Critiques

The Black Keys

“Let’s Rock”

  • Nonesuch Records
  • 2019
  • 39 minutes
5,5

The Black Keys, pour moi, c’est un peu comme de vieux chums du secondaire que tu revois plusieurs années plus tard en réalisant que vous n’aviez pas grand-chose en commun finalement. Sur “Let’s Rock”, le chanteur-guitariste Dan Auerbach et le batteur Patrick Carney se la jouent old school à fond en espérant recréer la magie d’antan, sauf que le résultat tient plus du pastiche que d’autre chose.

“Let’s Rock” est le neuvième album dans la carrière du groupe originaire de l’Ohio, mais le premier depuis Magic Potion en 2006 à ne pas avoir été produit par Danger Mouse. On ne peut pas dire toutefois que l’absence du réalisateur se fait cruellement sentir ici, si ce n’est que le son d’ensemble se veut un peu moins poli, sans non plus qu’on puisse parler d’une esthétique garage. En fait, on est dans un univers qui fait beaucoup penser à la formation Phish, plus particulièrement ses albums Farhmouse (2000) et Round Room (2002), tous deux réalisés par Bryce Goggin.

Le batteur Patrick Carney a dit de “Let’s Rock” qu’il se voulait « un hommage à la guitare électrique ». Ça explique sûrement le côté nostalgique de ces nouveaux titres, qui sentent le rock des années 70 à plein nez. Certes, il y a toujours eu chez les Black Keys un côté seventies très assumé, sauf qu’on est ici dans un autre registre, celui de l’imitation. On ne compte plus les clins d’œil : il y a du Don’t Bring Me Down d’Electric Light Orchestra dans le riff néanmoins efficace de Shine a Little Light, un peu de Spirit in the Sky de Norman Greenbaum sur Lo/Hi, tandis que Sit Around and Miss You a clairement été écrite avec Stuck in the Middle with You de Steelers Wheel en tête. Quant aux premières notes d’Every Little Thing, elles renvoient au début de Since I’ve Been Loving You de Led Zeppelin (eux-mêmes les rois du repiquage), sans compter le petit riff à la All Right Now de Free sur Under the Gun

La démarche n’est pas du tout malhonnête de la part des Black Keys. En effet, les emprunts sont si reconnaissables qu’il n’y a aucune volonté de cacher quoi que ce soit ici. Et plusieurs titres restent quand même efficaces. La complicité entre Auerbach et Carney demeure d’ailleurs intacte, comme en font foi l’excellent groove sur Eagle Birds, le refrain choral de la puissante Breaking Down et le savant mélange country-rock sur Get Yourself Together (qui agace un peu quand même, tellement elle me rappelle Back on the Train de Phish). Mais au final, la même impression un peu désagréable demeure, celle d’écouter une vieille playlist préparée par un animateur de CHOM-FM. C’est le fun autour du barbecue, mais on se tanne vite.

Les Black Keys ont connu leur pic créatif au début des années 2010, avec la sortie successive des excellents Brothers (2010) et El Camino (2011), qui avaient propulsé le duo au rang de superstars, y compris sur les ondes radiophoniques. El Camino, en particulier, reste encore un excellent disque qui n’a pas pris une ride, et sur lequel la formation a atteint une parfaite maîtrise de son art, c’est-à-dire un rock simple mais brillamment exécuté, et débordant d’une qualité qu’on a tendance à négliger quand on tente d’identifier ce qui nous fait tripper chez un artiste : le plaisir…

Je le sais, les Black Keys comptent sur une légion de fans au Québec (et ailleurs) et je doute que ce décevant “Let’s Rock” va y changer quoi que ce soit. Il fallait les voir au show de clôture d’Osheaga en 2015 pour comprendre tout le magnétisme que ce groupe exerce (malgré le tiède accueil qu’avait reçu leur nouvel album Turn Blue à l’époque). Mais tant qu’à les écouter me jouer des reprises des années 70, je préfère me taper Highway to Hell d’AC/DC en boucle (sans compter que le meilleur album avec une chaise électrique sur la pochette a déjà été enregistré en 1984).

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