Émile Bilodeau Archives - Le Canal Auditif

Les Francofolies de Montréal: Suite et fin

Voilà que cette 29ième édition des Francofolies de Montréal tire à sa fin. Une semaine chargée en musique francophone! Comme dernier compte-rendu de l’évènement, je vous propose un regroupement de tous les spectacles que j’ai vu en un article. On part ça, prêt, pas prêt, j’y vais!

Marvin Juno, oui…mais

Le 12 juin dernier, sur l’heure de l’apéro, je me suis rendue à la zone Coors Light pour voir le Français Marvin Jouno. La performance s’est avérée bien efficace. Les arrangements sonores rendaient bien les mélodies mélancoliques sur scène. Le côté cinématographique aura été rapidement soulevé pendant le spectacle. Par contre, l’artiste défend une pop qui est, à mon avis, un peu trop conventionnelle. Ne réinventant pas la roue, la musique de Jouno ne m’aura pas étonnée ce soir-là. J’avais l’impression d’écouter un produit un peu trop lisse, ce qui m’a un peu déçu.

Manger des popsicles avec Louis-Philippe Gingras

Le lendemain, je me suis rendue au spectacle de Louis-Philippe Gingras. LP Labrèche vous a donné des bons mots à ce sujet juste ici, d’ailleurs. Gingras s’est démontré charismatique. En lançant officiellement son nouveau projet La Rangée des Popsicles, le petit gars d’Abitibi aura proposé une performance entraînante et dynamique. Son folk-rock charmant a séduit plusieurs oreilles. Même que certains faisaient du air-drum à mes côtés. Tout le monde prenait part à la fête musicale. Ça vous donne une belle idée.

L’authenticité avec Violett Pi

L’auteur-compositeur- interprète Violett Pi donnait une performance acoustique à la Zone Coors Light le 15 juin vers les 19hrs. Armé d’une chaise et d’un micro, le chanteur aura été touchant et cocasse tout au long de l’apéro. En ramenant une foule bien curieuse, Violett Pi a livré ses chansons avec panache. Même si on savait que ça allait être plutôt calme comme spectacle, le chanteur ne nous a pas ennuyé. Ce n’est pas parce qu’on est en session acoustique qu’il faut absolument être tranquille. Il a su, à sa façon, chanter ses mélodies différemment en restant lui-même. Ce fut une belle façon de découvrir ou redécouvrir cet artiste bien particulier.

À la découverte de Blondino

Toujours à la zone Coors Light, j’ai croisé la chanteuse française Blondino qui était de passage au Québec pour une première fois. Elle nous a offert les chansons de son dernier album Jamais sans la nuit, en plus de son EP. Concernant l’aspect sons, le rendu était égal, planant et rodé. Les mélodies enjolivaient la douce voix de la Française. Par contre, la performance est restée très linéaire. Nous avions l’impression que c’était la même chanson qui rejouait. Même que La Blondino s’est montrée statique et un peu timide sur la scène. Dans tous les cas, elle reste tout de même une belle découverte musicale.

Jérôme Saint-Kant, la « bibitte »

En première partie d’Émile Bilodeau, le choix était judicieux. Jérôme Saint-Kant rentre dans la catégorie des belles « bibittes » musicales de la relève. Avec un folk/rock garni, l’auteur-compositeur-interprète nous a bien rendu ses chansons imagées et crûes. À l’aise devant une salle bondée, le petit gars de Québec s’est montré rigolo dans ses échanges avec le public, qui disons-le, avait bien hâte à l’arrivée d’Émile Bilodeau. Accompagné de Simon Kearney à la guitare, St-Kant nous aura incité à le découvrir davantage avec une présence scénique bien agréable. Un bon début de soirée.

L’inépuisable Émile Bilodeau

Sous les cris stridents de la foule, voilà que le Longueuillois d’origine arrive sur scène avec ses fidèles acolytes. Il ouvre le party avec Tu me dirais-tu, pièce issue de son premier album Rites de Passage. Bilodeau nous prouve qu’il est un très bon guitariste en effectuant différents motifs qui donnent une jolie couleur à la chanson. Un peu plus loin dans le spectacle, il nous joue Je suis un Fou en nous présentant son amie imaginaire Miss Croquette avec une binette assez cocasse. Émile, ce petit rigolo! Les prochains titres auront été Quand les nuages seront partis, Rosie, Hockey, Blanche, Les poètes maudits, Dehors, J’en ai plein mon casque, Amour de Félin et América. En plus de nous donner les Ça va et Bière en rappel, la magie opère. Bilodeau est épanoui sur la scène et l’utilise comme un véritable terrain de jeu. Possédant une chimie avec son public, l’artiste s’est montré extrêmement généreux avec ses fans qui lui rendaient si bien en chantant à plein poumons et en dansant avec lui. Une symbiose qui est faite pour durer.

Une bonne nouvelle pour ceux qui ont manqué l’évènement, Émile Bilodeau sera en supplémentaire le 9 février 2018 au Club Soda.

