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Critique : U2 – Songs of Experience

Récemment, le magazine Rolling Stones sortait son palmarès d’albums sortis en 2017. Quelle fut la surprise de retrouver Songs of Experience au troisième rang! Ce devait sans doute être le meilleur album depuis le fameux Joshua Tree. Enfin, fini les albums beiges, finis les détours complètement affables de Songs of Innoncence. Bono et la bande devaient avoir retrouvé la main.

Après l’écoute de Songs of Experience on en vient à deux conclusions possibles : U2 a donné une somme d’argent énorme à Rolling Stone pour avoir ce classement ou encore la personne qui a fait le top, n’a tout simplement pas écouté l’album. Parce que si cette personne avait passé, ne serait-ce que 15 minutes avec Songs of Experience, elle n’aurait pas pu le placer à cette position sans rire à grands éclats. Je ne cherche pas ici à me moquer de U2 ou les ridiculiser, mais appelons un cheval, un cheval.

Songs of Experience est une autre suite de chansons sans âmes que nous livre Bono et sa bande. À part de très rares moments de couleurs à travers une tapisserie beige. On y trouve même Kendrick Lamar! Serait-il capable de sauver la face? Non, en fait Lamar dit quelques mots à la fin de Get Out of Your Own Way au début d’American Soul, pièce qui avait été échantillonnée sur la chanson XXX sur Damn. On est très loin d’une chanson qui explore ce qui fait des États-Unis ce qu’ils sont. Bono nous crache des paroles de refrain totalement insipide :

You are rock and roll
You and I are rock and roll
You are rock and roll
Came here looking for American Soul
American Soul

Un texte digne d’un étudiant de deuxième année à la petite école. Il reste quelques moments réussis sur Songs of Experience comme l’explosion gospel à la fin de Lights of Home. Celles-ci sont quand même précédées par un rythme semi-amérindien et un refrain franchement ordinaire. Mais quand ça décolle, on a droit à un moment quétaine, mais franchement réussi. Summer of Love avec son approche plus minimaliste n’est pas déplaisante non plus. C’est quand même un peu étonnant de se faire la réflexion que la chanson la plus intéressante d’un album de vedettes de rock d’aréna est celle qui est dépouillée.

Bono continue de faire la morale dans ses paroles alors qu’on sait maintenant que U2 font le maximum pour ne pas payer d’impôts. Notamment, les Irlandais ont basé leur entreprise aux Pays-Bas avec d’autres entreprises qu’on connaît pour leur grand respect : Exxon Mobile. Disons qu’on repassera sur la morale qu’il nous envoie sur Get Out of Your Own Way. Le moment le plus pénible de Songs of Experience reste la succession The Little Things that Give You Away, Landlady et The Blackout qui est aussi savoureux qu’un repas surgelé réchauffé aux micro-ondes.

Songs of Experience cloue le cercueil U2 et confirme que créativement parlant, il ne reste plus d’huile dans l’engrenage. U2 possède une discographie du tonnerre, qui mérite d’être visitée. Alors, ne perdez pas votre temps avec ces nouvelles chansons qui ne sont que les pâles mirages d’un groupe qui a marqué au fer rouge les années 80 et 90.

Ma note: 4 /10

Songs of Experience
U2
Universal Music
51 minutes

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Critique : Autumns – Suffocating Brothers

Autumns est le projet solo du compositeur irlandais Christian Donaghey, qui a commencé à faire du post-punk il y a quatre ans, nous amenant à Terrible Tuesday (2014) et Blonde (2015), deux EP relativement joyeux à côté de Das Nicht (2016). Cette troisième publication était tellement plus sombre, mélangeant de l’industriel et du noise avec ce qui reste de post-punk. C’est dans cet ordre d’idée qu’il a complété Suffocating Brothers, son premier album paru en septembre, qui retourne visiter les débuts de la musique industrielle avec le même sens de l’exploration sonore en tête.

