seattle Archives - Le Canal Auditif

Critique : Shabazz Palaces – Born on a Gangster Star

Comment voyager jusqu’à la planète d’origine de Quazarz, l’alter ego flambant neuf d’Ishmael Butler de Shabazz Palaces? Je n’ai trouvé que deux possibilités. Une des options serait de se faire élire président de l’Amurderica pour avoir accès à une fusée sans passé par l’entrainement d’astronaute. Pour ceux et celles qui veulent éviter nos voisins du Sud, même en fiction, je vous recommande d’écouter Quazarz : Born on a Gangster Star. Le duo hip-hop de Seattle a sorti l’album au mois dernier en même temps que The Jealous Machine. Un bon complément à la première aventure de Quazarz, mais pas assez pour me donner l’envie de suivre le Mc extraterrestre aux confins de l’espace.

Cette deuxième galette s’est faite durant une session de 2 semaines intensives avec Erik Blood, un collaborateur récurrent des Palaces. Ce qui devait n’être quelques titres bonus est devenu le nouveau voyage de Quazarz. L’absence de Tendai Maraire aux percussions transforme l’atmosphère lourde typique du groupe. Les réverbérations prennent moins de place. Les rythmes de jazz fusion sont remplacés par les synthétiseurs. Un des meilleurs refrains est composé dans Moon Whip Quäz. Craquantes et étranges à souhait, les notes de clavier électronique nous transportent en première rangée d’un spectacle de funk intergalactique.

Dieu merci qu’ils aient opté pour deux parties distinctes. On apprécie plus facilement la galaxie de Quazarz, une galette musicale à la fois. Après quelques écoutes de The Jealous Machine les qualités de Gangster Star se clarifient. Le premier embrasse complètement la mentalité « album thématique » tellement qu’une lourdeur s’installe à force de la répétition des thèmes. De son côté, Born on a Gangster Star n’est pas contraint par une ou deux thématiques. L’étoile gangster orbite simplement avec l’autre album paru. À la différence qu’il sonne léger et décomplexé. Par contre, les textes simplistes, presque parodiques pour Parallax et That’s How City Life Goes, n’arrivent pas à la cheville de la maîtrise de Black Up. Quand on sait qu’ils peuvent réaliser un chef-d’œuvre de ce niveau, ça déçoit. Même avec l’intervention du bassiste/Demi-Dieu Thundercat sur l’excellente Shine a Light, Gangster Star semble sur le point de s’éteindre à peine après sa naissance.

Ma note: 5,5/10

Quazarz : Born on a Gangster Star
Shabazz Palaces
Sup Pop
35 :14

http://www.shabazzpalaces.com/

Critique : Lo Tom – Lo Tom

Une chose donne envie de se pencher sur Lo Tom avant même d’avoir entendu une seule note. David Bazan et TW Walsh, qui ont sévi ensemble au sein de Pedro The Lion, sont enfin réunis. Ils sont rejoints par Trey Many et Jason Martin qui jouaient ensemble au sein de Starflyer 59. Le groupe est présenté comme étant une gang de chums qui avaient envie de jammer ensemble et qui se sont rapidement retrouvés à pondre de nouvelles chansons. Ce n’est pas si surprenant parce que généralement, lorsque David Bazan et TW Walsh sont réunis, la magie opère. Après tout, c’est le duo qui a accouché de l’excellent Achilles Heel.

Évidemment, Lo Tom est surplombé par le fantôme de Pedro The Lion qui fût l’un des groupes les plus intéressants de la décennie 90. La grande raison étant le talent de compositeur de Bazan qui a poursuivi sur une note plus introspective avec ses albums solos, dont Strange Negociations. Ce qui est absent des albums de Bazan par contre est la distorsion puisque les guitares y sont asséchées. Lo Tom ramène des riffs avec plus de mordant tout en conservant les mélodies efficaces de Bazan. Sans atteindre le niveau de complexité et de beauté de Pedro The Lion, on retrouve sur cet album homonyme quelques pièces d’intérêt.

