indie-rock Archives - Le Canal Auditif

Critique : Leif Erikson – Leif Erikson

Leif Erikson : nom d’un explorateur viking, fils d’Erik le Rouge, né en Islande vers l’an 970 et qui aurait, selon une légende, découvert l’Amérique près de 500 ans avant Christophe-Colomb… C’est aussi le nom d’un nouveau groupe britannique qui vient de lancer un tout premier album d’indie-rock inspiré, mais sans être révolutionnaire. Ne cherchez pas le rapport entre les deux, il n’y en a pas vraiment…

On pourrait croire que le nom de la formation se veut une évocation de son désir de défricher de nouveaux territoires musicaux. Sauf que Leif Erikson n’invente rien, se positionnant plutôt dans une drôle de mouvance qu’on pourrait qualifier d’indie-rock « classique », de la même manière que l’on qualifie de rock « classique » tout ce qui s’inscrit dans le sillon des grands groupes des années 60 et 70, des Rolling Stones à Led Zeppelin en passant par Fleetwood Mac, Rush et bien d’autres.

Il suffit de lire des entrevues dans lesquelles le groupe parle de ses influences pour comprendre que sa musique se veut un peu un condensé de la bibliothèque musicale de ses membres. Neil Young, Jeff Buckley, Nirvana, Deerhunter, Kurt Vile, sans oublier Led Zep ou Jimi Hendrix, voilà quelques-uns des noms évoqués par le chanteur-guitariste Sam Johnston pour décrire le son de Leif Erikson. Dans son ouvrage Retromania : Pop Culture’s Addiction to Its Own Past, paru en 2011, Simon Reynolds a décrit cette tendance dans le rock d’aujourd’hui à continuellement se référer au passé, décrivant le phénomène par lequel un artiste « se construit une identité par ses goûts et une sélection consciente de ses influences ».

Ce n’est pas toujours négatif. The War On Drugs a poussé la chose à sa perfection, avec sa manière d’invoquer Bruce Springsteen, Tom Petty ou encore Dire Straits tout en enveloppant sa musique d’un je-ne-sais-quoi qui lui donne une identité propre et une qualité intemporelle. C’est moins évident dans le cas de Leif Erikson, même si le quintette londonien propose un mélange assez hétéroclite d’influences qui renvoie autant à la puissance mélodique d’un Fleetwood Mac qu’aux rythmiques vaporeuses, mais quand même entraînantes d’un groupe shoegaze comme Ride.

Ce qui surprend, c’est à quel point le groupe sonne « américain », avec ses guitares scintillantes qui occupent le haut du pavé et un côté road-trip pleinement assumée qui rappelle Wilco, en plus conventionnel. Ça donne des moments intéressants, comme sur Green Leaves, sorte de complainte blues sur laquelle on se surprend à suivre les contretemps en hochant du bonnet avec joie. Même chose sur Get Free, qui évoque un peu Kurt Vile jusqu’à cette finale aérienne qui donne les frissons.

Mais ça sonne quand même relativement générique, quoique parfaitement exécuté. On entend parfois The Antlers dans les passages plus doux, ou encore Other Lives dans la voix éthérée. Bref, une sorte de syndrome un peu à la Local Natives qui nous fait dire : « oui, c’est bon, mais ça ressemble à plein d’affaires… »

S’il faut en croire certaines publications spécialisées sur Internet, il y aurait comme un buzz en ce moment autour de ce groupe révélé pour la première fois en 2016 avec la sortie d’un premier extrait, Looking For Signs. Puis, le site The Line of Best Fit a décrit la chanson Real Stuff comme « un classique instantané ». Personnellement, je reste perplexe devant un tel engouement. Mais les gars de Leif Erikson demeurent tout jeunes et la suite risque de s’avérer plus intéressante…

MA NOTE: 6/10

Leif Erikson
Leif Erikson
Arts & Crafts
33 minutes

https://www.facebook.com/leiferiksonband

Critique : The War On Drugs – A Deeper Understanding

On aime ou on déteste la musique de The War On Drugs. Ce groupe polarise, car il tire ses influences d’un « classic rock » à la Springsteen, Dire Straits, Fleetwood Mac, Tom Petty & The Heartbreakers, etc. Une époque révolue, morte et enterrée, pour bien des mélomanes jeunes et moins jeunes. D’autres, comme moi, respectent grandement le travail de la formation, car en plus de garder la flamme bien vivante de ce rock anachronique, le sextuor réussit subtilement à le moderniser en y ajoutant un quelque chose d’indéfinissable tirant ses origines des balbutiements du shoegaze.

