doom Archives - Le Canal Auditif

SubRosa – For This We Fought The Battle Of Ages

SubRosaDans les méandres du rock heavy et de ses sous-genres parfois d’un conformisme désolant, il s’en faut d’une très légère différence pour se démarquer de tout le reste. SubRosa, un quintette doom de Salt Lake City, a deux éléments inhabituels qui s’imposent dès le premier regard. Tout d’abord, c’est un groupe principalement féminin, chose rarissime pour un groupe métal. Ensuite, deux des musiciennes jouent du violon électrique.

Attendez! Ne partez pas! C’est bon quand même!

L’utilisation du violon en musique heavy est peu courante, et certains auront comme moi été traumatisés par le visionnement dans leur enfance d’un clip de Mark Wood , mais il faut plutôt penser aux violons tels qu’utilisés dans le post-rock, appliqués au doom et au post-metal. Et les deux violonistes dont on parle ici comprennent très bien dans quel contexte elles œuvrent. Elles ne font pas qu’apporter une sensibilité néo-classique, elles jouent les mélodies qu’il faut pour soutenir les compositions et les élever vers de plus hauts sommets.

Malgré l’originalité dans l’instrumentation, la formule doom est quant à elle fidèlement respectée. Les pièces sont longues, souvent au-delà de 12 minutes, et des riffs de guitares accordées graves s’enchaînent patiemment. Les dynamiques sont variées, passant de moments mélodieux et délicats à des tonnerres de distorsion accompagnés des plus féroces grognements de la chanteuse Rebecca Vernon.

En gros, imaginez une forte influence du groupe Isis combinée à une instrumentation qui ne peut que rappeler Godspeed (et surtout le projet connexe A Silver Mt. Zion). À vue de nez, ça peut sembler trop peu original pour être vraiment excitant, mais tout est très bien dosé, tant à l’intérieur d’une seule pièce que dans l’ensemble de l’album. Des riffs à toute épreuve déferlent dans les trois premières chansons, puis une courte pièce acoustique met la table pour les deux pièces finales, des morceaux riches en émotions et en atmosphère.

SubRosa s’améliore avec chaque album, et doit dorénavant être considéré comme un des gros joueurs du doom. J’ose espérer qu’ils se retrouveront au programme de tournées ou des festivals qui attirent beaucoup de monde. Ça ferait d’une pierre deux coups: exposer le public à un excellent groupe, en plus de rendre les affiches légèrement moins masculines. Ça ne ferait pas de tort à la scène métal en général.

Ma note: 8/10

SubRosa
For This We Fought The Battle Of Ages
Profound Lore Records
64 minutes

https://www.facebook.com/SubrosaSLC/

Love Sex Machine – Asexual Anger

Love Sex MachineLove Sex Machine, c’est un groupe de sludge doom suintant-pas-propre de Lile en France. Comment ça sonne du sludge doom suintant-pas propre que vous me demanderez? Ben, imaginez vos oreilles qui jutent un mélange de cérumen, de sang, de liquide amniotique et de bile pendant 40 minutes.

Et j’exagère à peine. Car oui, ça suinte de même. C’est comme un «déchet corporel bucket challenge», genre… un peu comme la douche de graisse liposucée dans Fight Club, mais en plus sale. Mais je m’égare.

J’ai connu Love Sex Machine un peu par hasard à la parution de leur premier LP homonyme. Les gentils métalleux de Pelecanus.net (shout out les boys) avaient partagé l’album dans leur rubrique quotidienne «dose de gras». Et vous aurez compris que de parler de graisse pour Love Sex Machine, c’est un euphémisme. Tsé, ce premier effort contenait quand même des titres tels que Anal On Deceased Virgin et Killed With A Monster Cock.

PAS PARTICULIÈREMENT DE GAUCHE COMME PROPOS.

Mais la démarche du groupe est plus complexe, elle qui se plaît à patauger dans la monstruosité de l’être humain: ses bassesses animales, son sadisme et son incontrôlable propension au contrôle des corps. C’est sans doute pour cette raison que le produit fini sonne exactement comme se noyer dans une fosse septique.

Mais cessons avec les métaphores douteuses. Parce que Love Sex Machine livre encore une fois, avec Asexual Anger, un album aussi efficace que tonitruant. Un tour de force appuyé ici par un solide travail de postproduction: on entend maintenant parfaitement le détail des instruments, car le bordel infernal du premier album était intéressant parce qu’il était celui d’un premier effort sur disque. Répétez cette cacophonie aurait poussé le nihilisme à l’injure (même si la démarche du groupe est justement d’amener le nihilisme au sévisse corporel, mais ça, c’est une autre histoire).

Une meilleure production, ça fait aussi des morceaux plus distincts. Et c’est un des points forts de ce Asexual Anger: malgré la constante pesanteur, des montées, des riffs et même des solos remontent à la surface de l’épais mélange et nous collent au cerveau. C’est le cas sur Silent Duck, Aujeszky et la pièce titre notamment. Mais chaque morceau ici a son moment en puissance.

