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Critique : Mac Miller – The Divine Feminine

Certes l’année 2016 fut plutôt pourrie, et personne ne viendra contredire l’actualité… Pourtant on ne peut s’empêcher d’avoir un peu de nostalgie, en repensant à toutes les sorties hip-hop de l’année écoulée : Kanye West, Kendrick Lamar, A Tribe Called Quest, Chance the Rapper… Il y en a eu pour tout le monde, et Mac Miller, dont le dernier album studio datait à peine d’un an (GO:OD AM), a été aussi de la partie.

Le 16 septembre sortait The Divine Feminine, un album quasiment conceptuel pensé comme une célébration de l’amour que l’artiste de Pittsburgh porte aux femmes, ou plutôt à une seule. Car l’homme est amoureux, et ne faisons pas semblant : il n’a échappé à personne que sa compagne n’est autre qu’Ariana Grande, phénomène pop, made in USA (d’ailleurs présente sur le morceau My Favorite Part)

The Divine Feminine est un album fascinant par sa capacité à faire écho à l’actualité du hip-hop, car si la majorité des morceaux tournent avec des paroles toujours ultras romantiques, voire carrément érotico-explicites (Skin), sans grandes trouvailles, toutes les productions sont comme des rappels de tout ce que l’on a entendu dans l’année.

Depuis janvier dernier, à chaque fois qu’un album hip-hop a fonctionné, c’est qu’il s’aventurait vers des paysages soniques plus vintage. Kendrick Lamar a continué ses investigations dans le domaine du jazz avec untitled unmastered, Kanye West est reparti chercher dans le gospel certain des meilleurs moments de The Life of Pablo, et enfin Chance The Rapper a balancé une mixtape digne d’un classique soul (Coloring Book). Et Mac Miller est allé se servir dans chacune de ces sorties, comme si la clé du succès se trouvait dans l’addition des albums remarqués de l’année. Une marche à suivre peut-être stratégique, certainement pas audacieuse…

Le simple Dang qui compte sur l’apport Anderson .Paak, n’est autre que le remix en accéléré du morceau Am I Wrong qui a révélé .Paak au grand public en 2016 avec l’album Malibu. Stay est un morceau construit comme une production The Social Experiment (l’équipe de Chance The Rapper) avec un dialogue voix/trompette (ici jouée par le jazzman Keyon Harrold) et qui ressemble à peu de choses près au duo que forme Chance avec Nico Segal, trompette magique et pilier du Social Experiment. Le traitement des cuivres est identique! Après quelques morceaux assez peu originaux malgré des collaborations de premier choix (Cee Lo Green, Ty Dolla $ign), arrive la dernière piste de l’album God Is Fair, Sexy Nasty, une aventure conjointe avec le fameux Kendrick. Et pour être honnête, le morceau de huit minutes tourne plutôt comme une face-B d’untitled unmastered. Entrée de morceau type jazz piano bar, une production planante et une outro avec voix off : du pur Lamar, du pale Miller

Il faut le dire Mac Miller fait sans aucun doute le boulot. Les morceaux fonctionnent, et sont même plutôt plaisants, mais franchement dix morceaux, quasiment tous écrits comme des textos à sa copine, tout en nous refourguant un hip-hop mode vintage qu’on nous a servi toute l’année (coucou Chance, coucou Kendrick), était-ce vraiment nécessaire?

Un conseil, l’an prochain quand tu sortiras ta nouvelle galette mon cher Cormac, essaie de ne pas la sortir à la fin de l’année; qu’on n’ait pas déjà l’impression d’avoir tous entendu ton album chez tes copains du game…

Ma note: 5,5/10

Mac Miller
The Divine Feminine
Warner Bros / REMember Music
53 minutes

http://www.macmillerswebsite.com/

Critique : Run The Jewels – Run The Jewels 3

Les amoureux de hip-hop ont reçu un cadeau de Noël inespéré le 25 décembre dernier. Le duo Run The Jewels, composé de Killer Mike et EL-P, a lancé près d’un mois à l’avance son troisième opus. Leur dernier album avait conquis la critique partout à travers la planète et nous n’avions pas fait exception. L’album a connu un si grand succès que sont arrivées des digressions telles que l’album de remix intitulé Meow The Jewels qui compte sur des trames entièrement composées avec des chats qui miaulent. Oui, ça existe réellement. Tout ça pour dire que Run The Jewels, c’est un phénomène à la fois intéressant et imprévisible.