I Never Noticed That You Left ouvre sur une atmosphère de film d’horreur rétro avec un son de clavier réverbéré suivi par un kick sec de machine à rythme. Ça fait penser à du vieux Front Line Assembly jusqu’à ce qu’une séquence de synthèse analogique complète la palette sonore avec sa touche EBM. Female Model confirme le retour au début des années 80s avec une basse électrique et une batterie répétitives accompagnées par une guitare électrique jouée façon shoegaze et des voix trafiquées répétées. La combinaison rappelle les débuts de Bauhaus et The Sisters of Mercy. Forgotten Hangings ouvre sur un échantillon en forme d’alarme qui se répète au-dessus d’un bourdonnement tournant en boucle. Les percussions et les voix trafiquées s’évadent latéralement à partir des effets d’écho. La répétitivité commence à prendre le dessus lorsque la bête se réveille enfin à mi-chemin avec sa guitare et ses percussions trempées dans de la distorsion industrielle.

No More Luxury fait sourire en passant de la forme lourde et lente au synthpop léger à la séquence rythmique un peu exagérée. Du moins, jusqu’à ce que la synthèse analogique arpégée ajoute de la masse autour de la structure. La longue exploration à la guitare électrique apporte un peu de variation au montage, mais ça devient rapidement prévisible. La ligne de synthétiseur dissonant enveloppe les bruits de coutellerie sur Focused Youth, créant une atmosphère de cuisine cauchemardesque lacérée par certains passages saturés. Limit Experience revient au post-punk façon balade mélancolique, dont la ligne mélodique va clairement plus loin que les pièces précédentes, même s’il n’y a pas de dénouement comme tel.

Le vrombissement d’avion Bomber mélangé aux trompettes déploie Faceless quelque part au-dessus du territoire ennemi, probablement la pièce la plus captivante de l’album. Left Alone commence par les bruits ambiants réverbérés et la voix traitée en écho, pour ensuite laisser des filaments coupants de notes s’étirer l’une à la suite de l’autre pour étendre la tension jusqu’à ce qu’elle s’évapore. Le kick frénétique de Heaven’s Reward Fallacy crée une saturation derrière laquelle la guitare électrique et la voix étirent également leurs cordes en une masse sonore qui fond douloureusement. I Watched Life conclut de façon un peu plus alcoolisée en restant prise dans l’introduction, le premier couplet n’arrivant malheureusement jamais.

Pour le meilleur et pour le pire, Suffocating Brothers révèle un élan créatif relativement rare, similaire à celui de Cabaret Voltaire ou Throbbing Gristle en ce qui a trait au rock expérimental de la fin 70 s, des effets utilisés sur la voix, du rythme machinal et des explorations à la guitare électrique. Pour le meilleur, parce que Donaghey réussit parfaitement à recréer l’esthétique des débuts de la musique industrielle, et pour le pire, parce que celle-ci est si fidèle qu’elle ne propose pas de nouvelles teintes pour se démarquer du courant original.

MA NOTE: 6,5/10

Autumns
Suffocating Brothers
Clan Destine Records
54 minutes

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U2 – Achtung Baby

achtung_baby1991. Dernière décennie qui s’entame à l’aube de l’an 2000. La chute du mur de Berlin en 1989 annonce le démantèlement des pays du bloc de l’Est. L’exubérance du capitalisme des années 80 en Occident semble avoir gagné sur le communisme. Sur le terrain, par contre, le constat est tout autre. L’avenir s’annonce sombre, tout en étant avant-gardiste, avec une guerre du Golfe en direct à la télé jouxtée aux débuts de la mondialisation qui sonne la charge avec la délocalisation des emplois et l’avènement de l’informatique dans nos vies.

En musique, le sombre se reflète dans le mouvement grunge et l’avant-gardisme se reflète dans la musique électronique. Tout comme le bon vin, la musique populaire possède aussi ses années millésimées et 1991 en est définitivement une. Que l’on pense à Guns And Roses, Red Hot Chili Peppers, Pearl Jam, Nirvana, Metallica, tous ces artistes ont fait paraître des albums majeurs en 1991. Le 18 novembre de cette même année, U2 allait suivre la parade avec un très grand cru, soit l’album Achtung Baby.

Suite à une décennie évolutive, passant d’un son rock new-wave à un rock fédérateur, U2 s’essoufflait à la fin des années 80. Le résultat fut l’album Rattle And Hum. Œuvre magnifiant leur amour pour l’Amérique profonde, sa société et sa musique, on sentait U2 fatigué et à court d’originalité. Sa «mission charme» des États-Unis était une mission accomplie… au détriment de certains fans. Bon nombre furent laissés pour compte devant un Bono devenu «preacher» et des musiciens en panne d’inspiration. Bono annoncera donc en 1989 une pause pour U2.