En 2014, The War On Drugs est passé à la vitesse supérieure avec la sortie du magnifique Lost In The Dream; une chevauchée dans un monde aussi contemplatif que douloureux, celui du torturé Adam Granduciel. Pour son 4e album studio, le meneur a changé le mal de place en déménageant ses pénates – et ses acolytes – momentanément à Los Angeles. Fort de sa signature avec la maison de disques mastodonte, Atlantic Records (pour ne pas la nommer), le groupe revient avec A Deeper Understanding.

Un disque inspiré par le vieillissement du corps et de l’esprit, celui qui réconcilie avec le passé, celui qui apaise et efface les regrets… Même si Granduciel n’a pas résolu tous les tourments intérieurs qui l’assaillent – ce spleen perpétuel – l’homme tente de garder la tête hors de l’eau et nous propose une création émouvante et, malgré tout, remplie d’espoir.

Même si les mélodies vocales sont prévisibles, même si les changements d’accords semblent répétitifs et même si les atmosphères sont similaires d’une pièce à l’autre, il y a une force indicible qui prend aux tripes; une sincérité désarmante qui fend le cœur. Le dernier disque à m’avoir autant ému était A Rush Of Blood To The Head quand Coldplay faisait encore de la musique. À bien y penser, A Deeper Understanding fait partie de la même famille que la référence mentionnée et pourrait catapulter le groupe à un niveau de popularité inégalée.

Dans la vie, il y a la tête et il y a le cœur. Il y a aussi l’âme… pour ceux qui y croient. Et chez The War On Drugs, c’est le cœur et l’âme qui s’expriment sans fard. Dans une société qui a de monstrueuses difficultés à souder l’intellect à la conscience, la musique du groupe peut forcément rebuter. Sans atteindre le même niveau de qualité chansonnière que Lost In The Dream, Granduciel réussit son pari de nous procurer, et ce, pendant plus d’une heure, une abondance de frissons et de mélodies à faire pleurer le plus insensible, le plus « tough » des hommes.

Bien entendu, comme toute création du groupe, ça s’écoute d’un bout à l’autre, sans interruption, mais quelques chansons valent franchement la peine d’y revenir. La conclusion triomphale (solo de guitare inclut) dans Pain, l’extrait à écouter dans votre auto, les vitres baissées si possible, intitulé Holding On et la délicieusement vaporeuse, d’une durée de 11 minutes, titrée Thinking Of A Place font office de chansons phares de cet excellent album.

Malgré la répétitivité de la formule, Adam Granduciel nous bouleverse avec une authenticité des plus honorables. Ceux qui les avaient en aversion entretiendront bien sûr leur détestation (on ne s’en sort pas !) et les fans, eux, seront aux oiseaux.

Un véritable pourvoyeur de frissons comme il s’en fait très peu.

Ma note: 8/10

The War On Drugs
A Deeper Understanding
Atlantic Records
66 minutes

http://www.thewarondrugs.net/albumannounce/?ref=https://www.google.ca/

Critique : Foster The People – Sacred Hearts Club

Stéphane Deslauriers dit une expression qui m’a toujours fait rire : musique à numéro. Comme une peinture du même nom, il ne suffit que de remplir les bonnes cases avec la bonne couleur et vous obtenez l’image qui est censée s’y retrouver. De la même façon, certains musiciens ou groupes s’amusent à faire de la musique à numéro pour s’assurer de tourner sur toutes les radios beiges de ce monde (allo la radio commerciale!). Vous me voyez venir, hein?

