Critique : Oktoplut - Le démon normal - Le Canal Auditif

Critique : Oktoplut – Le démon normal

Oktoplut est le groupe le plus captivant à suivre actuellement sur la scène rock queb. Rien de moins. Mathias et Larry, sonnent à deux comme six, savent passer du stoner/sludge au punk et à l’alternatif sans jamais négliger un sens mélodique certain, le crescendo épique et la métaphore somptueuse. Avec la sortie de son deuxième LP, Le démon normal, Oktoplut réaffirme avec grande assurance la formule présentée sur Pansements en 2014, tout en continuant d’explorer différentes zones d’ombres comme il l’a fait sur La sorcière de roche l’an dernier.

Alors que Pansements était un pot-pourri d’influences et de style livré avec l’assurance d’un groupe qui n’a rien à prouver, Le démon normal est plus concis, plus cohérent. Il est aussi l’œuvre d’un duo qui veut amener son projet à niveau supérieur. Après trois années de tournées intensives, durant laquelle les gars n’ont jamais cessé de composer, l’urgence punk des débuts se canalise ici en éthique de plus longue haleine. Mais ça ne veut pas dire que le groupe s’assagit. Les premières notes de Héros ou ennemi vous en détromperont en lever de rideau : une efficace fronde punk rock qui rappelle la belle époque des Vulgaires machins mais avec en prime les puissants riffs de Mathias.

C’est donc sur les chapeaux de roues que s’ouvre Le démon normal. Le tempo ralentit certes à quelques moments, comme sur Errer, mais sans jamais entraver la trame générale de l’album. C’est d’ailleurs lors de ces moments plus lents qu’Oktoplut se détache le plus du catalogue de Pansements. Les montées mélodiques du refrain d’Errer et de Océan 2 en particulier sont la preuve que l’exercice qu’a été La sorcière de roche allait laisser une marque sur le son et la démarche de composition du groupe.

Les textes de ce Démon normal contribuent aussi largement à l’appréciation du disque et à sa cohérence stylistique. Les textes de Larry abordent sans gêne et avec lucidité les parts d’ombres qui nous habitent : l’alcoolisme, la surconsommation, le déni et ces mauvaises décisions que l’on prend par orgueil.

Les yeux ouverts, le cœur à l’envers
Elle fait surface, la honte est prompte
Mon bien-être il est fugace et pu en place
Le calme pivote

Mais ces thèmes se rattachent tous métaphoriquement à celui du naufrage de soi et de l’abandon à des forces plus grandes que soi. À ce titre, le triptyque Océan est le cœur du Démon normal, la pièce-fleuve en trois mouvements par laquelle on arrive à décoder le message global du disque. Océan 1, 2 et 3 sont un tour de force d’écriture et de composition et sont un ovni plus que bienvenue dans le rock québécois.

Pour les amateurs du groupe floridien Torche, Oktoplut répète le coup avec Fragments, très maîtrisé clin d’œil à Letting Go de la bande à Steve Brooks.

Bref, Le démon normal est un puissant retour pour Oktoplut, un disque qui contribuera sans aucun doute à élargir son public. Et les gars ont de quoi être fier, ils ont bel et bien livré un album phare.

MA NOTE: 8,5/10

Oktoplut
Le démon normal
Slam disques
42 minutes

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