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Critique : Chelsea Wolfe – Hiss Spun

Les cinq premiers disques de Chelsea Wolfe ont reçu d’innombrables éloges, spécifiquement de la part de férus de rock aux accents gothiques. La dame aime bien plonger ses auditeurs dans une noirceur abyssale où le rock lourd côtoie le folk. Et c’est dans ce croisement sonore que l’on retrouve toute la singularité de Wolfe; comme si PJ Harvey fréquentait un musicien jouant du black métal.

Si le qualificatif « néo-folk » pouvait encore définir l’album Pain Is Beauty (2013) – malgré les quelques rythmes électros qui se manifestaient de temps à autre – le virage rock totalement assumé, entendu sur Abyss, laissait présager le meilleur. Un grand cru de l’année musicale 2015, il va sans dire.

C’est donc vendredi dernier qu’était lancé le sixième album de Wolfe, intitulé Hiss Spun… et, pour la gestation de ce disque, elle ne s’est pas entourée de pieds de céleri ! Troy Van Leeuwen (QOTSA, Failure) est le guitariste en chef, Aaron Turner (Sumac, Mamiffer, Old Man Gloom, Isis) vocifère sa vie sur une chanson et la réalisation a été confiée au génial Kurt Ballou (Converge). Voilà une preuve irréfutable que madame Wolfe a du goût.

En plus des thèmes toxiques habituels – amours perdus, désespoir infini, etc. – qu’elle exploite avec une sincérité déstabilisante, Wolfe poursuit son virage rock en se tournant vers une esthétique plus « doom ». Si vous trouviez qu’Abyss proposait une sorte de pesanteur émouvante, ce Hiss Spun est encore plus lourd et mélodiquement parlant, plus accrocheur. La direction artistique est claire et précise, malgré l’aventure « bruitiste » et pianistique suggérée dans une pièce comme Welt ou à l’instar de ce retour au folk entendu dans Two Spirit.

Cela dit, les apôtres se plairont toujours autant dans l’enfer de la prêtresse gothique, car elle fait encore le coup de nous bouleverser avec des textes sans compromis et une musique d’une massivité assumée. Dans Spun, lorsqu’elle nous chante ceci: « I slept desperate, trying to reach you / You leave me reckless, you leave me sick / I destroy myself and then I want it again », on y croit pleinement. Et c’est tout ce qui importe !

Sans compter sur des moments aussi forts qu’un morceau de bravoure comme Iron Moon, paru sur Abyss, ce Hiss Spun ne comporte aucune faiblesse. Mes chansons de prédilection ? 16 Psyche est un astéroïde incendié, la performance d’Aaron Turner dans Vex est pertinente, l’explosive The Culling émeut, le refrain aussi vaporeux que captivant dans Twin Fawn étonne et l’orchestral Offering, évoquant la légendaire PJ, démontre qu’elle possède un certain talent « fédérateur ».

Bref, Hiss Spun est une autre excellente production signée Chelsea Wolfe. Cette fille est une valeur sûre. Elle nous fait visiter son abîme et son mal de vivre avec un abandon qui laisse pantois. Encore une fois, ça se hissera dans les hautes sphères des meilleurs albums de l’année en cours.

Ma note: 8/10

Chelsea Wolfe
Hiss Spun
Sargeant House
48 minutes

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