Pop Archives - Le Canal Auditif

Critique : Barbagallo – Grand Chien

La première fois qu’on a entendu parler de Barbagallo, c’est via les mélomanes avertis de La Souterraine. Tu ne les connais pas? Il est temps que tu découvres ces plus cool que cool qui connaissent leur musique et qui organisent des événements des deux côtés de l’Atlantique. Ce sont des éclaireurs musicaux internationaux. Rien de moins! Revenons à Barbagallo qui avait trouvé sa place sur la quatrième compilation de La Souterraine et qui est… le batteur de Tame Impala. Oui, je le sais, vous venez de vous dire, hein? Un français qui joue du drum pour Tame Impala? Ben oui…

Barbagallo fait dans la pop saupoudrée de psychédélique avec une délicatesse et une sensibilité bien intéressantes. C’est mélodieux du début à la fin de Grand chien et ses pièces, bien que généralement plutôt conventionnelles dans leur construction, le sont beaucoup moins dans la facture auditive. Des sonorités de toute sorte se font entendre sur la galette et nous transportent dans un univers aérien et onirique.

Le chant délicat de Julien Barbagallo y est pour beaucoup. Sa voix est toujours d’une douceur rassurante, Pas grand monde en est bon exemple alors qu’il chante ce qu’on s’imagine être la dichotomie entre les amis toujours en France et lui qui habitait l’Australie avec Tame Impala.

« Il n’y avait pas grand monde qui voulait venir
Trop loin, trop cher, trop chaud
Il n’y avait pas grand monde qui voulait venir
L’hiver à l’envers l’été »
— Pas grand monde

Les sonorités psychédéliques sont à l’honneur un peu partout sur Grand chien. Nouveau sidobre qui ouvre l’album donne le ton dès ses premières notes avec les sonorités de guitare espagnole claires et séduisantes. Puis, au refrain, on se perd dans les nuages en compagnie de la voix de Barbagallo, aspirée vers le ciel. Le Français est doué pour les mélodies et le prouve à maintes reprises, Mungibeddu étant un excellent exemple de sa facilité à charmer les oreilles. Même dans ses moments les plus déposés, il trouve le moyen d’ensorceler les tympans comme le démontre habilement Le carquois tchadien.

Julien Barbagallo démontre avec ce deuxième album qu’il sait quelle genre de musique pop il veut créer. C’est une musique qui garde une construction plutôt traditionnelle, mais qui explore beaucoup dans les sonorités. C’est réussi et il nous offre plusieurs chansons qui languissent dans les neurones après l’écoute. C’est un album qui demande quelques écoutes avant de bien entrer dans son univers, mais qui récompenses par la suite. Il se bonifie un peu à chaque écoute et devient rapidement un plaisir auditif vaporeux et réconfortant.

Ma note: 7/10

Barbagallo
Grand Chien
Audiogram
41 minutes

https://www.facebook.com/Julien-Barbagallo-150241748351887/

Critique : Geoffroy – Coastline

Geoffroy Sauvé est un autre artiste qui s’est d’abord fait connaître pour son passage à La Voix. Parce qu’il faut le dire, même si ces émissions faites sur mesure pour plaire à un public matantisé, certains bons interprètes s’y font remarquer. On peut penser à Charlotte Cardin, Matt Holubowski et Laurence Castera. Geoffroy est sans doute le premier de qui nous avons parlé. Il avait fait paraître un EP bien intéressant en 2015, Soaked in Gold, sous la bannière Bonsound. Près d’un an et demi plus tard, il nous arrive avec un album complet.

Le jeune homme fait dans l’électro-pop R&B, puisant ses influences chez Sohn, Chet Faker et plus près de nous Kroy et Milk & Bone. Sa livraison est beaucoup plus pop et généralement conservatrice dans sa construction de chanson. Par contre, le son lui est rafraîchissant et très efficace. Inspiré par ses voyages, Geoffroy nous donne souvent l’envie de tout lâcher pour aller explorer les contrées de la terre que nous n’avons jamais vues sur Coastline.

