Kelly Lee Owens Archives - Le Canal Auditif

Critique : Tegan and Sara – The Con X : Covers

Revisiter un album, c’est toujours une tâche délicate. Si l’album qui est l’objet de cette réédition est en plus un disque qui a marqué au fer rouge les émotions de tant d’ados et de jeunes adultes en plus d’influencer considérablement l’indie-rock féminin, l’exercice devient encore plus périlleux. Dix ans après The Con donc, Tegan and Sara ont approché une quinzaine d’artistes pour réinterpréter les déchirantes pièces de leur album classique, pièce maîtresse de leur discographie.

Après avoir entendu le premier extrait, Call it Off par CHVRCHES, j’avais peur que l’exercice se limite à une mise à jour des chansons des jumelles dans un enrobage pop synthétique, esthétique musicale qui a supplanté ces dernières années le rock à caractère guitaristique.

Et malheureusement, cette crainte se confirme sur The Con X-Covers.

Ce n’est pas cela dit parce que le disque est majoritairement froid et synthétique que nous n’avons pas droit à de bonnes relectures du corpus de Tegan and Sara. Relief Next to Me de Muna, Are You Ten Years Ago de PVRIS et surtout Nineteen de Hayley Williams (Paramore) sont réussies.

Mais ces chansons ne parviennent pas à faire oublier le malaise que l’on ressent en écoutant les horribles versions de The Con et de Knife Going In respectivement de Shura et Mykki Blanco. Si ça n’avait pas été de cette critique, j’aurais arrêté mon écoute après le quatrième titre tant le massacre de ces chansons — parmi les plus déchirantes et désarmantes du disque original — est impardonnable.

Soil, Soil de Kelly Lee Owens est quant à elle un bon exemple de ce symptôme de ce X-Covers de reléguer à l’arrière-plan le texte et les mélodies de Tegan and Sara au profit d’une ambiance électro sèche, sans âme.

J’aurais certes aimé que les interprétations des chansons de The Con célèbre ce qui a fait la force de Tegan and Sara sur cet album, mais également sur l’ensemble de leur carrière : le côté organique de leurs chansons et la puissance de leurs harmonies, lorsque leurs voix hautes perchées s’unissent en des plaintes cathartiques.

La direction électronique de l’album-hommage a beau surprendre dans cette optique, mais il fait que Ryan Adams et Dallas Green qui débarquent avec des versions plus rock de Back In Your Head et Hop A Plane, ça ne fonctionne pas du tout dans l’ensemble. Surtout la Back In Your Head de Adams (pourtant doué normalement avec les reprises) qui rompt vraiment l’ambiance feutrée du disque. Dommage parce que la grande Cyndi Lauper a également fait une version de cette chanson, mais on a préféré l’offrir en bonus à l’achat de l’album.

En bref, voilà un hommage bien maladroit à un des disques des plus importants de la musique pop canadienne des 15 dernières années et l’album qui a propulsé la carrière des sœurs au pinacle des Coachella de ce monde. À moins que l’objectif des sœurs fût d’inciter de nouveaux mélomanes à se procurer The Con en version originale. On le souhaite, car cet album est parfait en sincérité et en authenticité.

MA NOTE: 2/10

Artistes variés
Tegan and Sara present The Con X-Covers
Warner Bros.
60 minutes

Site Web

Les 3 étoiles du 10 novembre 2017

Kelly Lee Owens – More Than A Woman

Kelly Lee Owens fait paraître une reprise de More Than A Woman d’Aaliyah. La nouvelle version est beaucoup plus champ gauche que l’original bien que la jeune femme conserve la mélodie originale. Ce penchant sensuel est une facette d’Owens que nous n’avions pas entendu sur l’excellent album homonyme paru un peu plus tôt cette année. En attendant, on peut se laisser aller sur le groove aussi contagieux qu’intéressant.

 

Dave Chose – Chez Françoise

Dave Chose a laissé sa marque aux dernières Francouvertes. Voici que le chanteur de Faudrait Faire la Vaiselle met en branle sa carrière en solo officiellement sur les rails. Le premier extrait qu’il offre est Chez Françoise, une chanson empreinte d’un certain blues qui parle de lendemains de veilles. On risque fort d’entendre parler de Dave Chose dans les prochains mois.

