Chroniques

Destroyer

Kaputt

  • Dead Oceans Records / Merge Records
  • 2011

À travers les années, le prolifique canadien Dan Bejar a fait paraître de très bons albums sous le pseudonyme Destroyer. En fait, il n’y en a aucun de mauvais. Mais s’il y en a un qui ressort bien du lot, c’est bien l’excellent Kaputt. Je me rappelle qu’à l’époque, il y a dix ans, c’était l’une des premières fois que je trouvais que du saxophone sonnait vraiment bien sur enregistrement. Lorsque l’instrument apparaît sur la pièce d’ouverture Chinatown, il est aussi smooth qu’un scotch de 12 ans. Il coule tout doucement et nous réchauffe l’intérieur pendant que la présence hypnotique de Bejar capture nos oreilles.

Destroyer arrive donc en 2011 avec un album intemporel qui remet les sonorités des années 80 au goût du jour sans sacrifier la qualité de ses compositions; ce qui fait qu’on a réellement affaire à un hybride sonore situé entre le début des années 2010 et 1980. Les deux époques se fondent doucement l’une dans l’autre et on se retrouve avec des bijoux comme Savage Night at the Opera.

Les paroles que nous propose Bejar sur Kaputt sont assez particulières. D’abord, il a opté pour un mode « flux de conscience » popularisé par les auteurs Virginia Woolf et William Faulkner. Ce mode d’écriture met de l’avant le monologue intérieur d’un personnage avec ce qu’il a de surprenant et d’imparfait. Parmi les textes franchement réussis, on a Suicide Demo for Kara Walker, une pièce écrite en référence à la plasticienne américaine qui a dû se battre contre le racisme.

On retrouve beaucoup d’humour tout au long de l’album. Il est difficile de dire si Dan Bejar se paie notre tête avec ce disque. Le cliché et l’excellente chanson se tiennent par la main et l’ensemble garde un certain ton étrange de A à Z. C’est peut-être ce mystère qui rend l’oeuvre si attrayante.

Les cuivres sont rutilants sur Kaputt. On peut en parler sur la magnifique Downtown ou encore la chaleureuse Blue Eyes. Ceux-ci sont toujours à cheval entre le punch qu’on attend de la part de ce genre d’instruments et une envie de refuser de rentrer dans le moule. Je pense que c’est ce qui est le plus intéressant avec ces cuivres. Ce sont des rebelles qui jouent avec le sentiment de danger sans jamais oublier qu’ils servent d’abord et avant tout la chanson.

Le Kaputt de Destroyer mérite qu’on le célèbre. Déjà à sa sortie, il avait fait tourner les têtes. Il s’était retrouvé parmi les disques nommés dans la courte liste du prix Polaris en 2011. On est forcé d’admettre que c’est un album qui ne prend pas une ride. Les pièces vieillissent très bien et c’est certainement en raison de la facture unique que Bejar a réussi à proposer.

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