Festival en chanson de Petite-Vallée 2026 | La marée du Forgeron II — En coulisse de la création
Tel le plus fripon des journalistes, je me suis dirigé vers le Théâtre Alphonse-Desjardins pour observer les dessous de la création de la deuxième marée du Forgeron. Reportage de terrain, fascination pour le talent de ces musiciens et célébration de la jeunesse sont au menu dans cet article.
Photos par Alexanne Brisson
Ce n’est pas la première fois que je mets les pieds au Théâtre Alphonse-Desjardins, mais c’est la première fois quand le soleil est sorti. En rentrant dans le théâtre, dont la partie avant est entièrement vitrée, je suis saisi par le soleil qui brille comme dans un temple. La gang de Diffusion Hector-Charland, qui s’occupe de la salle, voit immédiatement mes yeux qui s’illuminent de tant de clarté. Puis, il y a Patrice Michaud qui passe, en t-shirt, un café à la main avec un grand sourire de Gaspésien. Après de brèves salutations, je m’assois avec Alan Côté, grand manitou du Festival en chanson de Petite-Vallée, pour parler de cette deuxième édition.

Alan Côté explique que : « Il y a 5-6 nouvelles tounes. On a fait de la place des jeunes artistes. L’an passé, il y avait juste Jeanne (Côté) qui était chantée par Michel Rivard. Et là, cette année, on chante une chanson de chacun des jeunes artistes. Ils sont mixés, ils chantent leur toune, mais pas tout seul. Jeanne (Côté) est avec Pierre Flynn. Raphaël (Velours Velours) est avec Patrice Michaud. Sandrine (Masse) est avec Daniel Boucher. Puis Luan (Larobina) est avec Marie-Pierre (Arthur) puis Klô Pelgag. »
Patrice Michaud s’en réjouit aussi : « Il y a des nouvelles tounes, puis à chaque fois, on se dit : ah! Je pourrais embarquer là-dessus! Mais c’est ça, c’est le fun à faire. On rit comme des fous. C’est un beau show. C’est très humain, puis c’est un plaisir d’être là encore. »
Une nouvelle marée, avec un peu de vieux
Dans la marée, on retrouve des arrangements qui ont été créés l’an passé. On se rappelle encore Daniel Boucher, qui chante Comme des rames de Klô Pelgag ou encore le Bonne journée de Philippe Brach entamé avec un côté taquin par tous et toutes. Bien que le cœur du projet est resté le même dans son essence, tout le monde est de retour à l’exception de Michel Rivard qui cède sa place à Pierre Flynn, il y a tout de même du nouveau qui pousse dans tout ça. Depuis, la dernière fois, tous les jeunes artistes ont fait un bout de chemin de plus, notamment Luan Larobina, qui vient tout juste de remporter les Francouvertes.
L’arrivée de Pierre Flynn, qui a un long historique avec le Festival en chanson de Petite-Vallée, entraîne de la nouveauté. Ça commence avec Capitaine, Ô Capitaine, tirée de l’album Sur la Terre, paru en 2015, qui est chanté par Flynn, mais sur laquelle le reste de la troupe le rejoint pour le refrain. Difficile de rester indifférent devant un chœur aussi puissant. Même Pierre Flynn semblait ne pas y croire alors qu’il se retournait pendant que la bande le répétait sur scène. Flynn remplace aussi Michel Rivard sur Il peut mouiller de Jeanne Côté. Le duo était différent, mais toujours aussi intéressant pendant la répétition.

Ce n’est pas la seule chanson qu’on y entendra, il y a aussi le Call du Moose, une fausse chanson composée par Antoine Graton et Manuel Gasse il y a une vingtaine d’années, quand Pierre Flynn était le passeur du festival. Chaque année, nous avons droit aux blagues de Gasse en partant des univers des artistes, mais un rappel d’une pièce parodique, ça, c’est une première. Alan Côté rit en m’en parlant. Malgré les années qui passent, une chose qui ne quitte pas le directeur du festival, c’est le plaisir qui accompagne la création : « La moitié du public n’était pas là à l’époque. Surtout qu’on la fait dans la grande salle. On était à Grande-Vallée à l’époque. Il y avait peut-être 300 personnes. On va être au chapiteau à Petite-Vallée cette fois-ci. On attend au moins 500-600 personnes, tu sais. Ça va être débile. Quand même! »
Badineries et virtuosité
Alan Côté m’a raconté avant la répétition à quel point la gang de chanteuses est incroyable. Marie-Pierre Arthur, Klô Pelgag, Jeanne Côté, Sandrine Masse, Lana Carbonneau et Luan Larobina sont en plein contrôle de leur instrument et ça donne des moments où elles placent des harmonies complexes comme si c’était un rien. Il faut dire que ces exploits qui se maîtrisent avec des années de pratiques sont entrecoupés de rire, de taquinerie, de Klô Pelgag, qui s’essaye au violon (il y a eu moins d’heures de pratique de ce côté et Daniel Boucher riait de bon cœur pendant que le violon grinçait) et un sentiment de bonhommie généralisé.

Parce que le sentiment familial de l’an passé est renforcé cette année. Les cousins Louis-Jean Cormier et Alan Côté savent bien installer ce genre de sentiment dans un groupe. Et à l’occasion quelqu’un prend son cellulaire pour faire un vidéo destiné à Juan Sebastian, le père de Luan Larobina.
Pendant la répétition, ce qui me marque est la réactivité de chacun des musiciens qui est capable de s’ajuster en deux temps, trois mouvements. Que ce soit Jeanne Côté qui apprend sur le coup qu’elle est censée jouer au piano pour une pièce, que ce soit Louis-Jean Cormier qui revoit un passage de guitare avec Daniel Boucher ou encore Manuel Gasse, qui entre avec basse à un autre moment. Il faut dire que le « groupe maison » composé de Cormier, Boucher, Vincent Carré, Manuel Gasse, Lana Carbonneau et Jean-Sébastien « Ti-Bass » Fournier est particulièrement relevé.
De la demande est des horaires
Si vous étiez parmi les chanceux qui allaient voir cette deuxième marée au Théâtre Alphonse-Desjardins à la fin mai, on vous salue. Si vous aviez envie de la voir, il va falloir faire la route jusqu’à Petite-Vallée parce que ça risque d’être la dernière fois. Il faut dire qu’un projet de la sorte avec dix musiciens qui ont des horaires de Premier-Ministre, ce n’est pas la chose la plus facile à organiser. Alan Côté m’explique qu’il y a eu de la demande, mais même la date d’extra à la fin mai a été compliquée à arranger. Si ce n’était d’une tournée reporté à l’automne de Klô Pelgag à l’automne, ça n’aurait pas pu arriver en mai au Théâtre Alphonse-Desjardins. Heureusement, le changement de date a eu lieu, tout le monde avait deux jours de libres au grand plaisir d’Evelyne Chagnon, qui dirige Diffusion Hector-Charland.
L’autre chose qui est importante à noter, c’est que tous les musiciens ne sont pas non plus établis à Montréal. Patrice Michaud habite en Estrie et Luan Larobina est en Gaspésie (même si elle a passé pas mal de temps à Montréal dernièrement). Heureusement, tout ce beau monde s’est retrouvé et c’est le public qui sera le grand gagnant dans tout ça! En me fiant à la répétition, ça va être tout un show!































*Cet article a été créé en collaboration avec le Festival en chanson de Petite-Vallée.
Crédit photo: Alexanne Brisson