New Wave Archives - Le Canal Auditif

Critique : Death of Lovers – The Acrobat

En 2013, bien avant que Domenic Palermo et ses potes de Nothing se fassent remarquer par les bonzes de chez Relapse, ils ont lancé un EP du projet post-punk Death of Lovers. Ce mini-album lo-fi sonnait davantage comme un hommage à Joy Division peu assuré que comme un truc vraiment mémorable. Je me souviens y avoir jeté une oreille distraite dans la foulée de la sortie du premier LP de Nothing et je n’y suis jamais retourné.

C’est donc avec une certaine appréhension que j’ai appris la sortie d’un premier album pour ce qui est devenu le projet secondaire par la force des choses. Il faut dire à ce point-ci que Nothing est un band vraiment important pour moi. Ces gars-là écrivent des chansons qui frappent vraiment dans le mille pour l’ado des nineties que je serai toujours malgré moi. C’est du grunge-shoegaze -post-hardcore-emo qui frappe dans le mille et j’aime toutes leurs tounes sauf Eaten By Worms (aka la toune qui sonne beaucoup trop comme Creep de Radiohead). Bref, je pogne les feels à 98 % du temps avec eux.

C’était donc sûr que j’allais au moins écouter The Acrobat une fois, ne serait-ce que pour avoir entendu tout ce que Palermo a fait à ce jour. Après une dizaine d’écoutes, pas le choix d’avouer que je suis agréablement surpris et que je pense y retourner assez souvent pour mettre ce disque-là dans la liste de mes moments marquants de l’année.

Ça commence en force avec Orphans of the Smog qui évoque les ruelles de Philadelphie, ville où les gars ont grandis. Le son est beaucoup plus travaillé que sur l’EP mais le ton grave subsiste. C’est une bonne chanson qui a un excellent bridge, mais on demeure en terrain connu. C’est avec Here Lies que les choses deviennent beaucoup plus New-Wave. On tombe solidement dans le Flock of Seagulls ou Depeche Mode pré-Music For the Masses. La beauté de la chose, c’est que ça ne semble jamais forcé, même quand il y a des sons de laser et des punchs de drum machine. La pièce suivante continue à abuser des instruments de synthèse pour ce qui est un clin d’œil gigantesque à Gary Numan. En fait, on peut se prêter au même exercice de détection des influences avec Nothing et ça saute souvent aux yeux. Ce qui sauve les bands de Palermo du simple pastiche, c’est la qualité des chansons offertes. Ça a beau nous faire penser à mille affaires, ça reste toujours extrêmement bien foutu.

Même chose avec Death of Lovers qui ajoute les keyboards de la claviériste CC Loo pour nous faire vivre toutes sortes d’émotions nostalgiques en redécouvrant le catalogue New-Wave/Post-Punk à travers d’excellentes compositions originales. C’est également le cas de la chanson suivante. The Lowly People aurait pu se retrouver sur un album de Tears for Fears en 1985 et personne n’aurait bronché. C’est ma pièce préférée de l’album, probablement parce que du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu un faible pour les tounes à fleur de peau de Roland Orzabal et Curt Smith. Les quatre autres chansons évoquent les groupes déjà mentionnés et ajoutent un brin d’Eurythmics (Perfect History) et de Cure (Quai d’Orsay) à l’ensemble pour un 40 minutes coiffé d’un — SPOILER ALERT — solo de sax!

Trêve de bavardage, n’hésitez pas. Allez-y. C’est très bon. J’y retourne drette là!

Ma note: 8/10

Death of Lovers
The Acrobat
Dais Records
40 minutes

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Critique : CO/NTRY – Cell Phone 1

CO/NTRY est le duo Beaver Sheppard et David Whitten. La formation est active sur la scène montréalaise depuis plus de 4 ans et lance le vendredi 14 avril 2017, son deuxième album intitulé Cell Phone 1. Le son du groupe demande parfois un peu d’adaptation ou d’accoutumance. Ils mélangent les influences New Wave, Dark Wave, Goth Wave (en fait n’importe quelle musique avec un Wave), l’électro-pop et le post-punk. Ça semble un étrange mélange? En effet, CO/NTRY ne sont pas comme les autres.

Et pourtant, leur différence est précisément ce qui fait de Cell Phone 1, un album jouissif. Les chansons ne se ressemblent pas, sans jurer entre elles non plus. C’est mélodieux malgré les détours étranges qu’ils prennent et les interprétations de Sheppard souvent marginales. Malgré tous les sparages de ce dernier, le duo trouve toujours le moyen de nous attraper l’oreille et nous garder captifs à répétition.

Cash Out est un bon exemple. La voix de Sheppard est aigüe, quasi caricaturalement aigüe, mais le riff de basse est intoxicant à souhait, le rythme entrainant et les synthés luminescents. Gold Standard est une autre pièce avec une proposition champ gauche qui nous rattrape avec un riff de guitare efficace. So Get a Baby ressemble à de la pop des années 80 qui aurait été passée à travers un filtre Mike Patton. On dirait INXS, mais en vraiment plus audacieux.

Certaines pièces sont, au contraire, très faciles à apprivoiser. L’exemple le plus probant est la mélodieuse et douce Beyond Belief. Évidemment, Sheppard livre toujours une performance vocale qui ose aller dans des zones d’ombres délicieuses. Par contre, la trame, elle, reste collée dans les neurones avec son air de clavier intoxicant. Living in a Body est un autre exemple de chanson qui fait rapidement son chemin. Est-ce en raison de ses cuivres? Car oui, CO/NTRY s’est muni d’un saxophone pour cette chanson. Ils le font exprès et poussent aussi loin que possible le pastiche des styles convenus des années 80. Par contre, leurs compositions n’ont rien d’usuel. Tout cela en fait de petits bijoux auditifs.

C’est un deuxième album totalement réussi pour CO/NTRY, quoiqu’un peu court. On aurait volontiers pris une ou deux chansons de plus. Cell Phone 1 vaut le détour en avril. Ces deux artistes locaux possèdent une approche unique qui semble parfois un peu bizarre au premier abord. Et elle l’est. Et c’est ce qui est magnifique.

Ma note: 7,5/10

CO/NTRY
Cell Phone 1
Fantômes Records
31 minutes

http://countryband.ca/