 
 

Rhye – Taste

Rhye fait paraître des nouveaux tubes avec une certaine cadence. Est-ce que ce serait le signal qu’un album s’en vient? Peut-être. Espérons-le du moins. En attendant, Taste est une pièce de R&B qui incorpore des éléments de funk et de pop. Cela fonctionne à merveille avec la voix délicate de Mike Milosh.

Critique : Kelly Lee Owens – Kelly Lee Owens

C’est au printemps dernier que le premier album de la Londonienne d’adoption Kelly Lee Owens était révélé. Âgée de 27 ans, née au Pays de Galles, cette jeune férue de musique s’est expatriée à Londres afin de s’immerger dans un milieu culturel plus stimulant. Embauchée chez un disquaire renommé, Owens a fait sur place la rencontre de plusieurs créateurs issus de la scène électro de la capitale anglaise. Les Daniel Avery, Gold Panda et Ghost Culture sont ainsi devenus les mentors et amis de la jeune dame.

Sous les bons conseils de ces musiciens, elle a pu travailler librement sa musique dans un relatif anonymat, lançant quelques simples sur la plateforme Soundcloud. C’est grâce à la pièce Lucid qu’Owens a pris réellement conscience du talent qui l’habitait; elle qui ne possède aucune formation musicale et qui est une adepte du DIY. Tout ce qui gravite autour de la scène électro, journalistes, « journaleux », blogueurs et blaireaux, s’est entiché immédiatement pour le travail de Kelly Lee Owens. C’est ainsi, en fouillant sur le Web, que je me suis intéressé à elle.

Ceux qui me lisent (réellement ou en diagonale) savent pertinemment que je me méfie toujours du fameux « buzz » autour d’un premier album. Je suis un fervent défenseur de l’artiste qui dure et j’exècre souverainement la saveur du moment. Dans le cas de Kelly Lee Owens, le battage médiatique est justifié. En plus de nous offrir un disque mélodiquement accrocheur, elle amalgame une abondance d’influences qui, de prime abord, aurait pu sombrer dans une incohérence totale, mais qui coule magnifiquement de source. Les chansons d’Owens sont d’une fluidité déconcertante.

Des ascendants technos d’outre-tombe, de la pop orchestrale, de la « cold-wave » et même du krautrock – la conclusive 8 est sublime – se côtoient comme si de rien n’était. Même si les chansons sont construites de façon élémentaire, bizarrement, elles ne manquent pas d’ambition, particulièrement en ce qui concerne les sonorités explorées. Elle se plaît entre autres à mixer sa voix folk-pop haute perchée avec une musique électronique viscérale et ténébreuse. Le contraste est aussi singulier que prenant. Et même si certaines mélodies peuvent paraître enfantines, il y a quelque chose d’indicible qui fait que l’on reste scotché à sa musique. C’est ce fond de techno cérébral et sa voix angélique qui confèrent à ce premier album un indescriptible charme.

C’est bon du début à la fin avec quelques pointes qui m’ont particulièrement plu. Je pense à cette sorte d’électro pop, à la Anne Clark, intitulée Anxi et qui met en vedette l’invitée Jenny Hval. L’hypnotique Bird – pièce qui porte bien son nom – est parfaite pour conclure une nuit endiablée sur un « dancefloor ». Cbm est du même acabit, détenant un je-ne-sais-quoi de karautrock. Et que dire de l’émouvante Keep Walking; chanson dans laquelle participe Daniel Avery. Frissons garantis.

Honnêtement, ce premier essai est une totale réussite. Voyons voir si elle saura se renouveler afin de ne pas terminer sa trajectoire dans le cimetière des « trois petits tours et puis s’en vont »… mais la suite des choses augure bien. Si vous aimez ces artistes de haut calibre que sont les Beach House, Björk, Grimes et autres, vous serez en pâmoison à l’écoute de Kelly Lee Owens.

Ma note: 8/10

Kelly Lee Owens
Kelly Lee Owens
Smalltown Supersound
46 minutes

https://kellyleeowens.bandcamp.com/album/kelly-lee-owens