Sans toutefois atteindre le groove très sabbathien de Dopethrone, le son de Love Sex Machine s’apparente à celui du groupe basé «downtown Hochelywood». Surtout pour le vocal qui déchire tout.

Bref, Asexual Anger capture parfaitement cette brutale démonstration de sauvagerie. À l’immondicité de l’humanité, Love Sex Machine agit en miroir réfléchissant, lui renvoyant son reflet détaché de son vernis, rendant saillante sa nature animale qui lui a fait ériger la violence en système tyrannique justifié par une lecture machiavélique et libidineuse de la théorie de l’évolution justifiant les pires atrocités.

Mais eille. C’est un super bon album. Dans le genre. (Salut m’man!)

Pour finir sur une belle pensée (ou pas), je vous rappelle qu’un internaute inspiré par la musique brune des Guenilles avait dit du son du groupe qu’il était exactement «comme des menstruations dans ta face». Je dirais qu’avec Love Sex Machine c’est pareil, mais le supplice dure juste plus longtemps.

Bonne journée là…

Ma note: 8/10

Love Sex Machine
Asexual Anger
Lost Pilgrims Records
42 minutes

http://lovesexmachine.bandcamp.com/

Projet RL – Earthburnt

EarthburntÀ la toute fin du siècle dernier, j’ai quitté ma ville natale d’Alma au Lac-Saint-Jean. Là-bas, j’ai pu observer les balbutiements de groupes comme les Psycho Riders, NoVac’nc, Pussy Pear, Galaxie 500, Gros Méné et beaucoup d’autres. Avec le temps, plusieurs de ces musiciens ont fait le «move» vers la grande ville et sont devenus gigantesques, alors que d’autres sont toujours actifs au sein de différentes formations. Quoi qu’il en soit, je me souviendrai toujours de ces années de gros fun et de gros rock. Parce que la région, c’est vraiment très rock. Je sais pas ce qu’ils mettent dans l’eau là-bas, mais tout le monde qui faisait de la musique dans le temps vargeait sur des guitares et des batteries. Jamais vu un band de hip-hop sortir d’Alma. Y a du monde qui appelaient ça «le son du Lac».

Seize ans plus tard, les choses ne semblent pas avoir vraiment changé. C’est en tout cas ce que l’on constate en écoutant le premier véritable album de Projet RL, formation originaire d’Alma, elle aussi. L’histoire du groupe est celle que plusieurs d’entre nous ont d’ailleurs vécu. C’est une histoire qui trimballe son rock du sous-sol au garage en passant par des bâtisses abandonnées converties en locaux de pratiques dans lesquels ont s’enfarge dans les bouteilles vides. Une histoire qui force ses protagonistes à se construire eux-mêmes en composant, jouant et réalisant ses chansons avec le 4-track emprunté au grand frère d’un ami: le premier chapitre de la vie d’un band de rock, celui qui vient tout de suite après le prologue.

Dans le cas qui nous occupe, le prologue était cette suite d’improvisations délirantes nommée Black September parue en 2010 et commise par Alex, Ben et Max. Depuis, Marc-Antoine et Charles se sont joints aux trois autres et ils nous offrent six de leurs meilleures chansons enregistrées entre 2012 et 2015 dans le sous-sol de la maison d’un des gars. Difficile de faire plus DIY. Les Philippe Brault et Emmanuel Ethier de ce monde ne se rendent pas souvent à Alma, tsé. Quoi qu’il en soit, on retrouve sur Earthburnt des influences stoner, doom et même un soupçon de punk sur Ghost. La voix de Max évoque même celle de Dave Vanian des Damned sur la balade hypnotique Stonewind Travel. Quiconque connaît mon affection profonde pour le premier band punk britannique se doute que j’ai passé un bon moment.

Ce n’est pas parfait. Certaines chansons gagneraient au change en étant un peu plus courtes et moins répétitives. Cela dit, pour un album conçu avec les moyens du bord, ça sonne comme deux tonnes de briques et l’exécution frise la perfection. Le rock du Lac n’est pas mort et les médias d’ici feraient bien de lâcher les baskets de Galaxie pendant une couple de semaines pour aller refaire un tour là-bas. Juste parce que l’avenir, ce sera toujours les jeunes.

*En spectacle, le vendredi 30 octobre à l’Escogriffe situé au 4467, rue Saint-Denis à Montréal.

Ma note: 7/10

Projet RL
Earthburnt
Autoproduit
42 minutes

https://projetrl.bandcamp.com/album/earthburnt-2015

https://www.facebook.com/projetrl/?fref=ts

Uncle Acid & The Deadbeats – The Night Creeper

Uncle Acid & The DeadbeatsVoilà un groupe rock britannique que l’on a découvert avec la parution de Mind Control en 2013: Uncle Acid & The Deadbeats. Menée par K. R. Starrs, la bande donne dans une mixture de hard rock, de stoner, de «doom metal», de rock psychédélique et elle puise ses influences chez Black Sabbath, les Stooges et Alice Cooper. Bref, le bon vieux stock de poteux des années 70 est à l’honneur! Ils sont de retour cette semaine avec The Night Creeper; disque co-réalisé avec l’aide de Liam Watson (White Stripes, Tame Impala, Electric Wizard). Un homme qui s’y connaît passablement en frais de musique lourde et narcotique.

