soul Archives - Le Canal Auditif

Critique : Noel Gallagher’s High Flying Birds – Who Built The Moon ?

Afin de ne pas perdre mon précieux temps et le vôtre (tout aussi inestimable), il n’est pas question ici de faire du mémérage médiatique au sujet de l’éternelle querelle qu’entretiennent stratégiquement les frères Gallagher. Ce n’est que du commerce et du marketing. Au mois d’octobre dernier, Liam étonnait la planète pop-rock avec As You Were. Un disque honnête, sans trop de fla-fla, qui redore le blason créatif de l’ex-chanteur d’Oasis.

La semaine dernière, voilà que le Noel Gallagher’s High Flying Birds lançait sa 3e proposition en carrière. Intitulé Who Built The Moon?, le bientôt cinquantenaire a confié la réalisation de ses chansons à David Holmes, un artiste électro et un ami proche de Gallagher. Si l’homonyme, paru en 2011, était marqué du conservatisme rock qui a caractérisé la fin d’Oasis, Chasing Yesterday (révélé au printemps 2015) ouvrait un peu plus les valves créatives. Un album qui laissait poindre un espoir, une possible cure de jouvence pour le père Noel…

Et Holmes a modifié le processus créatif préconisé par l’Anglais. Pour cette fois, pas question d’arriver en studio avec des pièces toutes prêtes. L’Irlandais a donné rendez-vous en studio à Gallagher en le contraignant : il devait se présenter devant lui les mains vides. De cette manière, il n’y avait aucun risque que le compositeur se réfugie dans ses tics familiers.

Le résultat ? Le mâcheur de gomme caractériel nous présente son meilleur disque depuis un bail. Vraiment. Noel garde intact l’ADN de ses chansons (mélodies imparables, pop-rock explosif, etc.), mais les ascendants gospel, soul et électro, combinés à des moments instrumentaux inspirés de la pop psychédélique française, amènent l’artiste dans des lieux qu’il n’a jamais explorés. Un grand merci à Holmes, mais une génuflexion sincère à Gallagher qui prend le risque d’aller ailleurs.

Même si ce disque peut paraître trop « réalisé », du moins lors des premières auditions, je préfère, et de loin, les chansons de Noel dans cet habillage sonore. Le mélodiste épate encore et une vaste majorité de pièces feront aisément leur chemin dans votre cortex cérébral. Le ton général de ce Who Built The Moon? est résolument optimiste.

Careful What You Wish For est une sorte de space rock aux accents blues qui m’a fait taper du pied. Holy Mountain donne le goût d’ouvrir les fenêtres de son appartement et de chanter le refrain à tue-tête. If Love Is The Law réfère à Dylan. Et LA pièce maîtresse de cet album (l’un de mes meilleurs morceaux de l’année) : The Man Who Built The Moon. Dramatique, puissante et émouvante, cette chanson se réfugiera dans les hautes positions du corpus chansonnier du bonhomme. Une rencontre sonore entre un hymne typiquement Galllagher et ce que peut créer Jason Pierce avec Spiritualized. Du rock « symphonique » forcément pompeux, mais bouleversant.

Les seuls bémols au programme ? Les arrangements vocaux agaçants, remémorant certaines vieilleries disco, dans She Taught Me How To Fly et le rock basique de Black & White Sunshine. Sinon, Noel Gallagher réussit son pari, celui d’arpenter de nouveaux sentiers, sans perdre son identité.

La vie est remplie de surprises. Parfois agréables, souvent indigestes. En ce qui me concerne, les deux albums lancés cette année par la fratrie Gallagher font partie des bonnes offrandes musicales de cette année 2017.

Ma note: 7,5/10

Noel Gallagher’s High Flying Birds
Who Built The Moon ?
Sour Mash Records
48 minutes

Site Web

Critique : Benjamin Booker – Witness

Fin de l’été 2014, Benjamin Booker lançait un premier album homonyme. Le jeune afro-américain nous proposait alors un excellent disque qui mélangeait habilement le rock ‘n roll à la Chuck Berry, le soul Motown, y ajoutant parfois quelques soupçons de punk rock évoquant les bons vieux Buzzcocks. Le bonhomme posait un regard très critique sur le lourd passé ségrégationniste de nos inévitables voisins du Sud (et qui revient actuellement au galop) en plus de figer le projecteur sur la recherche identitaire incessante qui habite ses compatriotes. Des propos étonnamment articulés pour un aussi jeune créateur.

Et voilà que Booker nous revient demain avec une nouvelle création intitulée Witness. Un peu comme l’un de ses mentors, l’écrivain James Baldwin, Booker s’est expatrié à l’extérieur de son pays d’origine afin de réfléchir aux changements politiques et sociaux qui affligent actuellement les « States ». Oui, j’utilise sans gêne le verbe affliger, car c’est bien de cela qu’il s’agit… Si Baldwin avait préféré l’Europe, Booker s’est tourné vers le Mexique, un pays remis injustement sur la sellette par ce cher Donald !

