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Raconte-moi ton disque:
Seb Black

DS13 0524 Black 2750Ce mois-ci, dans le cadre de la chronique Raconte-moi ton disque, j’ai rencontré l’auteur-compositeur-interprète, réalisateur, touche-à-tout musical et fanatique de littérature anglo-saxonne nommé Seb Black. Nous nous sommes donné rendez-vous au Lab Mastering afin de réentendre l’un des albums pop-rock parmi les plus abondants, innovants et captivants de l’année en cours.

Sorti de nulle part, cet album homonyme de Seb Black est apparu dans les bacs au mois de mai dernier et a obtenu plus que sa part de critiques élogieuses. J’en avais fait la présentation sur Le Canal Auditif (voir le lien en fin d’article) et au fur et à mesure que se sont enlignées les écoutes (lors de la préparation de cette rencontre) je me suis rendu à l’évidence… Black est un talent supérieur voué à un grand avenir. C’est avec un plaisir renouvelé que nous avons réécouté ce disque dans l’un des meilleurs système de son qui soit. Croyez-moi, ça sonne! Donc, je vous propose une excursion, piste par piste, de ce Seb Black.

On Emery Street

Chanson caractérisée par ce double «bass-drum» matraque au refrain. En studio, Black (un talentueux autodidacte) fonctionne beaucoup au coup de cœur et à l’instinct. Par un jeu de studio complexe, il réussit à allier un jeu de batterie réel à un effet sublime qui vient propulser la rythmique du refrain de cette chanson à un niveau inégalé.

No Friend Of Mine

Morceau qui se distingue par ces clappements de mains, par cette batterie dont la résonnance est accentuée et surtout… par des guitares exécutées sans amplificateurs qui sonnent crasseuses et salopées; un autre truc de studio inventif gracieuseté de Black. Un rock bleusy résolument moderne. Solide!

Go Out In Style

La recette? Une batterie synthétique, un orgue échantillonné/saturé, des guitares amplifiées, un riff en introduction inspiré directement du classique cinématographique de Sergio Leone intitulé Le bon, la brute et le truand ainsi que ce banjo dynamisant habilement ce refrain joué par Matt Shefler. Réussi et foisonnant!

Lil’Boomer

Le chien de Seb qui aboie en introduction, un piano, des synthétiseurs joués par notre protagoniste lui-même et des cuivres enregistrés directement en studio. C’est à ce moment précis que Black me confie qu’il est un fanatique d’une musique nommée Crunk; un hip-hop crée à Memphis, Tennessee, au début des nineties.

Got No Twist

Une singulière histoire que celle de Got No Twist… En plus d’une mandoline omniprésente, vous y entendrez du violon joué par un nomade rencontré au hasard par Seb Black. Moyennant une récompense monétaire, le musicien a enregistré sa piste en une seule soirée. Le bonhomme n’a aucune limite créative…

Way Down The Line

Majoritairement colligée en direct en studio, cette pièce est l’une des plus anciennes du répertoire de Black. On y sent une influence reggae marquante. De plus, la voix de Black a été consignée dans un légendaire microphone RCA 44 utilisé régulièrement afin d’enregistrer la voix de Johnny Cash à l’époque.

Trouble

Folk-country classique qui fait agréablement contraste avec l’exubérance sonore des autres ritournelles de l’album. Dépouillée, axée sur la voix granuleuse de Black, cette chanson est peut-être celle qui ressemble le plus à l’univers de Tom Waits… et Seb Black ne s’en cache pas du tout!

Step Aside

Retour à la richesse sonore préconisée en début d’album. Step Aside est fertilisé par un Wurlitzer saturé à l’extrême, mais surtout grâce à cette chorale de six pistes de voix superposée qui octroie une atmosphère grandiose à cette pièce. Fait à noter, la basse et la batterie ont été enregistrées en même temps.

The Rich Kids

Voilà une chanson détenant une esthétique électro-pop issue des années 80. Batterie falsifiée, sonorité répétitive inspirée d’une ritournelle d’April March titré Chick Habit, castagnettes et guitares funky sont les principaux ingrédients soulevant cette chanson à un niveau supérieur.

2nd Best

Une ballade prenante qui vient conclure efficacement ce premier effort. Chanson qui se distingue par cette mixture d’un piano joué par Baptiste Chatelain et d’un violon. C’est Seb Black qui s’occupe de la batterie. Il joue de tout, réalise et écrit avec un grand talent!

