Father John Misty Archives - Le Canal Auditif

Osheaga 2017: Jour 2

Cette deuxième journée d’Osheaga s’annonçait heureusement plus ensoleillée que la veille. En cette deuxième journée, ce sont plutôt les annulations qui pleuvaient. Tout d’abord, à notre grand regret, nous savions que Solange n’y serait pas. À cela s’est ajouté Georges Ezra, Lil Uzi Vert et Darius. Mais bon, il nous restait beaucoup de bons groupes à attraper.

Des hommes (et femmes) et de confiance

La formation de Québec Men I Trust était présente sur la Scène des arbres. Après quelques minutes nécessaires à faire fonctionner le clavier de Dragos Chiriac, le groupe s’est lancé. Avec ses chansons au groove indéniables, Men I Trust a offert une bonne prestation. On sent que le jeune groupe n’est pas encore tout à fait à l’aise sur scène. Emma chante bien et possède une bonne présence sur scène. Par contre, on voit encore ses hésitations lorsqu’elle fait aller ses doigts le long du manche de sa guitare. Ils nous ont livré aussi leur nouvelle chanson You Deserve This. Tout cela avant qu’une panne de courant vienne brutalement couper leur élan. Le quatuor a tout de même assuré, faisant d’abord taper des mains avant de faire quelques blagues à la foule. Et de reprendre dès que la situation est revenue à la normale.

Puis, je me suis dirigé vers l’une des deux grandes scènes pour assister à la performance de Jain, la jeune étoile montante de la pop française. Accompagnée seulement d’un DJ, elle a animé la foule mieux qu’Éric Salvail dans ses belles années. Petite dans cet espace immense, elle a gambadé d’un bout à l’autre, chantant avec énergie et entrain. Sur Come, elle est descendue rejoindre le public pour lui faire chanter une partie de refrain. Tout cela pour finalement lancer Makeba, qui a ravi la foule. La jeune Française peut se dire : mission accomplie au terme de ce 200e spectacle.

De la relève et de la nostalgie

Yung Lean est un rappeur suédois qui fait sa marque sur la scène underground depuis un bon bout de temps. Celui-ci a même coécrit quelques chansons sur Blond de Frank Ocean. Le jeune homme était visiblement heureux d’être à Montréal. « Montreal is a lot like Sweden. It’s nice. » Il a livré ses chansons sans « playbacks » ou presque, chose relativement rare pour un rappeur. On n’a décidément pas fini d’entendre parler de ce jeune prodige.

Puis, je me suis dirigé vers l’une des grosses scènes pour voir Liam Gallagher. L’un des deux frères d’Oasis n’a pas la meilleure réputation et sa récente performance à Lollapalooza qui n’a duré que 15 à 20 minutes n’aide en rien son aura de diva. À Montréal, la situation était tout autre. Il a joué un set complet contenant plusieurs chansons d’Oasis dont Morning Glory, Be Here Now et même Wonderwall pour fermer la marche. Le pauvre Liam avait manqué le mémo sur les conditions météorologiques. Il était toujours vêtu d’un imperméable et n’avait pas ses lunettes soleil. Entre les succès passés du groupe, Gallagher a aussi présenté 5 chansons de son album à paraître en octobre : As You Were.

Du gros fun

Danny Brown avait l’intention d’avoir du plaisir et c’est exactement ce qu’il a eu. Enchaînant les tubes de ses deux derniers albums, dont Dip, Dope Song, Ain’t It Funny et When It Rain, le rappeur de Detroit a donné généreusement sur scène. Visiblement content et en plein contrôle (contrairement à son DJ qui avait l’air d’avoir le corps sur scène, mais l’esprit pris dans le nirvana), Danny Brown n’a pas cessé de sourire et de sortir sa langue comme il le fait si souvent. Une performance sans accrocs et tout à fait satisfaisante.

Rone était pour sa part d’office sur la scène de l’île, cette fameuse structure placée directement sur l’eau. Le français a fait danser la foule qui était tout sourire alors que le soleil commençait à se coucher. Les seules bouilles perplexes étaient celles des fans d’EDM qui peinaient à comprendre les structures un peu plus audacieuses du compositeur. Bref, c’était très satisfaisant.

Punk et prédication

Le groupe torontois PUP était sur place pour casser la baraque et c’est exactement ce qui s’est passé. Après deux chansons, la barricade avant a cédé. Cela a entraîné un premier arrêt dans leur performance. Ils repartent avec Dark Days pour s’arrêter de nouveau. Cette fois, c’est un festivalier qui est blessé. Une bonne dizaine de minutes plus tard, une fois que les secours ont porté leur aide, il est temps de repartir. Le groupe a été très cool pendant ces moments d’arrêt, rappelant aux festivaliers qu’il est important de faire attention les uns aux autres. Reservoir, If This Tour Doesn’t Kill, I Will et Sleep In the Heat ont fait partie d’une quinzaine de minutes de puissance sans arrêt de la part de la bande. Un très bon concert.

