mark lanegan Archives - Le Canal Auditif

Critique : Mark Lanegan Band – Gargoyle

Si vous tapez Mark Lanegan dans la petite fenêtre située en haut à droite de la page d’accueil de LCA, vous verrez apparaître quelques passages où le nom du chanteur à la voix rauque et ténébreuse est cité, en plus des critiques de ses plus récents albums. Oui, j’ai le plus grand des respects pour cet artiste âgé aujourd’hui de 52 ans. Ce créateur se bonifie de disque en disque. Après un virage électro-rock amorcé avec Blues Funeral (2012) et accentué avec le langoureux Phantom Radio (2014), le Mark Lanegan Band était de retour la semaine dernière avec Gargoyle.

Enregistré avec l’aide de Rob Marshall (il a composé la majorité des musiques) et du fidèle multi-instrumentiste Alain Johannes à la réalisation, Lanegan s’est accointé les habituels services de Josh Homme (Queens Of the Stone Age) et de Greg Dulli (The Afghan Whigs). Le vétéran rockeur a toujours su tisser des liens de qualité avec des artistes issus du même moule que lui et qui comprennent parfaitement ce qu’il a en tête.

Cette nouvelle proposition de Lanegan et ses amis est campée dans la même logique que les deux précédents efforts mentionnés en début de texte, mais avec une énergie et un son d’ensemble nettement plus puissant et plus vaste. Les basses sont lourdes, les guitares sont plus présentes, plus acérées, plus aériennes, les claviers, aux allures gothiques, sont aussi sinistres que réconfortants et les rythmes en toc, parfaitement minimalistes, font de ce Gargoyle une autre réussite à ajouter à l’éloquente feuille de route du vétéran. Probablement le meilleur disque de son virage électro-post-punk-goth-rock-machin-chouette amorcée il y a quelques années.

Évidemment, la légendaire voix de Lanegan vient fertiliser toute cette superbe musique. On se retrouve une nouvelle fois en territoire sombre avec quelques éclats de lumière qui jaillissent à l’occasion. Les mélodies étonnamment enjouées qui caractérisent l’excellente Beehive sont un exemple parfait de ce petit côté réjouissant qui fait son apparition à quelques occasions sur ce Gargoyle. Emperor (avec Homme aux harmonies vocales) est également une pièce qui détonne du climat mélancolique qui prévaut d’ordinaire chez le doyen. Et pour apprécier pleinement un disque de Lanegan, il faut y revenir régulièrement. Encore une fois, il nous fait le coup du dangereux « grower » !

Parmi les réussites, j’ai adoré l’entrée en matière, parfaitement Lanegan, titrée Death’s Head Tattoo, la mélancolique Nocturne, la ballade synthétique Sister ainsi que la pièce de résistance de ce Gargoyle, l’émouvante Drunk On Destruction, un titre qui a le mérite d’être clair quant à la propension de Lanegan à l’échapper une fois de temps à autre… Je comprends ça à 100% ! Mention spéciale à la conclusive Old Swan, plus longue pièce de l’album; un alliage de shoegaze et de krautrock. Musicalement parlant, c’est la chanson la plus significative de ce Gargoyle.

Que dire de plus qui n’a pas été dit sur cette légende en devenir ? J’exagère ? Pas du tout. La trajectoire de Lanegan ressemble étrangement à celle d’un Nick Cave : un début de carrière dans la marge et, de création en création, le respect et le rayonnement qui s’intensifie jusqu’à l’approbation du plus grand nombre. Je vous en reparle dans une dizaine d’années.

Ma note: 8,5/10

Mark Lanegan
Gargoyle
Heavenly Recordings
40 minutes

http://marklanegan.com/

7 raisons d’aimer Tinariwen : De Kurt Vile à Tindersticks

Je le sais, vous vous dites : c’est qui ça Tinariwen? Eh bien, Tinariwen, c’est une bande de nomades du désert qui font de la musique assez surprenante, merci! Ces Touaregs se sont déplacés dans un autre désert que celui du Sahara, celui de la Californie, pour enregistrer leur plus récent album intitulé Elwan. Ce dernier a été enregistré à Rancho de la Luna, le fameux studio près du Joshua Tree. On a décidé de vous faire une liste d’artistes similaires et qui sait, peut-être allez-vous découvrir que sans le savoir, vous aviez déjà un « kick » sur Tinariwen!

Kurt Vile

Le barde américain apparaît à deux reprises sur le dernier album… rien de moins. Vile en solo, manque un peu de rythmes orientaux, mais l’on remarque le même genre de grooves. Ce n’est pas surprenant que les artistes aient collaboré ensemble.


