Concerts

Father John Misty et Suki Waterhouse au MTELUS le 26 septembre 2022

Ça faisait un bon moment que j’attendais du nouveau matériel de Father John Misty. Après avoir conquis le cœur de plusieurs avec son album I Love You, Honeybear, il est revenu en force avec Chloë And The Next 20th Century. L’occasion parfaite d’annoncer une nouvelle tournée et de passer à Montréal, chose qu’il n’a pas faite depuis son dernier passage à Osheaga en 2017.

Je ne vous cacherai pas que ce spectacle était celui que j’attendais le plus de ce mois-ci. J’ai découvert le projet musical de Josh Tillman, l’humain derrière Father John Misty, avec God’s Favorite Customer en 2018 et depuis, j’ai partagé sa musique aux gens qui m’entourent. En sortant Pure Comedy en 2017 et God’s Favorite Customer l’année d’après, les plus acclamées par la critique, il était clair que Josh Tillman en avait encore beaucoup à dire sur scène. Intéressant de voir qu’il ne passe pas souvent dans la métropole selon setlist.com. Il est de passage dans des festivals, mais sans plus. Il ne fallait donc pas manquer sa chance. La salle n’étant pas remplie à fond, plusieurs ont probablement eu la chance d’arriver à la dernière minute en profitant d’un excellent prix. Si c’est le cas, félicitations. Pour les autres, je suis désolé de dire que vous avez manqué une belle prestation.

Crédit : Charles-Antoine Marcotte

Suki Waterhouse

Après avoir sorti plusieurs extraits musicaux depuis 2016, c’est cette année que la mannequin de renommée internationale et influenceuse web Suki Waterhouse a présenté son premier album studio I Can’t Let Go via Sub Pop Records. C’est la première fois qu’elle vient présenter son univers musical à Montréal. Arrivant sur scène avec un joli ensemble veston et pantalon, le tout accompagné d’une brassière à paillette, Waterhouse s’est présentée, sourire aux lèvres, pour une belle opportunité de visibilité.

Son expérience en tant que mannequin international a clairement aidé sa mise en scène. Elle a pris soin de bien soigner ses angles face au public et de s’amuser avec les jeux de lumière. Waterhouse semble encore être en transition lorsqu’elle entre sur scène, c’est-à-dire que l’envie de se mettre de l’avant et de briller prend trop de place contrairement à l’aspect mélancolique de son œuvre. À la première écoute lors du spectacle, on avait affaire à une vraie prise de paroles sur un certain mal pouvant être compris par plusieurs. Au moment d’écrire ces mots, j’ai réécouté quelques-unes de ses chansons et on a affaire à plus qu’un simple produit de consommation.

Suki Waterhouse a bénéficié d’une attention forte pour la promotion de son œuvre musicale due à son nom, mais son image semble prendre encore trop de place pour que les auditeurs puissent vraiment se concentrer sur la nature de son offre musicale. Bref, je suis curieux de voir ce que le futur lui réserve musicalement.

Crédit : Charles-Antoine Marcotte

Father John Misty

C’est sur I Love You, Honeybear que Josh Tillman entre sur scène accompagné de ses musiciens. L’artiste était clairement dans sa zone de confort, comme on a pu le constater en le regardant bouger d’un côté à l’autre de la scène et danser. En une chanson, la glace était brisée pour l’interprète.

Mais cette énergie n’allait pas durer tout le concert. Chaque album de la discographie de Father John Misty a son approche et donc son énergie. En interprétant des chansons de son premier album, Fear Fun, l’artiste a majoritairement privilégié des moments plus tranquilles, guitare à la main. Pour I Love You, Honeybear, c’est une fête sans fin. L’interprète va juste qu’à prendre son pied de micro et jouer avec sur scène. J’avais d’ailleurs peur qu’il frappe un de ses musiciens. Pour Pure Comedy et God’s Favorite Customer, c’est un mix d’instruments et de pauses tranquilles. Finalement, pour ce nouvel album, Chloë and The Next 20th Century, on est plus dans un déhanché en solitaire, sans instrument, une sorte de séduction tout en douceur qui rappelle la scène de danse sous un pont de Paris entre Gene Kelly et Leslie Caron dans le film An American In Paris.

Sur la scène du MTELUS, on retrouvait un ensemble de 10 musiciens, si on inclut Josh Tillman. Instruments à vent, à corde, à percussion et quelques claviers étaient de la partie. Avoir réussi à rassembler autant d’instruments pour ce concert est un dévouement intéressant méritant la peine d’être mentionné. Il n’y a pas de compromis pour Tillman.

Force est d’admettre que le personnage scénique de Father John Misty n’est pas autant expressif du visage que l’était Waterhouse en première partie. Évidemment, le public semblait être majoritairement au courant de cela. Comparé à certains de ses comparses chez Sub Pop, Father John Misty n’est pas celui qui cherche à tout prix l’attention. Tout est plutôt mis en place pour garder sa vie discrète. Malgré tout, nous avons quand même eu droit à quelques interventions assez brèves entre les chansons.

D’ailleurs, si vous étiez au spectacle, j’espère que vous n’étiez pas sur les côtés du parterre. La basse ne semblait pas avoir été bien mixée, puisqu’à quelques reprises elle volait la vedette, avant que la situation ne soit réglée en urgence par l’ingénieur de son. Cette erreur est survenue quelques fois lors des premières chansons et déteignait sur la performance vocale de l’acte principal. Personnellement, je me suis déplacé au balcon et l’expérience en fut plus agréable.

Après cet excellent spectacle, je ne sais pas ce que le futur réserve pour Josh Tillman et Montréal. Il aura toujours un auditoire chez nous, mais John Father Misty ne remplira probablement jamais le MTELUS comme il pourrait le faire avec un Théâtre Fairmount ou un Théâtre Corona. À moins que l’éventuel prochain album rappelle des airs aussi mélodiques que l’un de ses meilleurs succès comme I Love You, Honeybear, je ne vois pas pourquoi ça changerait.

Au début du spectacle, lors de la prise de photos, j’ai remarqué quelqu’un qui tenait une petite feuille sur laquelle il était écrit : We skipped School for this [Nous avons manqué l’école pour ça, traduction libre]. Eh bien, je pense que ça en a valu la peine pour eux.

Crédit photo: Charles-Antoine Marcotte