Puis, je me suis dirigé du côté de Father John Misty qui était de très bonne humeur. Il échangeait avec la foule et semblait s’amuser authentiquement. J’ai eu le temps d’attraper True Affection sur laquelle il a dansé comme un dément, When the God of Love Returns There’ll Be Hell To Pay et Hollywood Forever Cemetery Sings. Tout cela pendant que la pluie revenait nous gâter. Il a terminé sur I Love You, Honeybear. Un très très bon concert, beaucoup plus entraînant que son Pure Comedy.

Voilà pour la deuxième journée. On se revoit demain pour le contre-rendu de la 3e et dernière journée. Et non, je n’ai pas été à <strong>Muse. Comme dirait le chanteur de PUP : « I got a good and a bad news for you. If you want to catch Muse, you’ll have to leave before the end. The bad news is we’re keeping all our bests songs for the end. The good is… who the fuck cares about Muse. »

À demain.

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3 conflits d’horaire qui nous feront maudire Osheaga

Ça y est, Osheaga approche à grands pas et l’organisation a dévoilé l’horaire des spectacles. N’en fallait pas plus pour qu’on se rende compte que certains bons coups de la programmation jouent en même temps! Misère. Voici trois beaux choix difficiles avec lesquels les festivaliers devront rivaliser.

Angel Olsen / Badbadnotgood / Andy Shauf

Elle fait du folk magnifique et poignant, ils font du jazz inventif et mélodieux alors que Shauf est l’un des artistes que nous suivons attentivement depuis la sortie de l’excellent The Party. On fait quoi? Olsen est passée lors de la dernière édition de POP Montréal alors peut-être avez-vous eu la chance de la voir là-bas. Shauf a visité Montréal à quelques reprises… disons que Badbadnotgood est un peu moins facile à attraper.

Notre verdict : Avec nos mains de jazz, on recommande Badbadnotgood.


 
 

PUP /Major Lazer / Father John Misty

D’un côté, le punk entraînant de PUP est parfait pour faire fondre les calories en trop accumulées en buvant de la bière. Major Lazer a aussi tout le potentiel de réveiller le danseur en toi avec ses rythmes festifs. Father John Misty par contre, va te livrer du folk un peu déprimant avec beaucoup d’énergie… Les premiers sont vraiment intéressants, les deuxièmes vont te faire aller le bassin, le troisième est passé au printemps et vient de lancer un album couci-couça.

Notre verdict : Une moitié de PUP et une moitié de Major Lazer te feront perdre toutes les calories que tu accumuleras au cours du weekend en raison de ta consommation de bière en cannettes. Danser, tu feras.


 
 

Alabama Shakes / Die Antwoord / Crystal Castles / Beat Market

En fin de festival, encore une fois la programmation nous donne des petits mots de têtes. Alabama Shakes et leur indie-rock plein de soul seront d’un côté. De l’autre, les marginaux de Die Antwoord, qui malgré un dernier album assez ordinaire, livre la marchandise sur scène. Crystal Castles a subi de gros changements dans les derniers deux ans, mais c’est quand même une performance à ne pas manquer. Finalement, les locaux de Beat Market donnent tout un spectacle. Est-ce que tu veux vraiment manquer ça?

Notre verdict : Alabama Shakes pour la rareté.


 
 

On se voit là-bas dans trois semaines!

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Critique : Father John Misty – Pure Comedy

Voulez-vous savoir, c’est quoi le problème? Josh Tillman va vous le dire, en long et en large, et en plusieurs versions, parfois contradictoires. Après avoir sauté à pieds joints dans une vie de débauche comique avec Fear Fun et après avoir langoureusement embrassé les bouleversements du grand amour avec I Love You, Honeybear, Father John Misty n’embrasse plus que le dégoût du monde et le cynisme qui engloutit absolument tout. Un des rares éclats de joie qui restent dans sa musique provient de l’amusement que Tillman ressent à décevoir un certain type de fan, qui s’intéresse forcément à lui pour les mauvaises raisons, car les humains sont paresseux, sont de mauvais goûts, et ne veulent qu’un divertissement qui les rassure égoïstement dans leurs préjugés et leurs faiblesses.

Le tableau semble un peu lourd? Attendez, ça ne couvre qu’environ deux des chansons de l’album. Et le reste n’est pas plus joyeux.

La misanthropie n’est rien de nouveau pour Tillman. C’est la note dominante de son œuvre jusqu’à présent, en particulier de ses albums sous le nom de J. Tillman. En prenant le pseudonyme de Father John Misty, Tillman trouvait un équilibre captivant entre l’hédonisme et le désespoir, disant en gros : « Nous vivons dans une réalité détraquée, mais j’ai trouvé ce qui me fait du bien, alors allez tous chez le diable. » Pure Comedy se concentre sur les cinq derniers mots de cette phrase et les décline sous toutes sortes de formes.