Killer Mike et El-P sentaient qu’après une année 2016 difficile, il était temps de se mettre un baume sur les plaies. Il ne faut pas oublier que le duo est très impliqué dans tout ce qui est politique et social. Killer Mike a souvent pris parole pour parler du mouvement Black Lives Matter et qu’il a endossé, et même fait l’éloge, de Bernier Sanders. On comprendra que dans le contexte politique présent au sud de la frontière, le duo est en beau joual vert. Et toute cette hargne, cette frustration et cette déception se font ressentir dans Run The Jewels 3. Le groupe y est plus puissant que jamais.

La prise de parole se fait avec verve et avec des piques acérées qui appellent à la révolution. Dans A Report to the Shareholders / Kill Your Masters, Killer Mike y va directement au coeur du problème : « Choose the lesser of two evil people, and the devil still gon’ win/ It could all be over tomorrow, kill our masters and start again / But we know we all afraid, so we just simply cry and march again / At the Dem Conven my heart broke apart when I seen them march mommas in. » Sur Thieves, la paire refait le coup avec des paroles qui portent un regard amer sur la situation sociale actuelle. En étant un duo blanc et noir, ils sont l’exemple même de l’avenir et se fâchent, avec raison, en regardant les divisions, les situations d’inégalités et la lenteur de l’évolution des mentalités.

Ce n’est pas tout ce qu’on y trouve. La paire est en superbe forme. Ils en font la preuve sur la délicieuse Legend Has It qui se termine avec Run The Jewels en direct du Madison Square Garden lorsque la chanson se fond dans la suivante : Ticketron. Ils passent le plus clair de la chanson à se vanter de manière si intelligente, qu’il est difficile de les contredire. Sur Talk to Me, le premier extrait, ils s’exécutent avec une force de frappe incroyable. C’est cependant Stay Gold qui vole la vedette alors qu’ils se vantent de leurs femmes et qu’elles sont bien plus géniales que n’importe quelle autre femme. Les plus puristes diront des « Mon doux Jésus! à l’écoute du refrain » : « I’ve got a bad girl/ I got a brain-with-an-ass girl/ She got a mean bop, I got a lean to the way I walk/ And they like it Gold/ …/ I got a good thing with a bad bitch, that’s rare bitch/ She don’t even like you hoes, she’ll walk in the room take errr bitch»

Run The Jewels ont toujours eu un côté émotionnel qu’il n’hésite pas à exposer en public. Thursday In The Danger Room, une collaboration avec Kamasi Washington en est un bon exemple. Celle-ci parle à la fois de la mort de Camu Tao, un bon ami d’El-P emporté par le cancer en 2008 et d’un ami de Killer Mike mort lorsqu’il s’est fait voler sa chaîne dans la rue. Ce n’est pas la seule collaboration réussie. Danny Brown vient faire son tour dans Hey Kids (Bumaye), une chanson qui n’est résolument pas pour les enfants. Et que dire de l’excellente Oh Mama, tout simplement parfaite et intoxicante.

C’est un autre album solide dans une discographie sans faux pas pour Run The Jewels. Est-ce le meilleur? Difficile de le dire pour le moment, mais c’est très près du génie du deuxième volume. On a peut-être déjà entendu l’album de hip-hop de l’année 2017. Et nous ne sommes que dans les premières semaines… prometteur. Est-ce que je vous avais dit que c’était gratuit de surcroît? Vous n’avez qu’à aller ici.

