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Le Coup de Coeur Francophone 2015

logoComme chaque année le Coup de Cœur Francophone rassemble tout ce qui se fait de plus le fun en français s’il vous plaît et te programme une bonne semaine et demie de spectacles variés et intéressants. Cette année ne fait pas exception. Plutôt que de te livrer la programmation au complet, on te propose nos choix pour que tu passes onze jours de spectacles sans jamais t’ennuyer. Ça se déroulera du 5 au 15 novembre prochain. Attention, nous ne sommes pas responsables des acouphènes et/ou foies endommagés.
 
 

JEUDI LE 5

Francis Faubert + Bernard Adamus au Club Soda à 20h: Deux grands garçons qui font paraître des albums cette année. Celui d’Adamus est tout simplement délicieux alors qu’on n’a pas encore eu le temps de se pencher sur Faubert. C’est à ne pas manquer.

Simon Kearney + Simon Kingsbury au Divan Orange à 22h: Deux Simon K. L’un joue de la guitare avec panache, l’autre possède une barbe qui a du panache. Une soirée qui risque d’être des plus plaisante surtout que ça fait un petit bout de temps qu’on n’a pas vu Kingsbury sur une scène.

VENDREDI LE 6

PONI + Galaxie au Club Soda à 20h: Les premiers font dans le rock lourd qui verse presque dans le stoner avec de belles mélodies. Les deuxièmes… ai-je vraiment besoin de présenter Galaxie? Pour les avoir vus au FME, c’est tout un spectacle.

Benoît Paradis Trio au Quai des Brumes à 22h: Il a la langue presque aussi habile que les mains. Les mots que Benoît Paradis couche sur son jazz embrumé sont d’une subtilité et d’un humour parfait. Son album T’as-tu toute? paru plus tôt cette année vaut le détour.

SAMEDI LE 7

Joëlle St-Pierre + Barcella au Lion d’Or à 20h: Joëlle St-Pierre a fait paraître un album tout en douceur et en réconfort cet automne alors que Barcella mélange l’accordéon, le slam et bien plus avec une habileté déconcertante.

Crabe + Ultraptérodactyle à L’Esco à 22h: Pour 8 $ tu vas te faire récurer les oreilles avec une assiduité et un savoir-faire hors du commun. C’est un spectacle à ne pas manquer. Sludge-Pop d’Ultraptérodactyle est un de nos coups de cœur 2015 alors que Anti-Vague de Crabe en était un de l’année dernière! Meilleur rapport qualité/prix du CCF.

LUNDI LE 9

Lydia Képinski et Anique Granger au Divan Orange à 22h: Deux femmes au nom peu ordinaire qui portent deux propositions artistiques peu ordinaires. Granger nage dans le folk intelligent alors que Képinski t’envoie des mots percutants.

MARDI LE 10

Rosie Valland + Safia Nolin au Lion D’Or à 20h: Les deux demoiselles ont lancé des albums qui ont été encensés par la critique cet automne. C’est ta chance de découvrir ces deux femmes d’exceptions de qui tu entendras parler longtemps encore!

Émile Bilodeau + Le Winston Band au Divan Orange à 22h: Émile Bilodeau est l’un des trois finalistes des Francouvertes 2015 et il sait animer une foule alors que le Winston Band sait mettre le feu dans une salle avec ses rythmes cajuns. Ça risque d’être tout un party.

MERCREDI LE 11

Joey Robin Haché + Olivier Bélisle au Divan Orange à 22h: Joey Robin Haché nous vient du Nouveau-Brunswick pour nous livrer sa pop léchée alors qu’Olivier Bélisle fait de la pop qui a laissé de côté la langue de bois. Un détour qui en vaudra la peine.

JEUDI LE 12

Gaël Faure + Daran à l’Astral à 20h: Deux troubadours qui se font aller les mains sur un morceau de bois et les cordes vocales dans un micro. On vous a parlé du sublime Monde Perdu de Daran paru un peu plus tôt cette année. Ça risque d’être un très bon concert.

Sweet Grass + Dylan Perron & Élixir de Gumbo au Divan Orange à 22h: Sweet Grass vient de la région du Saguenay-Lac-St-Jean et fait dans le folk qui swing alors que Dylan Perron & Élixir de Gumbo ont remporté les dernières Francouvertes. Bref, il risque de faire chaud au Divan ce soir-là!

VENDREDI LE 13

Lubik + Les Hôtesses d’Hilaire au Lion d’Or à 20h: Lubik vient tout droit de La Sarre et sait rocker pas à peu près. Les Hôtesses lanceront leur nouvel album au Lion D’Or et c’est un spectacle à voir assuré. Marque ça à ton calendrier, parce que tu ne voudras pas manquer ça!

