Critiques

kelly lee owens inner song

Kelly Lee Owens

Inner Song

  • Smalltown Supersound
  • 2020
  • 50 minutes
7,5

Elle avait convaincu avec son premier album homonyme. Cette mixture de techno aux accents gothiques, de pop orchestrale, de cold wave et de krautrock, auréolée d’une voix aérienne, avait obtenu plus que sa part de louanges.

Kelly Lee Owens est une artiste galloise qui s’est expatriée à Londres afin de donner un élan plus concret à sa carrière. En plus de travailler chez certains disquaires londoniens, elle a tissé des liens étroits avec quelques pointures de la musique électronique anglaise : Daniel Avery et Gold Panda, pour ne nommer que ceux-là. Elle a attiré l’attention d’un nombre grandissant de mélomanes en profitant de quelques simples qu’elle avait lancés à l’époque sur la plateforme Soundcloud. Lorsque son premier album est devenu réalité, le bouche-à-oreille avait fait le travail.

La semaine dernière, Owens était de retour avec son deuxième album. Intitulé Inner Song, l’artiste a de nouveau œuvré avec son collaborateur de longue date, James Greenwood.

Âgée de 27 ans seulement, Owens fut surprise par le rayonnement obtenu lors de l’avènement de son premier album. Après avoir tourné abondamment à travers le monde, elle a senti le besoin de ralentir le rythme; ce succès imprévu lui ayant causé quelques soucis psychologiques (anxiété, états d’âme moroses, etc.). Du même souffle, les nombreux périples imposés par la vie de tournée lui ont permis de se lier physiquement et spirituellement aux beautés naturelles de notre planète.

Sur cette production, Kelly Lee Owens revisite la dream pop à l’aide de superbes assemblages vaporeux et y insuffle un je-ne-sais-quoi de lumineux. Inner Song est plus planant et moins sombre que son premier effort. Elle se permet même d’amorcer l’album avec une reprise réussie d’une pièce de Radiohead. Weird Fishes / Arpeggi, titre paru sur le sublime In Rainbows (2007), se transforme alors en une sorte de comptine électro.

Quand Kelly Lee Owens ose, on embarque de plain-pied. On pense à l’ascendant R’n’B, à la Lana Del Rey, qui caractérise Re-Wild. Dans L.I.N.E, la mélodie haute perchée atténue l’influence flagrante de Beach House. Que dire de l’apport du vénérable John Cale (compatriote gallois et légende du Velvet Underground) dans Corner of My Sky ? Cette chanson est la colonne vertébrale de l’album. Récitant un texte environnementaliste, alternant entre la langue anglaise et le gaélique, le vétéran nous escorte dans une atmosphère évoquant le krautrock, tout en rendant un subtil hommage au mythique Alan Vega (Suicide), artiste décédé en 2016.

C’est lorsqu’elle dévie de sa trajectoire habituelle, pour se diriger vers un registre plus pop, que notre attention décline. Des pièces comme On, Night (un peu répétitive) et Melt! (de la techno écolo à la Jon Hopkins) souffrent d’un déficit d’originalité, mais rien qui amenuise l’appréciation de ce disque.

Même si Inner Song manque parfois de cohésion, le talent qui habite Kelly Lee Owens est indéniable, particulièrement lorsqu’elle embrasse une esthétique immatérielle. Si vous tentez d’analyser ce disque avec la froideur de votre intellect, vous passerez à côté d’un agréable moment musical.  

Les fans de Jon Hopkins et Beach House y trouveront assurément leur compte.

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