Karim Ouellet, ce type à la bouille sympathique

On finit cette édition avec la musique de Karim Ouellet à la place des Festivals. Après la soirée d’Émile Bilodeau, j’ai été capable d’attraper quelques chansons au passage du spectacle de Karim Ouellet. Un évènement à grand déploiement auquel l’artiste était bien content d’être sur la scène. Avec ses mélodies harmonieuses, Ouellet s’est montré bien sympathique devant cette foule nombreuse. Sous des projecteurs colorés, le chanteur de Québec aura encore une fois réussi à nous faire fredonner ses vers d’oreilles (l’inépuisable L’amour, par exemple). Il aura présenté des titres de ces précédents albums dont Plume et la ballade du même nom. Un moment doux, calme et serein qui a fait balancer tranquillement les têtes de quelques uns.

Cette 29ième édition se termine sous le soleil. On se dit à l’an prochain pour encore plus de musique francophone, des découvertes et des coups de cœur.

La programmation du Festival de la poutine de Drummondville 2017

Le Festival de la poutine fête déjà ses dix ans! Le temps passe si vite lorsqu’on a du plaisir. Eh voilà! Ce matin, ils dévoilent la programmation de la présente édition. Un rendez-vous culinaire et musical qui aura lieu 24 au 26 août dans cette ville qui se targue d’avoir vécu la naissance de ce plat typiquement québécois. Ils ne sont pas les seuls à faire de telles déclarations, mais ce sont certainement les seuls à avoir un festival qui la célèbre.

« C’est très symbolique pour Les Trois Accords de faire partie de la programmation de cette 10e édition. On veut célébrer avec ceux qui ont rendu ça possible ! »
– Simon Proulx, directeur général.

Donnne-moi des mots qui sonnent

Cette année, le Festival propose certains noms très intéressants! Alaclair Ensemble sera de la partie pour faire groover les babouins et babouines, Fred Fortin rockera la casbah alors qu’Half Moon Run fera plaisir aux festivaliers avec leurs hymnes fédérateurs. Lydia Képinski qui est en réelle conquête du Québec cet été grâce aux nombreux prix remportés aux Francouvertes sera aussi de la partie. Tout comme les Sœurs Boulay qui sont toujours excellentes en spectacle. En manque de funk et de soul? The Brooks sera là pour remplir les carences.

Alex Nevsky sera aussi de la partie au bonheur des admirateurs de ritournelles intoxicantes. Émile Bilodeau foulera aussi la scène de Drummondville. Évidemment, Les Trois Accords n’allaient pas manquer l’édition présente! Et si ça fait trop longtemps que vous n’avez pas chanté Seigneur et Boomerang, Kevin Parent viendra vous chanter ça sur scène.

Manger sa pout’ avec classe

Plusieurs chefs s’affronteront dans une compétition sans merci pour la Fourchette d’Or, ultime récompense poutinale. Cette année, plusieurs chefs seront sur place pour exciter vos papilles gustatives.

Petite Maison – Montréal – Danny St-Pierre, Chef invité du festival
Europea – Montréal – Jérôme Ferrer, Champion en titre 2016
Vladimir Poutine – Montréal
Mr. Méchoui – Trois-Rivières
Le Canadien – Notre-Dame-du-Bon-Conseil
Ça roule ma poule – St-Jérôme
Poutine Factory – Mirabel
L’Acadien Su’ la GO! – Tracadie
Golden Fries – Ottawa
Dindon du Québec – St-Hyacinthe
Charlie’s Diner – Bromont
La Shop à Poutine – Terrebonne

À vos fourchettes!

http://festivaldelapoutine.com/

La programmation du festival Diapason 2017

Le festival Diapason en sera à sa 9e édition du 6 au 9 juillet prochains. Cet événement lavallois fait belle figure depuis deux ou trois ans alors qu’ils attirent un mélange intéressant d’artistes de la relève et d’artistes marginaux établis. Encore cette année, ils nous proposent une programmation bien intéressante qui, on le rappelle, est entièrement gratuite!

Des grands noms de la scène underground québécoise

Vendredi le 7 juillet aura lieu un spectacle tout aussi éclectique que délicieux pour les tympans. Peter Peter, Chocolat et SUUNS s’enchaîneront sur la grande scène. De l’électro-pop de qualité, au rock garage bruyants, aux rythmes hypnotiques et dansants, ce sera un enchaînement audacieux, mais qui n’est pas sans charme. Le 8 juillet, c’est The Great Novel qui présentera les chansons de son plus récent album Skins, suivi de Fred Fortin qui sera excellent, comme d’habitude et finalement le grand Bernard Adamus et son folk percutant qui clôturera en beauté. C’est Avec pas d’casque qui vont offrir le dernier spectacle de la grande scène le dimanche après-midi. Ils seront précédés de Mon Doux Saigneur et Pang Attack.

Des découvertes en veux-tu, en v’la!

Dès le jeudi, les festivaliers pourront faire la connaissance de la formation The Sadies. Par la suite, ils pourront se frotter au groupe Fire/Works qui fait dans le folk et qui travaille sur son 3e album qui fait suite à Shenanigans. On y verra aussi le jeune Émile Bilodeau, qui était finaliste aux Francouvertes en 2015, Blood and Glass, le projet de Lisa et Morgan Moore, le groupe Eliza qui vient de lancer un EP homonyme, San James, le projet mélodieux de Marylise Senécal et finalement Stevenson, un groupe local qui fait dans le rock emo.