Ma note: 8,5/10

Run The Jewels
Run The Jewels 3
Mass Appeal
52 minutes

https://runthejewels.com/

She & Him – Christmas Party

C’est le dernier jour de programmation régulière du Canal Auditif et comme le veut la tradition, nous vous présentons un album de Noël qui fait les choses différemment des sempiternelles reprises ennuyantes qui peuplent les ondes radiophoniques. Dans les dernières années, nous vous avons parlé de Sufjan Stevens, Erasure, Bol de Gruau et Sharon Jones and the Dap-Kings. Cette année, on vous le dit franchement, nous avons voulu faire plaisir à l’ami Jean-Simon Fabien en parlant du Christmas Party de She & Him. On vous rappelle que c’est la séduisante Zooey Deschanel qui officie à la voix en duo avec le non moins séduisant M. Ward.

Tout ça pour vous dire que ce n’est même pas la première fois que le duo s’aventure sur le sentier de neige. La paire avait fait paraître A Very She & Him Christmas en 2011 sur lequel ils s’attaquaient à Little Saint Nick, I’ll Be Home For Christmas et plusieurs autres classiques. Loin de révolutionner le genre, She & Him avait offert une honnête performance qui restait à l’intérieur des trails de ski-doo.

Christmas Party aborde la chanson festive avec la même approche. C’est simple, efficace, mélodieux, sympathique, mais très conventionnel. Ce sera toujours mieux qu’un album de Corneliu, mais jamais de la trempe des versions déjantées de Sufjan Stevens sur Silver & Gold. Il y a tout de même quelques chansons surprenantes sur l’album comme l’Hawaïenne Mele Kalikimaka. Cette dernière s’entame sur des chants qui rappellent les harmonies de « barbershop quartets ». The Coldest Night of the Year possède un petit quelque chose de séduisant avec son attitude de crooner qui invite aux rapprochements.

Par contre, leur All I Want For Christmas est assez ordinaire. Efficace, mais ça s’arrête un peu là. Dommage. Let It Snow est un cas plus épineux puisqu’accoter la légende Frank Sinatra est à peu près impossible. Run Run Rudolph sans être une réussite éclatante remplie bien sa mission avec ses rythmes rock’n’roll mélodieux.

She & Him nous plonge dans l’ambiance des Fêtes quand même avec Christmas Party. On ne crie pas au génie, mais les fans du groupe auront du plaisir et les autres aussi y trouveront leur compte. Ce sera toujours mieux qu’un ex-académicien ou encore Sylvain Cossette qui nous chante Petit papa Noël!

Ma note: 6/10

She & Him
Christmas Party
Columbia Records
33 minutes

http://www.sheandhim.com/

House Lords – Interventions

House LordsAvec toute la musique qui jaillit de partout comme des torrents, on s’attendrait à être exposé à un nombre de plus en plus élevé d’artistes originaux. Ce n’est pourtant pas le cas. Même si du côté de la musique électronique de grands pans demeurent prometteurs et inexplorés, il est toujours aussi difficile de trouver un groupe qui peut produire non numériquement quelque chose d’à la fois captivant et totalement original.

C’est peu fréquent, mais ça arrive encore. Un récent exemple: Horse Lords. Le quatuor de Baltimore pourrait être associé vaguement à un genre ou un autre, évidemment; personne n’existe dans un vide culturel. Il serait juste de dire que Horse Lords emprunte au rock expérimental, au math rock, au jazz et à certaines musiques répétitives africaines, mais on ne pourrait pas réduire son style à un simple alliage de genres. Horse Lords ne sonne comme rien d’autre que lui-même, même si l’approche change parfois drastiquement d’une chanson à l’autre.

Le groupe est constitué d’un batteur, d’un guitariste, d’un saxophoniste/percussionniste et d’un bassiste/bruiteur. Sur Interventions, les pièces sont portées parfois par une furieuse improvisation libre de saxophone, parfois par un synthé crachotant de façon insistante. La plupart du temps cependant, les pièces de Horse Lords sont faites de superpositions de motifs polyrythmiques qui s’étendent et se métamorphosent de façon imprévisible. Ce trait dominant rappelle surtout quelques grands noms du math-rock, mais la formation porte ces influences plus loin. On serait même tenté de trouver un terme plus poussé que les maths. Rock géométrique, par exemple. Ou rock kaléidoscopique.