Les guitares nerveuses et bruyantes se font entendre dès les premières notes de Covered Wagon qui ouvre l’album. Ajoutez à cela la voix légèrement éraillée de David Bazan qui retrouve l’élan des beaux jours. Sans atteindre les bas-fonds de la mélancolie humaine, Bazan plus en contrôle de son organe vocal se permet quelques fantaisies dans les airs. On le retrouve même en mode rock et dissonant sur la dynamique Another Mistake qui se termine sur un « ah fuck ». Un chien qu’on n’avait pas entendu chez Bazan depuis un bon bout de temps. Vous trouvez que Bazan est trop cité ici? C’est qu’on y retrouve sa griffe partout dans les compositions.

On le voit même s’aventurer dans de nouvelles avenues surprenantes. Pretty Cool prend des tournures quasi crooner où il est d’une confiance méconnaissable. What’s up David? T’es ben rendu solide comme le roc? Les riffs balancent entre des guitares bruyantes et des passes qui rappellent le rock classique des années 70. Surprenant, mais non sans charmes. On retrouve même des solos dans Lower Down… ce n’est pas peu dire.

Dans l’ensemble, Lo Tom est un premier album pour le quatuor qui rappelle pourquoi on aime tant Bazan et qui s’éloigne de ses essais des dernières années où la guitare acoustique et les synthétiseurs faisaient la loi. Ce retour aux sources est de bon augure bien qu’on n’atteint jamais la marginalité et la surprise dans les compositions que Pedro The Lion nous offrait. De plus, avec ses 29 minutes, l’album reste un peu court. Ça vaut tout de même un détour et une oreille attentive.

Ma note: 7/10

Lo Tom
Lo Tom
Barsuk Records
29 minutes

http://www.lotomlotom.com/

Critique : David Bazan – Care

David Bazan lançait un peu plus tôt ce mois-ci son quatrième album solo. Alors que le temps qui séparait Strange Negocations et Blanco était de cinq ans, cette fois-ci nous n’avons eu qu’à attendre un an pour avoir de nouvelles chansons du barde américain, ancien membre et cœur de Pedro The Lion.

Dans Blanco, son effort précédent, Bazan prenait un virage marqué en incorporant plus de synthétiseurs dans ses compositions. Care s’inscrit dans la continuité de ce changement qui délaisse quasi complètement la guitare et qui use de drum machine pour faire office de percussions. Encore une fois, Bazan chante la misère du quotidien, ancrée dans des situations concrètes et tangibles. Ses trames sont généralement composées de suites d’accords surprenantes et une mélancolie latente habite l’album dans son entièreté.

Les trois premières chansons de l’album sont très convaincantes. La chanson-titre nous amène tranquillement dans l’univers de ce nouvel album. Puis, Up All Night nous surprend avec ses rythmes plutôt dansants. Ensuite, c’est Disappearing Ink, qui prend le relais, un des textes les plus intéressants de ce nouvel album :

«Am I asleep? Am I awake?
And why am I asking you?
Do I enjoy the drugs I take?
My Lord
I hope I do
I hope I do »
– Disappearing Ink

Cette dernière, en compagnie de Sparkling Water, est l’une des deux chansons tirées de sa compilation Bazan Monthly vol.1 parue en 2014. À ce moment, il créait une chanson par mois qui allait à un groupe restreint de fans qui avaient payé pour les recevoir. Certaines avaient été recyclées aussi dans Blanco. David Bazan est un auteur — compositeur — interprète génial. Et pourtant, Care laisse un peu sur sa faim. De jouer principalement avec des synthétiseurs fait disparaître la chaleur qui se dégageait du jeu de guitare de Bazan. De plus, ses textes plongent dans des situations très concrètes et perdent un peu de leur universalité. C’est dommage. Sans compter qu’on fait rapidement le tour du drum machine et de ses possibilités sonores. Ça manque un peu d’inventivité et d’audace. Pourtant, Bazan a aussi été membre d’Headphones qui approchait la création de manière semblable, mais avec des résultats plus convaincants.

Care n’est pas un mauvais album pour autant. Les fans de Bazan seront très contents de le retrouver avec de nouvelles compositions sur lesquelles se bercer. Certaines chansons sont diablement réussies et c’est plutôt l’ensemble qui est peut-être un peu trop répétitif. Il semble que David Bazan a fait le tour de ce qu’il peut faire avec un clavier et un drum machine. Malheureusement.