Ses airs sont mélodieux à l’os et intoxicants à souhait. Il est difficile de rester de marbre devant Sleeping on My Own et son refrain velouté. C’est forgé dans le même tissu que les gros succès américains de la dernière année. Il est difficile de ne pas tracer un parallèle avec DJ Snake, Major Lazer et Diplo qui nous ont offert Lean On. Trouble Child a des petits accents de groupes anglais tels que Breton et Foals, mais sans le côté éclaté des compositions.

On trouve sur Coastline, une très appréciable collaboration avec Fjord intitulé As Long. C’est l’une des chansons qui ressort résolument du lot. On trouve aussi une collaboration avec Men I Trust qui respire le « cool » à plein nez. Dans Pusherman, Geoffroy s’attaque un à un style un peu plus funk et ça lui va bien. C’est groovy et rythmé. Raised By the Wolves est aussi plutôt efficace avec sa trame dynamique et poignante.

Dans l’ensemble Coastline est un pop album d’electro-pop. Son principal défaut est ses constructions conservatrices des chansons qui gardent pour la plupart la bonne vieille formule couplet-refrain-couplet-refran-bridge-refrain. Par contre, même avec ce petit désagrément, ça reste un album qui amène un vent de fraîcheur sur la pop québécoise. Gageons qu’on entendra encore longtemps parler de Geoffroy, avec raison! Et puis, pour le moment ça donne envie de vivre de nouvelles aventures et de voyager à l’autre bout du monde.

Ma note: 7,5/10

Geoffroy
Coastline
Bonsound
41 minutes

http://www.bonsound.com/fr/artiste/geoffroy/

Critique : Laurence Castera – Le bruit des mots

Laurence Castera a commencé sa carrière comme chanteur du groupe Automat. Ça n’a rien à voir avec le brillant duo d’électronique allemand par contre. Celui-ci s’est fait connaître des masses en participant à la populaire émission La Voix. D’ailleurs, le jeune homme est taillé sur mesure pour ce genre d’émission. Il sait composer une musique pop accessible, bien exécutée avec une bonne dose d’âme.

Dans Le bruit des mots, Laurence Castera nous propose du bon, du correct et du moins bon. Dans l’ensemble, c’est un album pour lequel, il n’a pas à rougir. Plusieurs de ses chansons frappent la cible et nous propose une pop-rock efficace, mélodieuse, bien écrite et magnifiquement interprétée. C’est sûr que Castera reste en territoire connu et sauf. Ce n’est pas la pop la plus aventureuse, mais c’est quand même des lieux plus intéressants que du Marc Dupré, mettons.

Il y a quelques pièces vraiment bien tournées sur Le bruit des mots. La pièce-titre avec son air efficace, son texte bien imagé et sa trame qui gagne en puissance tout au long est bien appréciable. Avant la fin, on se surprend à chanter à tue-tête le refrain avec le jeune homme. Il nous montre aussi qu’il est capable de soutenir une chanson assez décharnée avec la douce et veloutée Rien. L’horloge fait mouche avec sa mélodie poignante. Mille choses se débrouille aussi malgré sa grosse guitare qui fait un peu plaqué et son traitement qui nous rappelle le début des années 2000.

C’est sûr qu’en pop québécoise, il y a l’avant et l’après-Louis-Jean Cormier. C’est le même genre de phénomène qu’avec Les Colocs ou Bernard Adamus. Chez Castera, c’est parfois très Cormier. Un peu trop à travers Le bruit des mots. Encore est sans doute la pièce la plus proche de ce que l’(ex?) — Karkwa nous offre, mais avec un peu moins de brio dans le texte, la facture et la guitare. Le maître est encore devant l’élève. Et puis, il y a quelques chansons qui tombent tout simplement à plat, comme la litanie qu’est J’peux pas t’écrire de toune. Elle fait penser à Dany Bédar, champion de la plainte en titre. Contrairement à ce dernier, on n’est pas rendu au point d’avoir envie de se sauver du Plateau… mais bon, ce n’est pas hyper original et efficace.

