Critiques

Little Scream

Speed Queen

  • Dine Alone Records
  • 2019
  • 43 minutes
7

Dans la vaste constellation d’artistes gravitant autour d’Arcade Fire, on a tendance à oublier Little Scream, de son véritable nom Lauren Sprengelmeyer, une Américaine originaire de l’Iowa mais désormais établie à Montréal. En octobre, elle s’est mariée à Richard Reed Parry presqu’en même temps qu’elle lançait Speed Queen, un troisième album solo aux influences plus diverses allant du disco au soft rock.

Little Scream s’est d’abord fait connaître en 2011 avec la sortie de l’excellent The Golden Record, un premier opus au style inclassable, sorte de combinaison entre le folk et le rock garage, avec un petit enrobage psychédélique pleinement assumé. Personnellement, je l’ai découverte en 2015 en première partie de Sufjan Stevens à la Place-des-Arts. Devant une salle aux trois-quarts vide, elle m’avait impressionné par sa musique aventureuse défiant les repères habituels de l’indie rock.

La liste des amis musiciens de Little Scream est particulièrement impressionnante. Sur ses deux albums précédents, elle a notamment pu bénéficier de la collaboration de Sufjan Stevens lui-même, des frères Dessner (The National), de Sharon Van Etten et de Kyp Malone (TV on the Radio), pour ne nommer que ceux-là. La nomenclature d’invités est un peu moins longue à faire sur Speed Queen mais la qualité demeure encore au rendez-vous avec la présence, entre autres, de son mari sur deux titres, du batteur Robbie Kuster et du bassiste Mishka Stein (Patrick Watson).

On a parfois comparé Little Scream à Feist, sans doute en raison de cette capacité à combiner un indie-folk baroque plus recherché dans les arrangements à quelque chose de résolument pop, comme sur le précédent Cult Following, paru il y a trois ans. La comparaison tient encore sur Speed Queen, sauf que Sprengelmeyer semble cette fois avoir décidé d’élargir ses horizons pour embrasser tout ce que l’indie pop au féminin peut offrir en 2019. Des morceaux comme Switchblade et la pièce-titre font beaucoup penser à Lana Del Rey, non seulement dans l’intonation, mais aussi dans les variations de dynamiques. Il y a aussi Still Life qui rappelle M.A.H. de U.S. Girls. On n’est pas dans le registre de l’imitation, mais certainement dans un désir de se coller davantage au paysage musical actuel, avec pour conséquence que le côté psychédélique qu’on appréciait auparavant s’exprime moins ici, ce qui est dommage.

Il y a quand même encore des moments puissants. L’album s’ouvre sur la très réussie Dear Leader, qui dénonce la corruption en politique. En entrevue récemment avec The Gazette, Sprengelmeyer a admis s’être inspirée de la chanson The Future de Leonard Cohen pour l’écriture des paroles : « Je voulais mettre ensemble mes idées d’une manière qui ne sonnerait pas comme de la colère, qui inclurait également un peu d’humour et d’autocritique, qui ne se voudrait pas prêchi-prêcha ». Ironiquement, le texte peut se lire comme un brûlot anti-Donald Trump (« And all those racists who would kill / For their law and order / Can go ahead and build their walls / On every single border »), ou comme un récit autobiographique, elle qui a grandi au sein des Témoins de Jéhovah et qui a vu des membres de sa famille lui tourner le dos quand elle a quitté la communauté. Comme quoi les murs sont partout.

Dans une année marquée par des parutions aussi fortes que Titanic Rising de Weyes Blood, Norman Fucking Rockwell! de Lana Del Rey, All Mirrors d’Angel Olsen ou encore Remind Me Tomorrow de Sharon Van Etten, il est difficile pour Little Scream de sortir du lot. Speed Queen demeure tout de même un album intéressant, mais qui n’a pas le même souffle distinctif que ses œuvres précédentes…

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