Duprince Archives - Le Canal Auditif

Le grand concours des Fêtes 2017

Chaque année, le Canal Auditif organise un grand concours des fêtes pour gâter un mélomane. 2017 ne fera pas exception. Tu aimes la musique? Bien, voici ta chance de commencer 2018 avec une tonne de Cds, vinyles et billets de concert offerts par les amis d’Audiogram, Bonsound, Dare To Care / Grosse Boîte, Dear Criminals, Duprince, Evenko, Michel Records, Simone Records et Six Media. Pour participer, vous n’avez qu’à répondre à la question suivante dans les commentaires:

Quel est votre album de l’année?

Voici un aperçu des prix qui feront partie du bas de Noël de luxe :

— Corridor
— Halo Maud
— Coco Méliès
— Aliocha
— Sarah Bourdon
— Jason Bajada
— Peter Peter
— Pierre Lapointe
— Lhasa
— Mara Tremblay
— Dear Criminals
— Laura Sauvage
— Julie Aubé
— Julien Sagot
— Les Hay Babies
— Pierre Kwenders
— Beyries
— Joe Rocca
— Philippe B
— Geoffroy
— Wilsen
— Talisco
— Ian Janes
— The Wooden Sky
— David Myles
— The Lost Fingers
— Marvin Jouno
— Jesse Cook
— Les Tireux d’Roches
— The Weather Station
— Matiu
— Rob Lutes
— Peter Katz
— Alexandre Tharaud
— Sass Jordan
— Shaka Ponk
— Des billets de concerts et plus encore!

Le concours est en vigueur jusqu’au 22 décembre 2017 à midi. Le gagnant sera contacté la journée même.

Bonne chance à tous!

Critique : Martin Lizotte – Ubiquité

Dans la description du projet sur son site web, Martin Lizotte écrit la chose suivante : « D’un écran à l’autre, on veut être partout à la fois, bien souvent aux dépens du moment présent qui nous coule entre les doigts. » Ubiquité est un peu la réponse à cela, un moment de respiration à travers la folie quotidienne entre deux projections de nous-mêmes en ligne, entre ces rôles qu’on revêt du bout des doigts. Bien sûr, je vous écris tout cela devant un écran pendant que mon Facebook est ouvert et mon téléphone n’est pas trop loin. Comme quoi les paradoxes sont souvent les situations les plus riches et savoureuses.

Martin Lizotte a fait paraître Pianolitudes en 2014 qui lui a valu de nombreuses critiques élogieuses. On découvrait en quelque sorte un peu plus le pianiste. Pour Ubiquité, il a répété la formule qui avait déjà fait ses preuves : on le retrouve au piano avec Mathieu Désy et sa basse polyphonique à ses côtés. C’est minimaliste et ça verse dans la musique classique contemporaine. Ubiquité est entièrement instrumentale et nous porte à travers des tableaux d’un calme et d’une beauté bien appréciable. C’est le genre d’album qui fera ses meilleurs moments par un froid dimanche de janvier, quand la neige tombe et qu’on refuse de s’aventurer à l’extérieur, préférant les lainages et un bon thé.

La douce Comète est particulièrement tempérée et belle avec sa mélodie qui se développe tranquillement alors que la Désy s’occupe d’envoyer quelques notes plus lourdes. La chanson-titre se développe aussi lentement, mais avec un peu plus d’énervement. La basse est rythmée pendant que le piano aussi prend son temps pour prendre sa place. Phare ailé pour sa part prend d’abord une route sombre avant de soudainement s’emporter comme dans un rêve. Les crescendos et déscrescendos de Lizotte nous invitent à la rêverie en pleine journée, à laisser nos esprits divaguer en sa compagnie.

Étant donné les chemins de compositions qu’il prend, l’esprit à tendance à divaguer de la musique et se perdre dans les méandres de la contemplation et de la réflexion. Pendant ce temps, on égare Lizotte avant d’y revenir deux chansons plus loin. Est-ce mal? Non. Mais particulier. Ubiquité n’est pas un album qu’on écoute dans un seul trait. C’est le genre qu’il faut écouter de nombreuses fois pour en saisir toutes les subtilités.

