jus de création des gars. Mais revenons à nos moutons.

Californication n’est pas un chef d’oeuvre parce que Otherside et Scar Tissue ont été des succès planétaires. Cet album est parfait pour les tounes qui entourent les hits radio. Vous voulez d’autres arguments ? Get on Top est meilleure que Suck My Kiss. Purple Stain était un doigt d’honneur au nü-métal naissant et Parallel Universe est un sacré gros hit.

Bref, Californication est parfois doux, parfois intense, mais des fois aussi rageur et noise. Il reste toujours très funky sans, pour une fois, être profondément ringard. C’est un album parfait fait par des gars qui avaient envie de se surpasser.

Fak après 12 écoutes maintenant, j’ai le goût de partir en road trip.

P.S. : Red Hot Chili Peppers est quand même le pire groupe que j’ai vu en show de mon existence. Ne payez jamais pour ça.

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