Rock Archives - Le Canal Auditif

Critique : Surfer Blood – Snowdonia

Quelques temps après 1000 Palms, paru en 2015, les surfeurs de la Floride prennent la vague (petit jeu de mots ici) pour venir nous proposer un quatrième opus titré Snowdonia, sous Joyful Noise Recordings. Les voici avec un album rock bien exécuté, qui ne réinventera peut-être pas la roue… mais qui reste en soi, un projet efficace et mature. Explications.

Snowdonia débute avec Matter Of Time. Cette chanson lève avec des motifs de guitares plutôt dynamiques et colorés. Déjà en partant, on est en terrain connu. On reconnaît ces envolées lyriques mélodiques de la formation et ces répétitions du refrain qui laissent croire qu’on veut amplifier les paroles de la pièce. Le tout mené par la voix de John Paul Pitts (et qui est aussi le meneur de jeu). On poursuit avec Frozen. Tout au long de ses quatre minutes, le titre nous transporte sous le soleil de la Floride avec des montées musicales plutôt bien rodées et des batteries qui dictent le rythme avec brio. Honnêtement, ça reste du très bon Surfer Blood. La lancée se continue sur Dino Jay. L’auditeur entend un côté légèrement plus pop que les titres précédents où s’accumulent les solos de guitare bien intéressants qui sortent des sentiers battus.

On note que sur Six Flags in F or G, on prend nettement une plus grosse prise de risque. Pendant près de cinq minutes, les Surfer Blood se lancent dans un côté rock un peu plus expérimental (et psychotique)… avec un côté lancinant plus sexy. C’est à ce moment qu’on constate l’innovation et le côté mature de Snowdonia. On est moins dans la « pièce à gogo ». On tente de se reformuler, de se structurer et de mettre des balises et des limites à la chanson. C’est donc tellement plus précis! La bande de Floridiens continue de sortir de leur zone de confort avec Taking Care Of Eddy. Un titre complètement disjoncté avec des guitares psychédéliques et des tambours déchaînés. Un peu plus courte, la chanson nous étonne beaucoup et renvoie directement à une nouvelle démarche artistique du groupe. Cela résulte par des chansons plus pétillantes et inspirantes.

Avec Snowdonia, Surfer Blood nous invite à prendre part à une toute nouvelle aventure qui ne déplaît pas du tout aux oreilles. On aime ce changement de cap. Et on leur souhaite d’aller encore plus loin dans les prochains disques. Chaud devant.

Ma note: 7/10

Surfer Blood
Snowdonia
Joyful Noise
38 minutes

https://www.surferblood.com/

Critique : Elbow – Little Fictions

Le groupe a vieilli et s’est assagi. Il s’est déchiré et s’est reconstruit. Puis, a finalement repris le chemin musical. Les deux dernières années n’ont pas été faciles pour Elbow, qui nous arrive en février avec ce Little Fictions. Septième album d’une discographie sans taches, ce disque suit le chemin tracé par son prédécesseur (The Take Off And Landing Of Everything) en incorporant encore – un peu – des éléments électros doux, légers, à une sonorité résolument rock-adulte.

Enregistré lors d’une période mouvementée pour la formation anglaise – départ douloureux du batteur et membre fondateur Richard Jupp; mariage heureux du chanteur – et pour l’ensemble des habitants du Royaume-Uni – mort de David Bowie; sortie fracassante de l’Union européenne (Brexit) –, on aurait pu craindre que ce nouvel opus manque d’air sur le plan de la construction musicale. Mais on écoute Little Fictions et on se rassure : l’essence même d’Elbow est intacte, malgré l’absence du spécialiste des percussions. Certes, le vernis manque un peu d’éclat à certains endroits – principalement au centre de la tablette de 10 pièces –, mais, dans l’ensemble, voilà une autre offre « elbowienne » brillante. Les gars ont de l’expérience et cela s’entend.

En ouverture, la pièce Magnificent (She Says) permet de renouer avec la voix chorale de Guy Garvey. Entourée de violons, elle prend son envol dans la première minute de cette composition et restera céleste tout au long de ce disque, se posant seulement 50 minutes plus tard, sur le tarmac de la chanson dénudée Kindling. La vocalise sans reproche de Garvey est ainsi mise de l’avant une énième fois dans la musicalité préconisée par le groupe. Et pour cause : puissante, claire, limpide, précise – elle fait penser à Peter Gabriel par moment – audible et répétitive, elle favorise la compréhension du message et du verbe. Chez Elbow, elle est l’outil parfait du message à transmettre, des mots à échanger avec les auditeurs.