 

Mark Lanegan

Autre collaborateur de la formation, Mark Lanegan, l’homme à la voix grave se rapproche par leur amour commun de la réverbération.


 

Ali Farka Touré

On ne peut taire le style atypique d’Ali Farka Touré qui a complètement revampé la musique dite orientale. Son affection pour le blues est partagée par Tinariwen, même si ceux-ci sont un peu plus axés sur le rock.


 

The Black Angels

Pour tout le côté stoner rock psychédélique, The Black Angels et la musique de Tinariwen se rejoignent à merveille. Leurs grooves intoxicants sont difficiles à ignorer.


 

Tindersticks

L’amalgame de rock aux sonorités uniques, les instrumentations audacieuses, les mélodies de voix somptueuses sont toutes des qualités que partagent Tinariwen et Tindersticks.


 

Goat

L’énigmatique formation Goat originaire de Suède adore incorporer des sonorités moyen-orientales dans ses compositions. Leur mélange de ces mélodies accrocheuses et de rock se ressemble à plusieurs points de vue.


 

-M-

Plus récemment, c’est -M- qui a présenté un nouveau projet en compagnie Toumani Diabate, Sidiki Diabaté et Fatoumata Diawara. Les liens se tissent naturellement entre les deux projets.
 


 

Et pour tomber vous aussi en amour avec Tinariwen, voici l’excellente Tiwàyyen. On se voit le 13 avril prochain à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place-des-Arts.

Pour vous procurer des billets, c’est par ici: http://placedesarts.com/spectacles/19069/tinariwen

Critique : Duke Garwood – Garden Of Ashes

La semaine dernière paraissait le 6e album studio du guitariste britannique Duke Garwood (un proche de l’Américain Mark Lanegan), intitulé Garden Of Ashes. Garwood a obtenu un rayonnement plus vaste en s’associant justement avec Lanegan sur l’album Black Pudding; l’un des bons albums de 2013. En 2015, le musicien y allait d’une création en mode solo intitulé Heavy Love. Une autre réussite, il va sans dire.

Réalisé par Steve Barrett, Garwood a fait appel à ses amis de longue date pour l’épauler dans ce nouveau projet. Se joignent donc à l’artiste, Alan Johannes (Queens Of The Stone Age) et, bien entendu, le bon vieux Lanegan. Dans l’univers de Duke Garwood, la surprise est rarissime. D’album en album, il nous plonge systématiquement dans une atmosphère brumeuse et hypnotique, souvent langoureuse, évoquant autant une fin de soirée charnelle avec le partenaire prisé ou encore le roadtrip nocturne… toujours avec le partenaire prisé.

Et Garden Of Ashes ne fait pas exception à la règle, sauf que cette fois-ci, les prises de son semblent plus rapprochées que jamais, donnant l’impression que Garwood joue dans votre salon, susurrant son blues suggestif dans le creux de votre oreille. Tout ça accentue bien sûr l’effet « desert blues » de sa musique. Les structures sont toujours aussi répétitives accentuant le côté hypnotique/narcotique des chansons. Ainsi, on sort de ce disque avec l’impression d’avoir fait un rêve éveillé. Le mélomane hyperactif pourrait trouver le temps long avec Garwood, mais pour celui qui aime la musique subtile qui prend son temps, ce Garden Of Ashes comblera les attentes.

L’une des forces de ce respecté instrumentiste réside dans l’identité sonore forte qu’il dégage, et ce, malgré la similitude vocale à celle du comparse Lanegan. À la défense de Garwood, celui-ci est de prime abord un musicien avant d’être un chanteur et à force de côtoyer l’Américain, il s’est inconsciemment approprié quelques tics vocaux du chanteur… mais ce n’est rien pour rebuter l’amateur de blues rock modernisé. Aucun doute, encore une fois, Duke Garwood réussit à nous ensorceler avec ce Garden Of Ashes.

La ténébreuse Coldblooded, le folk de Sing To The Sky, la sensualité de Heat Us Down, la tension qui n’explose jamais dans Move On Softly et la conclusive Coldblooded The Return font partie des moments forts de ce très bon disque. Même si écouter Garwood, c’est se complaire dans de confortables pantoufles, le bonhomme s’en tire encore une fois avec tous les honneurs et c’est grâce à ce genre musical indémodable (le blues) qui, merveilleusement modernisé, nous séduit totalement. Un « grower » comme on dit chez nous.

Ma note: 7,5/10

Duke Garwood
Garden Of Ashes
Heavenly Recordings
41 minutes

https://fr-ca.facebook.com/dukejgarwood/