Foster The People, ceux qui avaient conquis le monde avec Pumped Up Kicks en 2010, en sont maintenant à leur troisième album. Issu de ce foisonnement de groupes dits « indie rock », le quatuor a eu de la misère à recréer le succès qu’était leur simple devenu viral. Disons simplement que lorsque Mark Foster nous chante :

«Just close your eyes
We’re gonna run this light
We live our lives
Yeah, we’re not wasting time
Baby, we lost our minds
We’re gonna get, gonna get
Get what we can
We’re not doing it for the money»
-Doing It for the Money

J’ai envie de répondre : T’es sûr, Mark? Parce que ça a pas mal l’air que tu fais ça pour le cash quand on écoute Sacred Hearts Club.

Dès les premières notes de Pay The Man qui se pare d’un châle de hip-hop/urbain/trip-hop, on est très conscient qu’on a affaire à un Maroon 5. Ça ne s’améliore pas avec un début à la semi-Skrillex pour Doing It for the Money qui vire assez rapidement en autre chanson pop aux mélodies convenues à souhait. Ça se poursuit avec l’insipide I Love My Friends qui est elle aussi est construite sur ce bon vieux modèle : couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain… Misère.

Ne vous inquiétez pas, tout n’est pas négatif sur Sacred Hearts Club. Il y a l’expérimentale, quasi psychédélique Orange Dream. Mais comble de malheur, elle ne dure qu’une minute vingt. En plus, elle n’est pas cohérente dans l’ensemble. Un peu plus de chansons qui se dégagent des modèles entendus comme celle-ci aurait grandement aidé la cause de Foster The People. Static Space Lover sur laquelle apparaît Jena Malone n’est pas totalement ratée. Oui c’est convenu, mais on y retrouve une certaine énergie juvénile et naïve intéressante. Lotus Eater avec ses grosses guitares dégraisse un peu la machine, mais sans jamais vraiment offrir une proposition artistique intéressante. III est partiellement réussie, malgré Foster qui tombe un peu trop dans le pathos, pour être réellement pertinent.

Disons que ce troisième album de Foster the People nous laisse avec une impression de groupe qui aura été un « one hit wonder ». Sa pop convenue et ses compositions qui ne digressent jamais des sentiers battus laisse sur sa faim. Les quelques moments où le groupe touche à quelque chose d’intéressant sont trop rares à travers Sacred Hearts Club pour qu’on y retourne.

Ma note: 4,5/10

Foster The People
Sacred Hearts Club
Columbia
42 minutes

http://www.fosterthepeople.com/

Critique : We Are Monroe – White Lights

On va se le dire, les belles années de l’indie-rock sont bel et bien passées. Dans les années 2000, les Interpol, The National, Walkmen et Broken Social Scene ont balisé pour de bon un genre qui serait par la suite copié en abondance. Les groupes mièvres sans personnalité se succèdent reprenant sans originalité ce que les grands avaient proposé. Certaines formations osent encore essayer de pousser le genre plus loin et We Are Monroe est un de ceux-là.

White Lights est le premier album du groupe montréalais. Le quatuor offre un indie-rock qui emprunte des éléments au dance-punk. Le résultat est des chansons très entraînantes débordant d’une énergie contagieuse et qui donne autant envie de « headbanger » que de se faire aller les hanches jusqu’au petit matin. We Are Monroe, offre onze chansons mélodieuses, rock qui sans révolutionner le genre, satisfait pleinement les oreilles.

Dès Midnight Cruiser, on comprend que le quatuor a écouté Interpol à profusion. De la voix du chanteur Pat Gomes qui est capable de jouer dans les mêmes basses et qui navigue dans les mêmes maniérismes vocaux. Par contre, la formation est un peu plus excitée que la bande de Paul Banks quand il s’agit de riffs. We Are Monroe rentre souvent la pédale dans le fond. Sur Mind Games, la suivante, les riffs sont aussi efficaces que dynamiques. C’est facile de s’abandonner à la haute dose d’énergie que nous propose la formation montréalaise.