Un premier album intéressant pour Laurence Castera, qui montre beaucoup de potentiel et quelques failles. Il a un don pour la mélodie et sait écrire de vrais textes bien tournés. Ce qui n’est pas légion dans la pop québécoise. On sent aussi une réelle authenticité dans sa démarche et non un besoin absolu de jouer chez les Rouge FM de ce monde. Un artiste à surveiller qui saura vous charmer les oreilles avec ses ritournelles sympathiques.

Ma note: 6.5/10

Laurence Castera
Le bruit des mots
Coyote Records
47 minutes

http://www.laurencecastera.ca/

Critique : Albin de la Simone – L’un de nous

Albin de la Simone chante d’une voix ronde et douce l’amour à deux, l’amour qui vieillit et qui grandit avec une musique à la française franchement charmante. Avec L’un de nous, son cinquième album, Albin de la Simone réussit à émouvoir et à faire sourire.

L’un de nous a connu un enregistrement particulier. En deux jours, Albin de la Simone a enregistré sa voix, accompagnée seulement du piano, de façon très épurée. L’habillage orchestral a par la suite été fait, avec Maëva La Berre et Anne Gouverneur au violoncelle et au violon, François Lasserre à la guitare, Sarah Murica à la contrebasse, Milamarina à la harpe, la scie musicale de Mara Carlyle et Raphael Chassin à la batterie. Chaque instrument se fait discret, la place principale étant toujours laissée à la voix, porteuse de textes forts.

Ça commence avec Le grand amour, une pièce qui fait mal et soulage à la fois :

«On ne parlait pas d’amour
L’amour, c’est quoi?
On ne parlait jamais d’amour
Le grand amour
Ça n’existait pas».
– Le grand amour

De la Simone y raconte une histoire pleine de désir et de désinvolture et expose cette idée qu’on ne sait pas reconnaître l’amour tant qu’on ne le perd pas. Si l’on peut passer à côté de l’amour, on peut aussi passer à côté de la vie, sur Les chiens sans langue, qui raconte un suicide à deux avec une musique mélancolique, presque joyeuse.

L’amour s’éteint aussi, comme sur Ma barbe pousse, la chanson pourtant la plus rythmée du disque où l’homme blessé se laisse aller, répète Ça va alors que l’ex-femme fait un enfant à un nouvel amour.

Après, l’amour, ça se fait à deux, et parfois, on ne sait plus de qui vient le problème, comme sur la chanson-titre :

«L’un de nous
Moi je sais pas
Si c’est toi
Ou si c’est moi
Mais l’un de nous
Va pas»
– L’un de nous

Sur À quoi, Sabina Sciubba (Brazilian Girls) donne la réplique, elle qui a une voix pratiquement plus grave que celle du chanteur. Proche du spoken word, cette chanson a tout d’une berceuse.

L’un de nous s’écoute en douze courtes pièces douces et mélancoliques, où la voix suave sans être nonchalante d’Albin de la Simone, près de celle de Ludovic Alarie et de Pierre Lapointe, nous berce. Cet album sensible amène lumière et calme dans un monde drôlement contrarié. Rien de révolutionnaire à l’horizon, juste un petit bijou de poésie.

Ma note: 7,5/10

Albin de la Simone
L’un de nous
Tôt ou tard
39 minutes

http://www.albindelasimone.com/

Critique : Peter Peter – Noir Éden

Rares sont les artistes québécois ayant réussi à créer une attente aussi grande pour un nouvel album. À la force des trois extraits sortis avant sa parution, le mélomane averti avait tout pour espérer une petite bombe indie pop. L’œuvre serait peut-être aussi bonne que son précédent et… peut-être même mieux. Rétablissons les faits.

