Francos de Montréal 2026 | Jour 2 : Grand Eugène + Marco Ema + Ariane Roy
S’il y a une chose que je n’aime pas ressentir dans la vie, c’est le sentiment de FOMO (fear of missing Out). C’est ce que j’ai ressenti en manquant le concert de Marie-Mai vendredi. Pour être sûr que ça n’arrive plus, je me suis équipé de ma crème solaire et je suis parti pour la deuxième journée des Francos de Montréal.

GRAND EUGÈNE
Je ne savais pas que le groupe montréalais était masochiste. À l’exception de leur spectacle de lancement, Grand Eugène n’était pas encore partis en tournée avec leur nouvel album Deux places au cimetière. Faire un spectacle gratuit, ce n’est pas évident. Tu ne sais pas si le public est là pour toi ou juste pour passer le temps. Le groupe a même ri de la situation sur ses réseaux sociaux en affichant une liste d’erreurs qu’il risquait d’arriver sur place (des erreurs d’accords, de mélodie, etc.).
Et finalement, des erreurs, il en a eu. Immédiatement avant de débuter sur Marcher, le pianiste ne pouvait pas jouer parce que le tout était mal branché. Quelques musiciens ne semblaient pas être au même rythme et le groupe manquait de cohésion. Mais ça n’a pas gâché mon plaisir pour autant.
Au début du concert. les nuages avaient signifié leur présence, menaçant une averse. Le groupe a débuté leur performance uniquement avec du nouveau matériel pendant que le gris se faisait voir. Mais pendant Deux places au cimetière, le soleil est revenu. Idéal aussi pour interpréter les classiques de leurs premiers EP, notamment Mon Amour qui en a fait plaisir à plusieurs.
50 minutes de musique sous une ambiance tranquille et une audience jeune et branchée.

MARCO EMA
Avant même que ça commence, la scène du Pub Brasseur de Montréal était pleine. Des gens avaient apporté leur drapeau du Québec, certains étaient maquillés et des enfants ont amené une pancarte écrite «J’aime Marco Ema». J’ai l’impression que, quand on pense à cette nouvelle génération d’artistes, qui sont dans la vingtaine, on ne pense pas assez souvent à cet artiste originaire de Thetford Mines. Ses pièces romantiques ont été chantées avec force et ses observations du quotidien ont été partagées. Avec Soleil mâché, son dernier album sorti en janvier dernier, Marc-Antoine Beaudoin (alias Marco Ema) interprète les paroles les plus sombres de son catalogue et, pourtant, ça n’a pas empêché les gens de crier celles-ci. L’audience, majoritairement jeune, souriante, chantait des paroles comme «On va finir dans un brasier». Ça donnait un moment particulier, mais agréable tout de même.
Armé d’une équipe talentueuse, notamment Anthony Caouette à la guitare et Cédrik St-Onge à la basse, on n’est pas nulle part. On est dans un univers chaud et passionné. Mention spéciale à la présence de Luan Larobina à la voix.
Je fais une prédiction, dans moins de trois ans, Marco Ema sera une tête d’affiche du festival. Un rassemblement comme j’ai vu, ça n’arrive pas pour tous les artistes. C’était de l’amour, pas des gens qui vagabondaient. Pour les amoureux de paroles sensibles sous un fond folk rock, foncez.

ARIANE ROY
En 2025, lors de la dernière édition des Francos, Ariane Roy remplissait le Club Soda pour lancer son deuxième album : Dogue. Au printemps dernier, elle remplissait le MTelus. La question qui me passait par la tête était si elle était capable de remplir la place des festivals ?
La réponse est oui.
L’autrice-compositrice et interprète originaire de Québec a réalisé le plus gros concert de sa carrière. Elle a présenté le même concert avec laquelle elle se promène aux quatre coins du Québec, mais avec plus de moyens techniques augmentés et quelques surprises.
Et parlons-en !
Déjà, avec la grosseur de la scène, le concepteur d’éclair Raoul Beaudin s’est amusé comme un enfant, proposant des effets de lumière variant entre le blanc, le rouge et le bleu. À travers une mise en scène éclectique, rempli de colonnes, on est exactement dans l’univers de Dogue, cet album qui affirme le caractère fort et humain d’Ariane Roy.

Sans avoir besoin de séduire, Roy embarque sur la scène et les gens crient déjà son nom. Ils lèvent leur drapeau du Québec bien haut. Il y a même des gens qui se sont rassemblés pour tenir chacun une lettre qui forma la phrase VLMQ libre (Vive la musique québécoise). D’ailleurs, celui qui a repopularisé cette phrase, Thierry Larose, l’hirondelle de Marieville, est venu faire un tour avec sa guitare sur Coule. Un moment plus doux que ce qui allait suivre.
«Est-ce qu’il y en a dans la salle qui sont menstrues ? Cette chanson est pour vous», lança l’interprète avant de lancer Si je rampe, un extrait paru en 2024. L’énergie est dans le tapis et le public est attentif. C’est d’ailleurs quelque chose qui est à mentionner. Plus tard, lors de l’interprétation d’Une cigarette sur le balcon , Roy chante a cappella cette chanson dédiée à sa mère. Le monde est silencieux, respectueux, et attentif. On est devant un spectacle gratuit au centre-ville de Montréal, c’est unique ce qui se passe. Dans n’importe quelle autre condition, il aura eu du bruit ambiant.
Après Tous mes Hommages vient la portion de danse. Tout le monde est invité, personne n’est mis de côté. Et arrive IWYB et, avant le refrain, Roy invite le monde à s’assoir avant de sauter en criant les paroles. Dans la chaleur de juin, les gens se sont donnés avec joie et sans retenue.
Puis, si on parle des musiciens, je n’ai rien à dire de plus que : sublime. Vincent Gagnon au piano et PE Beaudoin à la batterie sont toujours imbattables, Odile Marmet-Rochefort aux instruments et à la voix, c’est une personne aussi importante que Dobès pendant les séries et Félix Petit au saxophone, c’est un rêve avec des cheveux bouclés. En une heure et demie, la pop francophone a brillé. Variant entre des moments de chorégraphies et des moments à la guitare, on pouvait modérer son énergie en temps et lieu pour s’en garder le plus vers la fin. Plus le spectacle passait, plus l’émotivité prenait le dessus.
En rappel, Filles à porter sous la présence, évidente, de Lou-Adriane Cassidy, qui est arrivé sur scène, émotive et fière de son amie qui vient d’accomplir quelque chose de grand. Être témoin d’un moment d’amitié comme ça, c’était tellement beau et précieux, ça rappelle de prendre soin des ceux qu’on aime.
Vous vous rappeler de la pluie qu’on pensait avoir à Grand Eugène, elle a finalement décidé de confirmer sa présence une fois le concert terminé. En revenant vers le métro, j’ai repensé à ce moment que je venais de vivre. C’était beau, humain et touchant. Ariane Roy est une reine et nous avons eu la chance de vivre un moment incroyable. J’espère que ce texte vous aura donné le FOMO.




























Crédit photo: Charles-Antoine Marcotte