Yokofeu et Anatole au Quai des Brumes à 22h: C’est un vendredi crève-cœur parce qu’il y a un nombre incroyable de bons spectacles en fin de soirée. On y va pour les théâtraux Anatole et les groovy de Yokofeu qui vous donneront un bon spectacle que vous pourrez savourer une pinte à la main.

SAMEDI LE 14

Dimoné + Salomé Leclerc au Club Soda à 20h: Ancien punk, Dimoné fait maintenant dans le folk. C’est un bon moment pour le découvrir alors que Salomé Leclerc foulera la scène. La jeune demoiselle ne donne jamais de mauvais spectacle alors…

Gino Laser + Guillaumansour Expérience au Quai des Brumes à 22h: Gino Laser donne une prestation explosive alors que Guillaume Mansour est totalement éclaté dans ses performances avec son Éxpérience. Concept? Je crois que oui.

DIMANCHE LE 15

Saratoga au Verre Bouteille à 20h: Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse font un folk doux et totalement lumineux avec leur projet commun de Saratoga. C’est intime, c’est velouté et c’est parfait pour un dimanche soir.

http://www.coupdecoeur.ca

Robert Forster – Songs To Play

Robert ForsterPlusieurs mélomanes imberbes vont sûrement se demander qui est ce Robert Forster. Soyons un peu condescendants et allons-y d’un succinct résumé de la carrière de ce songwriter trop méconnu. Cet Australien de naissance fut en premier lieu le cofondateur d’un important groupe indie-pop (et honteusement mésestimé) nommé The Go-Betweens. En effet, en compagnie de feu Grant McLennan (décédé en 2006), la formation a été maintes fois citée en tant que référence pop alternative ultime. On pense à des artistes tels que U2, Belle And Sebastian, pour ne nommer que ceux-là.

La carrière solo de Forster n’est ponctuée d’aucun ratage tant son écriture chansonnière lettrée, distinguée et simple à la fois est irréprochable. La dernière parution du bonhomme? The Evangelist en 2008 qui voyait Forster nous proposer deux chansons coécrites avec son comparse McLennan un peu avant son décès: l’émouvante et magnifique Demon Days (on vous met au défi de ne pas verser une petite larme à l’écoute de ce petit bijou) et Let Your Light In, Babe. Le monument australien est de retour cette semaine avec un Songs To Play… 100% Forster!

Sans que ce soit le meilleur album du vétéran, les habitués seront plus qu’heureux de renouer avec ce brillant orfèvre de la chanson. Ce nouvel opus du doyen n’arrive pas à la cheville des albums Warm Nights (1996) et Danger In The Past (1990), mais prêter l’oreille à Robert Forster est toujours un plaisir qui ne se dément pas. Puisque que le musicien est un aficionado de «countrymen» aussi obscur que Guy Clark et le génial Townes Van Zandt, on retrouve l’artiste en mode folk rock coutumier. Deux guitares, une batterie, une basse, une violoniste-choriste, la voix singulière de Forster et ses textes bourrés de références littéraires suffisent à faire le travail.

Pour bien apprécier l’oeuvre de Robert Forster, il faut aimer la forme chansonnière dans sa plus pure expression, l’homme n’étant pas un adepte d’esbroufe… quoiqu’une certaine surprise sonore nous attendait à l’écoute d’A Poet Walks qui met en valeur un subtil alliage de trompette, violon et piano; la pièce la plus orchestrée de ce disque, il va sans dire.

Parmi les autres instants valables de ce Songs To Play, on a apprécié la superbe Songwriters On The Run (un hommage à tous ces faiseurs de chansons qui évoluent dans l’ombre), la frémissante And I Knew, le petit penchant «bossa-nova» entendu dans Love Is Where It Is et le crescendo final extatique (du moins pour Forster) incluant un «what we had» répété ad nauseam dans l’excellente Disaster In Motion. Pas de Demon Days, ni de Warm Nights au programme, mais Forster livre encore une fois la marchandise, pour qui aime le genre.

Songs To Play s’adresse clairement à un auditoire adulte… mais pas nécessairement celui qui ne se peut plus devant notre Céline nationale. Cette production est destinée au mélomane cultivé (un peu snobinard, disons-le) qui affectionne les textes bien ficelés et la chanson raffinée. Pas un grand cru de la part du vieux routier, mais c’est encore une fois fort potable!