Seb Black est l’un des créateurs les plus volubiles, passionnés, généreux et intéressants qu’il m’ait été donné de rencontrer. De plus, l’artiste possède une culture musicale éclectique qui lui permet d’avoir une ouverture d’esprit absolue en situation de création. L’homme écoute du Riff Raff, du Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, du Yellow Wolfe, du Odd Future, du Social Distortion, du Dropkick Murphys, du Violent Femmes, bien entendu du Tom Waits et j’en passe. Rien ne l’arrête, tout est possible pour ce réalisateur hors pair, car aucune contrainte imaginative n’existe dans son univers.

Seb Black carbure à l’instinct, refuse tout cadre contraignant et ne se pose pas de questions inutiles qui empêchent l’action. Un self-made-man authentique, cultivé et qui devrait nous surprendre au cours des prochaines années. Si vous appréciez le pop-rock accessible et ingénieux, c’est cet album qu’il vous faut. Une bien belle rencontre avec cette fascinante bébitte musicale!

La critique de Stéphane Deslauriers :
lecanalauditif.ca/seb-black-on-emery-street/

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sebblack.bandcamp.com

Raconte-Moi Ton Disque:
Forêt – Forêt

imageAprès un petit arrêt estival, la chronique Raconte-moi ton disque effectue un retour aujourd’hui même. C’est avec un enthousiasme débordant que je vous offre le compte-rendu de ma rencontre avec la formation montréalaise Forêt. En effet, par une belle fin d’après-midi du mois de septembre, j’avais donné rendez-vous à Joseph Marchand et Émilie Laforest (les deux instigateurs et principaux créateurs de Forêt) au Lab Mastering afin de réécouter ce remarquable album homonyme de pop fantomatique.

L’un des principaux collaborateurs du Canal Auditif, Philippe Beauchemin, avait rédigé une présentation assez élogieuse de cette conception sonore (voir le lien en fin d’article); et il avait absolument raison! En préparant l’entretien, je me suis plongé inlassablement dans ce petit bijou d’album et je dois avouer que d’avoir à réentendre cette production dans ce qui constitue l’une des meilleures écoutes studio du moment, me réjouissait au plus haut point. Avec la précieuse collaboration de Joseph et Émilie, je vous propose une exploration, piste par piste, de l’une des parutions kebs par excellence de 2013

LE SUCRE DE MES LARMES

En premier lieu, Émilie me confie que dans le cadre de ce projet musical, elle a été contrainte de retravailler sa voix de manière complètement différente. À ma grande surprise, cette voix aérienne (qui constitue l’une des signatures sonores de Forêt) n’est pas tout à fait le véritable registre vocal d’Émilie. De son côté, Joseph me confie que le son d’orgue en introduction provient d’un clavier Yamaha rudimentaire appartenant à François Lafontaine (Karkwa), coréalisateur de l’album.

LA CAGE

Une guitare acoustique très Grizzly Bear, un rythme martial typiquement Robbie Kuster (Patrick Watson) et surtout, une sublime superposition de guitares électriques grinçantes/dissonantes gracieuseté de Joseph Marchand. Je fais part de mon appréciation de ce moment rock à Joseph qui me répond en souriant que cet instant est le résultat de deux ou trois pistes de guitares qui se chevauchent dans le mix; d’une très grande efficacité.

CORPS MAQUILLÉS

C’est à ce moment qu’Émilie aborde l’éloquent travail littéraire de Kim Doré. Il semblerait que la poétesse ait abordé le labeur de création d’écriture chansonnière avec une très grande ouverture d’esprit, puisqu’au fur et à mesure de l’élaboration de ce Forêt, les textes ont dû subir d’incessantes modifications. Émilie et Kim étaient en communication constante afin d’arrimer les paroles adéquatement à la musique. Sur ce plan, c’est une totale réussite et sans faire de jeux de mots douteux, ce sont des mots qui sonnent!

JE TOMBE AVEC LA PLUIE

Harmonies vocales multiples, refrain sublime, guitare acoustique arpégée exécutée par Joseph, voilà un morceau frémissant qui se rapproche sensiblement de l’esthétique sonore préconisée par Sigur Ros. Selon les deux musiciens, cette chanson a demandé un infatigable travail avant d’en venir finalement à bout. Selon Joseph, la version finale ne ressemble en rien à la première mouture confectionnée; une pièce prestataire de frissons!