Ils sont tout de même capables de nuance comme le démontre habilement Strange Condition. No Vacation Land fait aussi belle figure avec ses rythmes rock’n’roll qui oscille entre noise rock et pop. D’ailleurs, We Are Monroe, aime la belle mélodie et le démontre tout au long de l’album. Parfois, c’est même un peu trop maniéré. Oui, les airs accrocheurs et quelques effets de voix, mais un tantinet plus de sobriété aurait peut-être donné parfois un peu plus de puissance brute aux chansons. Car malgré leur tendance bruyante, on sent bien que la formation en fait beaucoup pour plaire à l’oreille qui préfère la pop. Un penchant qui leur permettra sans doute bien des rotations à CHOM FM, mais qui aliénera certains fans de rock.

We Are Monroe offre un White Lights qui possède de beaux atouts. C’est plaisant pour les oreilles et c’est le genre d’album qui te donne une bonne dose d’énergie même s’il fait gris à l’extérieur. Pour un groupe qui de son propre aveu ne réinvente rien, ils font très bien leur mélange d’influence qu’ils tissent minutieusement.

Ma note: 7/10

We Are Monroe
White Lights
Indépendant
43 minutes

http://wearemonroe.com/

Critique : The New Pornographers – Whiteout Conditions

Avec Broken Social Scene et Stars, les New Pornographers forment une sorte de triumvirat de l’indie-rock canadien : des groupes à géométrie variable où les membres vont et viennent au gré de leurs projets parallèles. Ainsi, pour la première fois, c’est sans le guitariste Dan Bejar (Destroyer) que les New Pornographers ont enregistré leur nouvel album, Whiteout Conditions, leur septième en carrière.

Certes, Bejar n’a jamais été le principal contributeur de la formation sur le plan de la composition, mais sa voix et son jeu à la guitare font partie de la signature sonore des New Pornographers depuis leurs débuts, au même titre que le chant unique de Neko Case ou la plume de Carl Newman. Ainsi, son absence ne passe pas inaperçue sur ce Whiteout Conditions, dominé par les synthétiseurs, les effets robotiques de voix ainsi qu’une esthétique générale très inspirée de la pop des années 80…

Non pas que l’album marque un changement de direction drastique pour le collectif. En fait, il reprend la ligne directrice du précédent Bill Bruisers (2014), plus rythmé et plus dansant que ses prédécesseurs Challengers (2007) et Together (2010), sur lesquels les New Pornographers donnaient un peu l’impression de se chercher après le chef-d’œuvre Twin Cinema, paru en 2005. Mais il se veut plus synthétique, moins organique. Ça se ressent dans les sonorités électroniques omniprésentes et le jeu mécanique de Joe Seiders, qui succède à Kurt Dahle à la batterie.

Il ne faut pas nécessairement s’en surprendre. Avant même la sortie de l’album, Carl Newman avait annoncé que le groupe avait voulu créer une sorte d’hybride entre le krautrock et Fifth Dimension, formation qui nous a donné l’immortelle Aquarius/Let the Sunshine In en 1969. Cela donne des moments fort réussis, comme la pièce-titre, une chanson sur la dépression, portée par une belle énergie synth-pop, ou encore This Is the World of the Theatre, sans doute la plus puissante du lot, avec son refrain rassembleur et ses riches harmonies vocales typiques du groupe.

Mais ça donne aussi des morceaux où le septuor donne l’impression d’être un peu sur le pilote automatique. Ainsi, on passe rapidement par-dessus les oubliables Darling Shade, Second Sleep ou Juke. L’album compte peu de ballades, et c’est sans doute tant mieux, tellement un titre comme We’ve Been Here Before tourne en rond, où même les voix perdent de leur éclat en raison de l’abus d’effets.

Il reste néanmoins difficile de porter un jugement négatif sur ce Whiteout Conditions. Malgré une petite baisse de régime depuis quelques albums, les New Pornographers demeurent une valeur sûre en matière de power pop et plusieurs les voient comme les héritiers de Fleetwood Mac, non sans raison. Mais à l’image de son titre à saveur hivernale, ce nouvel opus du collectif canadien laisse froid, même si l’on ne peut nier la qualité d’exécution. Sauf que parfois, ce n’est pas suffisant…

Ma note: 6,5/10

The New Pornographers
Whiteout Conditions
Dine Alone
41 minutes

https://www.thenewpornographers.com/