Tout au long de sa courte existence, l’artiste a toujours cru qu’il pouvait aisément déjouer tous les pièges tendus (drogue, violence, désaffection sociale, etc.) par ce détestable racisme institutionnalisé qui sévit depuis la nuit de temps au pays de l’Oncle Sam… jusqu’à la mort violente du compatriote afro-américain Trayvon Martin qui l’a ramené à une dure réalité : son pays ne s’est jamais réellement débarrassé du racisme.

C’est dans cet état d’esprit que Booker a conçu ce Witness; un disque qui, encore une fois, est complètement revendicateur et qui a le mérite de promouvoir un message clair : être noir aux États-Unis peut vous mener directement au cimetière gracieuseté de ces salopards en uniforme qui doivent normalement « protéger et servir »… Tout au long des 10 chansons, l’artiste se positionne comme un témoin des actes répréhensibles subis par ses frères de sang. En ce qui concerne le propos, pas de doute, ça atteint la cible de plein fouet.

Musicalement, Booker emprunte un virage beaucoup plus soul que le précédent effort. Moins rageuses et rentre-dedans, les chansons de Booker gagnent en maturité et en subtilité, mais perdent aussi en originalité, se rapprochant de ce que crée un gars comme Ben Harper ou encore les Black Keys. Quelques cordes sirupeuses viennent parfois plomber le plaisir. Qu’à cela tienne, ça demeure un bon disque, malgré la disparition de l’énergie juvénile de la première création.

Quelques pièces sont venues faire vibrer la corde dite « millésimée » qui m’habite. L’invitée de marque, Mavis Staples, embellit la pièce titre qui elle, constitue un hymne senti au mouvement Black Lives Matter. Right On You possède des relents de punk-rock domestiqué. Believe semble sorti tout droit des seventies. Le folk dépouillé Off The Ground est touchant et le penchant gospel de Carry séduit.

Même si je déplore la colère maîtrisée qui anime ce Witness, Booker confirme l’indéniable talent qui l’habite. Je le préfère en mode nettement plus abrasif, mais j’en connais aussi plusieurs qui seront conquis par sa nouvelle approche. À vous de choisir votre préférence.

Ma note: 7/10

Benjamin Booker
Witness
ATO Records
36 minutes

http://www.benjaminbookermusic.com/index.html

Critique : The Afghan Whigs – In Spades

Dans ma trilogie bien personnelle des songwriters qui broient du noir, mais avec classe, on retrouve bien sûr Nick Cave, il y a aussi Mark Lanegan (et le petit nouveau, Gargoyle, le prouve une nouvelle fois) ainsi que Greg Dulli, meneur incontesté des Afghan Whigs; l’un des groupes parmi les plus mésestimés des années 90. Avec trois excellents disques à leur actif, Congregation, Gentlemen et Black Love, les Whigs n’ont jamais obtenu le rayonnement escompté.

En 2014, après 16 ans d’absence, Dulli ramenait à la vie sa formation avec un Do To The Beast en dent-de-scie sur lequel on notait l’absence du guitariste Rick McCollum. Le son nerveux et les riffs coupés/atypiques de l’instrumentiste ont manqué cruellement à cette production, aseptisant ainsi les chansons « plaies ouvertes » de Dulli. Vendredi dernier paraissait le 8e album du groupe originaire de Cincinnati, Ohio. Non, Rick McCollum n’est pas de retour, mais le bon vieux John Curley (basse), proche ami de Dulli, est toujours présent.

Enregistré majoritairement à La Nouvelle-Orléans, The Afghan Whigs nous propose In Spades sur lequel on retrouve, à ma grande surprise, le soul inspiré de l’album Black Love ainsi que le puissant rock qui caractérisait à l’époque les albums Congregation et Gentlemen. Sans atteindre les hauts standards de ces trois créations, ce disque vient se hisser juste en deçà de ces références, et ce, même si on s’ennuie encore un peu du jeu saccadé de McCollum.

Greg Dulli a écrit d’excellentes chansons (et j’insiste, ce sont d’excellentes chansons) que l’on en vient à oublier rapidement l’absence de l’instrumentiste. Fidèle à son habitude, Dulli se positionne comme le salaud de service à qui on finit par tout pardonner. Et le bellâtre et charismatique chanteur interprète ses pièces comme si sa vie en dépendait… et c’est probablement le cas. La voix du bonhomme n’a jamais été aussi juste, puissante et limpide. Mélodiquement, Dulli se surpasse. Impossible de ne pas avoir à perpétuité en tête le refrain de The Spell.

