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Critique : LCD Soundsystem – American Dream

Le 2 avril 2011, James Murphy et sa bande donnaient leur dernier spectacle devant un Madison Square Garden plein à craquer. Le groupe se séparait après ce que Murphy appelait un party qui a duré 10 ans. Les fans avaient le cœur brisé. Je me souviens à l’époque, connaissant peu le groupe, j’étais allé avec La Brute du Rock à la projection de Shut Up and Play the Hits, un docu-concert sur cette ultime soirée. Je me rappelle avoir pleuré à chaude larme lorsque James Murphy, après le concert, dépose son micro pour la dernière fois dans l’endroit où était entreposé l’équipement. Laisser aller un projet aussi important, ce n’est pas facile.

Les premiers signes que ce n’était pas forcément la fin sont arrivés en décembre 2015 lorsque Christmas Will Break Your Heart est parue. Puis, James Murphy a annoncé que le groupe se formait à nouveau pour quelques dates dont Coachella. Un an et demi a passé depuis et American Dream, le premier album depuis This Is Happening en 2010, nous parvient.

La rouille ne semble avoir aucune emprise sur la formation. James Murphy a rapatrié les mêmes compagnons qui avaient participé aux derniers moments du groupe. Nancy Whang (The Juan MacLean), Gavin Russom, Pat Mahoney (Museum of Love) et Al Doyle (Hot Chip) retrouvent leur place aux côtés du brillant New Yorkais. American Dream semble avoir été créé dans la collégialité en plus d’être le dernier à être enregistré dans les studios originaux de DFA qui ont déménagé. De plus, il possède très peu de défauts et c’est en partie dû aux 18 mois qu’il a fallu pour accoucher de ce petit bijou de musique dance alternative.

James Murphy possède toujours ce côté mélancolique, on le remarque particulièrement sur Oh Baby et la pièce-titre. Cette dernière nous offre une bonne dose de synthétiseurs imposants et scintillants. James Murphy continue de faire part dans ses paroles de ses préoccupations émotionnelles et les questions qui l’inquiètent. Le tout sur des trames riches et construites avec minuties.

On retrouve sur American Dream plusieurs sonorités surprenantes qui ajoutent à l’expérience. Le synthé moyen-oriental d’Other Voices rappelle quasiment les pièces d’Omar Souleyman, mais en beaucoup plus champ gauche. Il fait même appel à Nancy Whang directement avant qu’elle n’entame :

«This is what’s happening and it’s freaking you out
I’ve heard it, heard it
And it sounds like the nineties
Who can you trust
And who are your friends
Who is impossible
And who is the enemy »
Other Voices

James Murphy ne s’est pas gêné d’aller dans des sonorités plus rock. Un peu à l’instar des premiers albums, les guitares sont parfois distorsionnées, bruyantes et énervées. L’excellente Emotional Haircut est un excellent exemple. Elle surprend par sa dynamique survoltée pour LCD Soundsystem. Ça bouge, ça déménage et c’est parfait comme ça. Tonite est aussi un succès à se faire brasser le popotin, même si cette fois, ce sont les sonorités électros qui envahissent les oreilles. James Murphy est en pleine forme et use d’une voix plus déclamée que mélodieuse comme il sait si bien le faire. Ça fonctionne.

American Dream est un retour plus que réussi pour LCD Soundsystem. Si certains observateurs ont soulevé des inquiétudes face aux raisons qui ont poussé le groupe à revenir (après tout, ils roulent sur un pavé d’or), la qualité de l’album devrait dissiper ce qui reste d’inquiétudes. James Murphy est encore un créateur inspiré et intelligent dans les chemins qu’il prend pour arriver à ses fins. American Dream est un tantinet plus pop que les précédents, mais c’est fait avec un bon goût éclatant.

Ma note: 8.5/10

LCD Soundsystem
American Dream
Columbia Records
69 minutes

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