Marcie Archives - Le Canal Auditif

FrancoFolies 2017 : Thomas Fersen au Théâtre Maisonneuve

Jeudi soir aux Francos, si on courait assez vite après le set solo de VioleTT Pi, on pouvait apercevoir Thomas Fersen emplir le théâtre Maisonneuve de sa musique absurde (et, depuis peu, bovine). Son dernier album, Coup de queue de vache, inspiré par la vie à la ferme et par ses animaux, est sorti en janvier de cette année. Il était précédé de Marcie, une auteure-compositrice-interprète accompagnée de Louis-Philippe Gingras à la guitare et de sa sœur au piano, qui nous a assuré une première partie qui plut j’en suis sûr au public cible québécois de Fersen. Le tout était assez bien exécuté, surtout dans le cas de la chanteuse, mais surtout monotone. Ce n’est pas ma tasse de thé, mais passons au plat de résistance.

Victor Diaz-Lamich / Les FrancoFolies

La foule s’est heureusement fait secouer par Fersen et son quintette, qui ont débuté leur généreux spectacle de plus d’une heure et demie par Chauve Souris, au grand bonheur du public. Le chanteur était bien en forme ce soir-là, rieur et rassembleur de par ses absurdités de toutes sortes. Le spectacle était ponctué d’une façon très intéressante, alternant entre le répertoire du chansonnier et des histoires poétiques et fantastiques, soigneusement disposées pour amener le sujet des chansons qui les suivaient. Ledit répertoire allait chercher un peu partout dans sa discographie, en puisant évidemment un peu plus dans son dernier album; ça gardait bien le monde en haleine, vu que le dernier album n’est pas encore acquis par le public, comme le sont Quatre ou Pièce montée des grands jours.

Le chansonnier était accoutré et agissait comme s’il prenait maintenant pleine conscience de son héritage direct des grands chansonniers français. Alors qu’avant il gardait souvent une touche humoristique dans son apparence scénique, il aborde maintenant un tuxedo à la Brel ainsi qu’un air aisé et moqueur à la Bourvil. C’est une touche de nostalgie qui complète bien les textes, non sans réminiscences de Brassens, et les arrangements, qui sont souvent assez classiques.

Victor Diaz-Lamich / Les FrancoFolies

Les musiciens qui l’accompagnaient n’avaient pas l’air de s’ennuyer non plus; tous de bons musiciens de chambre, la chimie et l’énergie étaient au rendez-vous. Seules les interventions au piano de Fersen étaient par moment un peu plus monotones, un peu à cause de la sonorisation, mais aussi parce qu’il est visiblement plus chanteur que pianiste. Mais en général c’était un très bon spectacle, on ne s’ennuyait pas une seconde. Thomas Fersen transpire l’expérience sur scène. Disons que les vers de l’homme rentabilisent le prix du billet à eux seuls.

http://www.francofolies.com/

Critique : Mat Vezio – Avant la mort des fleurs cueillies

Avertissement au lecteur : gros coup de cœur. Mat Vezio est connu dans le milieu musical québécois puisqu’il joue de la batterie pour plusieurs artistes talentueux : Louis-Philippe Gingras, Dany Placard, Francis Faubert et à l’occasion Antoine Corriveau. Voilà que Mat Vezio a décidé d’y aller de sa voix aussi. Tout ça a commencé avec Photorama, un EP d’électro-pop en janvier 2014. Trois chansons bien efficaces et plaisantes pour les oreilles. Mais ce n’était pas la direction musicale que le batteur voulait prendre. Son virage, il l’effectue avec son premier album solo intitulé Avant la mort des fleurs cueillies.

On se rend compte en écoutant ce premier album que Mat Vezio est un pas pire auteur, un poète brillant et un compositeur qui n’a pas grand-chose à envier à ses pairs. Avant la mort des fleurs cueillies nous présente un jeune homme sensible qui est capable d’émouvoir avec de belles mélodies et des compositions habiles. Il n’y a pas de chansons faibles sur ce premier album réalisé par Antoine Corriveau. Pour lui aussi c’est une première, mais cette fois derrière la console. L’union des deux garçons fonctionne à merveille.

Plongeons dans ce magnifique record. Une des chansons marquantes est la mélodieuse et surprenante La mort est une comédienne qui vous ignore. Une poésie simple et efficace chantée par Vezio accompagné de Mélanie Boulay (Les Sœurs Boulay) et Amylie alors que l’habile violoncelle de Marianne Houle (Antoine Corriveau) et l’alto de Julie Boivin se font aller les cordes. Une magnifique chanson qui se termine sur un constat violent :

« Quand t’es partie je suis devenu un puits. De lumière. »
— La mort est une comédienne qui vous ignore

Et ce n’est pas la seule fois que Mat Vezio nous envoie par la tête de la poésie efficace. Il en rajoute sur l’excellente Ton cinéma sur laquelle il impressionne par la justesse de son interprétation. On entend dans sa première plainte le poids d’une relation où les frictions sont évidentes. Une complainte dirigée à l’autre ou à soi-même, dans l’un ou l’autre des sens, c’est excellent :

« Arrête de regarder en arrière.
Si c’est pas ça si c’est pas ça ce sera autre chose.
De toute façon ta vie c’est pas une autre prise.
De toute façon ta vie c’est pas trois balles deux prises.
Ta vie c’est pas un mercenaire.
Ta vie c’est pas une étrangère. »
— Ton Cinéma

Pendant qu’il nous envoie ce texte efficace et beau par la tête, la musique est tout simplement magnifique. Fukushima, écrite en compagnie de Marcie, est un autre beau moment avec sa mélodie accrocheuse et sa mélancolie émouvante. Le duo en compagnie de Laura Sauvage titré Les appeaux fait aussi belle figure alors que Ce jours-là reste dans la tête longtemps après l’écoute. Et que dire de la touchante Adèle, un mea culpa à l’instrumentation parfaite.

Si vous pensez que j’exagère, j’ai une belle anecdote pour vous. Mes deux colocs sont des fans de métal aux horizons musicaux ouverts tout de même. Cette semaine, chacun d’eux a poussé la porte de ma chambre à un moment pour me demander ce qui jouait. C’était à tout coup, Mat Vezio. C’est « metalhead approved ». Rien de moins.

Mat Vezio risque de manquer de temps pour jouer avec les amis prochainement… parce que cet Avant la mort des fleurs cueillies mérite un succès franc. Vezio démontre qu’il ne fait pas simplement jouer de la batterie pour des gens talentueux, il affirme qu’il se débrouille avec une plume dans les mains. Sa grande sensibilité est attachante et touchante. La nostalgie fait son œuvre aidée par le travail des musiciens sur l’album et d’Antoine Corriveau qui signe une réalisation parfaitement adaptée à l’univers de Vezio. Un incontournable en ce début d’année à même titre que Peter Peter ou Leif Vollebekk.

Ma note: 8/10

Matt Vezio
Avant la mort des fleurs cueillies
Simone Records
40 minutes

http://www.matvezio.com/