Et que disent-ils, ces mots? Ils parlent d’amour. L’amour recherché, l’amour perdu, l’amour de son prochain, l’amour qui fait mal, l’amour de l’Homme, avec un grand H, le tout dans une dictée recherchée et harmonisée à la sonorité.

« I just don’t trust the sun to rise
When I can’t see your eyes
You’re my reason for breathing»
– refrain de Trust The Sun

« We protect our little fictions
When we bow to fear
Little wilderness mementos
But there’s only you and me here»
– la chanson titre Little Fictions

Musicalement, Elbow voit les instruments comme des accompagnateurs. Notes de piano, beat-box, cymbales, guitares (très peu), violon, éléments électros… Tout est mis en œuvre pour accompagner Garvey dans ce nouveau tour de chant. Et c’est encore une fois réussi.

Ma note: 8/10

Elbow
Little Fictions
Polydor
50 minutes

http://elbow.co.uk/

Critique : The Courtneys – II

Le trio de power pop, The Courtneys, revient avec un joli deuxième album, juste à temps pour vous casser la grisaille hivernale. Révélées au public par Tegan and Sara, les trois musiciennes de Vancouver consolident leur son. Teinté par les années 90 et les plages ensoleillées, elles brillent avec II, tout en raffinant leur savoir-faire.

Ce que perd ce deuxième effort en éthique garage-DIY, il gagne grandement en qualité de composition et d’exécution. Ce qui ne veut pas dire que son prédécesseur n’était pas bien ficelé, loin de là! Cependant. l’écart entre les très bonnes chansons et les ordinaires accélérait l’expérience d’écoute : on sautait des morceaux pour retourner aux superbes 90210 ou Nu Sundae. Ici, c’est plus cohérent et mieux équilibré. Tout comme la livraison des trois Courtneys : leurs voix s’agencent plus harmonieusement les unes aux autres et à leur « grunge artisanal » référencé.

Justement, parlons-en de références! Les Courtneys manœuvrent dans le sillon tracé par Teenage Fanclub et emprunte à Pavement pour le petit côté slacker. Vous aurez compris aussi qu’en choisissant un tel nom, les filles comptent dans leur besace d’influence Hole. Ce serait cependant davantage pour le sens du « hook » que pour le côté rageur.

Silver Velvet en lever de rideau, Lost Boys, Minnesota et Iron Deficiency comptent parmi les meilleurs moments de ce deuxième disque honnête, court et sans artifices. À noter aussi l’excellente reprise de Mars Attacks, parue sous forme de simple, un an après le premier LP, en 2014. Un bon album donc, couplé à une vaste tournée, voila qui devrait contribuer à l’ascension des Courtneys.

MA NOTE: 7,5/10

The Courtneys
II
Flying Nun Records
38 minutes

https://thecourtneys.bandcamp.com/album/ii

Critique : The Raveonettes – Atomized 2016

Depuis 2001, le duo danois ne cesse de faire paraître des albums de qualité. Malgré le fait que Sune Rose Wagner (guitare/chant) et Sharin Foo (basse/chant) ont souvent tendance à demeurer dans leur zone de confort, la carrière du groupe détient beaucoup plus de bons coups que de mauvais. Je vous conseille fortement les Chain Gang of Love, Pretty in Black et Lust Lust Lust, sans contredit les trois joyaux de leur discographie.

Avec les Raveonettes, on sait toujours à quoi s’attendre : un rock un brin vaporeux aux ascendants surf et shoegaze, mélodiquement accrocheur, mettant de l’avant l’utilisation de boîtes à rythmes. En 2014 paraissait l’excellent PE’AHI qui voyait le tandem effectuer un retour à un son plus abrasif… ce qui a bien sûr grandement plu à l’auteur de ces lignes.

Cette fois-ci, les Danois sont de retour avec une compilation rassemblant les douze chansons qu’ils ont composées pour le Rave-Sound-Of-The-Month. Comme le nom l’indique, ils s’agissaient pour eux de créer une pièce par mois, sans aucune contrainte artistique et commerciale. Et le résultat est rassemblé sur ce 2016 Atomized.

Et ça donne quoi? Ça donne un bon disque des Raveonettes sans que ce soit totalement enthousiasmant. Avec une certaine surprise, ces chansons sonnent parfaitement « Raveonettes ». Alors que la paire aurait pu en profiter pour élargir leurs horizons créatifs en triturant la structure familière de leurs chansons et en poussant plus loin l’expérimentation, Wagner et Foo ont préféré s’en tenir que ce qu’ils savent faire de mieux : de bonnes et simples chansons.