Parmi les autres artistes qui feront leur tour sur l’île Jésus, notons deux artistes qu’on aime bien. Louis-Philippe Gingras et son country-folk humoristique et centré sur les problèmes du quotidien ainsi que Mat Vezio qui a fait paraître le magnifique Avant la mort de fleurs cueillies. Le vendredi 7 juillet, les électriques de Lesbo Vrouven seront en spectacle en compagnie d’Organ Mood. Finalement, ceux qui n’ont pas encore fait connaissance de la récipiendaire des dernières Francouvertes pourront découvrir ses chansons le samedi 8 juillet.

Une programmation bien intéressante pour cette 9e édition du festival Diapason. On fait un petit tour à Laval?

http://www.festivaldiapason.com/

Critique : Desjardins (album)

Richard Desjardins est l’un des artistes les plus pertinents, poétiques et forts que le Québec ait connu dans les derniers 50 ans. Un auteur-compositeur-interprète qu’on place dans une catégorie sélecte qui compte de très rares membres dont on pourrait nommer André « Dédé » Fortin. S’attaquer aux chansons de Desjardins, c’est s’attaquer à un monument. Et pour se frotter à des monuments, il faut avoir la couenne solide et surtout, il faut avoir de quoi à dire artistiquement avec les chansons.

Desjardins propose onze nouvelles versions de chansons interprétées par une belle brochette d’artiste. Certains nous offrent des relectures qui méritent de faire le détour. À l’opposé, on se rend compte aussi que du Desjardins, ça ne se chante pas n’importe comment. La charge émotive que l’homme engagé sait injecter à un texte n’est pas anodine ni facile à réinterpréter.

Commençons par les bons coups, parce qu’il y en a des très réussis. L’album s’ouvre sur Avec pas d’casque qui reprend Au pays des calottes avec une bonne dose de joual, de mélancolie et de beauté. L’esthétique country-folk de la formation se colle à merveille au texte qui traduit le mal d’être d’un homme qui ne sent pas qu’il appartient à un milieu. On peut en dire autant de Bernard Adamus qui harnachent Les mammifères. La voix rêche et crue du grand Montréalais qui en a vu d’autres est un véhicule parfait pour la poésie pas polie de Desjardins. Mais de toutes les nouvelles interprétations qu’on nous propose, c’est celle de Klô Pelgag et Philippe Brach qui ressort du lot. Le duo rend Les Yankees avec tout ce qu’il faut de sensibilité et d’intelligence pour traduire la réalité des envahis. Qu’ils soient Mexicains, Troyens, Nigériens ou Québécois. Une version alternative avec une instrumentation intelligente qui prend de plus en plus d’ampleur. Le duo Brach et Pelgag est magnifique, tout simplement.

«Et tout ce monde sous la toile
qui dort dans la profondeur:
« Réveillez-vous!
V’là les Yankees, v’là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V’là les Gringos!»
– Les Yankees

Keith Kouna se débrouille aussi avec Jenny tout comme Koriass qui offre une version rappé de M’as mettre un homme là-dessus. Le problème, c’est que certaines pièces passent carrément à côté de la track. En tête de file, Va-t’en pas interprétée par Safia Nolin. Ce n’est pas un manque de travail de la jeune femme, mais son style languissant et mélancolique fait perdre toute puissance à ce texte. C’est une déchirure interne, un appel à l’aide, un ultime essai pour garder un être cher près de soi alors qu’il cherche à se sauver. La charge émotionnelle n’est pas calme ou nostalgique. Elle est dynamique, nerveuse et perdue dans l’urgence. Après tout, le protagoniste trouve tout ce qu’il peut pour garder son interlocuteur à la maison :

«Va-t’en pas
Dehors y a des orgies d’ennui
Jusqu’au fond des batteries
Va-t’en pas
Dehors j’ai vu un ciel si dur
Que tombaient les oiseaux»
– Va-t’en pas

Malgré leurs bonnes intentions, c’est idem pour Philippe B, Les Sœurs Boulay et Émile Bilodeau qui manquent tous d’un peu de charges émotives. C’est trop gentil, poli et mélodieux pour bien faire entendre ce qui se cache dans les textes de Desjardins. Au moins, Saratoga se débrouille vraiment très bien avec la douce Quand j’aime une fois j’aime pour toujours. Heureusement, personne n’a osé se frotter à …et j’ai couché dans mon char.

Ce n’est vraiment pas facile de s’attaquer à la poésie de Desjardins. Cet album hommage fait parfois mouche, mais passe aussi à côté de la charge émotionnelle qui habite l’œuvre de ce monument. Pis Desjardins, serait sûrement en sacrament qu’on parle de lui en tant que monument, parce que les statues, c’est bon pour les morts pis lui est encore bien vivant.

Ma note: 6/10

Artistes variés
Desjardins
117 Records
51 minutes

http://www.117records.ca/