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Critique : The National – Sleep Well Beast

Le dernier album de la formation The National remonte au printemps 2013. Déjà. Trouble Will Find Me était un album correct, mais on pouvait quand même y déceler un embryon d’essoufflement créatif. Sans être un mauvais disque, l’atmosphère un peu trop « confortable » qui gouvernait cette création m’avait laissé sur mon appétit.

La semaine dernière, le quintette était de retour avec une nouvelle parution intitulée Sleep Well Beast. Enregistré principalement dans leur nouveau studio situé à Long Pond dans l’état de New York, incluant quelques sessions à Paris, Los Angeles et Berlin, la rumeur était persistante quant au virage inventif que s’apprêtait à faire le groupe. Ces ouï-dire ont ravivé quelque peu mon intérêt pour The National. Alors, est-ce que la formation préférée de tous ces trentenaires et quarantenaires cultivés/éduqués, mais cruellement désabusés face à l’état de ce monde, reprend vie ?

Oui. Sans aucun doute. The National sort de sa zone de confort en arpentant de nouvelles voies. Les rythmes électroniques minimalistes côtoient de nouvelles ambiances feutrées où les guitares des frangins Dessner servent à bonifier la puissance mélancolique habituelle du groupe. Il y a bien quelques « hooks » normaux, mais les guitares ne jouent plus leurs rôles coutumiers. C’est clairement l’album le plus ambitieux de la carrière de The National.

Pour arriver à ce résultat, le quintette a modifié sa méthode de travail. Les Dessner sont donc devenus les principaux architectes sonores (composition et arrangements) et le chanteur Matt Berninger n’a eu qu’à ajouter sa voix de baryton et ses mots sur cette musique déjà construite. D’ailleurs, au cours des quatre dernières années, les membres du groupe ont pris leur distance les uns des autres afin d’actualiser différents projets musicaux qui traînaient dans leurs tiroirs respectifs… et cette pause leur a fait le plus grand bien.

Bien sûr, la recette demeure sensiblement la même : le jeu de batterie tribal de Bryan Devendorf, les arrangements raffinés, les mélodies et les mots spleenétiques de Berninger, les guitares subtiles et inventives des frères Dessner, tout y est. Mais il y a du nouveau, assez pour garder captifs les adeptes de la première heure et fédérer les novices qui ont embarqué avec High Violet et Trouble Will Find Me.

Avec The National, il faut accepter que le voyage soit mélancolique et sage à la fois. Et parmi les quelques moments qui mettent en lumière le renouveau sonore de la formation, j’ai apprécié l’énergique Day I Die, les chansons magnifiquement désespérées que sont Nobody Else Will Be There et Guilty Party de même que les guitares acérées dans The System Only Dreams In Total Darkness. L’expérience électro « à la Radiohead » intitulée I’ll Still Destroy You, l’incendiaire Turtleneck (référence à peine voilée à l’atmosphère de « guerre civile en gestation » qui semble sévir actuellement chez nos voisins du Sud) ainsi que le penchant gospel entendu dans l’émouvante Carin At The Liquor Store complètent le portrait.

Et où se classera ce Sleep Well Beast dans la discographie de The National ? En deçà de Boxer et Alligator, mais cette production posera fièrement aux côtés de High Violet. Après une vingtaine d’années d’existence au compteur, la parution de ce nouvel album constituait un test d’importance quant à la survie et à la pertinence de la formation. Eh bien, l’examen est réussi. Haut la main.

Ma note: 7,5/10

The National
Sleep Well Beast
4AD
58 minutes

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