LE VERBE AMOUR

Une guitare passée dans un effet «whammy» joué par Joseph, des synthétiseurs signés François Lafontaine, un refrain fédérateur, des voix célestes en arrière-plan et ce rythme inspiré du Chariots Of Fire de Vangelis (c’est Joseph qui en fait mention avec un sourire dans la voix), voilà les ingrédients de cette captivante chanson pop éthérée.

APRÈS LA GUERRE

Une chanson caractérisée par une ligne de piano bondissante de François Lafontaine, appuyée vocalement par Émilie, ainsi qu’un paysage sonore quasi new-age en second plan dans le mix. Aux dires d’Émilie, le travail de mixage a donné beaucoup de fil à retordre au compétent Pierre Girard (prise de son et mixage); un véritable casse-tête sonore!

À CEUX QUI NE SENTENT PLUS RIEN

Une ritournelle instrumentale fortement inspirée par la démarche artistique prodiguée par la formation australienne Tame Impala. Un effet de délai dans les voix vaporeuses, une basse synthétique et encore une fois, une performance rythmique opérante du talentueux Robbie Kuster. Ce Robbie Kuster est un talent qui fait l’unanimité entre Joseph, Émilie et moi.

REPOSE-TOI BIEN (POUR THOMAS)

La petite histoire de cette chanson? Kim Doré avait travaillé sur des textes rendant hommage à son amie Nelly Arcan (écrivaine décédée en 2009). Elle a donc remis ces écrits à Émilie, qui s’est affairée astucieusement à en faire un montage poétique persuasif qui se veut un hommage à son frère, lui aussi décédé… et ce changement de rythme au refrain (qui fait un peu penser à Malajube) vient surprendre et bonifier cette pièce.

L’AMOUR DE MARBRE

La conclusion de ce morceau est concrètement inspirée (cinématographiquement parlant) du dénouement du film Melancholia de Lars Von Trier, et musicalement, des symphonies de Mahler. L’amour de marbre est caractérisé par un crescendo apocalyptique transcendant qui met en lumière l’indéniable talent musical de Forêt ainsi qu’une maîtrise parfaite de l’enregistrement sonore et de la réalisation. De plus, la participation vocale éloquente et le texte signé Pierre Lapointe sont totalement à la hauteur. Je tire ma révérence à toute l’équipe qui a gravité autour de la production de cet album. Cette chanson/œuvre est tout simplement éblouissante.

L’écoute de cette musique trop rare dans l’univers musical québécois s’est avérée être une véritable révélation à mes oreilles. Lorsque des musiciens de cette trempe revendiquent des ascendants sonores aussi pertinents que Grizzly Bear, Portishead, Beach House, Julianna Barwick, Malajube et Harmonium, je ne peux qu’immensément respecter la démarche artistique prescrite. Forêt est un duo sincère, authentique, intègre, qui a du goût (superbe pochette de l’artiste visuel David Altmejd) et qui crée une musique atypique dans cette sphère parfois un peu trop conservatrice et stéréotypée que représente la scène musicale québécoise.

Cet entretien m’a complètement comblé et je vous invite sans crier gare à poser vos oreilles sur ce disque remarquable. Fera partie sans aucun doute de mes albums prisés de l’année en cours.

La critique de Philippe Beauchemin:
lecanalauditif.ca/foret-foret/

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www.foret.mu

Raconte-moi ton disque :
Éric Goulet – Volume 1

eric3Bon vendredi à tous et à toutes! Pour ce mois de juillet en démarrage, j’ai eu le privilège de rencontrer un vétéran respecté de notre scène musicale : Éric Goulet. En effet, le meneur de la formation Les Chiens et le pourvoyeur de mélancolie au sein de son projet solo nommé Monsieur Mono, est venu me rencontrer au Lab Mastering, afin qu’on puisse réentendre ensemble son album country titré Volume 1.

Pour avoir visionné quelques entrevues d’Éric Goulet, j’avais véritablement envie de jaser musique avec lui, car vraisemblablement, nos goûts musicaux convergent dans la même direction. Cette fois-ci, nous avons spécifiquement causé country tout en écoutant son album dans ce qui constitue l’une des meilleures écoutes studio du moment. Après les présentations d’usage, nous nous sommes bien calés confortablement dans nos chaises respectives afin de prêter l’oreille attentivement à ce Volume 1. Je vous offre un périple, piste par piste, des petites énigmes sonores révélées par notre invité, Éric Goulet.