Horse Lords est le premier groupe que j’ai entendu sérieusement rivaliser avec Don Caballero. Personne ne peut surclasser le batteur Damon Che et sa bande dans la catégorie math-rock musclé (quoique Sweep The Leg Johnny et leur batteur Scott Anna sont venus très proches), alors c’est plutôt par la finesse, l’atmosphère et l’aisance à manipuler les formes que Horse Lords arrive à se démarquer. On trouve difficilement plus nerd que la musique de ce quatuor. Et je ne veux pas dire par là que c’est de la musique inspirée par des domaines de nerds comme la bande dessinée ou la littérature fantastique. Je veux dire que ces musiciens sont de vrais nerds de musique, ceux qui s’enfoncent profondément dans des concepts obscurs, par pur plaisir de s’enliser dans la musique jusqu’à ce que rien d’autre ne soit visible. À écouter si l’idée de vous perdre dans les rythmes vous enchante.

Ma note: 8,5/10

Horse Lords
Interventions
Northern Spies
44 minutes

http://horselords.tumblr.com/

A$AP MOB – COZY TAPES VOL. 1 : FRIENDS

asap-mobLe dernier effort collectif d’A$AP date de 2012. Ils avaient alors fait paraître le mixtape, Lord Never Worries qui n’avait pas réussi à accoter le succès qu’A$AP Rocky reçoit en solo. En 2014, les rumeurs pointaient vers un nouvel album du collectif avant que le défunt A$AP Yams déclare que L.O.R.D. avait été envoyé dans les limbes en raison d’une nouvelle sortie de Rocky. Il faut dire qu’au sein de la formation, il est le centre et le noyau. Le seul autre à avoir une certaine reconnaissance est A$AP Ferg, l’une des figures de proue du Trap.

D’ailleurs, l’importance d’A$AP Rocky se fait sentir sur Cozy Tapes Vol.1 : Friends. On assiste à une démonstration de sa domination sur la bande. Cependant, on y retrouve aussi tous les côtés moins pertinents qui se sont effacés de sa musique en solo, les raccourcis faciles, les jurons trop présents et les images faibles. D’ailleurs Ferg, l’autre grosse pointure ne figure que sur une seule pièce. Par contre, on y retrouve beaucoup d’invités de marque.

Parmi les « friends » qui participent à la galette, il y a Wiz Khalifa et BJ The Chicago Kid sur Way Hii qui fait l’apologie de l’utilisation des substances qui ouvrent l’esprit par la force. Ça manque un peu d’originalité, mais A$AP Rocky démontre encore sa force narrative avec une ligne vocale nuancée et intelligemment tournée. Cependant, il se laisse souvent aller à la facilité, tout le contraire de la prose sur son dernier album, At. Long. Last. A$AP. L’autre invité de marque est Tyler, The Creator l’équivalent plus déjanté de la côte ouest à Rocky. De plus, on y retrouve Juicy J sur Yamborghini High qui rend hommage à leur ami Yams mort d’une overdose en 2015. L’importance de ce dernier est centrale puisqu’il est l’un des fondateurs du collectif qui aujourd’hui occupe une place de choix dans le paysage musical.

Outre ces collaborations, on retrouve dans le rayon des bons coups Young N***a Living qui compte sur une trame aussi efficace qu’accrocheuse. Par contre, Runner est une mauvaise copie de ce que Future fait, sans compter sur son génie mélodique. C’est assez ordinaire. London Town est une autre pièce qui manque un peu d’épices pour réellement laisser une trace.

Au final, Cozy Tapes Vol.1 : Friends ressemble plus à une autre publicité pour A$AP Rocky sans toutefois avoir la pertinence et la profondeur qu’il peut avoir en solo. Les productions sont tout de même intéressantes et même lorsqu’il est ordinaire Rocky est meilleur que la plupart des rappeurs. Cependant, ça manque de variété et de surprise pour le talent que possède la formation.

Ma note : 6/10

A$AP Mob
Cozy Tapes Vol.1 : Friends
RCA Records
44 minutes

http://www.asapmob.com/