Québec Archives - Le Canal Auditif

Critique : Medora – Ï

Medora est un quatuor de Québec formé de Vincent Dufour à la guitare et la voix, Aubert Gendron-Marsollais à la batterie, Guillaume Gariépy à la basse et Charles Côté à la guitare. Ceux-ci avaient fait paraître deux EP précédemment Ressac et Les Arômes. Avec Ï, ils lancent un premier album en bonne et due forme réalisé par Alexandre Martel (Mauves, Anatole).

Ï est très réussi. On ne se fera pas de cachotterie. Il y a quelque chose de profondément touchant chez Medora. Vincent Dufour réussit à nous communiquer certaines émotions qu’il vit avec une justesse déconcertante. Medora rend le quotidien épique. Il magnifie avec adresse des moments, même banals, qui se révèlent d’une poésie indéniable. Un des bons exemples est cette phrase répétée calmement, mais avec une charge émotionnelle incroyable. On le sent à travers sa voix et il nous fait vivre son moment. On se voit dans la voiture avec le reflet du paysage sur la fenêtre, dans ce moment doux entre le sommeil et l’éveil lorsqu’on est en automobile.

«Je me suis endormi, dans le Maine, assis à l’arrière
Je me suis endormi, dans le Maine, assis à l’arrière
Et dix ans durant je t’ai oublié »
Le Maine, assis à l’arrière

Est-ce qu’on y raconte le souvenir d’un enfant en compagnie de ses parents ou le sentiment d’un amoureux qui revient avec l’être aimé dans un char avec des amis? Rien n’est certain et c’est ce qui est beau dans la plume Charles Côté. Les sens sont ouverts et touchent une certaine universalité. Mïra est un autre moment de beauté implacable. Alors que Dufour nous chante :

«I tréma.
T’aimer.
I tréma.
T’aimer.
Conditions idéales.
I tréma.
T’aimer.»
Mïra

Cette chanson qui vacille entre rock aérien et indie-rock aux influences blues, possède une autre ouverture intéressante. On ne sait qui est I tréma, une amoureuse, un enfant… Encore une fois, c’est à l’auditeur de choisir où il placera son cœur à l’écoute de la chanson. Ça fonctionne très bien. La paire de Côté et Dufour sont parfaits l’un pour l’autre. De plus, la filiation entre les différentes chansons, qui semble partir du début de quelque chose pour terminer sa course dans la proprement nommée et mélancolique Petit Chantier :

«J’y pense tout le temps
Obsession lamentable
Ou pas
Ma vie comme un petit chantier d’illusions et de beauté
Chut»
Petit Chantier

Musicalement, on est devant un indie-rock qui s’ouvre vers des moments plus bruyants et plus art rock à plusieurs occasions. Tsunami nous fait voir le côté plus dynamique de la formation alors que Terasse est une chanson avec une mélodie pop hyper efficace.

C’est une très belle surprise que celle de Medora avec Ï, un album qui comporte beaucoup de beauté. Ce touchant album est peuplé de paroles qui ouvrent le sens et s’adapte donc au passé émotionnel de l’auditeur. Une qualité que peu d’auteurs possèdent. Un premier album totalement réussi de la part de la formation.

Ma note: 8/10

Medora
Ï
Boîte Béluga
40 minutes

https://medoramusique.bandcamp.com/

Concert : Anathema à la salle Multi de Québec

Samedi soir à Québec, dans une Salle Multi bien remplie, a eu lieu une rencontre que plusieurs mélomanes de la Capitale n’attendaient plus : un concert de la formation prog britannique Anathema.

Et il y avait du chandail d’Opeth dans la place, laissez-moi vous dire! Cette foule était déjà conquise par la présence des frères Cavanagh sur la grande scène du complexe Méduse. Et à 50 $ le billet, personne ne semblait douter avant que le premier accord se fasse entendre que chaque cent de cette somme serait pleinement investi.

Je me suis présenté au concert en tant que fan du plus récent opus du groupe : The Optimist. J’ai été conquis par les sonorités post-rock de ce disque et pour le sens de la construction sonore du groupe. Je connaissais le répertoire des frères Cavanagh, répertoire que je fréquente cependant assez peu. J’ai toujours trouvé que le groupe n’arrivait pas à s’affranchir de son influence de Steven Wilson. J’avoue même avoir cette impression tenace qu’Anathema est l’enfant légitime de Procupine Tree et de Collective Soul, c’est dire.

Mais le concert a changé ma perception. Probablement parce que le récent matériel du groupe s’intègre à merveille à ses classiques et aux préférées de la foule.