Tu sais bien

D’entrée de jeu, Éric m’entretient au sujet de sa solide section rythmique (une véritable locomotive) composée du bassiste Mark Hébert et du batteur Vincent Carré, tous deux rencontrés dans le cadre d’un jam session à St-Siméon. Duo qui constitue l’épine dorsale de ce Volume 1. En écrivant cette pièce, Éric a voulu composer une chanson sur les ouï-dire; sujet de prédilection de plusieurs chansons country.

Ce n’est pas mon jour

Deuxième ritournelle spécifiquement conçue pour ce disque. Particularité de ce morceau? C’est que ce sont les trois mêmes accords joués tout au long de la chanson, mais dont la combinaison change au refrain. Rien n’y paraît tant l’ensemble coule de source.

La dernière marche

Je fais la remarque à Éric que la pièce fait penser à The Wayfaring Stranger, ce classique de la chanson country. Texte rédigé par Alexandre Belliard, cette ritournelle est probablement le premier chapitre d’une trilogie qui fera assurément son chemin sur les prochaines offrandes country à venir… car Éric nous confirme que le Volume 2 est déjà en chantier!

Quand nos cœurs seront unis

Marcel Martel est le créateur de cette chanson. Éric adopte une approche vocale plus musclée et assurée que sur la plupart des pièces meublant cet album. Pour Éric, reprendre les compositions de ces grandes pointures du country constitue un coup de chapeau absolument mérité. De plus, le musicien considère comme étant primordial de transmettre la musique de ces monuments country à une autre génération.

Chacun dans son espace

Une importante chanson offerte à Vincent Vallières par Éric. Morceau qui sonne admirablement bien en version country. Petit aveu/secret : la progression d’accord du pont est un repiquage du bridge de Comme un cave de Possession Simple, groupe dans lequel Éric a fait ses premiers pas dans le métier.

Je ferme grand les yeux

En fouillant dans ses maquettes, cette chanson aux ascendants très Gram Parsons/Ryan Adams, offerte à Renée Martel, semblait parfaitement destiné pour ce disque. Selon Éric, un choix facile à faire… et le seul « fade-out » de l’opus.

L’hôtel des cœurs brisés

Grande chanson de Stephen Faulkner. Faulkner est un important songwriter de la chanson québécoise et la version offerte par Éric constitue un vibrant hommage au compositeur; que dire de ce frissonnant orgue Hammond B3 qui apparaît à une minute quarante secondes pile-poil.

Ton amour va me rendre fou

L’histoire de cette pièce? Alexandre Belliard devait se présenter chez Éric afin de travailler en sa compagnie une nouvelle création chansonnière, mais Belliard a eu un contretemps imprévu et n’a pu se montrer le bout du nez; ce qui a contraint Éric à composer cette chanson en quelques heures seulement.

Salut les amoureux

Chanson popularisée par Joe Dassin et Arlo Guthrie mais écrite par Steve Goodman dont le titre intégral est City Of New Orelans. On discute de Joe Dassin en prenant conscience que nous avons tous deux grandi au son de sa musique.

Danse avec moi

Composé pour un film qui n’a jamais vu le jour et offert une fois de plus à Renée Martel, ce morceau dont le texte fait appel à une interprétation toute féminine est éloquemment renouvelé par son auteur. Grâce à cette écoute dans un studio haut de gamme, on entend « l’overdub » d’une guitare douze cordes dans le mix.

Mauvaise vie

Classique d’Alex Jones (WD 40), coécrite avec Éric, ici accompagné de Corinne de la formation Camionnette. Éric me confesse qu’un de ses meilleurs albums country de tous les temps est sans contredit Must’ve Been High de la légendaire formation Supersuckers.

Souviens-toi de moi

Adaptation d’une ritournelle de Rodney Crowell et Will Jennings interprétée par Paul Brunelle. Encore une fois, Éric a voulu rendre un salut bien senti à ce grand de la chanson country québécoise.

L’âme à la tendresse

Enregistrée, il y de cela trois ou quatre ans, avec Mara Tremblay et sans section rythmique. Avec l’aide d’un métronome, les compétents Mark Hébert et Vincent Carré se sont ajoutés à la mouture finale. Superbe version de cette chanson signée François Dompierre.