Ma note: 7/10

Robert Forster
Songs To Play
Tapete Records
40 minutes

http://www.robertforster.net

Le Festival en chanson de Petite-Vallée 2015

NouveaulogopvalleeUne fois par année plusieurs jeunes musiciens et quelques artistes accomplis font le voyage jusqu’à ce village de 150 habitants en Gaspésie. Petit îlot de bonheur au bord du golfe naissant, le Théâtre de la Vieille Forge accueille une bonne partie des spectacles alors que l’église du village voisin de Cloridorme sert de lieu aux événements de plus grande envergure.

Mais Petite-Vallée, ce n’est pas à la porte! Les yeux encore cimentés, notre petite délégation journalistique avait rendez-vous aux aurores pour attaquer les onze heures de route qui se dressaient devant nous. Mais la route en vaut la peine. À notre arrivée, le spectacle époustouflant qui s’offrait à nous valait bien quelques heures de confinement dans un minibus.

Passons aux choses sérieuses, le voulez-vous? Musicalement, qu’est-ce qui s’est passé là-bas? Tout s’est amorcé avec l’un des arrimeurs (j’y reviendrai plus tard), Yann Perreau, qui nous offrait un spectacle solo au piano dans lequel il en a profité pour partager plusieurs anecdotes, histoires, chansons et rires. Après une Conduis-moi et une Pays d’où je viens habilement réussie, il nous a balancé Le bruit des bottes incroyablement puissante en version piano-voix. Le grand enfant a continué en nous récitant Je danse de Jean-Paul Daoust digne du dandy poète.

En soirée, c’est l’éclaté jazzman Ben Paradis qui venait divertir les spectateurs présents au Théâtre. Voyageant à travers son répertoire, il a collectionné les sourires grâce à la chanson Fuck le rêve tirée de son album T’as-tu toute? Lâche pas la patate et Camping nous ont offert aussi de très beaux moments alors que Mehdi a ravi la foule. C’était un retour réussi pour ce lauréat interprète du concours en 2004.

Samedi, c’était au tour de David Goudreault de nous faire découvrir son slam agile et rythmé en plein après-midi. En plus de maîtriser son débit avec une habileté remarquable, celui-ci sait construire des images limpides à l’aide de ses mots. Son texte sur Sol est tout simplement magnifique et valait à lui seul le déplacement. Puis, c’est le Marseillais Nevché qui est venu se présenter puis conquérir le public du Théâtre de la vieille forge. Il a rapidement mis les spectateurs dans sa petite poche et nous a livré ses pièces qui oscillent entre slam et rock, mais qui contiennent toujours une bonne dose de charisme.

Au menu en soirée, nous avions droit à un spectacle de Kevin Parent qui se retrouvait en territoire connu puisqu’il est originaire de la baie des Chaleurs. Il a été généreux, tellement qu’en plus de livrer ses succès populaires, il a étiré la sauce un bon quarante-cinq minutes de plus. C’est Alexandre Désilets qui a dû en payer les frais, son spectacle commençant avec une bonne heure de retard. L’Église de Cloridorme, bondée pour l’occasion s’est transformé en grande messe que le chanteur Gaspésien a menée d’une main de maître. Par la suite, c’est Désilets qui a repris le flambeau à la vieille forge avec un spectacle à l’image de Fancy Ghetto: dansant, accrocheur et très dynamique. À voir les nombreux popotins qui brassaient autant qu’une Whirlpool mal balancée, il semble avoir conquis les fêtards. Parmi ses coups les plus réussis? Bas-toi mon cœur était particulièrement captivante alors que Renégat a frappé dans le mille.

Dimanche, l’inquiétante Salomé Leclerc venait faire son tour, accompagnée de ses mâles barbus (Philippe Brault et José Major) et celui qui l’est moins (Benoît Rocheleau). Un groupe qui ferait rougir de jalousie bien des artistes. La jeune femme a donné une excellente performance ponctuée d’un nombre incalculable de sourires et de riffs bruyants. Ses chansons laissent plus de place au rock sur scène et mes tympans amochés par les années de lourde distorsion étaient tout à fait ravis. En plus des chansons de 27 fois l’aurore, dont l’excellente Arlon, elle nous a fait sa convaincante version de 20 ans de Léo Ferré et une nouvelle vieille chanson qu’elle avait déjà jouée quelques fois en spectacle: Sur moi la glace qui est tout simplement fabuleuse. Une autre artiste qui est passée par Petite-Vallée avant de s’établir en tant qu’une des meilleures jeunes auteure-compositrice-interprète.

En soirée, Alexandre Belliard et son projet Légendes d’un peuple ont pris la scène. Épaulé pour quelques chansons par Daniel Boucher, Salomé Leclerc, Yann Perreau et Alexandre Désilets, le jeune homme a réaffirmé l’importance de ce projet qui remet de l’avant certains pans oubliés de notre histoire collective québécoise. Si musicalement, ce n’est pas notre tasse de thé au Canal Auditif, on peut dire par contre que le projet est tout à fait nécessaire et louable.