Ça donne un disque passionné pour ne pas dire passionnel, où l’auteur évoque de nouveau la douleur de la perte, la blessure issue de la séparation entre deux êtres qui s’aiment, mais aussi la violence insidieuse qui s’installe et les accusations malsaines qui s’ensuivent. Dulli est le meilleur pour évoquer avec une véracité qui fait peur la déchéance amoureuse et la dépendance sexuelle. Dans l’enrobage rock distingué que présentent depuis toujours les Whigs, ça marche complètement. In Spades est donc un disque aussi sauvage que raffiné. Peu de groupes sont en mesure d’osciller avec pertinence entre ces deux pôles dissemblables. Bref, voilà LE vrai retour sur disque des Afghan Whigs.

Vous serez remué par le rock dansant gonflé à l’hélium titré Arabian Heights, par la prenante Toy Automatic, par le crescendo orchestral menant à la conclusion d’Oriole (à faire pleurer le plus insensible des hommes !), par la très « Going To Town » (un petit bijou paru sur Black Love) intitulée Light As A Feather, par la valse frémissante I Got Lost. Tout ce magma de suppliciés se termine en apothéose avec la sublime Into The Floor.

Les vétérans qui les ont adulés dans les années 90 (j’en fais partie) seront ravis, mais soyez sans crainte, ce n’est pas un disque de pépère nostalgique. À l’écoute d’In Spades, n’importe quel mélomane un tant soit peu qualifié sera en mesure de reconnaître que les Whigs ne sonnent comme personne. Un grand groupe qui va enfin chercher son dû. Tant mieux.

Ma note: 8/10

The Afghan Whigs
In Spades
Sub Pop
36 minutes

https://theafghanwhigs.com/

Critique : Mac DeMarco – This Old Dog

Mac DeMarco a connu une rapide ascension à partir de son album II. Alors montréalais, le jeune homme en provenance de la côte ouest s’était entouré de gens talentueux, dont Peter Sagar (Homeshake). Puis, tout a explosé avec l’album Salad Days et l’EP Another One qui a suivi. Habitué à un rythme de création rapide de la part de DeMarco, c’était surprenant d’attendre près de deux ans avant d’avoir de nouvelles compositions du barde.

Certaines raisons expliquent ce plus lent processus de production. Tout d’abord, Mac DeMarco a déménagé sur la côte ouest-américaine. Après avoir sévi dans les rues de Brooklyn, le jeune guitariste se rapproche du soleil qui accompagne à merveille ses chansons. Et pourtant, sur This Old Dog, on a droit à plusieurs chansons au penchant mélancolique bien prononcé.

« Uh-oh, looks like I’m seeing more of my old man in me »
– My Old Man

Dans Still Beating, DeMarco fait le constat d’un amour qui lui a glissé des mains à cause des mots d’une chanson. Le tout sur une trame qui typiquement nous rappelle les derniers albums. Ce son de guitare est reconnaissable entre mille. Par contre, il nous montre aussi qu’il est capable d’aller jouer ailleurs et que le son n’est pas coulé dans le béton avec Sister. Il fait ce genre d’aventure à plusieurs reprise sur This Old Dog. La funky Baby You’re Out est un bon exemple de ce genre de virage que DeMarco a pris.

On pourrait aussi parler A Wolf Who Wears Sheeps Clothes qui avec son harmonica et son rythme dansant donne envie de se dandiner sur une plage de Santa-Monica. Les synthétiseurs ont encore une fois une place de choix dans les compositions de DeMarco. On The Level est l’exemple le plus probant alors qu’ils prennent une bonne part de l’espace.

This Old Dog est l’album le plus intéressant de Mac DeMarco à date, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, un virage beaucoup plus mélancolique qu’insouciant s’est entamé. DeMarco vieillit (il n’a que 27 ans!) et certains soucis commencent à le tenailler. Le deuxième est son inventivité et son audace à explorer de nouvelles sonorités, de nouveaux rythmes. This Old Dog est un témoin privilégié de l’évolution du jeune homme.

Ma note: 7,5/10

Mac DeMarco
This Old Dog
Captured Tracks
43 minutes

https://macdemarco.bandcamp.com/

Exclusivité : Dear Denizen – Mary Love

C’est aujourd’hui la Saint-Valentin et pour l’occasion, Dear Denizen a décidé de faire paraître une toute nouvelle chanson. Mary Love est une lancinante balade soul touchante qui sonne autant comme une trame parfaite pour les moments intimes qu’une soirée en solitaire accoudé à un bar. Cette Mary Love est le mirage de l’amour exprimé à travers son solo de guitare des années 80. N’allez pas penser que ça jure, au contraire, ça magnifie la chanson. Ngabonziza Kiroko possède une voix capable de vous jouer dans les trippes et Mary Love en est un excellent exemple. Mais je vous laisse vous faire une idée par vous même.

Dear Denizen sera en concert avec Radiant Baby au Divan Orange le 24 février dans le cadre de Montréal en Lumière. Les détails ici.

*Le visuel pour la chanson est une création de Marin Blanc.

https://deardenizen.bandcamp.com/