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Critique : Sunfields – Mono Mono

Même si l’été semble nous avoir désertés, il reste encore de belles balades à faire pour admirer les couleurs de l’automne ou faire la tournée des vignobles. Ça tombe bien, puisque Sunfields vient de nous offrir l’album idéal pour accompagner nos virées en char. Avec Mono Mono, le groupe montréalais signe un disque riche et honnête, aux couleurs americana, malgré la référence un peu trop appuyée à Wilco.

Il s’agit d’un troisième album depuis 2010 pour la bande menée par le chanteur et guitariste Jason Kent (The Dears, Kandle & The Krooks). Le premier, Palace in the Sun, était marqué par des couleurs psychédéliques, alors que le second, Habitat, lancé en 2014, assumait davantage son versant folk-rock. En entrevue avec le journal The Gazette à l’époque, Kent avait comparé ce virage à une sorte de retour en arrière, un peu comme si les Beatles passaient de « Sgt. Pepper à Rubber Soul ».

Cette fois, Sunfields assume entièrement son côté rétro-folk-country-rock et ne se gêne pas pour clamer haut et fort ses influences : Wilco, Tom Petty, Neil Young et The Byrds. Des noms auxquels on pourrait en ajouter bien d’autres, comme les Beatles ou The Eagles… Ça pourrait agacer et donner l’impression d’un simple pot-pourri du grand catalogue de la chanson anglo-américaine, mais les pièces de Mono Mono sont bien construites et l’album témoigne d’une belle cohérence qui lui confère une personnalité propre qui va au-delà de ses sources d’inspiration…

Ça commence très fort avec Wheel In You, qui rappelle le Wilco de l’époque Being There avec un riff solide et un refrain diablement efficace qui reste dans la tête longtemps. C’est sans doute la plus rock de l’ensemble, suivie de près par Dead End Woman, une autre pièce costaude à laquelle Brad Barr prête sa voix.

L’influence de Wilco se fait également sentir dans les ballades, dont la très jolie Half Words, qui évoque même la poésie de Jeff Tweedy et sa capacité de dépeindre la solitude de manière à la fois ironique et touchante : « I’ve been thinking about you/I’ve been drinking without you/’Cause I miss you ». D’autres titres abordent les thèmes des racines familiales ou la quête de l’amour, en général de façon assez simple, mais avec une petite touche sombre qui leur évite de tomber dans la facilité. Mais Sunfields abuse clairement des allusions au soleil (dans au moins quatre chansons sur onze). On comprend le concept, mais quand même!

Le jeu des références se poursuit sur Everyone You Know, dont les harmonies vocales (une des forces de l’album) rappellent celles des Eagles de la belle époque, tandis que Kid In Me emprunte presque littéralement la ligne de piano électrique de Don’t Let Me Down des Beatles, en lui donnant une tournure plus dramatique. Les amateurs de six-cordes seront aussi bien servis par les textures de guitares, qui se démarquent par leur richesse et leur savant dosage entre sonorités acoustiques et électriques. C’est ce qui fait d’une pièce comme Little Love une des meilleures du lot.

On pourra certes reprocher à Sunfields son côté un peu trop référentiel, mais il est difficile de faire un album simple et honnête, mais pas simpliste ou racoleur. Or, le groupe montréalais y arrive avec brio, sans non plus qu’il soit justifié de crier au chef-d’œuvre. Dommage, quand même, que Mono Mono ne soit pas sorti plus tôt cet été, car j’ai l’impression qu’il aurait accumulé bien du kilométrage…

MA NOTE: 7,5/10

Sunfields
Mono Mono
Exit Sign Music
41 minutes

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