D’entrée de jeu, l’une des principales qualités de cette conception sonore est sans contredit la réalisation crade, au ras des pâquerettes et un peu lo-fi. Ça bonifie grandement l’immense penchant «sabatthien» ainsi que l’aspect psychédélique prodigué par Uncle Acid & The Deadbeats. Les fidèles qui les aiment un peu plus lourds pourraient devoir s’ajuster à l’écoute de ce The Night Creeper. En effet, les Britanniques incluent des éléments de glam-rock dans leur musique amenuisant légèrement la massivité habituelle des riffs. Pas d’inquiétude, le changement n’est pas si drastique.

Starrs adopte encore plus la posture vocale à la Ozzy (mélodies semblables, tonalité quasi identique), mais s’inspire également d’un Marc Bolan (T. Rex). Normalement, ce genre de pastiche aurait dû agacer sérieusement votre vieux rocker préféré, mais curieusement les claviers à la Deep Pruple bien éparpillés tout au long de l’album, le travail plus minutieux au niveau des harmonies vocales et l’indéniable qualité des riffs guitaristiques viennent amoindrir ce léger impair. C’est dans la pièce titrée Downtown que vous entendrez toutes ces subtiles modifications.

Pourquoi fonctionne le rock d’Uncle Acid & The Deadbeats malgré les aveuglantes ressemblances que l’on évoque depuis le début de ce texte? Parce que le quatuor maîtrise parfaitement le riff gras qui tue, est mélodiquement irréprochable et bonifie le genre avec ses délicates incursions dans le glam-rock. Tout simplement un maudit bon disque destiné au «headbanger» adepte d’émanations hypnotiques.

Aucune chanson ne fait office de remplissage et parmi nos préférées, on a tripé solide sur l’explosive Pusher Man, sur la conclusion cathartique dans The Night Creeper et quand les Britanniques bifurquent vers des morceaux ésotériques/paisibles, ils sont également excellents. On pense à l’instrumental Yellow Moon, le quasi soft-rock Slow Death ainsi que le folk «doom» Black Motorcade.

Autant les nostalgiques de l’époque où Satan faisait encore peur que les fanatiques de rock corpulent tous azimuts sauront apprécier ce The Night Creeper. Vous savez quoi? Uncle Acid & The Deadbeats sont incapables de médiocrité et savent écrire de foutues bonnes chansons. Aussi simple que ça! On ne peut rien demander de plus à un groupe qui fait vraiment honneur au genre.

Ma note: 7,5/10

Uncle Acid & The Deadbeats
The Night Creeper
Rise Above Records
53 minutes

https://www.facebook.com/uncleacid

Dopethrone – Hochelaga

DopethroneLe trio stoner/doom montréalais Dopethrone débarquait plus tôt cette année avec Hochelaga, son quatrième et plus solide effort à ce jour. D’abord quelques éléments de nomenclatures. On se réfère à un groupe «stoner» lorsque le son des guitares et de la basse est très pesant, lent, et qui, lorsque dépouillé de son gros fuzz, est ancré dans une tradition résolument blues. En ce sens, l’album homonyme de Black Sabbath (1970) est considéré sans grand débat comme le premier du genre. C’est important de détailler ce dont on parle parce que trop de chroniqueurs écrivent encore que Galaxie fait dans le stoner.

Le doom, c’est exactement pareil, mais plus lourd, «low key», sans le «groove» psychédélique. L’amalgame entre les deux genres, tel que popularisé par Electric Wizard, est maintenant courant et fait école.

Dopethrone s’inscrit d’ailleurs parfaitement dans le sillage de la formation britannique. Et pas seulement pour son nom, emprunté à l’album paru en 2000 des Wizard, une pierre angulaire dans le genre.

Sur Hochelaga, le trio continue de faire ce qu’il fait de mieux: jouer extrêmement fort dans une pièce enfumée. Résultat à l’écoute: une étrange sensation qu’un orage s’abat sur notre tête pendant qu’on s’enfonce dans un sable mouvant. Malgré la violence des assauts, on se laisse enfoncer, comme passif.

Et ça commence de brillante façon avec Sludgekicker, une lente charge, crachée en plein visage. En fait, c’est un peu absurde à dire par rapport à un titre en particulier, car voilà justement la formule Dopethrone, le modus operandi du groupe. La nouveauté ici, c’est qu’Hochelaga est très concis, éminemment cohérent et sans temps mort.

Vagabong, Scum Fuck Blues et Riff Dealer sont ici les morceaux les plus forts, et l’assemblage dans son ensemble est supérieur aux précédents gravés du groupe.

On avait aimé Darkfoil (2011), mais Hochelaga a une valeur ajoutée.

Il y a peu à dire d’autre sur Hochelaga que: «pèse su’ play, monte le son, pis amène la boucane».

Ma note: 7/10

Dopethrone
Hochelaga
Totem Cat Record – 2015
41 minutes

https://dopethrone.bandcamp.com