Critiques

Iggy Pop

Free

  • Loma Vista Recordings
  • 2019
  • 34 minutes
7,5

James Newell Osterberg Jr., alias Iggy Pop. 72 ans.

En 2016, sur l’excellent Post Pop Depression, le parrain du punk exprimait sans fard son dégoût généralisé de son statut de superstar du rock :

« I’ve had enough of you

Yeah, I’m talking to you

I’m gonna go to Paraguay

To live in a compound

Free of criticism

Free of manners and mores »

Paraguay

Alors accompagné de Josh Homme, Dean Fertita (Queens of the Stone Age) et Matt Helder (Arctic Monkeys), l’Iguane nous avait surpris avec un excellent album rock; le chant du cygne scénique de cette redoutable bête de scène. La tournée qui a suivi la parution de ce disque fut sa dernière en bonne et due forme. Mais sur disque, le doyen avait encore quelque chose à dire, semble-t-il.

Vendredi dernier, Iggy Pop faisait paraître Free. Laissons le vétéran nous expliquer la démarche artistique qui a mené à la gestation de ce 18e album studio : « À la fin de la tournée qui a suivi Post Pop Depression, je me suis dit que je m’étais débarrassé du problème d’insécurité chronique qui menaçait ma vie et ma carrière depuis trop longtemps. Mais je me suis aussi senti vidé. Et j’avais envie de mettre des lunettes de soleil, de tourner le dos et de m’éloigner. Je voulais être libre. Je sais que c’est une illusion et que la liberté n’est que quelque chose que vous ressentez, mais j’ai vécu ma vie jusqu’à présent avec la conviction que ce sentiment est tout ce qui mérite d’être poursuivi; tout ce dont vous avez besoin – pas nécessairement le bonheur ou l’amour, mais le sentiment d’être libre. Donc, cet album m’est juste arrivé, et je l’ai laissé faire. »

Musicalement, Iggy a confié les rênes de sa création au trompettiste Leron Thomas et à la guitariste Sarah Lipstate; deux jeunes musiciens qui ont escorté le chanteur dans des univers particulièrement éclectiques. Les ambiances jazzistiques, les morceaux rock, les moments crépusculaires et le spoken-word ténébreux se côtoient avec pour seul fil conducteur la voix vibrante d’un artiste en fin de parcours.

Après un début relativement dynamique – incluant la très rock Love Missing, Sonali (influence du Bowie de Blackstar), James Bond (ligne de basse imparable) et la quasi hip-hop Dirty Sanchez – l’album prend une tangente narrative qui atteint son paroxysme avec The Dawn. Une chanson où Iggy entretient une conversation avec La Grande Faucheuse…La conclusion de l’album comprend également une version narrée d’un magnifique poème de feu Lou Reed (We Are the People) et d’un autre de Dylan Thomas (Do Not Go Gentle Into That Good Night). Mais c’est la déclamation du texte de son frère d’armes, et rival notoire, qui émeut :

« We are among those who don’t know how to die in peace.

We are the ones who imagine their own destruction and bring it to the state of art »

We Are the People (Lou Reed)

Free est un album ovni qui, par moments, laisse songeur, mais qui force l’admiration. À un âge vénérable, dans un monde où l’authenticité est devenue un concept marketing, Iggy Pop donne l’exemple en nous proposant un disque sincère, conçu sans aucun compromis. Un disque inégal et imparfait, certes, mais réellement émouvant.

C’est l’album d’un homme franc, mais inquiet, pour qui la liberté n’est pas une marque de commerce, mais un véritable mode vie… même si la mort pointe à l’horizon.

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