Critiques

Weyes Blood

Titanic Rising

  • Sub Pop Records
  • 2019
  • 42 minutes
8,5
Le meilleur de lca

En 2016, lorsque Natalie Merling, alias Weyes Blood, a lancé Front Row Seat to Earth, une forte majorité de journalistes musicaux ont porté aux nues cet excellent disque; un album qui alliait le folk à la Karen Dalton à un soft-rock inspiré de la formation The Carpenters. Le registre vocal contralto de Merling est assez similaire à celui de Karen Carpenter.

Weyes Blood a toujours cultivé une aura de mystère autour de sa personnalité artistique. Sise entre une certaine forme d’occultisme et une indéniable sophistication musicale, elle fait quand même preuve d’une franchise émouvante dans l’expression de ses zones d’ombre… elle qui a été élevée dans une famille religieuse marquée par un autoritarisme paternel assez troublant. Aujourd’hui, le climat est apaisé, semble-t-il, entre Merling et le clan familial.

Le 5 avril dernier paraissait le 4e album de Weyes Blood intitulé Titanic Rising. Cette nouvelle production, co-réalisé avec Joanthan Rado (Foxygen) – et ça s’entend ! – porte sur notre monde en lente décomposition et qui refuse d’affronter son inéluctable destin. En replongeant dans son adolescence trouble et rebelle, Merling arrive à cette conclusion : le monde dans lequel on vit est incorrigible et est voué à une extinction assurée. Dans Mirror Forever, elle pointe le projecteur sur le manque d’empathie et l’individualisme crasse qui caractérise notre époque :

« No one’s gonna give you a trophy

For all the pain and the things you’ve been through

No one knows but you »

Mirror Forever

C’est l’inspiration des grands orchestres qui vient illuminer ce disque qui se veut aussi foudroyant que mélancolique. Les chœurs célestes, les claviers baroques, les cordes frémissantes se côtoient avec subtilité et intelligence. Ce qui aurait pu sombrer dans une mièvrerie et une ostentation grossières se transforme en 10 superbes chansons, authentiquement bouleversantes, qui font de cet album LA réussite de ce premier trimestre de l’année musical.

En délaissant le folk des années 60 et l’atmosphère un peu hippie qui caractérisait sa musique, et aidée par la contribution sentie de claviers analogiques, elle plonge dans un soft-rock orchestral qui lui va à ravir. Bref, Titanic Rising est une création ambitieuse, intemporelle et éclatante, et ce, malgré les idées sombres qui la caractérisent…

Coup de chapeau au « pacing » de ce disque; un ordre de chansons qui a été mûrement réfléchi. Dans cette culture de l’instantanéité et de l’extrait racoleur, Weyes Blood détonne en nous proposant une œuvre que l’on écoute du début à la fin, sans aucune interruption. Chose assez rare de nos jours.

Parmi les meilleurs moments, on salue l’ascendant vocal bien assimilé de Karen Carpenter dans Something to Believe et Wild Time. La ballade folk-country Picture Me Better fera pleurer le plus insensible des hommes. Le trio de chansons aux accents « électro » titrés respectivement Titanic Rising, Movies et Mirror Forever – tous situés à la mi-parcours de l’album et rappelant le plus récent Sharon Van Etten (Remind Me Tomorrow) – constitue une agréable diversion à cet univers « très années 70 ».

Terminé le jour où Weyes Blood était l’un des secrets parmi les mieux gardés de l’indie-rock états-unien. Titanic Rising fera assurément partie de nombreuses listes de fin d’année.

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