Les deux « Untouchables » ont très bien mis la table pour trois morceaux de The Optimist et celles-ci ont à leur tour bien introduit Thin Air, premier moment de pure extase des spectateurs. Ils seront nombreux par la suite.

Sur le plan de l’exécution, les cinq musiciens et la chanteuse Lee Douglas sont dans une classe à part. Précis et alternant d’un instrument à l’autre, les membres d’Anathema livrent une performance serrée, puissante et bien sentie. Et ils étaient contents d’être là, ça transpirait la communion entre le groupe et la foule de Québec.

Un bémol cela dit : je n’ai pas aimé du tout que le groupe utilise des bandes préenregistrées de claviers, de guitares ou encore de voix. En cette ère où c’est si facile de faire des boucles sonores, je ne vois pas pourquoi on aurait recours à ce procédé. Il est vrai que le groupe suit à la seconde près les images qui sont projetées derrière lui durant sa prestation, rendant ces bandes plus faciles à intégrer, mais j’ai trouvé la manœuvre agaçante. Ces bandes juraient comparés au son organique des instruments joués live.

Mais malgré ce caprice, Anathema donne un sacré concert. Plus de deux heures de musique, juste ce qu’il faut de communication avec son public et une setlist intelligemment ficelée.

Le public s’est laissé quant à lui embarquer dans cette expérience à la fois épique et introspective.

Setlist

San Francisco Intro
Untouchable 1
Untouchable 2
Leaving It Behind
Endless Ways
The Optimist
Thin Air
Lightning Song
Dreaming Light
Can’t Let Go
Beginning and the End
Universal
Closer

Rappel

Firelight Intro
Distant Satellites
A Natural Disaster
Springfield
Lost Control
Destiny
Fragile Dreams

FEQ jour 10: Bruits sophistiqués en basse-ville – Yonatan Gat

Je suis un peu crevé, et presque tanné, d’avoir écouté autant de spectacles. Je décide donc de ne pas me rendre sur les plaines pour aller voir l’opéra rock futuriste des chevaliers de Cydonia. Une petite soirée explosive intime à l’ANTI pour assister à la prestation du guitariste Yonatan Gat. Accompagné d’un bassiste et d’un batteur, le virtuose de la six cordes originaire de Tel-Aviv, maintenant installé à New York, dissèque son instrument avec une précision à l’énergie viscérale punk.

22 h 10, le parterre de l’ANTI. 3 tapis, une batterie, une guitare et une basse (les deux sont électriques) et 2 lampes bien ordinaires. Le tout se tient au centre de la salle. Nous formons un public d’une vingtaine de personnes à entourer le gear. Le groupe entre vers 22 h 20. Gat débute avec des notes lentes avec un style de jeu ressemblant au sitar. Le guitariste module sans l’aide d’une pédale. La première pièce donne le ton, ou le Micro-Ton plutôt, en culminant en une cacophonie organisée.

Après 2 morceaux Gat nous invite à nous rapprocher. Je suis tenté de m’asseoir sur les genoux du batteur, mais je me retiens. Probablement trop dynamique pour moi. On a l’impression de les gêner, mais ils sont habitués à avoir l’auditoire aussi proche. Une mise en scène à l’image de la musique : une puissance compacte qui déstabilise aux premiers abords, mais qui s’avère d’une complexité fascinante et entrainante. On passe du surf-punk aux mélodies orientales, Gat nous faisant découvrir toutes les variations possibles qu’une guitare peut produire. Le bassiste privilégie les ondes et un rythme effréné tout en se balançant avec une telle force qu’il semble sur le point de fendre. Le batteur est infatigable. Passant de la destruction de ses tambours à l’effleurement. Les trois en cœur ils atteignent un équilibre entre cadences primitives et des arrangements extrêmement détaillés.

J’ai été le témoin d’un combat. Rien de moins. Les instruments ne laissaient pas amadouer. Toute l’expertise des musiciens était nécessaire pour réaliser les sons voulus. Je sors de l’ANTI fatigué, mais surement moins qu’eux. Une performance brute. Un point d’exclamation à une 50e édition du FEQ sans temps mort.

Ils seront au Festif! le 22 juillet à 2 h du mat’ au garage du Curé. La promesse d’un spectacle légendaire.

