Chroniques

Les albums parfaits des 90s

Jean Leloup — Le Dôme (1996)

Audiogram

Comment décrire l’éclectisme foisonnant de Le Dôme ? Cette œuvre monumentale de la musique populaire québécoise montre Jean Leloup à son meilleur. Aidé par les confrères François Lalonde, Gilles Brisebois et Yves Desrosiers, Leloup n’offre aucune concession, il ose musicalement et textuellement. L’album regroupe plusieurs de ses succès comme EdgarLa ChambreJohnny Go, Faire des enfants et spécialement I Lost My Baby. On ressent tout le malaise de Leloup envers la société qui s’exprime d’une myriade de façons sur Le Dôme. Il y a une recherche sublime et touchante d’un paradis étranger à la souffrance quotidienne. Et cette quête est éternelle. (LP)

Björk — Homogenic (1997)

One Little Indian

Homogenic a marqué un changement stylistique important pour Björk. Combinant des rythmes électroniques à des arrangements somptueux de cordes, elle rend ainsi un vibrant hommage sonore à sa contrée natale : l’Islande. Évoquant à la perfection la nature « volcanique » de son pays, elle glorifie ses chansons avec une approche vocale qui alternent entre cris primitifs, mélodies aériennes et une combinaison inventive de « parler-chanter » inspirée directement d’une méthode de chant traditionnel utilisée par des choristes islandais. Peut-être son meilleur album en carrière. (SD)

IAM — L’École du micro d’argent (1997)

EMI + Delabel + Virgin

Si IAM est l’un des plus grands groupes de rap de la France à ce jour, l’École du micro d’argent est sûrement le meilleur album hip-hop français. Le groupe ne lésine pas sur la poésie pendant que les trames s’inspirent des courants des années 90 qui priment alors aux États-Unis. Sur cette troisième offrande enregistrée exclusivement à New York, Akhenaton, Shurik’n, Kheops, Imhotep, Kephren et Freeman traduisent la réalité de la banlieue et des lendemains sans avenir. Prostitution, crime, dépression et la sombre réalité de l’absence d’espoir pour une jeunesse qui a faim sont autant de sujets traités avec fougue par IAM. Demain, c’est loin est l’une de leurs plus grandes chansons. (LP)

Radiohead — OK Computer (1997)

Parlophone

Co-réalisé par Radiohead eux-mêmes et Nigel Godrich, OK Computer est prophétique de notre mode de vie en ce 21e siècle : consumérisme effréné, isolement émotionnel, narcissisme, etc. Ce chef-d’œuvre, indescriptible et incontestable, a été salué unanimement par tout ce qui gravite autour de l’industrie de la musique. Il est l’un des plus grands albums de tous les temps. L’atmosphère claustrophobe, l’émotivité à fleur de peau, les justes prémonitions de Thom Yorke et la performance exceptionnelle des instrumentistes – Jonny Greenwood en tête de liste – font de OK Computer un album parfait, ou presque. (SD)

Spiritualized — Ladies and Gentlemen We Are Floating in Space (1997)

Dedicated

Le troisième album studio de la formation anglaise est un disque que j’ai approfondi tardivement… et que j’écoute encore aujourd’hui avec un enthousiasme renouvelé. Épaulé par le quartet Balanescu et le London Community Gospel Choir, Jason Pierce écrit, compose, enregistre et réalise ce chef-d’œuvre après avoir vécu une rupture amoureuse très douloureuse. Un disque triste, mais grandiose, bonifié par un classicisme orchestral inégalé. Un phare dans la nuit. (SD)

Boards of Canada — Music Has the Right to Children (1998)

Warp + Skam

Dans la deuxième moitié des années 1990, l’industrie du disque cherchait désespérément le grand espoir commercial du techno; le groupe ou l’artiste qui ferait pour le genre ce que Nirvana avait fait pour le rock sale. De tous les aspirants, Boards of Canada a été le plus incongru, mais aussi celui dont l’impact a été le plus durable. En accordant la priorité aux textures et à l’expressivité plutôt qu’aux rythmes «dansables» , le duo écossais a indiqué une voie à suivre pour ceux qui avaient un penchant pour l’exploration du soundscape et une curiosité pour la technologie. Kid A de Radiohead, notamment, était une réaction aux culs-de-sacs du rock et aux riches possibilités psychédéliques présentées dans Music Has a Right to Children. (MR)