Ce Volume 1, colligé majoritairement en version live en studio (les voix se sont annexées ultérieurement), est un disque authentique, intègre et vrai comme l’est son auteur. En plus de l’apport indéniable de Mark Hébert et Vincent Carré à la section rythmique, il serait bon de souligner les performances de Rick Haworth (pedal steel), Carl Prévost (guitare) et Ariane Ouellet (violon) qui viennent bonifier de leur talent ce très bon album country.

En plus de faire office de génuflexion sincère à l’endroit de nos précurseurs et créateurs country bien de chez nous, cette création sonore permet à Éric Goulet de faire connaître ses propres compositions à un public différent. Le musicien se fait un cadeau en réinterprétant son corpus chansonnier dans un format plus accessible, ce qui permettra sans aucun doute au musicien d’atteindre un auditoire plus large. Ce répertoire le mérite amplement!

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ericgoulet.disquesnomade.com

Raconte-moi ton disque :
Michèle O – Assise dans ma tête

Michele-OSalut les mélomanes! Déjà une deuxième chronique Raconte-moi ton disque! Ce mois-ci, j’ai rencontré la dynamique Michèle O afin de réentendre, en sa compagnie, les pièces meublant son premier album titré Assise dans ma tête. Paru à l’automne 2012, ce premier effort de l’auteure-compositrice-interprète originaire de Val D’Or en Abitibi-Témiscamingue lorgne vers des sonorités alliant habilement le country et le folk avec un ascendant pop parfaitement assumé. Un disque qui a reçu un accueil favorable de la part des critiques et journalistes musicaux québécois qui ont comparé quelques fois l’artiste à Mara Tremblay.

Donc, vendredi 24 mai dernier à 15 heures, l’électrisante et sympathique Michèle O fait son apparition au Lab Mastering prête à replonger dans le processus créatif de son album… et c’est toujours un grand bonheur de réécouter un disque dans ce qui constitue une des meilleures écoutes studio du moment. Bien entendu, quelques plaisanteries bon enfant servent à détendre l’atmosphère et voilà que nous nous calons bien confortablement dans nos chaises, parés à découvrir les quelques secrets sonores contenus dans ce Assise dans ma tête.

Encore

Cette solide ritournelle pop-rock se caractérise par un excellent solo de guitare aux accents country prodigué par l’acolyte, le complice et le réalisateur du disque Pierre-Louis Lavoie. En mettant en relief le remarquable travail de Lavoie, je venais de déverrouiller l’entretien, car la musicienne y est allée d’une révérence bien sentie à l’endroit de son guitariste; Lavoie ne constituant rien de moins que le pilier sur lequel s’appuie Michèle O… et ça s’entend tout au long de l’album.

Assise dans ma tête

Morceau déclencheur du processus créatif de Michèle O. Première chanson écrite et composée qui a donné le coup d’envoi à la créativité chansonnière de l’artiste. Encore une fois, Lavoie se distingue avec des guitares country d’un niveau inégalé.

Ces bottes sont faites pour marcher

Superbe reprise de ce standard de Nancy Sinatra qui a déjà été interprétée par la comédienne Dominque Michel. Elle m’avoue que cette pièce a toujours constitué un moment fort de ses concerts et la version studio apparaissant sur la galette est directement inspirée de ces différentes moutures «live».

Si ça fait mal un peu

Pièce qui fait référence à ces douloureux moments qui nous donnent l’impression que tout s’écroule autour de nous : « Et quand y’a plus que les moustiques qui ont des ailes ». C’est à ce moment que Michèle confesse, avec une honnêteté qui l’honore, que sans le groupe qui l’accompagne, ses chansons n’auraient pas du tout le même impact.

L’anecdote moche

Durant l’écoute de cette pièce, j’ai demandé à Michèle si elle détenait une formation musicale. Michèle me confia alors qu’elle est une artiste autodidacte, qui a joué du violon en bas âge, qui s’est mise aux guitares à l’adolescence et qui, à l’âge adulte, a fait partie d’une formation aux inflexions grunge nommée Kill January. Je fais la découverte d’une artiste expérimentée qui en connaît un bon bout sur l’industrie du disque.