Mais bon, le Festival en chanson de Petite-Vallée est aussi une vitrine de choix pour les artistes qui participent aux différents camps professionnels. D’un côté, nous avions les «chansonneurs» qui sont accompagné par Yann Perreau et Marie-Claire Séguin. On est en présence de jeunes artistes qui visent la carrière professionnelle. L’accompagnement par des artistes établis est vital et permet de passer un peu de leur sagesse sans que cela devienne trop scolaire d’où le terme «arrimeur» pour qualifier les paires qui les accompagnent. Parmi les jeunes loups se trouvait Émile Bilodeau qui a terminé troisième aux Francouvertes ainsi que le Sarah Olivier Trio directement débarqué de France qui valait particulièrement le détour. Ce trio de jazz est mené par une jeune femme théâtrale, confiante, exubérante et franchement rafraîchissante. On sentait que ceux-ci avaient une proposition artistique bien plus aboutie.

Du côté des auteurs-compositeurs, quatre artistes étaient suivis par le coloré Bori et le passionné Daniel Boucher qui les amènent à créer des chansons pour et en compagnie des «chansonneurs». On les pousse à sortir de leur zone de confort pour explorer de nouvelles avenues créatrices. Le dernier volet, Les rencontres qui chantent, est une résidence de création composée de douze artistes de la relève qui se rejoignent et créent de nouvelles œuvres sous l’œil bienveillant de Gaële et Guillaume Arseneault. Ceux-ci sont choisis parmi la francophonie mondiale ce qui a amené Nevché de France, Paul Cournoyer d’Edmonton autant qu’Oli Laroche de Montréal. Le résultat était tout à fait éclectique et réussi. Entre la pièce appréciable de Bouridane, Mademoiselle Philippe et ses compositions lubriques et Éric John Kaiser qui a écrit un vibrant hommage à Petite-Vallée, on n’avait pas le temps de s’ennuyer.

Il faut rappeler l’importance de ce genre d’opportunités pour de jeunes artistes. À Petite-Vallée, ils sont isolés de leur vie quotidienne et n’ont pas d’autres choix que de se concentrer sur la musique. Cela donne des ateliers intensifs. Tout cela est réalisable grâce des passionnés qui année après année doivent remuer mer et monde pour trouver le financement nécessaire pour la survie de l’événement. Il n’y a pas si longtemps Alan Côté, le directeur du festival avait avoué au collègue Philippe Papineau que le déficit accumulé les dernières années atteignait maintenant 275 000 $. Il est plus nécessaire que jamais de soutenir ce genre d’initiative qui forme les artistes de demain, mais surtout qui assure la passation de la culture québécoise d’un créateur à l’autre. Un peuple en santé est un peuple avec une culture vivante et cela prend des efforts gouvernementaux. À cette époque où l’économie semble être la seule préoccupation, il faudrait peut-être se rappeler que la culture est le ciment qui lie les gens. De plus, la portion «festival» est une occasion unique pour la communauté gaspésienne d’être en contact avec les artistes et d’assister aux spectacles.

On nous a fait découvrir aussi le parc Forillon et voici 5 faits marquants lors de la visite en compagnie des experts de Parcs Canada:

1. La Gaspésie a été fortifiée pendant la Deuxième Guerre mondiale puisque des sous-marins nazis coulaient les bateaux à l’entrée du St-Laurent. Pour ce faire, ils attendaient la nuit et lorsqu’un bateau passait devant les lumières d’un village, ils les torpillaient. Des vestiges sont encore présents, dont un gros canon qui vise le Golfe.

2. Félix Leclerc semblait avoir une «amie» bien spéciale en Gaspésie. Sacré Félix!

3. J’ai vu une maman ourse avec ses petits. C’était ben cute.

4. J’ai chanté des chansons à répondre plutôt vulgaires ce qui m’a fait comprendre que même dans les années 20, les gens étaient très au courant de la notion de «coït».

5. La mer c’est une des plus belles choses qui existe. On devrait la visiter plus souvent.

Bref, la Gaspésie m’a très bien accueillie, je me suis fait de nouveaux amis, on a ri aux larmes et surtout j’ai eu la chance d’assister à un festival unique qui, en ces jours où la culture semble se résumer aux feuilletons présentés à TVA, est d’autant plus important. L’année prochaine, va donc fêter la fête du Canada en Gaspésie. Tu ne le regretteras pas, parole de scout!

http://www.villageenchanson.com/festival/