Lauryn Hill — The Miseducation of Lauryn Hill (1998)

Ruffhouse + Columbia

Il est un peu fou de penser que Lauryn Hill n’aura eu qu’un seul album à son actif. Mais quel album! On y retrouve des compositions néo-soul et R&B qui s’inspirent aussi du rap, de la pop et du reggae. C’est une grossesse qui est à l’origine de l’essor créatif de Hill, qui enregistrera l’album au studio Tuff Gong de Bob Marley à Kingston (Jamaïque). Sur cette unique offrande se retrouve une jeune femme face à l’amour et la vie, dont les réflexions sont d’une simplicité et d’une authenticité désarmantes. Plus d’une cinquantaine de chanteurs, musiciens et ingénieurs colorent le disque : D’Angelo, Carlos Santana, Mary J. Blige, entre autres. Ce n’est pas pour rien que The Miseducation of Lauryn Hill aura remporté cinq prix Grammy et qu’il sera introduit dans le registre national de la bibliothèque du Congrès américain. (LP)

Les Colocs — Dehors Novembre (1998)

Le Musicomptoir

Les Colocs est sans doute l’un des groupes les plus influents de l’histoire de la musique au Québec. Dehors Novembre sera l’œuvre ultime du groupe, avant le suicide d’André « Dédé » Fortin. De l’histoire passionnante de Belzébuth au cri de vie qu’est Tout seul, la finesse du récit dépasse l’entendement. S’y retrouve aussi la magistrale et touchante pièce-titre qui raconte les derniers instants de leur premier harmoniciste Patrick Esposito Di Napoli. Cet album a marqué toute une génération de musiciens. (LP)

Massive Attack — Mezzanine (1998)

Circa

Dès sa sortie, Mezzanine fut, et est resté, un classique du trip-hop. Empruntant autant au hip-hop, au dub qu’à l’électro, l’austérité distillée par Robert Del Naja et Daddy G – et par Neil Davidge à la réalisation – constituent une nette cassure comparativement aux atmosphères jazzistiques qui caractérisent les deux premières offrandes du duo. Coup de chapeau à l’interprétation lumineuse d’Elizabeth Fraser (Cocteau Twins) sur le succès Teardrop. Dans une chaîne stéréophonique digne de ce nom, c’est de la bombe. Je vous le certifie. (SD)

Refused — The Shape of Punk To Come (1998)

Burning Heart

Inspiré directement d’un album du jazzman Ornette Coleman (The Shape of Jazz to Come, 1959), The Shape of Punk To Come porte magnifiquement son titre; une provocation qui secoue la tradition du punk hardcore. Incorporant des sonorités expérimentales issues du post-hardcore, du post-punk, de la techno et même du jazz, les Suédois de Refused proposent une relecture totalement réussie de ce genre musical. Le disque inclut aussi des intermèdes politiques bien sentis. C’est une véritable cure de jouvence sonore à laquelle vous serez conviés. Un disque qui dépoussière le punk. (SD)

The Dismemberment Plan — Emergency & I (1999)

DeSoto Records

La grande scène indépendante des années 1980-1990 — nommée alternative, indie ou college rock selon l’époque — était divisée en une multitude de sous-genres codifiés. Emergency & I aurait pu être associé à plusieurs de ces factions, mais l’album était trop accrocheur et ratissait trop large pour être considéré simplement emo, math-rock ou indie. The Dismemberment Plan a été téméraire pendant toute son existence, ce qui donnait sur certains albums des résultats inégaux. Sur Emergency & I par contre, le groupe américain est au sommet de son art. Les pièces sont variées, les refrains sont accrocheurs, les arrangements sont complexes et les textes illustrent parfaitement la fébrilité et le mal de vivre des jeunes adultes de son époque. (MR)

The Flaming Lips — The Soft Bulletin (1999)

Warner Bros Records

À sa sortie, le neuvième disque des Flaming Lips a été encensé par la critique, qui snobait jusqu’ici le rock lourdaud que le groupe proposait. À l’aide d’orchestrations quasi symphoniques, de rythmes électroniques, de mélodies accrocheuses, et de compositions inspirées par le rock progressif des années 70, cet album a permis aux Lips de séduire un nouveau public. Considéré par plusieurs mélomanes comme le Pet Sounds (Beach Boys) des années 90, The Soft Bulletin est le chef-d’œuvre incontesté des « Fearless Freaks ». (SD)

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