Puis, vint septembre 1990 et la parution de la chanson Night And Day, superbe reprise de Cole Porter pour l’album Red, Hot And Blue qui laissait poindre avec optimisme le nouveau son U2. Les spéculations allaient bon train sur le fait que U2 était en pèlerinage à Berlin, sous la recommandation de Brian Eno et enregistrait au légendaire studio Hansa (Bowie, Iggy Pop, Depeche Mode, etc.) en s’imprégnant des courants musicaux électronique, industriel et alternatif. La table était mise, quoique l’image de U2 n’avait pas encore changé.

Octobre 1991, paraît le premier simple The Fly qui subjuguera tout le monde. La mise en bouche est réussie. Tout est là. Un groupe totalement revampé. Bono, dans son désormais personnage notoire (The Fly) et ses comparses arborant un look très loin de Rattle And Hum. Le calcul est génial. Bono ira jusqu’à se parodier et enlever tout le sérieux dans lequel U2 pataugeait et faisait du surplace à la fin de la décennie précédente. Bono y va de sa célèbre phrase: «It’s no secret that conscience can sometimes be a pest.». Musicalement, c’est une totale déflagration. Guitares tranchantes, une rythmique dansante, que s’est-il passé? Il faudra attendre la sortie du deuxième simple, Mysterious Ways, accompagnant la sortie de l’album, pour comprendre l’ampleur de la métamorphose. Pièce dansante à saveur Madchester, ponctuée de percussions, U2 allait réaliser ce que seulement quelques groupes ont réussi dans leur carrière: se réinventer.

Zoo Station ouvre l’album avec un son de guitare distortionné et une batterie industrielle, gracieuseté de cet artiste du mixage qu’est Flood. L’effet est grand à l’époque, car U2 n’a jamais sonné comme ça. Les premières paroles de l’album seront «I’m ready…». La succession de succès ne se fera pas attendre avec des pièces telles que Even Better Than The Real Thing, qui sera remixé par Paul Oakenfold, qui lui, deviendra quelques années plus tard l’un des DJ les plus connus de la planète. Musicalement dynamique, Until The End Of The World sera l’une des pièces maîtresses mettant en scène une conversation fictive entre Judas et Jésus. On pourra y entendre parmi les phrases les plus savoureuses des superbes textes composant Achtung Baby: «You miss too much these days if you stop to think.».

Avec Achtung Baby, et un U2 revampé, on se retrouve dans une overdose d’ironie. U2 se met en danger, Bono se moque de lui-même. L’idée étant de s’exposer afin de détruire le mythe… de la même façon que Chaplin avait choisi de répondre au fascisme en le ridiculisant dans son film Le Dictateur. Le choc est tellement grand que Daniel Lanois mentionnera qu’Achtung Baby est une série de risques/accidents de parcours et que la pièce One en sera la police d’assurance. One s’élèvera au rang des grandes chansons du répertoire de U2. Ovni en quelque sorte sur l’album, elle est d’une structure classique, typiquement U2, mais devient charnière et porteuse lorsque mise en contexte en cette fin de siècle: réunification de l’Allemagne, fin de l’apartheid, pacification de l’Irlande, etc.

On retiendra également la trilogie de fermeture de l’album avec Ultra Violet (Light My Way), Acrobat et Love Is Blindness, originalement offerte à Nina Simone. Autant U2 se réinvente, autant U2 met de l’avant ses points forts et les trois dernières pièces ferment l’album de façon magistrale, tout comme l’avait fait One Tree Hill, Exit et Mothers Of The Disappeared sur The Joshua Tree.

Ironiquement et pleinement assumé, Achtung Baby est l’album de la trahison, d’une promesse non tenue des relations Est-Ouest. Ayant été enregistré dans le tumulte entre Berlin et Dublin, l’album porte également les thèmes de la prépondérance des médias, du marketing et de la société de consommation. U2 risque et décide d’amener ses fans ailleurs, quitte à en perdre quelques-uns. Le groupe décide également de tourner le dos à son passé récent. Ayant connu l’apothéose et à l’image de la nouvelle approche musicale, Bono le prédicateur se transforme en un être plastique, pastiche de ce qu’il était, allant même emprunter dans le passé afin de créer un personnage vêtu de lunettes noires à la Roy Orbison et d’un manteau de cuir à la Gene Vincent, le tout saupoudré d’une attitude de frondeur. Il dira même qu’il n’est qu’un copieur. Bono descend de son piédestal, devenant commentateur et «personnificateur», se parodiant avec une voix en grande forme, passant du falsetto au grand déploiement, le tout supporté par une section rythmique impressionnante. De l’excellent travail de la part de Larry Mullen et Adam Clayton qui s’ajoute au jeu et aux sonorités de guitares renouvelées de The Edge.