Tillman imagine des scénarios dystopiques où l’humanité accepte avec bonheur d’être dénaturée si ça signifie que la peur et le stress sont apaisés. Il parle de l’omniprésence — et de l’insignifiance — des opinions en ligne. Et il y a Dieu et Jésus qui sont mentionnés un peu partout, les personnages qui gâchent tout, mais pourraient tout régler (il faut savoir que Tillman a grandi dans un environnement très religieux qu’il a fui dès qu’il l’a pu, et résolument le sujet le tracasse encore).

Bref, le fiel déversé coule dans toutes sortes de directions, parfois contradictoires, parfois sans queue ni tête, parfois aboutissant à des culs-de-sac. Fidèle à lui-même, toujours aussi lucide, malgré le manque d’enthousiasme, Father John aborde les faiblesses de ses nouvelles compositions de front dans l’interminable chanson Leaving LA, dix couplets de logorrhée sans refrain, pendant laquelle il reconnaît que c’est la chanson qui lui coûtera de nombreux fans. Il s’imagine un collégien, écoutant la pièce, se disant : « J’aimais bien ce gars, mais ce qu’il fait maintenant me donne envie de mourir. » Ça montre que rien n’échappe à son cynisme, mais ça montre aussi que l’autodérision corrosive l’emporte cette fois sur la composition.

Je n’ai jamais trouvé que la musique était ce qui était le plus intéressant de FJM, mais j’ai adoré à quel point son style musical convenait parfaitement à son personnage jusqu’ici. Sur Pure Comedy, la musique rappelle encore le rock pépère mélancolique des années 70 vivant dans l’ombre de l’album blanc des Beatles et de la musique de The Band, mais contrairement aux deux albums précédents, il y a ici un manque de variété, une mollesse envahissante généralisée, une uniformité dans les textures.

On ne peut pas nier le talent naturel de Tillman pour écrire des textes séduisants, et sa voix est encore belle à pleurer. Mais on a affaire ici à un album plutôt long — 13 chansons en 74 minutes — où rien de positif n’est exprimé sans être enveloppé au préalable dans le défaitisme, et où l’ensemble de la musique est généralement mou. Quand on y pense, c’est un peu un tour de force de faire un album aussi lourd dans un enrobage aussi léger. Mais ça n’en fait pas un album qu’on aimera revisiter à répétition.

Ma note: 6/10

Father John Misty
Pure Comedy
Sub Pop
74 minutes

www.fatherjohnmisty.com

10 albums à surveiller en avril 2017

Clark – Death Peak (7 avril)

Chris Clark s’apprête à lancer son huitième album en studio avec Death Peak. Si l’on se fie aux dernières sorties de l’artiste, ça risque d’être encore une fois une expérience très plaisante pour les oreilles. D’ailleurs, il nous donne un aperçu avec Peak Magnetic, premier extrait rythmé et mélodieux.


 
 

Damien Robitaille – Univers Parallèles (7 avril)

Damien Robitaille s’apprête à lancer un nouvel album, successeur du bien plaisant Omniprésent paru en 2012. Le premier simple, laisse entrevoir un Robitaille un peu plus sérieux, mais toujours aussi pop et accrocheur. Que trouvera-t-on sur Univers Parrallèles? On le saura bientôt.


 
 

Father John Misty – Pure Comedy (7 avril)

Father John Misty s’est élevé au niveau des plus importants auteurs-compositeurs-interprètes contemporains avec l’excellent I Love You Honeybear paru en 2015. Le prochain opus arrive à grands pas et semble empreint d’une certaine critique sociale, surtout sur Pure Comedy, premier extrait de l’album du même nom.


 
 

Samuele – Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent (7 avril)

Samuele a connu une année 2016 assez folle : participation aux Francouvertes pour ensuite remporter le Festival de la chanson de Granby. Ces événements l’ont mené à l’enregistrement de son premier album qui fera découvrir cette jeune femme qui s’attaque à des questions de son temps : l’identité, l’égalité et les droits des minorités en société.


 
 

Timber Timbre – Sincerely, Future Pollution (7 avril)

Timber Timbre lancera sous peu son 6e album. Hot Dreams avait visé dans le mile et gageons que la formation refusera une fois de plus le surplace en proposant des sonorités différentes. Déjà sur Sewer Blues, on dénote des effets de claviers atypiques pour la formation.

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La playlist à Boubi : Mars 2017

Pour la playlist de mars, vous trouverez une extrait de collaboration inusitée entre le pianiste Jean-Michel Blais et l’artiste de musique électronique CFCF, en plus de nouvelles chansons de Land Of Talk (enfin!), Lowly, Laura Marling (qui nous prépare tout un album avec Semper Femina), Father John Misty, Millimetrik, le projet solo d’Emma de Men I Trust appelé Bernache et pleins pleins d’autres.

Bon mois de mars les mélomanes !