Ma note: 6,5/10

David Bazan
Care
Barsuk Records
35 minutes

http://www.davidbazan.com/

Concours The Head and the Heart

theheadandtheheartLe groupe The Head And the Heart fera un arrêt au Metropolis le mardi 29 novembre prochain dans le cadre de sa tournée Signs Of Light. La formation indie-folk de Seattle sera accompagnée de Matt Holubowski. Le groupe complète les derniers miles de leur tournée nord-américaine avant de s’envoler pour l’Europe. Evenko, Culture Cible et Le Canal Auditif veulent vous faire gagner une paire de billets! Tout ce que vous avez à faire, c’est de nous donner le titre de ta chanson préféréedu groupe dans la section «commentaires». Le tirage aura lieu le lundi 28 novembre à midi. Bonne chance!

Ce concours est maintenant terminé. Merci d’avoir participé!

http://www.evenko.ca/fr/evenements/11653/the-head-and-the-heart/metropolis/11-29-2016

The Intelligence – Vintage Future

The IntelligenceFormée en 1999, c’est par l’entremise de cette déviante Brute du Rock que j’ai fait la connaissance de la formation originaire de Seattle: The Intelligence. À l’époque, notre déjanté personnage m’avait fait l’éloge et «vendu» sans ménagement les attributs de l’excellent Everybody’s Got It But Me (2012). Alliant le surf rock, le punk et le rock, lorgnant parfois vers la pop, mais de manière «extraterrestre», le groupe n’a jamais atteint un niveau de popularité exceptionnel, ce qui fait parfaitement l’affaire de votre vieux schnock de service!

The Intelligence est de retour cette semaine avec son huitième ou neuvième album au compteur (je suis très mauvais avec les chiffres…) intitulé Vintage Future. Voilà un groupe qui fait toujours à sa tête et qui met sur le marché des créations bigarrées qui explorent de nombreux genres musicaux, souvent au sein d’une seule et même chanson. Il est bien rare que la formation rate son coup.

Sur ce Vintage Future, en plus de l’habituel quatuor guitare-basse-batterie-voix, on y entend quelques salves pianistiques, des claviers rétrofuturistes, une boîte à rythmes, des moments folk, toujours agrémenté de mélodies accessibles et singulières à la fois pour ne pas rebuter le mélomane exigeant… et c’est toujours aussi inclassable, malgré l’appellation «post-punk» souvent empruntée par de nombreux journalistes musicaux pour les décrire.

Et c’est bon? Bien sûr que c’est bon. C’est encore une fois une énième réussite. Sans être la révolution, Lars Finberg et ses comparses s’affairent à nous garder captifs du début à la fin. Ils ont une façon tout à fait exclusive d’amalgamer avec «intelligence» (excusez-là!) un certain côté pop à des influences punk, un peu Talking Heads de temps à autre, ce qui fait qu’au fil des écoutes, on découvre de nouveaux arrangements et on devient rapidement prisonnier des mélodies.

Autant les vieux punks arthritiques comme moi que les jeunots friands de rock tortueux sauront apprécier ce Vintage Future… qui comporte quelques clins d’œil humoristiques. Je pense entre autres à Dieu Merci Pour La Fixation De La Machine À Coudre ainsi qu’à la chanson-titre Vintage Future dont la ligne de clavier en conclusion fait un peu penser à Millenium de… Robbie Williams. Ne vous en faites pas, on est loin de l’univers du «british»!

Aucune ritournelle anémique au menu. J’ai particulièrement flippé sur Cleaning Lady (pièce de résistance de l’album), sur le folk-pop Tourists qui s’achève en une finale totalement explosive ainsi que sur la rencontre entre The Cars et Deerhunter intitulé Romans. Oui, The Intelligence est l’un des secrets rock les mieux gardés de l’Amérique et je suis assez généreux pour partager avec vous ce petit bijou de groupe. Je n’ai aucun mérite. Vous remercierez La Brute du Rock si vous la rencontrez un de ces quatre… mais il n’est franchement pas sortable!

Ma note: 7,5/10

The Intelligence
Vintage Future
In The Red
38 minutes

http://theintelligenceband.com