Achtung Baby est une œuvre jalon de cette fin de siècle. À une époque où le cru et l’authenticité étaient représentés par le mouvement grunge et son porte-étendard Kurt Cobain, Bono fait le choix contraire et va du côté sombre arborant le faux, le pastiche et pousse le tout un cran plus loin. Pour réaliser un tel revirement, il y a dans cet album une telle synchronicité qui fait en sorte que les astres s’alignent. Tous les acteurs importants de U2 ont pu être réunis autour de cette création. Anton Corbijn délaisse le noir et blanc classique, évoquant la sincérité et la pureté de Joshua Tree et Rattle And Hum, pour une pochette se voulant un véritable kaléidoscope d’images colorées, représentant ainsi un U2 nouveau ainsi qu’une nouvelle Europe. En studio, c’est un véritable travail d’équipe avec Brian Eno, Daniel Lanois et le retour de Steve Lillywhite, ainsi que l’arrivée d’un certain Flood. C’est la dualité à l’état pur. Le groupe et son équipe de studio, le passé et le futur, Achtung est le digne représentant l’Est et Baby symbolise l’Ouest. Les grands groupes savent sortir de leur zone de confort et s’en remettre à d’autres talents afin de les guider. On n’a qu’à penser à Radiohead avec Nigel Godrich et les Beatles avec George Martin.

La transposition vers la scène sera également des plus réussies. Le Zoo TV Tour deviendra l’une des plus importantes et marquantes tournée de l’histoire employant près de 500 personnes, utilisant 300 tonnes d’équipement et plus de 60 camions.

L’héritage d’Achtung Baby est majeur. De sa création, prouvant qu’un groupe peut et devrait se réinventer, au legs sonore qui aura une influence majeure sur la mouvance des groupes électro rock, que l’on pense à Nine Inch Nails et autres consorts, ainsi que d’autres groupes tels que Radiohead et Coldplay, les membres de U2 auront réussi un coup de maître à un moment où on les avait cru morts et enterrés. Contre toute attente, Achtung Baby, avec le temps, se révélera l’une des œuvres les plus transcendantes des années 90 et de l’histoire de la musique populaire.

http://www.u2.com/index/home

Little Green Cars – Ephemera

Little Green CarsAprès l’immense succès de leur premier album titré Absolute Zero, paru sous l’étiquette Glassnote Records, la formation rock/indie, originaire de Dublin, Little Green Cars, revient à la charge avec un second disque intitulé Ephemera. Les Irlandais Stevie Appleby (guitare/chant), Faye O’Rourke (guitare, chant), Adam O’Regan (guitare), Donagh Seaver O’Leary (basse) et Dylan Lynch (batterie) proposent ici un projet ennuyeux accompagné d’un côté larmoyant, qui peut s’avérer excessif, à certains moments. Explications.

Même si, à certains endroits dans Ephemera, on apprécie cette sorte de fibre folk instaurée en début de disque par ces grattements sensibles à la guitare, Ephemera marque très peu avec des chansons peu originales rappelant beaucoup trop de groupes voulant conquérir le grand public et les grosses machines commerciales. Bien dommage, puisqu’à ses débuts, Little Green Cars possédait une certaine fougue indie très pétillante qui amenait l’auditeur à être curieux. Au cours de leur premier projet Absolute Zero, par le biais de plusieurs titres accrocheurs, on aimait bien ce désir de faire de la musique qui correspondait essentiellement à leur propre essence musicale très pop/rock. On sentait que le groupe voulait faire de la musique en restant fidèle à eux-mêmes. Là, avec Ephemera, c’est tout le contraire qui se produit.

C’est-à-dire que le public se verra déstabilisé par ces faux airs d’opéra/rock frôlant le cliché (noté surtout sur OK OK OK, The Factory, Good Women Do et Easier Day). Oui, les arrangements sont intéressants. Ceci étant dit, on a cette impression qu’ils ne sont pas vraiment convaincants. Cette problématique s’inscrit dans le fait que les textes manquent de sentis… et demeurent vides. À l’écoute, c’est comme si on se concentrait uniquement à enjoliver les pièces par l’instrumentation, en oubliant totalement les paroles. Celles-ci se retrouvent donc peu calibrées et très bancales.