Lizotte fait bien sur Ubiquité. C’est un digne successeur à Pianolitudes. Ça ne remet pas en cause le genre musical, mais ça donne de très belles ritournelles nuancées qui se déploient avec grâce. Si vous aimez les pièces qui pigent dans la tradition de la musique pianistique, vous aurez du plaisir en compagnie de Martin Lizotte.

Ma note: 7/10

Martin Lizotte
Ubiquité
Duprince
43 minutes

Site Web

Critique : Keith Kouna – Bonsoir shérif

 

 

 

Voilà la meute en fureur
De vrais colons
Voilà les purs défenseurs
De la nation
Voilà les barbares de souche
Et les gourous
Voilà les loups qui hurlent
Au loup-garou
Vaches

Si certains pensaient que Keith Kouna allait se calmer avec l’âge, ils se rendront compte à l’écoute de Bonsoir shérif qu’il en est tout autrement. Si une chose augmente avec le temps, c’est plutôt sa capacité à bien isoler ces choses qui font que la vie est frustrante. Il ne passe pas quatre chemin et tir sur tout ce qui peut ressembler à un semblant d’institution : le gouvernement, la droite radicale (La meute, Éric Duhaime et autres crétins du genre) et la religion.

T’as le Coran
Et t’as la Bible
T’as la laisse
T’as la Torah
Et t’as la bride avec
T’as Mahomet
Et t’as Moïse
T’as le Christ
T’as la foi
C’est ça
Et t’as le crime avec
[…]
Tes idées tes murs tes lubies
T’as tes slogans
T’as ta patrie
Mais t’as du sang plein la poitrine
Oui t’as du sang plein la poitrine
Poupée

Keith Kouna te rappelle que ta foi vient avec beaucoup de sang, que tes idées viennent avec des meurtres, de la haine, avec du rejet de l’autre. Et il te dit tout ça avec une plume acérée, chirurgicale et foncièrement poétique. Kouna s’amuse avec les mots comme il s’amuse avec les idées de cette société qu’il décrit avec une bonne dose d’ironie et de cynisme.

Kouna gardait une plume acide sur son précédent Du plaisir et des bombes. Entre les deux, il y a eu Le Voyage d’hiver, un projet ambitieux d’adaptation des lieder de Schubert et le retour des Goules qui a lancé le non moins abrasif Coma l’an dernier. Mais sur Du plaisir et des bombes, Kouna s’ouvrait un peu plus, notamment avec la magnifique et touchante Batiscan. Celle-ci, une lettre à son père, donne des frissons à l’écoute.

Cette fois, Kouna a moins de tristesse sur le cœur. Par contre, il a la hargne. Congo qui se construit tranquillement explose lorsque Kouna soudainement défait la laisse qui retenait sa voix pour crier : « fouille-moi encore ». Il y a un cri primaire là-dedans du punk trop habitué aux contrôles arbitraires de la part des forces de l’ordre. Il y a aussi l’influence des années 80 sur Marie qui nous rappelle que « les humains c’est de la merde ». Ça rappelle les crimes de guerre qui se joue dans l’ombre lorsque les soldats éreintés du combat violent des villages en entier pour expier les fautes. Pendant ce temps, ces femmes et enfants ne deviennent pour eux rien de mieux que du bétail. La guerre engendre de la souffrance exponentielle.

Entre les salves contre les travers de notre société occidentale, il y a quelques moments de repos. Dans cette catégorie, on peut ranger Doubidou, une pièce aux influences jazz qui chante notre amour de l’argent et de cet asservissement qu’on accepte volontiers. Oui, même dans les moments plus légers, Kouna trouve le moyen de nous rappeler ce qui ne tourne pas rond.

Bonsoir Shérif est un album contestataire. C’est aussi une des sorties les plus punk des dernières années au Québec. Pas punk dans le format musical, mais dans le propos. Ce n’est pas certainement pas l’album le plus réconfortant de l’année et il y a quelque chose de masochisme à se regarder ainsi dans le miroir en se rappelant notre complicité personnelle dans le cirque. Mais c’est bien fait. Et c’est écrit d’une plume qui réussit à créer de la poésie à travers les déchets.

Ma note: 8/10

Keith Kouna
Bonsoir Shérif
Duprince
37 minutes

Site Web