Il y a bien la conclusive PENDEJO qui ressort du lot avec ses douze minutes instrumentales qui alternent entre des moments que l’on pourrait qualifier de grandioses et d’autres influencés par l’esthétique gothique « à la Bauhaus », mais ce soubresaut singulier demeure là aussi dans une certaine zone de confort.

Évidemment, le talent mélodique des Raveonettes est toujours convenable et quelques chansons atteignent la cible. Je pense aux surf rock synthétiques EXCUSES et Junko Ozawa, la ballade à tempo moyen titrée Where Are Your Wild Horses?, la valse mélancolique A Good Fight et la totalement éthérée Fast Food (magnifique déflagration de guitare en conclusion). J’ai moins aimé l’influence caribéenne, celle-ci évoquée dans Choke On Love; un essai peu concluant à mon humble avis.

Les fanatiques de noise-pop sauront apprécier ce disque, même si pour ma part, je classe cet album dans la catégorie « c’est du pareil au même », mais ça demeure « du pareil au même » bien foutue. Néanmoins, j’aurais préféré une prise de risque plus accrue compte tenu de la liberté octroyée par le projet Rave-Sound-Of-The-Month.

Ma note: 6,5/10

The Raveonettes
2016 Atomized
Beat Dies Records
46 minutes

http://www.theraveonettes.com/

Critique : Tim Darcy – Saturday Night

Principalement connu pour son rôle de chanteur et guitariste du groupe post-punk Ought, Tim Darcy ne cesse de multiplier les projets parallèles depuis quelque temps. Après sa collaboration avec Charlotte Cornfield et un album franchement bizarroïde avec l’improvisatrice sonore Andrea-Jane Cornell, le voici qui arrive avec un premier disque solo, Saturday Night, aux accents folk-rock et americana.

La voix de Darcy, avec son côté un peu désinvolte à la David Byrne, est bien sûr un des principaux éléments caractéristiques du rock fiévreux et engagé d’Ought. Mais elle s’exprime ici avec un peu plus de liberté, explorant des contrées que le chanteur d’origine américaine, mais Montréalais d’adoption ne pourrait pas se permettre avec son groupe. On le découvre en folk-garage sur la chanson Tall Glass of Water, en country sur Joan Pt 1, 2 et même en crooner sur Still Waking Up, sans oublier son versant sombre sur la balade mystérieuse What’d You Released?

Les pièces de Saturday Night ont été enregistrées sur une période de six mois qui a coïncidé avec les séances de Sun Coming Down, le deuxième album d’Ought sorti en 2015. Musicalement, les deux projets s’abreuvent à des influences différentes, même si l’on reconnaît les guitares dissonantes et la pulsation lourde d’Ought sur la pièce-titre. Le plus grand contraste réside dans le ton, moins pessimiste ici, ce qui donne des rythmiques plus légères, presque dansantes. Le son est volontairement sale, granuleux, et semble sorti d’une autre époque. On pense au Velvet Underground pour le folk lo-fi et à Syd Barrett pour l’esthétique brouillonne…

La poésie de Darcy, elle, demeure énigmatique. Sur Tall Glass of Water, il se fait philosophe en interrogeant l’auditeur :

« If at the end of the river
There is more river
Would you dare to swim again?
– Tall Glass of Water »

Puis, il y répond par l’affirmative. Plusieurs des textes de l’album semblent d’ailleurs traversés par cette thématique de l’eau et d’un courant intérieur qui coulerait en nous, sur lequel nous n’avons pas toujours de prise. Le ton est plus personnel que chez Ought, moins engagé.

S’il faut en croire le communiqué de presse accompagnant la sortie de l’album, les chansons de Saturday Night ont été écrites sur plusieurs années et il aura presque fallu convaincre Darcy de la pertinence de les enregistrer. Il en résulte parfois certaines ruptures de style entre les chansons plus abrasives, comme l’instrumentale First Final Days, et les balades acoustiques à la Found My Limit. Choix conscient ou non, les titres accrocheurs se retrouvent en début de disque, alors que la face B est plus expérimentale, avec pour fil conducteur une ambiance intimiste.

Si les amateurs d’Ought n’avaient pas à être convaincus du talent de Darcy, on en découvre ici toute l’étendue, avec une force et une maturité étonnante pour un auteur-compositeur de cet âge. Saturday Night se révèle être un album intemporel qui réussit à faire le pont entre la poésie romantique d’un Morrissey et les guitares rutilantes des Strokes. Une des plus belles propositions en ce début d’année…

Ma note: 8/10

Tim Darcy
Saturday Night
Jagjaguwar
36 minutes

https://www.facebook.com/timdarcymusic/