Pour un second album, il est bien décevant que la formation Little Green Cars se soit oubliée dans le processus de création artistique. Ce désir de satisfaire le grand public s’entend très bien dans Ephemera avec ces tournures musicales déjà vues. Malheureusement, la recette de la deuxième galette des Irlandais demeure peu innovatrice… L’auditeur peut passer à un autre appel, mettons.

Ma note: 5/10

Little Green Cars
Ephemera
GlassNote Records
51 minutes

http://littlegreencars.co.uk

Villagers – Where Have You Been All My Life?

VillagersConor O’Brien est clairement le meneur incontesté de la formation Villagers. Songwriter réputé et respecté, le jeune homme proposait l’excellent {Awayland} en 2013 et récidivait l’année dernière avec le confidentiel (et plus dépouillé) Darling Arithmetic. Si j’avais préféré {Awayland} au plus récent effort, n’en demeure pas moins que tout ce que conçoit O’Brien est toujours pertinent et de qualité. Il faut bien sûr aimer le folk-pop feutré et chargé d’une sensibilité à fleur de peau.

Au début du mois de janvier, Villagers faisait paraître un nouvel album titré Where Have You Been All My Life? Ne prenez pas votre pouls trop vite, car ce que propose l’auteur-compositeur-interprète est une remise à neuf de son éloquent répertoire, comme s’il voulait boucler la boucle d’une phase créative des plus satisfaisantes. À l’issue de la tournée visant à promouvoir Darling Arithmetic, O’Brien s’installe avec ses musiciens aux studios RAK à Londres pour une seule session d’enregistrement. Il retravaille, en format «live», 11 titres parus sur les trois albums de la formation et propose sa propre version de Memoir, chanson offerte à Charlotte Gainsbourg pour son album Stage Whisperer.

Fait important à noter, toutes les chansons ont été colligées en une seule prise et c’est là que réside l’intérêt de ce disque. La performance de Villagers est sans bavure et l’interprétation sentie d’O’Brien en dit très long sur l’indéniable talent de ces musiciens. Et ça s’entend clairement pas de doute là-dessus! Ce Where Have You Been All My Life? sera particulièrement prisé des fans qui n’ont jamais vu le groupe en concert… et je dois vous avouer que ça donne franchement envie de se déplacer pour aller voir la bande à O’Brien.

Petite digression ici. Pour moi, un artiste pourrait être simplement adéquat sur disque et exceller en concert que je serais complètement conquis. Sublime sur disque, mais quelconque en spectacle, je décroche complètement. L’Irlandais présente ses chansons en mode acoustique, agrémente celles-ci de quelques claviers d’ambiance (fort à propos par ailleurs), et ce qui charme par-dessus tout, ce sont ces performances accomplies en une seule prise. Pour ceux et celles qui ont déjà travaillé en studio, obtenir l’exécution parfaite en une seule capture relève de l’exploit… et Villagers réussit le coup!

Il y a quand même un léger impair à relever. Cette création pourrait laisser de marbre le profane du groupe. Je conseillerais même à celui-ci de plonger dans les trois albums officiels de la formation afin d’apprécier à sa juste valeur ce disque, car il faut connaître un tant soit peu l’œuvre d’O’Brien pour aimer cette production. Quelques réinterprétations valent quand même une génuflexion. Les prenantes My Lighthouse et That Day de même que la magnifique Hot Scary Summer (qui l’était déjà sur Darling Arithmetic) font office de joyaux.

Maintenant, voyons voir quelle tangente créative empruntera O’Brien. A-t-il envie de brouiller les pistes ou préférera-t-il demeurer dans sa zone confort? Une chose est sûre, le bonhomme est un compositeur et un parolier nettement au-dessus de la moyenne. S’agit maintenant pour lui d’amorcer un processus menant à une prise de risque artistique assumée. Pas évident, mais Conor O’Brien est totalement en mesure de réussir sa possible transformation.

Ma note: 7/10

Villagers
Where Have You Been All My Life?
Domino Recordings Ltd.
55 minutes

http://www.wearevillagers.com