winnipeg Archives - Le Canal Auditif

Critique : Propagandhi – Victory Lap

J’ai découvert l’étiquette de disques Fat Wreck Chords autour de 1994. NOFX, Lagwagon, Good Riddance, Strung Out et les autres ont pour ainsi dire bercé mon adolescence. Parmi tous ces groupes qui jasaient de leur amour du café, du skate ou des réalités de la communauté punk californienne, on trouvait également le premier album de Propagandhi, seul band canadien de l’étiquette. Ces gars-là offraient un punk corsé, mais quand même pop contenant des textes-fleuves résolument gauchistes et baveux concernant le sexisme, la fierté patriotique, le capitalisme, le nazisme, le véganisme, le racisme et le revival ska des nineties, entre autres. Avec le temps, le groupe s’est radicalisé et est devenu extrême dans ses positions alors que musicalement, il s’est mis à flirter avec le hardcore et le thrash métal. Todd Kowalski, chanteur d’I Spy, est devenu le bassiste lorsque le tendre John K. Samson a cessé de se sentir à sa place aux côtés de Chris Hannah et Jord Samolesky (pour comprendre les différences, écoutez le groupe de John, les Weakerthans). Ensuite, un 2e guitariste, David « Beaver » Guillas s’est ajouté à la formation en 2006 et le groupe n’a jamais cessé de devenir toujours plus performant et efficace.

Chris, Jord et Todd reviennent enfin cette année, 5 ans après le magistral Failed States. Fait important à noter : Beaver compose encore pour le groupe, mais il a cessé de faire de la tournée en 2015. Les gars ont donc recruté Sulynn Hago, une excellente guitariste floridienne qui est la première femme à franchir les portes du boys club, au plus grand plaisir des trois autres concernés.

Sur Victory Lap, on retrouve encore cette haute voltige technique au service de chansons très efficaces. Certaines pièces (Failed Imagineer et Lower Order/A Good Laugh, entre-autres) sont les plus accrocheuses que le groupe a pondu depuis 2003 alors que d’autres sont des hybrides punk-thrash hautement addictifs (Comply/Resist et In Flagrante Delicto). Bref, c’est du Propagandhi de grande qualité avec des textes qu’il faudra impérativement décortiquer avec le temps. Rapidement, Lower Order… jase d’un voyage de chasse qui a éveillé les pulsions véganes de Chris, Tartuffe se désole de la place de la nostalgie dans le punk, Letters to A Young Anus embarque dans la catégorie anti-homophobe de leur catalogue et Adventures in Zoochosis se désole du fait que les perspectives d’avenir de l’humanité sont extrêmement glauques.

En bref, Victory Lap est une excellente 7e galette pour le groupe de Winnipeg. Les typiques brûlots hardcore chanté par Todd brillent par leur absence, mais on ne s’en désole pas trop puisque ses deux compos (When All Your Fears Collide et Nigredo) sont très bonnes et bien chantées au lieu d’être hurlées. Et puis au final, le disque est solide, bien construit et surprenant. En cette ère de déclin rapide du QI collectif, la présence de Propagandhi dans la culture est cruciale. Il faut les considérer comme un trésor national au même titre que Voïvod, Sacrifice, SNFU, le sirop d’érable pis les rocheuses.

MA NOTE: 8/10

Propagandhi
Victory Lap
Epitaph
37 minutes

Site Web

Critique : Alpha Toshineza – Jazz Inuit

Alpha Toshineza est un rappeur francophone qui habite Winnipeg au Manitoba. Comme beaucoup de gens d’origine congolaise, Toshineza s’est retrouvé en Europe. Il a grandi au Luxembourg et rappe depuis les années 90. Installé au Canada depuis 2014, il a créé sa propre maison de disque, Jazz Inuit qui est aussi le nom de cet album paru à la toute fin de 2016.

Que dire de ce Jazz Inuit? Il a surtout d’Inuit le nom, on n’y retrouve pas de liens avec les communautés du Nord Canadien. Mais entre peuples opprimés, les liens sont faciles à tirer. Alpha Toshineza laisse tomber un album qui oscille entre rap « old school » et des productions plus modernes. Sa verve est organique et ses constructions d’images sont généralement bien tissées.