Peter Peter, prometteur auteur-compositeur-interprète, fait paraître, à l’hiver 2011, un premier album folk rock. L’album homonyme paraît pour le compte d’Audiogram et est un peu brouillon. Puis, il tourne le Québec ainsi que la France avec ses chansons. Paraît ensuite un deuxième disque en août 2012. C’est un pas de géant intitulé Une version améliorée de la tristesse. Celui-ci est au diapason de ce qui se faisait en frais d’indie pop électronique à ce moment-là dans le monde. Ça illustrait l’amour pour que l’artiste porte aux claviers, entre sonorités des années 80, new wave et indie pop sophistiquée. Personne au Québec ne faisait de la pop aux sonorités électroniques comme Peter. À ce moment-là, il était dans une classe quasi à part. L’album fut révélé : album franco de l’année sur l’iTunes Store Canada, et paru dans plusieurs listes des meilleurs disques cette année-là. En plus, il fut sélectionné dans la longue liste du prix Polaris. L’album est lancé en France un an plus tard chez Arista France, qui craque pour la plume de Peter et voit en lui un bel avenir pour la chanson française. Le beau brun s’installe alors en France, dans le sud de la banlieue parisienne pour changer de cap, vivre autre chose, connaître l’amour et surtout, écrire un nouvel album.

Alors, il est comment ce nouvel opus? Très bien foutu, je vous dirai. Ce qui frappe le plus, c’est la confiance que Peter a gagnée de l’album numéro un à ce troisième opus. C’est évident, dès les premières notes chantées de Bien réel, qui ouvre merveilleusement bien l’album, une des meilleures chansons du répertoire de l’artiste. Avec son entrée ambiante et pulsative jusqu’à son envolée aux limites de la techno, on entre dans de nouveaux territoires, entre deux états, le réel et l’irréel. Peter s’amuse à brouiller les cartes, avec un texte imagé presque automatique, contemplatif, romantique et intimiste à souhait.

Sur les onze pièces de ce nouvel album (12 si l’on y inclut la pièce Fantôme de la nuit, un interlude de 32 secondes), l’artiste joue avec le format pop (couplet-refrain-couplet-bridge-refrain) en superposant les textures, en diversifiant le tempo. Il opte pour une prose imagée qui laisse l’auditeur contemplatif. Ça sonne new wave, avec des effluves de musique électronique ici et là. Tantôt, ça pourrait vous évoquer Indochine, d’autres fois Depeche Mode ou Étienne Daho. D’autres moments sont sortis tout droit du meilleur du catalogue pop des années 80 (Vénus, Nosferatu).

Ça paraît audacieux et gros comme ça, mais prenez par exemple Loving Game. La pièce, une commande que l’éditeur de Peter avait demandé pour lancer à l’équipe de Céline Dion (qui a été refusée, évidemment), est l’une des belles surprises de l’album. Avec son refrain en anglais et son chœur gospel, c’est un gros cliché américain qui prend des airs de clin d’œil plutôt que de pastiche. C’est fait avec intelligence et subtilité et juste assez d’ironie pour que ça fonctionne. La pièce titre, une ode à la solitude insomniaque, possède un chœur féminin chanté par la jeune Française Alice Vanor et est absolument divine. No Man’s Land, avec ses claviers dissonants, est très efficace, tandis que Pâle cristal bleu, qui clos l’album, est acoustique et douce. Elle pourrait être la sœur de la maintenant célèbre Tergiverse, parue sur son premier album.

Réalisé par Peter lui-même entre Montréal et Paris avec l’aide de Pierrick Devin, Pascal Shefteshy et Emmanuel Ethier (ces derniers avaient travaillé sur son précédent effort), Noir Éden est la suite logique et accomplie d’Une Version Améliorée de la Tristesse. Sans se dénaturer, Peter emmène son public ailleurs, entre variété française, électronica et indie pop-rock. Il se place, avec la parution de cet album, parmi les meilleurs artistes de sa génération, qu’ils s’appellent Feu! Chatterton, La Femme ou Jimmy Hunt.

Ma note: 8,5/10

Peter Peter
Noir Éden
Audiogram
46 minutes