Quelqu’un d’autre

Ballade country-folk émouvante colligée en une seule prise : Michèle, un micro, une guitare, une interprétation qui a ému ses musiciens et la chanson était dans le sac. Ce morceau qui se transmute en un crescendo final frissonnant a été bonifié de quelques overdubs guitaristiques (gracieuseté de Lavoie) de même que de superbes harmonies vocales. Une réussite!

Ma maison sans bruit

On jase équipements, guitares et amplificateurs. Michèle joue sur une guitare semi-acoustique Fifth Avenue et Lavoie s’exécute sur une guitare Telecaster branchée dans un amplificateur Vox, d’où ce superbe son vintage qui rappelle le jeu de Luther Perkins, guitariste accompagnateur de Johnny Cash.

Sebastian

Bonne chanson pop. Aux quatre coins du studio d’enregistrement, Michèle O et ses musiciens se sont amusés ferme à créer ces clappements de mains qui appuient efficacement la batterie lors de l’introduction.

L’étage

Ce rockabilly/rock’n’roll est fertilisé par une harmonie vocale de Lavoie. Afin de mieux faire passer ses propres compositions en spectacle, Michèle admet qu’elle doit se soumettre à jouer quelques interprétations. À ma grande surprise, je découvre que son groupe revisite Neighborhood #1 d‘Arcade Fire!

Ma belle tempête

Fingerpicking joué par Michèle, guitare arpégée de Lavoie, utilisation d’un e-bow en arrière-plan dans le mix, voix de Evans Lamarre en harmonie avec la chanteuse et probablement le morceau se rapprochant le plus de l’univers musical de Mara Tremblay.

Ta berceuse

Utilisation d’un tricône (une sorte de guitare à résonateur) joué par Olivier Gauthier, une guitare mixée à l’envers dans l’introduction et ce blues salopé qui constitue, à mon humble avis, la meilleure pièce de l’album.

Devil’s Face

Composition issue de son ancienne formation Kill January en version folk-country qui représente, selon Michèle, un beau clin d’œil bouclant la boucle de cette période créative… et qui conclut efficacement ce Assise dans ma tête.

En dehors des confidences qui concernent la mécanique créative qui a mené à l’accouchement de son premier effort, j’ai découvert une fanatique de rock abrasif (Pixies, Nirvana), une amoureuse des mélodies beatlesques, mais surtout une architecte chansonnière reconnaissante du travail de ses musiciens, plus particulièrement de l’apport gargantuesque de Pierre-Louis Lavoie, envers qui elle porte le plus grand des respects.

Michèle O est une artiste intuitive, passionnée, éprise de liberté, qui mise sur la longévité plutôt que sur le succès instantané et qui semble tout à fait lucide par rapport à la réussite; une jeune femme qui a les deux pieds bien ancrés au sol… ce qui lui permettra sans aucun doute de faire sa marque. Une bien belle rencontre!

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Raconte-moi ton disque : Louis-Jean Cormier – Le treizième étage

Louis-JeanBon vendredi les mélomanes! Je vous présente avec enthousiasme ma première chronique mensuelle titrée Raconte-moi ton disque. Le concept? Un entretien privilégié, jumelé à une séance d’écoute qui replonge un artiste (ou encore un groupe) dans le processus créatif de son disque paru il y a quelque temps déjà… et on frappe un grand coup pour ce premier carnet, car l’un des plus important compositeur, réalisateur et musicien québécois a cordialement accepté de me rencontrer.

En effet, c’est le 6 mai dernier que j’avais rendez-vous au Lab Mastering avec Louis-Jean Cormier afin de réécouter, en sa compagnie, Le treizième étage; lauréat de l’album francophone de l’année décerné lors des derniers Juno Awards et œuvre apprécié par la majorité des journalistes musicaux québécois. J’avais hâte de réentendre cet album aux sonorités foisonnantes et aux textes bien ficelés dans ce qui constitue une des meilleures écoutes studio du moment! Par ailleurs, le matriçage de l’album a été effectué dans ce studio de mastering haut de gamme.

Un espresso, un brin de jasette en guise d’introduction, quelques blagues qui détendent l’atmosphère, et voilà que nous nous installons confortablement, prêts à décortiquer les douze morceaux de ce superbe Treizième étage. Je vous offre une exploration, piste par piste, des petits secrets sonores divulgués par Louis-Jean Cormier au cours de notre échange.

