Critiques

The Weather Station

How Is It That I Should Look at the Stars

  • Fat Possum Records / Next Door Records
  • 2022
  • 33 minutes
8
Le meilleur de lca

Tamara Lindeman, alias The Weather Station, a reçu une série d’accolades en 2021 avec son album Ignorance, qui s’est retrouvé sur de nombreux tops de fin d’année en plus d’être retenu sur la courte liste du prix Polaris. À peine un an plus tard, elle lance How Is It That I Should Look at the Stars, un disque résolument plus intimiste dont les chansons sont issues du même cycle créatif que son prédécesseur.

Sur Ignorance, Lindeman avait carrément réinventé sa méthode de travail, délaissant l’esthétique davantage indie folk de ses premiers albums pour enrober ses chansons d’arrangements élaborés, à grand renfort de cordes et de cuivres. Personnellement, j’avais applaudi ce virage, qui me semblait renforcer le pouvoir des textes, centrés sur des enjeux tels les changements climatiques et les inégalités sociales.

À priori, on peut penser qu’elle prend le chemin inverse sur How Is It That I Should Look at the Stars, qui revient à un style épuré où la voix est à l’avant-plan, avec le piano comme maître d’œuvre de ces nouvelles ballades douces et mélancoliques. Cela dit, l’artiste torontoise a une fois de plus pu compter sur la collaboration de musiciens chevronnés comme Karen Ng au saxophone et à la clarinette et Christine Bougie à la guitare lap steel, qui donnent une petite couleur jazzy à ce nouvel album. La grande différence se situe au niveau de la batterie et des percussions, qui jouaient un rôle majeur sur Ignorance, mais qui se retrouvent ici sur les lignes de côté.

Lindeman a elle-même décrit ces dix nouvelles chansons de « simples, pures, presque naïves ». Je ne sais pas pour la naïveté (les thèmes abordés sont plus personnels, mais pas nécessairement plus jojo que sur Ignorance), mais il s’en dégage effectivement une belle pureté, surtout grâce à l’interprétation toute en retenue de Lindeman et de ses compagnons. L’album a été enregistré presque live en trois jours, et ça s’entend. Les musiciens semblent en parfaite communion les uns avec les autres, et on peut très bien les imaginer jouant en formule réduite dans un studio minuscule.

C’est d’ailleurs la principale force de How Is It That I Should Look at the Stars : cette spontanéité dans la livraison et la sincérité aussi dans l’interprétation. La performance vocale de Lindeman vaut à elle seule l’écoute. On a l’impression qu’elle nous chante ces ballades à l’oreille, jouant avec aisance sur les registres plus grave et plus aigu, et adoptant parfois un ton presque parlé comme si elle nous racontait une histoire. C’est notamment le cas sur Endless Time, une des plus belles pièces du lot.

L’influence de Joni Mitchell se fait parfois sentir, notamment dans les harmonies et dans cette façon de jouer librement avec le tempo, ce qui rappelle particulièrement l’album Blue. Sur Talk About, très beau duo avec Ryan Driver, elle laisse les paroles dicter les silences et les espaces. La suivante Stars se situe dans le même esprit, avec Lindeman qui se souvient de son enfance lorsqu’elle observait le ciel.

Étant donné le style et l’approche, il peut se créer une légère forme de redondance au fil de l’écoute, surtout en deuxième moitié. C’est là que l’instrumentation joue un rôle crucial. La puissante Taught sort du lot grâce au solo de saxophone de Karen Ng, tandis que Sleight of Hand (autre duo avec Ryan Driver) bénéficie d’une esthétique un peu country-folk grâce à la guitare électrique de Christine Bougie.

Au final, How Is It That I Should Look at the Stars se révèle effectivement comme le parfait complément à Ignorance, même s’il n’en a peut-être pas la même puissance dans le propos. C’est évidemment un peu injuste de comparer les deux albums, étant donné que l’intention derrière chacun d’eux est totalement différente, mais c’est la game. La vérité, c’est que l’un ne saurait vivre sans l’autre désormais.