Yakuza est un exemple de ces trames qui nous rappelle les années 90. C’est un smooth jazz sur lequel Alpha Toshineza vogue avec une rapidité qui coule naturellement dans l’oreille. Ne laisse pas tomber ce rêve rappelle plutôt des productions à la Kanye West qui échantillonne de vieux tubes. En l’occurrence, c’est We’re Almost There de Michael Jackson. I Don’t Know fait de la place à Selci qui chante sur le refrain alors que Toshineza nous envoie des mots avec une bonne cadence.

Jazz Inuit n’est pas parfait par contre. Parfois, les images ou les propos manquent de nuances. Visionnaire, par exemple, se retrouve dans une situation paradoxale parce qu’il appelle les visionnaires de partout, se plaçant au-devant de tout ça. Pourtant, tout ça est couché sur, et de loin, la production la moins intéressante de l’album. C’est une trame simple qui peine à se distancier des trames entendues cent fois pendant les années 90. De plus, il y a un certain côté adorateur du Christ qui tombe à plat. À se retourner toujours vers la figure christique, il fait tourner en rond son propos. Alpha Toshineza esquisse parfois des images qui se font court-circuiter par un dévoilement trop direct de son propos.

Malgré ces quelques écueils, Alpha Toshineza offre un Jazz Inuit qui tient la route et qui nous fait découvrir un talent francophone du Manitoba. Il faut les célébrer, ils ne sont pas nombreux. Est-ce que Toshineza collaborera avec Shawn Jobin? Ce serait bien que les rappeurs de l’Ouest canadien se serrent les coudes. On est content aussi de voir qu’il semble y avoir une faune active et en plein essor.

Ma note: 6,5/10

Alpha Toshineza
Jazz Inuit
Jazz Inuit
39 minutes

https://alphatoshineza.bandcamp.com/album/jazz-inuit-lp

Federal Lights – Coeur de Lion

Federal LightsLe groupe de Winnipeg, Federal Lights, fait paraître cette semaine leur album titré Cœur de Lion. Quelque temps après la sortie du premier disque We Were Found In The Fog en 2013, les revoilà avec une toute nouvelle proposition sous l’étiquette KillBeat Music. Verdict?

Il faut leur donner. Les Canadiens possèdent une belle force quant aux mélanges des instruments. Grâce à la superposition de ces fameuses couches sonores, les chansons se voient colorées et attachantes. Prenons Into The Ground. Véritable hymne folk/pop, la pièce se démarque par la brillance des xylophones, la clarté des trompettes et les harmonies vocales. Tandis qu’avec You And I, c’est plutôt les synthés qui donnent le ton à la ballade. Notons aussi la voix grave et charismatique du chanteur Jean-Guy Roy qui s’illustre facilement dans les chansons. À d’autres endroits dans le disque, l’auditeur retrouve la voix de Jodi Roy, sur Cœur de Lion. Titre qui mêle bien le timbre vocal pur et doux de la chanteuse avec ses guitares électriques enivrantes.

Par contre, le reste du projet est un peu décevant. Le groupe opte pour le déjà vu et pour les mélodies répétitives. On a l’impression d’écouter et de réécouter la même pièce pendant un téléroman cliché et mélodramatique (insérer le titre de l’émission que vous avez en tête ici). Dark Of The Night, Amelia, This Town, Lie To Me et Ctrl. Alt. Delete peuvent être utilisés comme exemples. À l’écoute de ces pièces, l’auditeur a cette impression de se retrouver confronté à des textes vides manquant de sens et de structure lyrique.

Les Canadiens tenaient absolument à être conformes au mouvement indie pop. Ça s’entend. Justement, il aurait été favorable de se sortir de ces conformités pour accéder à une meilleure diversité. Autre point, le chanteur livre bien les paroles, mais on demeure perplexe si le tout colle bien aux arrangements. Pour les prochains albums, il serait pertinent de garder liés texte et musique afin de susciter encore plus l’attention du public tout en évitant, de grâce, le quétaine, s’il vous plaît. Qui sait? On aurait peut-être droit à un disque surprenant.

Ma note: 5,5/10

Federal Lights
Cœur de Lion
KillBeat Music
42 minutes

http://www.federallights.org/