La cassette

À l’ouverture de la chanson, la première chose qui étonne est l’utilisation inventive des percussions. Louis-Jean me confirme que les rythmes colligés sur l’ensemble de l’album sont des croisements hétéroclites entre une batterie, des martèlements industriels et autres instruments inhabituels. Cette recette fera mouche sur la plupart des titres de l’opus.

Bull’s Eye

Encore ces percussions bigarrées de même que ce léger clin d’œil au Let England Shake de PJ Harvey. Sur l’aveu même de Louis-Jean, voilà une conception sonore qui a influencé la gestation créative de son premier album solo.

Transistors

Sur celle-ci, le frère de Louis-Jean s’exécute au violon. S’ajoute la pulsation d’un gigantesque tambour qui fera office de rythme pratiquement martial tout au long des couplets. Louis-Jean me confesse que ce fameux tambour fera partie intégrante du travail réalisé au niveau de la pulsation rythmique de l’album.

J’haïs les happy ends

Aux dires de Louis-Jean, ce blues rock aurait pu devenir convenu, mais en branchant les guitares directement dans la console, en utilisant bien entendu des préamplificateurs, le son des six cordes s’est transformé en un joyeux et efficace bourdonnement. Il me confie que l’influence des premières parutions de M. Ward se fait particulièrement sentir sur ce morceau, que ce soit au niveau des harmonies vocales éthérées ou encore de ce petit penchant lo-fi qui accentue le dévernissage de cette pièce.

Les chansons folles

Enregistré sur le balcon situé à l’arrière du studio d’enregistrement de Louis-Jean. Fait à noter, au début du deuxième couplet, si vous portez attention, vous entendrez passer un avion dans le mix. Deux à trois prises et c’était dans le sac!

Tout le monde en même temps

De minuscules similitudes (parfaitement assumées par Louis-Jean) à The World That Maketh Murder de Miss Harvey, autant au niveau de la progression d’accords que les chœurs angéliques auréolant la chanson.

Le cœur en téflon

Une introduction exécutée sur une kalimba (piano à pouce) qui nous amène à cette guitare rythmique très Tom Petty à laquelle Louis-Jean tenait. Je lui fais remarquer à quel point le pont de la chanson sonnant «pratiquement Classels» (dixit Louis-Jean), prépare superbement le retour du refrain.

L’ascenseur

Chanson folk exécutée sur une guitare à résonateur appartenant à Michel Rivard qui enregistrait au studio de Louis-Jean. Encore une fois, l’emblématique calorifère employé comme instrument percussif.

Un monstre

Chanson émouvante et immense dans laquelle participe l’excellent Robbie Kuster (Patrick Watson). Une scie musicale en arrière-plan qui personnifie la maladie monstrueuse qui assaille le personnage du bambin. Louis-Jean me confie qu’il adore créer des ambiances sonores étroitement juxtaposées au texte. Une conception qui rapporte magnifiquement ses dividendes!

Un refrain trop long

Le studio d’enregistrement étant situé juste en face d’une d’école, Louis-Jean ne pouvait s’empêcher d’aller capter l’effervescence de ces jeunes enfants jouant durant la récréation; et c’est cette prise de son qui a été introduite au refrain.

L’air

Une ritournelle folk jouée simplement en trio basse/guitare/batterie, consignée à l’aide d’un seul microphone. Quelques overdubs ça et là et la chanson était en banque.

La seule question

Pièce charnière qui conclut cette production… et Louis-Jean m’avoue que c’est le premier texte qui fût écrit pour cette élaboration sonore. C’est suite à la rédaction de ces mots que la valve littéraire s’est ouverte, et ce, pour toutes les autres chansons de l’album; et ces sages paroles qui résonnent noblement : «Entre l’écho des minerais et les églises à vendre/La seule question qui ressort/Crois-tu qu’on s’aime encore… fort?».

Dans l’univers musical de Louis-Jean Cormier, même si les atmosphères semblent minutieuses et orfévrées, le musicien laisse une grande part au hasard et aux aléas imprévus de la création. À la suite de cet entretien, j’ai rapidement compris pourquoi Louis-Jean Cormier est l’un des musiciens les plus respectés et compétents de sa génération. Par-dessus le marché, un bonhomme fort sympathique, généreux et humble. Un privilège d’avoir pu sonder un tant soit peu son imaginaire musical. Du bonbon!

louisjeancormier.com

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