Un extrait d’une soirée en plein air de 2015, une copie quasi conforme de cette dernière soirée de festivités :

https://www.infofestival.com/

Concours : gagnez une paire de billets pour Morgan James au Théâtre Petit Champlain

Salut! Le Canal Auditif et le Théâtre Petit Champlain ont envie de te gâter. Le 6 juillet prochain à 20 h, la chanteuse Morgan James sera de passage et nous vous offrons la chance de gagner une paire de billets pour son spectacle. Pour ce faire, vous n’avez qu’à répondre à la question suivante dans les commentaires :

Nommez l’une des quatre artistes jazz qui seront de passage prochainement au Théâtre Petit Champlain.

Indice : Ici.
Le concours est en vigueur jusqu’au 4 juillet 2017 à midi. Le gagnant sera tiré le 4 juillet avant 17 h et contacté par courriel.

Ce concours est terminé! Merci d’avoir participé.

http://www.theatrepetitchamplain.com/

4 artistes jazz féminines à découvrir au Théâtre du Petit Champlain

Dans la prochaine semaine, le Théâtre du Petit Champlain fera de la place au jazz! Non seulement ce style idéal pour les soirées à la lueur de la chandelle sera à l’honneur, mais ce sont quatre artistes féminines qui fouleront la scène. Découvrez ces voix sensuelles, incarnées et rondes qui animeront vos prochaines sorties culturelles avec la série Jazz club d’été.

Halie Loren

Halie Loren est née en Alaska avant de déménager en Oregon pendant son adolescence. Après des études en arts visuels et design graphique, elle a osé la carrière musicale. Un choix qui lui sourit. Rapidement, l’Américaine à la voix veloutée s’est créé un public important au Japon! Eh oui, les Nippons ont reconnu immédiatement le grand talent de la jeune femme. Ses premiers albums abordaient des classiques du jazz tels que Perhaps, Perhaps, Perhaps ainsi que des classiques de la musique pop comme La vie en rose qu’elle reprend avec un charmant accent anglophone. Sur son dernier album intitulé Blue Butterfly, elle a plongé dans le blues et le répertoire soul. C’est toujours aussi touchant et magnifique.

*Halie Loren sera en concert le vendredi 30 juin à 20 h.


 

Ariel Pockok

Ariel Pockok représente la jeune relève musicale en jazz. Chanteuse à la voix envoutante, elle est aussi une pianiste émérite qui possède beaucoup de personnalité lorsqu’elle pianote. Son jazz groovy donne envie de danser. Serait-ce son amour pour les rythmes latins qui donnent un tel swing à ses interprétations? En tout les cas, c’est excessivement contagieux et tout à fait plaisant pour les tympans. Du haut de ses 24 ans, Pockok en est déjà à deux albums lancés : Touchstone et Living in Twilight. Sur ce dernier, la jeune femme n’hésite pas à plonger dans un répertoire plus pop en reprenant Someone Like You d’Adele et To Be Alone With You de Sufjan Stevens. C’est très réussi.

*Ariel Pockok sera en concert le dimanche 2 juillet à 20 h.


 

Morgan James

Morgan James a fait ses classes dans le monde jazz en collaborant fréquemment avec Postmodern Jukebox. La jeune femme possède une voix puissante capable d’atteindre des sommets vertigineux qui vous hérissent le poil sur les bras. Elle a un goût prononcé pour les reprises de succès, peu importe le genre; s’attaquant autant à Black Hole Sun de Soundgarden que What’s Love Got To Do With It de Tina Turner. En plus de sa carrière de chanteuse possédant deux albums studio, Hunter et Reckless Abandon, elle a joué sur les planches sur Broadway à de multiples occasions. Parmi ceux-ci, on compte Godspell et The Addams Family. Découvrez une voix puissante et unique.

*Morgan James sera en spectacle le jeudi 6 juillet à 20 h.


 

Ranee Lee

Ranee Lee est né à Brooklyn dans les années 40. Depuis, elle a décidé d’élire domicile à Montréal où elle charme les foules avec sa voix depuis plus de 40 ans. Elle possède une voix ronde et puissante qui lui a permis d’interpréter Billie Holiday dans Lady Day en plus d’écrire des romans. Bref, c’est une artiste complète qui possède aussi une voix impressionnante. Cherchant toujours à unir sa passion pour le jazz à la culture populaire, elle a notamment créé The Musicals : Jazz On Broadway. Ranee Lee a été décorée de l’ordre du Canada pour son implication en tant que professeure à l’Université Laval et McGill. Un passage à ne pas manquer.

*Ranee Lee sera en spectacle le vendredi 7 juillet à 20 h.


 

http://www.theatrepetitchamplain.com/spectacles