Geneviève Legault
Drapeaux blancs
- Indépendant
- 2026
- 31 minutes
Le tournant folk de Geneviève Legault offre une compilation parfaite pour tenir le coup face à notre époque qui bénéficie grandement de l’espoir et la douceur de ses ambiances sonores réconfortantes. Avec Drapeaux blancs, on retrouve la voix de la chanteuse, d’un naturel harmonieux, qui sert l’efficace simplicité qu’on lui connait.
Drapeaux Blancs est plus paisible et moins exploratoire ou dispersé que son précédent album Cœur magnétique. Avec des sonorités moins pop et électro au profit d’un ton porté par l’acoustique, le troisième album assume sa sobriété et s’immerge totalement dans la chaleur rassurante de sa voix.
Quand on réécoute les pièces de Cœur magnétique, sortie pendant la pandémie, je me demande comment l’artiste passe inaperçue dans le paysage culturel alors que sa voix, ses mélodies et ses textes témoignent d’autant d’expérience et de créativité.
Maintenant, je me demande si l’époque pèse sur les instincts créatifs de la chanteuse, étant donné que plusieurs des neuf nouveaux morceaux peuvent parfois porter moins vers l’espoir que dans le confort de la déprime. Ce qui était une proposition plus conviviale au potentiel pop est désormais devenu une suite de complaintes partagées autour d’un feu de camp.
Geneviève Legault affirme s’inspirer notamment d’Avec pas d’casque, Philippe B et Sufjan Stevens. Heureusement, la proposition fait gracieusement le pont entre la réappropriation et l’authenticité qui lui est propre. Geneviève Legault épouse son univers sonore et sa maîtrise du naturel efficient pour cadrer dans un filon qui se marie aisément avec son identité musicale axé sur l’émotivité.
Les pièces qui explorent ses manières d’affronter les tempêtes donnent l’impression d’être intimement éprouvée, tellement le ton poursuit des envolées teintées d’émotivité. Indépendamment des intentions derrière les paroles, plusieurs pièces ont des aires de berceuses apaisantes.
Dans La sécheuse, Geneviève Legault nous berce au rythme des ondulations souples dans sa voix. Les métaphores de sécheuse tournent en rond, mais le titre parvient à étancher notre espoir de paroles porteuses de messages qui vont droit au but.
Tumulte et Charivari sort du tombeau de La sécheuse pour aller dans tous les sens. Les détails laissent penser que le texte veut dire beaucoup pour l’artiste. Le public se voit ainsi intimement inclu dans la spécificité des tirades codifiées de non-dits.
Sans certaines clés, le témoignage précieux peut ressembler à une mosaïque de bouts d’idées assemblés un peu n’importe comment. Seulement, l’assemble a drôlement du sens avec les thématiques et le ton de l’album ancré dans le présent.
Dans La vague, la chanteuse récupère le ton d’Avec pas d’casque, ce qui pourrait faire croire à une pièce coupée d’un précédent album du groupe. La chanson exprime surtout un état d’esprit clair sur des airs mélancoliques qui font indéniablement monter l’émotivité.
Impossible de ne pas mentionner le passage « je me pose et j’attends » qui exprime tellement de vérités.
Seul bémol, Geneviève Legault paraît se concentrer davantage sur l’harmonisation de sa voix et perd, de cette manière, l’agent liant bénéfique qui différencie une interprétation sincère à une performance de karaoké.
John est probablement la pièce la plus intéressante et originale. Le titre où elle s’adresse au défunt membre des Beatles donne l’impression d’une démarche créative ancrée dans un sentiment collectif, encore une fois, bien de notre époque.
Ce dialogue fantasmé à sens unique offre un regard conscient d’une quête d’espoir par l’entremise d’un symbole qui, malgré certaines frasques qui laissent un goût amer aux fans, inspire l’espoir, la paix et la douceur.
Là, on retrouve la matière et la profondeur émotive tout en simplicité de Geneviève Legault. On se rapproche beaucoup plus de ce qu’elle semble vouloir exprimer sur cet album.