Swans - The Glowing Man - Le Canal Auditif

Swans – The Glowing Man

SwansCeux qui me lisent régulièrement savent à quel point je suis constamment déçu du manque d’ambition artistique d’une majorité de formations rock de tout acabit. Ce genre musical fait du surplace depuis au moins une bonne vingtaine d’années (sinon plus!). La plupart du temps, on y entend des groupes se contentant de revamper le passé en faisant croire à la jeune génération que leurs créations réinventent la roue. Mais le rock et l’industrie de la musique ont une excuse fort valable pour se déculpabiliser: le marketing a remporté la victoire sur tous les fronts, et ce, dans de nombreux domaines. Au point où nous sommes tous devenus incapables de faire la différence en l’art et le divertissement.

Il y a bien eu quelques exceptions. Je pense rapidement à OK Computer de Radiohead (1997), création suivie des virages électro-rock effectués par la bande à Thom Yorke, Kid A (2000) et Amnesiac (2001). Des oeuvres aussi rassembleuses que pertinentes. Néanmoins, dans ce que je pourrais qualifier «d’œuvre d’art rock pure et dure», je n’ai rien trouvé de vraiment transcendant à me mettre dans les oreilles au cours des 15 dernières années… à part le retour sur disque de Swans.

En 2010, le chaman/chef-d’orchestre, Michael Gira, reforme le groupe et fait paraître My Father Will Guide Me Up A Rope To The Sky; superbe entrée en matière qui mettait la table pour la suite des choses. En 2012, Swans catapulte The Seer; c’est l’apogée et premier chef-d’œuvre d’une trilogie en élaboration. 2014? C’est To Be Kind qui est révélé. Et jamais, je n’aurais cru que Gira serait en mesure de produire un disque aussi génial, sinon plus, que The Seer.

Vendredi dernier, Swans était de retour avec The Glowing Man, album qui constituera probablement le chant du cygne de la formation, du moins sous sa mouture actuelle. Réglons tout de suite une chose: The Seer, To Be Kind et The Glowing Man sont indissociables. Pour moi, ces trois productions doivent être perçues comme une seule et même œuvre; une trilogie dont le point culminant est le tout dernier chapitre. Donc, le lien sonore est le même que sur les deux précédents efforts. On passe encore une fois de la contemplation à la férocité d’un avion supersonique au son assourdissant.

Sur ce nouvel album, on peut classifier les créations de Swans en deux catégories bien distinctes: des pièces fleuves cathartiques (Cloud Of Forgetting, Frankie M et la sublime The Glowing Man) et d’autres plus succinctes, mais aussi salvatrices, tels que People Like Us, When Will I Return et Finally Peace qui conclut ce disque de manière totalement émouvante.

Mon verdict? Pour être franc avec vous chers lecteurs adorés, je n’ai jamais entendu un groupe prendre le rock à bout de bras et le parachuter à un niveau artistique aussi remarquable. Et je prends le pari que dans 10, 20 ou même 30 ans, on célébrera ce triplé qui sera considéré comme un des moments forts de l’histoire du rock.

Évidemment, l’auditeur est de nouveau poussé dans ses derniers retranchements, même si ça me semble plus posé et recherché que sur The Seer et To Be Kind. L’équilibre entre les instants méditatifs et ceux que je qualifierais de «marteaux-piqueurs» est tout simplement parfait. Encore une fois, les crescendos sont chirurgicaux! De toute ma vie de mélomane, je n’ai jamais entendu des montées dramatiques aussi précises, aussi minutieuses et aussi prenantes. Swans est un groupe patient, sournois qui confectionne un rock aussi éblouissant qu’oppressant, ancré dans une époque particulièrement anxiogène… la nôtre. Peu de groupes ont réussi à osciller entre beauté et violence avec autant de panache. Avec ces trois disques, Swans m’a réconcilié avec le rock. Tout simplement.

Et au moment même, où certains envieux auraient envie de critiquer la répétitivité de certains mantras sonores, Gira a eu la brillante idée de mettre un terme à l’aventure, sous cette forme à tout le moins. Voilà qui vient clore le bec aux détracteurs qui pourraient chercher des pouls à la démarche artistique de Swans.

Michael Gira est âgé de 62 ans. À son âge, on n’en a plus rien à cirer de ce que les autres pensent. La plupart de ces vénérables musiciens préfèrent s’asseoir sur leurs lauriers et se contentent de promouvoir sans grand enthousiasme leur patrimoine musical. Gira ne fait pas partie de ceux-là. Il ne fait qu’à sa tête, repousse ses propres limites et nous escorte dans des sentiers qu’il a lui-même balisés. Je ne peux que saluer bien bas ce grand artiste. Un vrai de vrai.

Ma note? J’ai eu envie d’attribuer une note parfaite à ce disque, mais puisque certains passages ressemblent parfois à ce qui a été conçu sur The Seer et To Be Kind, je vais me garder une petite gêne… et mon acolyte, LP Labrèche, pour qui la musique de Swans est une source inépuisable d’angoisse, ne me le pardonnerait pas!

Ma note: 9/10

Swans
The Glowing Man
Young God Records
118 minutes

https://www.facebook.com/SwansOfficial

Commentaires

  1. Jc a écrit : :

    Même si j’ai apprécié les disques sortis par Gira dans la dernière évolution de la formation Swans, The Glowing Man les surpasse tous de très loin. Ce disque est monstrueux, il n’y a rien de semblable dans l’intensité, la puissance, la maitrise des ambiances et des montées en puissance des morceaux qui composent l’album.
    Un disque majeur et une formation qui l’était tout autant en live …

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