Concerts

Coup de cœur francophone 2022 : Étienne Coppée

Le public montréalais avait rendez-vous avec Étienne Coppée à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours pour le premier de deux spectacles dans le cadre de Coup de cœur francophone 2022.

Photos par Coline Beulin

AVERTISSEMENT : Cet article comporte des divulgâcheurs.

En arrivant à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, je suis accueillie par un mot écrit à la main par Étienne Coppée sur la porte indiquant que l’on doit passer par la porte de côté. Puis, une fois à l’intérieur, on monte une série d’escaliers. Cette montée est ponctuée de mots écrits à la main où on peut lire « Tu es sur le bon chemin 🙂 . » Finalement, on arrive dans une salle aménagée avec une grosse toile à signer, une table de produits dérivés et un bar identifié par des feuilles blanches accrochées au plafond. Des pièces de puzzle collées ensemble forment les lettres B A R.

Pour assister au concert, on se doit de descendre. L’heure du spectacle arrivée, les lumières se ferment d’un coup. « Je pense être la personne la plus stressée ici », lance d’entrée de jeu Étienne Coppée. Pourtant, cette nervosité n’est pas palpable. Il explique par la suite qu’il a commencé à faire des spectacles d’appartement avant la pandémie avec deux de ses amies-musiciennes qui l’accompagnent sur scène, Sabrina et Flavie. C’est d’ailleurs le ton qu’il souhaite donner à la soirée. « Mon appart’ s’est vraiment agrandi », lance-t-il à la blague.

Flavie Melançon, Crédit : Coline Beulin

Place au programme principal

Dès lors, l’ambiance est à l’intimité. Les textes de Coppée semblent d’ores et déjà tirés de son journal intime, mais les lumières tamisées qui n’éclairent que les musiciens et qui créent des jeux d’ombres derrière eux en rajoutent une couche. De plus, l’une des forces de la proposition musicale d’Étienne Coppée est les harmonies. Le fait de le retrouver dans une chapelle met encore plus de l’avant cet aspect. Pas besoin d’en faire des masses quand l’acoustique est aussi favorable aux voix qui se chevauchent ainsi. D’ailleurs, ce contexte permet à la voix de Flavie Melançon de briller encore plus qu’à l’habitude. Bref, le résultat des harmonies de Coppée et ses musiciens dans la chapelle est tout simplement (sans faire de mauvais jeux de mots) divin.

À plusieurs reprises entre ses chansons, l’auteur-compositeur-interprète prend le temps d’absorber la dose d’amour que le public lui offre et de prendre conscience de ce qu’il est en train de vivre. « Ça fait des mois qu’on travaille sur ce spectacle-là, on dirait que ça fait 5 minutes que j’en ai compris l’ampleur », dira-t-il à mi-chemin. Outre en applaudissant avec force après chacun des morceaux joués, le public témoigne de son amour pour l’œuvre de Coppée en prenant part à certaine chanson, dont Rien de plus grand. Cela fait plaisir au musicien, qui encourage les gens à le faire sans se gêner.

Il offrira l’entièreté de son premier album, Et on pleurera ensemble, outre la toute dernière pièce, Si c’est ça, ainsi que quelques-unes de ses pièces tirées de l’EP L’été indien de ta vie. Pour ce faire, il a décidé d’amener le piano qui trône chez lui à la chapelle. Il a écrit moult chansons sur ce dernier et lui voue une affection profonde. Il profitera d’ailleurs de l’occasion pour proposer une toute nouvelle composition sans paroles. Il a composé cette dernière la veille du spectacle, lors d’une improvisation. En outre, la présence d’un trombone et d’une flûte traversière vient créer une ambiance nouvelle, particulièrement pendant Tout autour de moi. Elle devient soudainement plus sombre que sa version sur l’album.

Crédit : Coline Beulin

Des invités, des rires et de l’honnêteté

Trois invités prendront part à cette soirée plutôt spéciale. Le premier est Jack Layne. C’est ce dernier qui a fait découvrir la pièce Je voudrais voir New York de Daniel Lavoie pour la première fois à Étienne Coppée. Cette pièce se retrouve d’ailleurs sur Et on pleurera ensemble. Salomé Leclerc et Simon Kearney seront les deux autres invités-surprises. C’est avec eux que Coppée a co-réalisé son premier album. Ils sont venus rejoindre l’artiste sur scène le temps de L’été indien de ta vie, qui s’est transformé à mi-chemin en L’été indien de Joe Dassin.

Puis, sans crier gare, Étienne Coppée annonce que le spectacle tire à sa fin. « C’est trop bon, on continue dans’ cuisine », de lui répondre quelqu’un dans le public, proposition qui fait rire le musicien. Bien que l’auteur-compositeur-interprète soit reconnu pour ses pièces douces et sensibles, il ne s’empêche pas de faire rigoler la salle, notamment lorsqu’il reprend Minuit chrétien à six voix. Considérant le lieu où le spectacle se tenait, Coppée et ses amis auraient pu terminer le concert avec Demain il fera beau. Après tout, quelle meilleure manière de terminer un spectacle dans une chapelle qu’en chantant des Hallelujah tous en chœur? Il optera plutôt pour Couvre-feu afin de conclure cette soirée haute en émotion, et les reniflements que j’entends dans la foule semble confirmer que c’était un bon choix.

En toute fin de spectacle, juste avant Couvre-feu, Étienne Coppée prendra le temps d’être honnête avec la foule réunie. Tout d’abord, il remerciera la personne qui lui a brisé le cœur et qui lui a donné envie d’écrire de la musique. Ensuite, il avouera que chez lui, il vit souvent de l’anxiété et qu’il se donne « jusqu’à Noël » pour décider s’il veut continuer dans ce métier-là. Bien que je comprenne entièrement les raisons derrière ces réflexions, je le dis et le redis : il y a de la place au Québec pour un Étienne Coppée. J’ajouterai même que ses mélodies sont un des meilleurs remèdes pour les cœurs abîmés que je connaisse.

Crédit photo: Coline Beulin